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Trinité

Grégoire de Nazianze, 5ème Discours théologique

Je me suis représenté, comme d’autres l’ont fait, une source, un ruisseau et un fleuve. J’ai songé au soleil, au rayon et à la lumière. Je ne trouve aucune image qui me donne pleine satisfaction pour illustrer le concept de la Trinité. Aussi ai-je fini par me dire que le mieux était d’abandonner les images et les ombres, qui sont trompeuses, et qui demeurent très loin de la vérité ; je préfère m’attacher aux pensées les plus conformes à la piété, me contenter de peu de mots et prendre pour guide l’Esprit, pour garder jusqu’à la fin la lumière que j’ai reçue de lui. Il est mon compagnon naturel, mon familier, et je traverse cette vie en persuadant aux autres, autant que je le puis, d’adorer le Père, le Fils et le Saint-Esprit, une seule Divinité et une seule Puissance, à qui sont toute gloire, tout honneur, tout pouvoir dans les siècles des siècles.

Saint Hilaire de Poitiers, La Trinité

Dans le Père, le Fils et l’Esprit Saint, il y a l’Infinité en celui qui est l’Éternel, la Beauté en celui qui est son Image, la Jouissance en celui qui est la Grâce.

Saint Athanase, Lettre à Sérapion

La Sainte et Bienheureuse Trinité est indivisible et elle est une en elle-même : lorsqu’on parle du Père, on doit aussitôt avoir en pensée son Verbe, et l’Esprit dans le Fils. Si l’on nomme le Fils, il en est de même : le Fils est dans le Père, et l’Esprit Saint n’est pas en dehors du Verbe. Tant il est vrai qu’une est la grâce qui, par le Fils, a sa plénitude dans l’Esprit Saint. Unique est la divinité, et il n’y a qu’un Dieu qui est « au-dessus de tout, à travers tout et en tout ». Dans l’Écriture, le Père est Source et Lumière. Or le Fils, en relation avec la Source, est appelé Fleuve. En relation avec la Lumière, il est appelé Splendeur : « Splendeur de sa gloire et Image de sa substance ». Le Père étant donc Lumière et le Fils sa Splendeur, on peut voir aussi dans le Fils, l’Esprit Saint par qui nous sommes illuminés : « Que Dieu vous donne, dit l’Apôtre, l’Esprit de Sagesse et de Révélation pour vous le faire connaître, les yeux de votre cœur illuminés ». Mais quand nous sommes illuminés par l’Esprit, c’est le Christ qui nous illumine en lui, car « Il est la vraie Lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde ». Et encore, le Père étant Source, on appelle le Fils : Fleuve, et l’on dit que nous buvons l’Esprit, car il est écrit : « Tous nous avons été abreuvés d’un seul Esprit ». Et encore, le Fils étant la vraie Vie, on nous dit vivifiés par l’Esprit : « Celui qui a ressuscité le Christ Jésus d’entre les morts, vivifiera aussi nos corps mortels par son Esprit qui habite en nous ». S’il existe donc dans la Sainte Trinité une telle correspondance et unité, qui oserait maintenant séparer soit le Fils du Père, soit l’Esprit du Fils, ou du Père lui-même ? Que celui-là commence par séparer la splendeur de la lumière ou la sagesse du sage. S’il ne le peut, à plus forte raison c’est une folie d’avoir l’audace de chercher à faire cela de Dieu ! Car la divinité n’est pas livrée à notre connaissance par des mots, mais dans la foi, puis à l’aide des exemples que nous avons utilisés plus haut : splendeur, source et fleuve. Car de même que le Fils est dans l’Esprit comme dans sa propre image, ainsi le Père l’est aussi dans le Fils.

