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Providence

R.P. Pierre Toulemont, La providence et les châtiments de la France

Rien en effet de plus radicalement absurde que la conception d’une divinité sans Providence. Pourquoi ? Parce que c’est tout simplement nier la divinité en même temps qu’on l’affirme. On l’affirme, puisqu’on admet son existence ; on la nie, puisqu’on Lui refuse les perfections qui constituent Son essence même. Car enfin, s’il n’y avait point de Providence, si Dieu restait étranger ou indifférent aux choses de ce monde et à celles de l’humanité en particulier, ce serait apparemment défaut de connaissance, ou impuissance, ou insouciance, ou mauvais vouloir : or, de toutes ces hypothèses quelle est celle qui n’équivaut pas à la négation pure et simple de la nature divine ? Direz-vous que l’Être infini et souverainement parfait (car c’est là Sa nature et Son essence) ne peut point connaître tous les détails de la création et qu’Il ne saurait prévoir l’avenir ? Vous en faites un être limité et imparfait, c’est-à-dire le contraire de ce qu’Il est, infini et parfait dans Sa science, comme dans tous Ses autres attributs, présent en vertu de Son immensité à tous les points de l’espace et de la durée, Il voit d’un seul regard tout ce qui est, tout ce qui sera, tout ce qui peut être. Direz-vous que Dieu n’est pas assez puissant pour gouverner le monde et l’humanité ? Vous Le limitez encore en lui supposant une volonté bornée dans son efficacité, et par conséquent vous anéantissez Sa perfection infinie. Direz-vous que Dieu n’est pas assez puissant pour gouverner le monde et l’humanité ? Vous Le limitez encore en lui supposant une volonté bornée dans son efficacité, et par conséquent vous anéantissez Sa perfection infinie. Direz-vous enfin qu’Il ne veut point se mêler du gouvernement de la création par insouciance ou pour toute autre cause ? Vous supprimez et anéantissez encore et toujours Ses plus nécessaires attributs : je veux dire Sa bonté, Son domaine souverain, Sa sainteté et Sa justice.

Saint François de Sales, Traité de l’amour de Dieu

La providence souveraine n’est autre chose que l’acte par lequel Dieu veut fournir aux anges et aux hommes les moyens nécessaires ou utiles pour parvenir à leur fin.

Jacques-Bénigne Bossuet, Discours sur l’Histoire Universelle

Dieu tient du plus haut des cieux les rênes de tous les royaumes ; Il a tous les cœurs en Sa main : tantôt Il retient toutes les passions ; tantôt Il leur lâche la bride, et par là Il remue tout le genre humain. Veut-Il faire des conquérants, Il fait marcher l’épouvante devant eux, et Il inspire à eux et à leurs soldats une hardiesse invincible. Veut-Il faire des législateurs, Il leur envoie Son esprit de sagesse et de prévoyance ; Il leur fait prévenir les maux qui menacent les États, et poser les fondements de la tranquillité publique. Il connaît la sagesse humaine toujours courte par quelque endroit ; Il l’éclaire, Il étend ses vues, et puis Il l’abandonne à ses ignorances ; Il l’aveugle, Il la précipite, Il la confond par elle-même ; elle s’enveloppe, elle s’embarrasse dans ses propres subtilités, et ses précautions lui sont un piège. Dieu exerce par ce moyen Ses redoutables jugements, selon les règles de Sa justice toujours infaillible. C’est Lui qui prépare les effets dans les causes les plus éloignées, et qui frappe ces grands coups dont le contrecoup porte si loin… Ne parlons plus de hasard, ni de fortune, ou parlons-en seulement comme d’un nom dont nous couvrons notre ignorance. Ce qui est hasard à l’égard de nos conseils incertains, est un dessein concerté dans un conseil plus haut, c’est-à-dire dans ce conseil éternel qui renferme toutes les causes et tous les effets dans un même ordre. De cette sorte tout concourt à la même fin ; et c’est faute d’entendre le tout, que nous trouvons du hasard ou de l’irrégularité dans les rencontres particulières.

Saint Vincent de Paul, Conférence aux Filles de la Charité

Que ferons-nous, que gagnerons-nous de n’avoir pas confiance en Dieu ? Nous la mettrons donc en notre conduite et propre industrie. Hélas ! Nous ne sommes pas capables de nous conduire nous-même. Il faut laisser faire Dieu, car il est notre Père. Et ainsi, tant que nous aurons confiance en Dieu, il aura soin de nous. Mais vouloir nous retirer d’entre les bras de sa Providence pour prendre la conduite de nous-mêmes, c’est être mal conseillés, puisque nous ne pouvons pas avoir une bonne pensée, si Dieu ne nous la donne ; nous ne pouvons rien faire, ni rien dire, pas seulement prononcer ces paroles : « Abba Pater », dit saint Paul, sans la grâce de Dieu.

Jean-Baptiste Saint-Jure, De la connaissance du Fils de Dieu

Eh quoi ! Un homme confiera bien sa santé à un médecin, son différend à un avocat, et s’il est aveugle, il se laissera conduire par un enfant et, ce qui est encore plus, quelquefois par un chien, et il fera le difficile pour suivre la direction de Dieu ! Quel dérèglement ! Quelle extravagance ! Abandonnons-nous donc absolument à lui, nous assurant qu’étant très-sage il ne saurait faillir, et ayant une bonté infinie et un amour plus que paternel pour nous, il veut notre bien.

R.P. Pierre Toulemont, La Providence et les Châtiments de la France

L’intervention de la divine Providence n’est en aucune manière opposée à l’immutabilité. Comment, en effet, la vraie philosophie conçoit-elle cette intervention ? Est-ce comme une série d’actes successifs dans la volonté divine, comme un perpétuel changement dans Ses résolutions, comme une multiplicité de desseins confus et contradictoires ? Ces absurdités, on nous les impute ; nous les repoussons de toutes nos forces. Que disons-nous donc ? Nous disons que Dieu n’a qu’une seule et même volonté, un seul et même acte, éternel, présent et immanent. Mais cet acte parfaitement un et unique en lui-même, est multiple et successif quant à ses effets extérieurs. C’est là un mystère sans doute, mais un mystère qui s’impose nécessairement à la raison, et que les spiritualistes sont bien obligés d’admettre comme nous, sous peine d’anéantir totalement les vérités philosophiques les plus certaines et, en particulier, le dogme de la liberté divine. Cette liberté consiste précisément en ce que Dieu peut faire produire à Son acte unique et éternel une variété indéfinie d’opérations au dehors. Du centre de Son éternité qui correspond à tous les points de la durée, Il étend Son action sur tous les moments et sur tous les siècles, sans subir l’ombre même d’un changement dans Son invariable essence. Il est, pour me servir d’une hypothèse grandiose de l’astronomie, comme ce soleil central toujours fixe et immobile, tandis qu’il voit rouler autour de lui notre soleil à nous et toutes les étoiles, avec les innombrables cortèges de planètes qu’elles emportent dans leurs orbites. De même que la science de Dieu contemple d’une seule vue le passé, le présent et l’avenir ; de même Sa puissance et Sa volonté atteignent simultanément tout ce qui a été, tout ce qui est et tout ce qui sera ; et comme Son intelligence ne perd rien de Son immuable unité malgré la prodigieuse variété des objets qu’elle embrasse, ainsi Sa volonté demeure éternellement une et éternellement immuable, nonobstant l’incompréhensible multiplicité des effets qu’elle engendre.