R. P. Édouard Hugon, Études sociales et psychologiques, ascétiques et mystiques (Pages 109-112)
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Avec ce sens thomiste qu’il possédait à un si haut degré, Léon XIII écrivait : « De vertu vraiment passive, il n’en existe pas et il n’en peut pas exister. » Il faut dire, au contraire, que la vertu, toute vraie vertu, « est le triomphe de l’activité, c’est une bonté entreprenante, une énergie féconde en œuvres et en résultats. » Le mot lui-même éveille et porte en lui l’idée d’énergie et de force. « Vertu » a signifié d’abord ce qui est le propre de l’homme, la virilité, le courage (virtus a viro). La vaillance qui se manifeste sur les champs de bataille, voilà, la vertu du guerrier ; il en faut une aussi dans la lutte plus obscure, non moins difficile, qu’exige la pratique du devoir : c’est la vertu qui fait l’homme de bien. Ainsi, la vertu désignera cette vaillance qui nous arme contre le mal, nous aide, nous incline, nous pousse à bien agir. Pour assurer cette pleine victoire du bien, elle doit réaliser deux choses : rendre l’homme bon en lui-même et rendre son acte bon. Elle est cette qualité heureuse qui fait que l’homme devient, par excellence, une personne de qualité ; arrive au sommet d’une aristocratie préférable à l’aristocratie du nom et du sang. Être vertueux, c’est être bon. Certaines qualités sont, pour ainsi dire, statiques, décoratives, destinées principalement à orner, à perfectionner. La vertu, elle, est née pour l’action. Elle est sans doute, l’habitude qui nous pare, nous embellit, parce qu’elle nous rend bons ; mais elle est avant tout l’énergie qui nous fait opérer le bien et qui produit comme fruits spontanés les actes excellents. La nature même de la vertu, c’est donc d’être une force qui pousse à l’action. Elle est toute faite d’activité. Elle n’est point comme une lyre très riche, mais muette, qu’aucune main ne vient toucher ; essentiellement sonore, elle a besoin de vibrer ; elle n’est point comme un glaive de luxe qui reste toujours dans le fourreau d’argent, ni comme un navire aux puissantes hélices qui stationne toujours au port. Le mouvement, la lutte, l’action, la fécondité, voilà sa vie. C’est ainsi que l’entendent les philosophes et les Pères de l’Église. Cicéron conçoit la vertu comme une activité, une faculté d’action. Pour saint Augustin, elle est l’habitude qui agit et fait agir chaque fois qu’il en est besoin ; si elle n’agit pas, c’est que l’acte n’est pas nécessaire, mais même alors elle est une capacité d’action, et elle peut agir. De même pour saint Ambroise, faire la peinture de la vertu, c’est décrire la fécondité, la beauté des œuvres, tandis que l’image du vice c’est la laideur et la stérilité. Une vertu passive est un non-sens. Est-il concevable que la perfection et le couronnement d’une faculté agissante soient la passivité et l’inertie ? Or, la vertu est bien cela, le complément de nos facultés d’opération. « La vertu, répète Léon XIII après saint Thomas implique une perfection de la puissance ; or, la fin de la puissance est l’acte, et l’acte de vertu n’est autre chose que le bon usage de notre libre arbitre. »
Héribert Jone, Précis de théologie morale catholique (Page 71)
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La vertu la plus parfaite est celle qui nous rapproche le plus de notre fin dernière. Or les vertus naturelles n’ordonnent l’homme qu’à sa fin naturelle, quant aux vertus surnaturelles, elles l’ordonnent à sa fin surnaturelle. Les vertus morales règlent seulement les moyens pour obtenir notre fin dernière éternelle ; par contre les vertus théologales nous mettent en rapport direct avec Dieu, notre fin dernière. Tandis que la foi nous montre seulement Dieu, l’espérance nous fait tendre vers lui et la charité nous unit à lui de la manière la plus étroite. C’est pourquoi la charité est la reine de toutes les vertus, la plus parfaite des vertus. C’est en elle que consiste la perfection chrétienne.
Bibliographie
- Père Jean-François Thomas, Les vertus méditées