Charles Journet, Entretiens sur la Trinité

Pour aider notre imagination, on peut prendre la comparaison de Nicolas de Flüe s’entretenant avec le Pèlerin de Nuremberg. C’était un pèlerin merveilleux, qui avait compris la grandeur de l’Ermite. Quand il le voit arriver, Nicolas lui demande : « Qu’est-ce que tu penses de Dieu ? » Et le Pèlerin répond : « Oh, il est tellement grand que je le remercierai toujours de m’avoir créé. Même si un jour il devait me condamner, je le remercierais encore de m’avoir créé, parce qu’il me permettrait de manifester sa justice ». Alors Nicolas, voyant à qui il avait affaire, lui explique la Trinité au moyen d’une de ces petites images que les peintres avaient à illustrer pour signifier un mystère. Il s’agissait d’un cercle, et Nicolas explique : mettez sur la circonférence trois points séparés par une distance égale. Le cercle appartient tout entier au point 1, tout entier au point 2, tout entier au point 3 ; les trois points n’ont pas divisé le cercle en trois parts. Mettez maintenant à la place du cercle l’Essence divine, l’Éternité divine, la Puissance divine, l’Intelligence, l’Amour… tout cela appartient tout entier au Père, tout entier au Fils, tout entier au Saint-Esprit. Donc pas de trithéisme. Il suffit, pour vous préserver de cette idée, que vous gardiez l’image du cercle de Nicolas de Flüe ; elle est toute simple. […] C’est le mystère que l’on annonce aux petits enfants, celui de trois Personnes possédant ensemble, ex-aequo, une seule et même essence divine, infinie. Qu’est-ce qu’une Personne ? C’est un « moi », un « je », un « quelqu’un ». Si donc on dit qu’il y a trois Personnes en Dieu, cela signifie que trois « Moi », trois « Je », trois « Quelqu’un » possèdent identiquement la même nature, la même essence, la même éternité : possèdent en commun l’Absolu divin.

Saint Épiphane, Ancoratus

Chacune de ces appellations est unique et ne peut être appliquée à une autre. Car le Père est le Père et il n’a rien à quoi il s’oppose, ni rien qui l’unisse à un autre père, sans quoi il pourrait y avoir deux dieux. Le Fils unique, vrai Dieu de vrai Dieu, ne possède pas le nom de Père, et n’est pas étranger au Père, mais tire son origine du Père unique ; il est unique engendré en ce sens qu’il est seul à posséder l’appellation de Fils, et Dieu de Dieu en ce sens que le Père et le Fils est appelé un seul Dieu. Et l’Esprit-Saint unique ne prend ni le nom de Fils ni l’appellation de Père on l’appelle le Saint Esprit et il n’est pas étranger au Père. Car le Fils unique engendré par ainsi : L’Esprit du Père (saint Mathieu, X, 20) et : L’Esprit qui procède du Père (saint Jean, XV, 26) et : Il recevra de ce qui est à moi (ibid. XVI, 14 et suiv.) ; ainsi l’on ne peut croire que l’Esprit soit étranger au Père au Fils, mais il est de la même substance et de la même divinité, Esprit divin, Esprit de vérité, Esprit de Dieu. Donc que Dieu est dans le Père, Il est dans le Fils, Il est dans l’Esprit-Saint qui à la fois est de Dieu et est Dieu. Car l’Esprit de Dieu est l’Esprit du Père et l’Esprit du Fils, non pas par composition, comme la composition qui en nous unit l’âme et le corps, mais il est au milieu entre le Père et le Fils, procédant du Père et du Fils, le troisième par son appellation.

Saint Jean Damascène, De fide orthodoxa

Le Père est la source et la cause du Fils et du Saint-Esprit. Mais il n’est Père que du Fils ; du Saint-Esprit il est principe. Le Fils est le Fils, le Verbe, la sagesse, la puissance, l’image, la splendeur, la figure du Père et à partir du Père. L’Esprit-Saint n’est pas le Fils du Père, mais l’Esprit du Père, comme procédant du Père, car il n’y a pas d’élan sans Esprit. Il est dit aussi Esprit du Fils ; non comme procédant de lui, mais comme procédant du Père par lui. Car seul le Père est principe.

