Abbé Barthélemy Baudrand, L’âme élevée à Dieu (Pages 358-359)
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Car voilà ce qui n’arrive que trop souvent : tandis que la grâce sensible nous soutient et nous porte, tandis que les douceurs du service de Dieu se font sentir dans nos cœurs, tandis que le miel des consolations coule dans nos âmes, nous marchons, nous nous soutenons. Mais du moment que le ciel s’obscurcit, que le soleil de justice semble se cacher et s’éclipser à nos yeux, nos cœurs abattus, nos âmes défaillantes, ne sont plus capables de rien ; nous nous arrêtons, nous reculons, nous nous mettons en danger de nous égarer. Là-dessus on se dégoûte de la prière, on néglige ses pratiques, on manque à ses communions, et par là on éloigne la grâce, on s’expose à perdre le mérite de tout. Que faut-il donc faire pour mettre à profit les épreuves et les rendre salutaires et méritoires ! Voici les vraies, les saintes, les solides dispositions qu’il faut prendre, avec les secours de la grâce qui nous sera toujours assurée dans tous les temps, et plus encore dans celui des épreuves. 1° Reconnaître humblement devant Dieu qu’on a bien mérité ses peines, et qu’on se les est attirées par sa faute. 2° S’adresser à Dieu, recourir à la prière pour implorer son secours et son assistance plus spéciale. 3° S’armer de courage et de confiance, persuadés que Dieu est alors plus près de nous que jamais. Où étiez-vous, Seigneur, s’écriait saint Antoine, au milieu des tentations terribles dont il était assailli ? J’étais auprès de vous, lui dit le Seigneur : et une marque que j’étais présent, c’est que vous n’avez pas succombé. 4° Loin de se négliger, de quitter les pratiques de piété, il faut s’y affermir, les redoubler, y être plus exact que jamais. Doit-on quitter les armes dans le temps du combat ? Sur toutes choses, dans ce temps d’épreuves, de sécheresse, de délaissement, nous unir à Jésus-Christ notre divin modèle. Il a été comme délaissé lui-même de son père céleste dans le fort de sa passion et de ses souffrances ; il les offrait alors pour nous mériter les grâces et les secours dans les temps de nos afflictions et de nos combats. […] Ainsi ont été éprouvés tous les saints ; tous ont marché par cette voie semée d’épines, souvent arrosée de leurs larmes, quelquefois même inondée de leur sang. Avant que d’arriver à la terre promise, il faut avoir traversé le désert. Lequel vaut mieux pour nous, lequel est plus salutaire pour le bien de nos âmes, le temps des consolations, ou le temps des épreuves ? Nous pouvons dire en général que celui que Dieu nous envoie, dès que nous en ferons un saint usage, est le meilleur pour nous.