Mgr Gaume, Catéchisme de persévérance

Ce qu’est la rose en bouton à la rose épanouie, le dogme de l’unité de Dieu l’est au dogme de l’auguste Trinité. Savoir que Dieu existe et qu’Il possède toutes les perfections n’est pas avoir de ce grand Être une connaissance suffisante. Il faut plonger plus avant dans son essence ineffable et savoir que Dieu est UN en nature et TROIS en personne. En nommant l’auguste Trinité nous avons mis à découvert et la base immortelle sur laquelle pose l’édifice des sociétés chrétiennes et le dogme révélateur de l’homme, de sa dignité de sa nature, de ses devoirs et de ses destinées. Autant que le permettent les salutaires obscurités de la foi nous contemplons : Le PÈRE, principe de l’Être, qui crée et qui conserve le monde ; qui met à notre usage les soleils qui roulent sur nos têtes, les productions variées qui couvrent la face de la terre et les richesses cachées dans ses entrailles ; qui veille sur nous avec une telle sollicitude que le plus petit de nos cheveux ne tombe point de notre tête sans Sa permission ; qui accourt à notre aide au moindre cri d’alarme, qui nous soutient dans nos combats, qui nous relève dans nos chutes et qui nous pardonne dès qu’une larme de repentir vient mouiller notre paupière ; Le FILS, engendré du Père et égal au Père, dont Il est le Verbe consubstantiel, qui, prenant en pitié l’humanité déchue, quitte volontairement les hauteurs des cieux, descend dans la vallée des larmes, épouse toutes nos misères, prend sur Lui le payement de nos dettes, Se donne en victime pour prix de notre rançon, termine Sa carrière en nous faisant à perpétuité les héritiers de Son corps et de Son sang ; qui, s’asseyant sur une nuée lumineuse, comme sur un char de triomphe, y place avec Lui les prémices du genre humain, les introduit dans les splendeurs des cieux, après avoir promis à ceux qui restent ici-bas de venir les chercher à leur tour et de les réunir à leurs frères, aux anges, à lui-même dans l’éternelle cité du bonheur ; Le SAINT-ESPRIT, amour substantiel du Père et du Fils, égal en tout au Père et au Fils, qui, descendant aussi sur la terre de l’exil, vient accomplir la dernière promesse du Rédempteur, consoler l’humanité de Son départ, débrouiller le chaos du monde moral comme il débrouilla le chaos du monde physique ; et, régénérant toutes choses dans un baptême de feu, rendre à l’homme, à la création une face nouvelle, digne des gloires du passé et des splendeurs de l’avenir. Tel est le Dieu de la foi catholique.

Jean Daujat, La face interne de l’histoire (Pages 25-27)

Le premier mystère que la Révélation nous enseigne, et qui est le fondement même de cette Révélation, est le mystère de ce que Dieu est en Lui-même dans Sa Réalité divine : c’est le mystère de la vie intérieure de Dieu qui est le Mystère de la Trinité. Malgré d’obscures allusions dans la Révélation partielle de l’Ancien Testament, ce Mystère n’est pleinement révélé qu’en Jésus-Christ dans le Nouveau Testament et par conséquent appartient en propre au christianisme. Le Nouveau Testament nous dévoile d’abord que l’Intelligence parfaite que Dieu est de Lui-même s’exprime à l’intérieur de Dieu dans une Parole intérieure, dans une Pensée en laquelle tout ce qu’est Dieu est si parfaitement dit et exprimé que le Nouveau Testament L’appelle « l’Image de Sa substance et la splendeur de sa Gloire ». Mais, pour exprimer parfaitement tout ce qu’est Dieu, il faut être Dieu. C’est pourquoi le Nouveau Testament nous dit aussi que cette Parole intérieure en laquelle Dieu s’exprime parfaitement Lui-même et qu’il appelle « le Verbe » est Dieu, donc Dieu né de Dieu, engendré de Dieu, c’est-à-dire Dieu Fils. Ainsi nous est dévoilé qu’il y a en Dieu deux personnes distinctes, le Père et le Fils, car on n’est père que par rapport à un fils distinct de soi et fils que par rapport à un père distinct de soi, et effectivement le Nouveau Testament parle sans cesse du Père et du Fils comme de deux personnes distinctes en relation entre elles. Mais le Père et le Fils ne sont pas deux dieux car nous avons vu qu’il n’y a qu’un seul Dieu. Donc le Père et le Fils sont l’unique perfection divine sans division ni partage, ce qui veut dire qu’Ils sont identiques par ce qu’Ils sont de manière absolue, par conséquent Ils ne se distinguent que par leurs relations l’un à l’autre en étant Père par rapport au Fils et Fils par rapport au Père. Dans l’espèce humaine il y a entre un père et un fils d’autres différences que d’être père et fils, mais il ne peut en être ainsi en Dieu : Dieu le Père comme personne distincte du Fils n’a à Lui que Sa paternité et Dieu le Fils comme personne distincte du Père n’a à Lui que Sa filiation. C’est pourquoi le Concile de Florence a défini que « tout est un en Dieu là où n’intervient pas la réciprocité des relations ». Le Nouveau Testament nous dévoile encore une troisième personne divine distincte du Père et du Fils, le Saint-Esprit. Il nous enseigne par là que le Père s’exprimant parfaitement dans le Fils et le Fils exprimant parfaitement le Père sont portés l’un vers l’autre, donnés l’un à l’autre par un mutuel entraînement, élan et don d’amour qui est l’explosion de leur amour qu’on appelle le Saint-Esprit. Celui-ci, pour être l’élan d’amour intérieur à Dieu, est Dieu, constituant donc avec le Père et le Fils un seul Dieu, l’unique perfection divine sans division ni partage, identique au Père et au Fils par ce qu’il est de manière absolue, mais il est une troisième personne divine réellement distincte du Père et du Fils, se distinguant d’eux par sa relation à eux en procédant d’eux comme leur mutuel amour. Ainsi nous est dévoilé que la vie intérieure de Dieu est une communauté parfaite de trois Personnes qui ont tout en commun, l’unique perfection divine sans division ni partage entre elles, et qui ne se distinguent que par leurs relations les unes aux autres, c’est-à-dire par cela même qui les unit. Même si Dieu n’avait rien créé, Il ne serait pas seul, Il serait en Lui-même cette communauté parfaite de trois Personnes. Même si Dieu n’avait rien créé, Il serait éternellement au-dedans de Lui-même la fécondité infinie du Père engendrant le Fils et du Père et du Fils exhalant le Saint-Esprit. Mais que ceci nous soit révélé veut dire que notre destinée est de vivre en société et en familiarité avec les Trois Personnes divines et c’est cela qu’il nous faut maintenant découvrir.

Adolphe Tanquerey, Précis de théologie ascétique et mystique (Page 176)

La vie divine dans sa source, c’est la Sainte Trinité : Dieu, qui est la plénitude de l’être et de la charité, se contemple de toute éternité ; en se contemplant, il produit son Verbe, et ce Verbe est son Fils, distinct de lui et cependant parfaitement égal à lui, sa vivante et substantielle image. Il aime ce Fils et en est aimé ; de cet amour mutuel jaillit le Saint-Esprit, distinct du Père et du Fils, dont il procède, et parfaitement égal à l’un et à l’autre. Et c’est cette vie à laquelle nous participons !

Juan Donoso Cortés, Essai sur le catholicisme, le libéralisme et le socialisme (Pages 59-60)

Le Père engendre éternellement son Fils, et du Père et du Fils procèdent éternellement l’Esprit-Saint. L’Esprit-Saint est Dieu, le Fils est Dieu, le Père est Dieu, et Dieu n’a pas de pluriel, parce qu’il n’y a qu’un seul Dieu, trine dans les Personnes, et un dans l’essence. L’Esprit-Saint est Dieu comme le Père, mais il n’est pas le Père ; il est Dieu comme le Fils, mais il n’est pas le Fils. Le Fils est Dieu comme le Saint-Esprit, mais il n’est pas le Saint-Esprit ; il est Dieu comme le Père, mais il n’est pas le Père. Le Père est Dieu comme le Fils, mais il n’est pas le Fils ; il est Dieu comme le Saint-Esprit, mais il n’est pas le Saint-Esprit. Le Père est toute-puissance ; le Fils est sagesse ; le Saint-Esprit amour ; et le Père et le Fils et le Saint-Esprit sont amour infini, puissance suprême, Sagesse parfaite. Là éternellement s’accomplit le mystère des deux processions, et par elles sont éternellement l’unité et la pluralité, l’unité dans la trinité, la trinité dans l’unité. Dieu est thèse, il est antithèse, et il est synthèse ; thèse souveraine, antithèse parfaite, synthèse infinie. Parce qu’il est un, il est Dieu ; parce qu’il est Dieu, il est parfait ; parce qu’il est parfait, il est fécond ; parce qu’il est fécond, il est plusieurs personnes, et parce qu’il est plusieurs personnes, il est famille. En son essence sont d’une manière inénarrable et incompréhensible les lois de la création et les exemplaires de toutes choses. Tout porte son empreinte, et c’est pourquoi la création est une et diverse. Le mot Univers ne signifie pas autre chose : il veut dire unité dans la variété et variété dans l’unité.

Pierre Lombard, Les Quatre Livres dès Sentences (Premier Livre, Distinction II, Chapitre IV-V)

Plaçons donc sous nos yeux les autorités de l’Ancien et du Nouveau Testament, par lesquelles se révèle la vérité de la trinité et de l’unité divine. Et, en premier lieu, se présentent les exordes mêmes de la Loi, là où Moïse dit : Écoute, Israël : le Seigneur ton Dieu est le seul Dieu ; de même : Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte ; il n’y aura pas pour toi d’autres dieux que moi. Comme on le voit, il a signifié ici l’unité de la nature divine : « Dieu et Seigneur en effet, comme l’affirme Ambroise au livre I de La Trinité, est un nom de nature, est un nom de puissance. » – De même, parlant à Moïse, Dieu affirme en un autre endroit : Je suis celui qui suis, et s’ils demandent mon nom, tu iras leur dire : Celui qui est m’a envoyé vers vous. Disant, en effet, Je suis et non pas Nous sommes, et Celui qui est et non pas Ceux que nous sommes, il a très clairement déclaré qu’il n’y a qu’un seul Dieu. On lit encore dans le cantique de l’Exode : Le Seigneur, tout-puissant est son nom ; voulant signifier l’unité, il ne dit pas les Seigneurs. Le Seigneur montre aussi la pluralité des personnes et en même temps l’unité de nature dans la Genèse, lorsqu’il dit : Faisons l’homme à notre image et ressemblance. Disant en effet : Faisons et notre, il montre la pluralité des personnes ; tandis qu’en disant : image, il montre l’unité d’essence. Ainsi que le dit en effet Augustin dans le livre Sur la foi à l’adresse de Pierre, « si en cette nature du Père, du Fils et de l’Esprit-Saint il n’y avait seulement qu’une seule personne, il n’aurait pas été dit : Faisons l’homme à notre image et ressemblance. Quand il dit en effet : à l’image, il montre qu’il n’y a qu’une seule nature, à l’image de laquelle l’homme était fait ; mais quand il dit : notre, il montre que ce même Dieu est, non pas une, mais qu’il y a plusieurs personnes ». Il montre clairement que ne s’y trouve ni solitude, ni diversité, ni singularité, mais une ressemblance. Hilaire aussi, au livre III de La Trinité, dit qu’avec ces mots est signifié qu’il n’y a ni diversité ni singularité ou solitude dans la Trinité, mais une ressemblance et une pluralité, ou une distinction. Il affirme en effet ainsi : « Celui qui a dit : Faisons l’homme à notre image et ressemblance, montre qu’ils sont semblables entre eux, en ce qu’il dit à notre image et ressemblance. » « Car une image n’existe pas seule, et une ressemblance n’est pas relative à elle-même ; et la ressemblance qui existe entre eux, ne permet pas qu’on introduise une diversité entre les deux. » De même, le même au livre IV : « Il a voulu plus clairement encore faire comprendre que cette indication ne devait pas seulement se rapporter à lui, en disant : Faisons l’homme à notre image et ressemblance. En effet, l’aveu d’une communauté a éliminé l’idée de singularité, car un solitaire ne peut être pour lui-même une quelconque communauté ; au surplus, ni la solitude d’un solitaire n’admettrait un faisons, et personne non plus ne dirait notre à un étranger. L’un et l’autre mot par conséquent, à savoir : faisons et notre, ne souffrent pas plus un même être solitaire qu’ils n’indiquent des êtres étrangers et séparés. À un solitaire, convient je vais faire et ma ; tandis qu’il convient de dire à qui ne l’est pas faisons et notre. L’un et l’autre mot n’indiquent ni un être exclusivement solitaire, ni un être différent ou un être séparé. Il nous faut, nous aussi, confesser un être ni solitaire ni séparé. Ainsi donc découvre-t-on que Dieu crée un homme à l’image qui lui est commune avec Dieu et à la même ressemblance, si bien que l’indication de celui qui exécute exclut toute idée de solitude et que l’œuvre effectuée selon une même image ou ressemblance ne souffre pas plus de diversité de la part de la divinité. » Dans ces paroles, Hilaire a voulu comprendre la pluralité des personnes sous le nom de « communauté » ; en outre, par le nom de « communauté » ou de pluralité, il a laissé entendre non pas qu’il avançait quelque chose, mais qu’il l’écartait. La pluralité, en effet, ou la communauté des personnes ainsi qu’il est dit, récuse la solitude et la singularité ; dès lors que nous disons qu’il y a plusieurs personnes, nous signifions qu’il ne s’agit pas d’une seule. Pour cette raison, voulant comprendre ces choses d’une manière subtile et sensée, Hilaire affirme : « L’aveu d’une communauté a éliminé l’idée de singularité » ; il ne dit pas qu’il « a avancé quelque chose ». Ainsi encore, quand nous disons trois personnes, supprimons-nous la singularité et la solitude ; et nous signifions que le Père n’est pas seul, que le Fils n’est pas seul et que l’Esprit-Saint n’est pas seul ; et qu’il n’y a pas seulement le Père et le Fils, ni seulement le Père et l’Esprit- Saint, ni seulement le Fils et l’Esprit-Saint. – Mais on traitera de cela plus pleinement par la suite, là où on montrera aussi relativement à quoi les trois personnes sont dites semblables, et si d’une certaine façon s’y trouve une diversité ou une différence. Mais revenons maintenant à notre propos, et présentons les autres autorités des saints à même de montrer la pluralité des personnes et l’unité de l’essence divine. – Moïse dit : Au commencement Dieu créa le ciel et la terre ; par Dieu signifiant le Père, par principe le Fils. La raison en est que chez nous on dit Dieu, le texte hébreu a Elohim, ce qui est le pluriel du singulier El. Que n’ait donc pas été appelé El, ce qu’est Dieu, mais Elohim, ce qui peut s’entendre des dieux ou des juges, se rapporte à la pluralité des personnes. À laquelle encore semble avoir un rapport ce qu’a dit le diable par l’entremise du serpent : Vous serez comme des dieux, du fait qu’on a Elohim en hébreu ; comme s’il avait dit : Vous serez comme les personnes divines. David aussi, le plus grand des Prophètes et des Rois, lui qui place son intelligence au-dessus des autres en disant : J’ai compris mieux que les anciens, pour montrer l’unité de la nature divine, affirme : Le Seigneur est son nom ; il ne dit pas : les Seigneurs. – Ailleurs encore, pour montrer en même temps son unité et son éternité, il affirme au nom de Dieu : Israël, si tu m’écoutes, tu n’auras pas chez toi de nouveau Dieu, ni n’adoreras de Dieu étranger. « L’un de ces termes, comme le dit Ambroise au livre I de La Trinité, signifie l’éternité, l’autre l’unité d’une substance unique, en sorte que nous croyons que le Fils, ou l’Esprit-Saint, n’est ni postérieur au Père, ni n’appartient à une autre divinité. Si le Fils en effet, ou l’Esprit-Saint, est postérieur au Père, il est nouveau ; et, s’il n’appartient pas à la seule divinité, il est un étranger. Mais il n’est ni postérieur, puisqu’il n’est pas nouveau ; ni un étranger, puisque le Fils est né du Père », puisque l’Esprit-Saint a procédé du Père. Ailleurs aussi, pour faire connaître les distinctions des personnes, il affirme : Par la parole du Seigneur les cieux ont été affermis, et par le souffle de sa bouche toute leur armée. Ailleurs encore, il affirme : Dieu, notre Dieu, nous bénit, Dieu nous bénit, et le craignent tous les confins de la terre. La triple confession de Dieu exprime, en effet, la trinité des personnes ; tandis qu’il rend manifeste l’unité de l’essence, lorsqu’il ajoute le au singulier. – Isaïe aussi dit avoir entendu les séraphins en train de clamer : Saint, saint, saint, le Seigneur Dieu ; qu’il dise saint par trois fois, signifie la trinité ; qu’il ajoute le Seigneur Dieu, signifie l’unité de l’essence. David aussi fait clairement connaître la génération éternelle du Fils, lorsqu’il dit au nom du Fils : Le Seigneur m’a dit : tu es mon Fils, moi aujourd’hui je t’ai engendré. Au sujet de cette ineffable génération, Isaïe affirme : Sa génération, qui la racontera ? – Dans un écrit de la Sagesse aussi est montrée l’éternité du Fils avec le Père, là où la Sagesse parle ainsi : Le Seigneur m’a possédée au commencement de ses voies, avant de faire quoi que ce soit dès le principe. Dès l’éternité je suis établie, avant qu’il fit la terre. Quand les abîmes n’étaient pas, j’étais déjà conçue ; quand les sources, quand les monts ou les collines n’étaient pas, j’étais enfantée. Il n’avait pas encore fait la terre et les piliers du monde : quand il préparait les cieux, j’étais là ; quand il pesait les fondements de la terre, j’étais avec lui réglant toutes choses, et j’étais dans les délices jour après jour, jouant en sa présence. Il y a là un témoignage manifeste de la génération éternelle, où la Sagesse rapporte elle-même qu’elle a été conçue et enfantée avant le monde, c’est-à-dire engendrée, et qu’elle existe éternellement auprès du Père. – Elle-même affirme encore ailleurs : Je suis issue de la bouche du Très-Haut, première-née avant toute créature. – Le prophète Michée a aussi fait connaître en même temps la génération éternelle du Verbe et celle temporelle du sein de Marie, lorsqu’il dit : Et toi, Bethleem Ephrata, tu es le plus petit des clans de Juda ; de toi sera issu celui qui régnera sur Israël ; son origine est dès le commencement, dès les jours de l’éternité. Les témoignages particuliers sur l’Esprit-Saint. Sur l’Esprit- Saint aussi, nous avons des documents explicites dans l’Ancien Testament. Dans la Genèse, en effet, on lit : L’Esprit du Seigneur était sur les eaux. Et David dit : Où irai-je loin de ton Esprit ? Et, dans le Livre de la Sagesse, il est dit : L’Esprit saint de la discipline fuira la fausseté : bienveillant en effet est l’esprit de la sagesse. Isaïe affirme aussi : L’Esprit du Seigneur est sur moi, etc. À présent, après les témoignages de l’Ancien Testament sur la foi de la sainte trinité et unité, nous en venons aux autorités du Nouveau Testament, afin que la vérité soit connue au milieu des deux animaux ; et qu’un charbon ardent soit retiré de l’autel avec une pince, par lequel seront touchées les bouches des fidèles. C’est ainsi que le Seigneur Christ fait clairement connaître l’unité de l’essence divine et la trinité des personnes, lorsqu’il dit aux Apôtres : Allez, baptisez tous les peuples au nom du Père et du Fils et de l’Esprit-Saint. « Il dit évidemment au nom, comme l’affirme Ambroise au livre I sur La Trinité, et non pas aux noms », en sorte de montrer l’unité de l’essence ; par les trois noms qu’il a ensuite ajoutés, il a fait savoir qu’il y a trois personnes. « Lui-même affirme encore : Moi et le Père nous sommes un. Il a dit un, comme l’affirme Ambroise dans le même livre, afin de ne pas faire de distinction de pouvoir, de nature ; mais il a ajouté nous sommes, en sorte qu’on ait connaissance du Père et du Fils, à savoir afin qu’on croie que le Père parfait a engendré le Fils parfait, et que le Père et le Fils sont un, non pas par confusion, mais par une unité de nature. Jean aussi dans la Lettre canonique affirme : Il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel : le Père, le Verbe, et l’Esprit-Saint ; et ces trois sont un. Le même affirme encore au début de son Évangile : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu ; il y montre clairement que le Fils a toujours et éternellement été auprès du Père, comme l’un auprès de l’autre. L’Apôtre aussi a clairement distingué la Trinité, lorsqu’il dit : Il a envoyé l’Esprit de son Fils en nos cœurs ; et ailleurs : Si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus habite en vous, etc. – De même ailleurs, il loue de manière très évidente la trinité et aussi l’unité, lorsqu’il dit : Puisque tout est de lui et par lui, et en lui, à lui la gloire. « Il dit de lui, ainsi que le dit Augustin dans le livre La Trinité, à cause du Père ; il dit par lui à cause du Fils ; en lui à cause de l’Esprit-Saint. » « Or, par du fait qu’il n’affirme pas d’eux, par eux et en eux, ni n’affirme à eux la gloire, mais à lui la gloire, il a fait comprendre que cette trinité est un seul Seigneur Dieu. » Mais, parce que presque toutes les lettres du Nouveau Testament font d’un commun accord connaître cette ineffable vérité de l’unité et de la trinité, nous allons surseoir à l’introduction de témoignages sur ce sujet et, autant que notre faiblesse le permet, nous allons montrer qu’il en est de même par des raisons et des comparaisons pertinentes.

Bibliographie

  • Saint Hilaire de Poitiers, La Trinité
  • Mgr Charles Journet, Entretiens sur la Trinité
  • Richard de Saint-Victor, La Trinité