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Péché

Romain VI, 23

Le salaire du péché, c’est la mort.

Saint Alphonse de Liguori, Sermon pour le premier dimanche après l’Épiphanie

Marie ayant perdu, pendant l’espace de trois jours, son fils Jésus, ne pouvait se consoler de ne pas le voir, et ne cessa de le chercher jusqu’à ce qu’elle l’eût retrouvé. Comment peut-il se faire qu’après avoir perdu non-seulement la vue de Jésus-Christ, mais encore sa grâce ineffable, tant de pécheurs ne gémissent point, et dorment en paix, peu soucieux de la recouvrer ? Cela vient de ce qu’ils ne comprennent point que pécher ou perdre Dieu n’est qu’une seule et même chose. On se dit : je commets ce péché, non pour perdre Dieu, mais pour me procurer tel plaisir, pour dérober telle chose à autrui, pour satisfaire cette vengeance. Raisonner ainsi, c’est montrer qu’on ne connaît point toute l’étendue du péché mortel. Qu’est-ce que le péché mortel ? – C’est un grand mépris que l’on a pour Dieu. – C’est un grand déplaisir que l’on cause à Dieu.

Jean Daujat, La face interne de l’histoire (Page 46)

Il faut considérer la malice infinie du péché. Beaucoup, qui ne regardent pas le péché à la lumière de la foi, voient dans le péché soit une infraction à un règlement soit une faute morale par laquelle l’homme se détourne de son bien humain, ce qui dans l’un ou l’autre cas n’est évidemment pas d’une malice infinie, mais aux yeux de la foi le péché est le mépris de l’Amour infini, le refus du Bien infini qui Se donne à nous, et c’est par là qu’il est d’une malice infinie.

Pape Pie XII (26 octobre 1946)

Le péché du vingtième siècle est la perte du sens du péché.

Dom Augustin Guillerand, Amour et silence

Tous les malheurs réunis ne sont rien en comparaison d’un seul péché, car un seul péché nous enlève la vie divine. Pour comprendre l’horreur du péché, prenons conscience de sa réalité. Quel chrétien aurait l’audace d’entrer furtivement dans une église, de violer le tabernacle, d’arracher le ciboire, de jeter à terre et de profaner les Saintes Espèces ? Voudrions-nous faire cela, aurions-nous ce triste courage ? Non. Même le chrétien le plus tiède n’oserait pas commettre ce sacrilège sur le corps de Notre-Seigneur. Or, que faisons-nous par le péché ? Nous arrachons Dieu de notre cœur, pour livrer celui-ci à l’emprise du démon.

Jacques-Bénigne Bossuet, Réflexion sur le triste état des pécheurs

Âme chrétienne, levez les yeux, contemplez en silence ces vérités théologiques, que Dieu, par sa propre sainteté, connaît votre péché, qu’il le considère, qu’il l’examine et qu’il en sait toutes les dimensions ; que c’est par elle qu’il mesure ce que vous êtes durant vos désordres ; qu’autant qu’il voit d’infinité dans les beautés et les grandeurs de ses perfections divines, autant il en voit dans les laideurs, les bassesses et les opprobres de votre vie criminelle. Il mesure votre état au sien ; et il trouve qu’il n’y a pas plus de hauteur ni de gloire dans les plus sublimes élévations de sa sagesse et de son amour envers son Verbe, qu’il n’y a de néant où vous êtes tombée en vous éloignant de lui. Il voit les unes et les autres par la même vision. Qu’est-ce ceci, grand Dieu, s’écrie le Prophète tremblant d’horreur ? (Ps. LXXXIX, 8.) Faut-il donc que ce soit dans un jour si éclatant que vous contempliez les disgrâces et les hontes de notre vie misérable, et que, parmi les splendeurs du paradis, le siècle de notre ingratitude soit un spectacle de votre éternité? Voilà comme Dieu connaît ce qui se passe parmi nous, et voilà ce qu’il pense d’un seul et du moindre des péchés.

Père Emmanuel, Le naturalisme

Le mal, c’est que, trop souvent, après avoir perdu la grâce, après être déchu de la charité, comme on trouve toujours en soi l’amour du bien en général et l’inclination naturelle à aimer Dieu, on se contente de ces dispositions et l’on se croit quitte envers Dieu. On est dans le péché mortel, et comme les inclinations naturelles à aimer Dieu, l’amour du bien en général restent au fond de l’âme, on prend ces dispositions naturelles, communes à tous les hommes, pour ses dispositions personnelles, pour son état particulier devant Dieu. Cet état, devant Dieu, est le péché mortel, mais on ne l’aperçoit pas : les inclinations naturelles restent, on les aperçoit, on s’en contente, et l’on se fait croire que Dieu s’en contentera aussi. On se dit à soi-même : Je n’en veux point à Dieu, je sais qu’il est bon – je l’aime par inclination : comment Dieu pourrait-il m’en vouloir, puisque je ne lui en veux pas ? Serait-il moins bon que moi ?

Saint curé d’Ars, Sermon sur la contrition

Nous lisons dans la vie de sainte Marguerite, qu’elle eut une si grande douleur d’un péché qu’elle avait commis dans sa jeunesse, qu’elle le pleura toute sa vie étant près de mourir, on lui demanda quel était le péché qu’elle avait commis qui lui avait fait verser tant de larmes. « Hélas ! s’écria-t-elle en pleurant, comment ne pourrais-je pas pleurer ? Ah ! ou plutôt que ne suis-je morte avant ce péché ! A l’âge de cinq ou six ans, j’eus le malheur de dire un mensonge à mon père. – Mais, lui dit-on, il n’y avait pas là tant de quoi pleurer. – Ah ! peut-on bien me tenir un tel langage ! Vous n’avez donc jamais conçu ce que c’est que le péché, l’outrage qu’il fait à Dieu et les malheurs qu’il nous attire ? » Hélas ! Qu’allons-nous devenir, si tant de saints ont fait retentir les rochers et les déserts de leurs gémissements, ont formé, pour ainsi dire, des rivières de leurs larmes pour des péchés dont nous nous faisons un jeu, tandis que nous avons commis des péchés mortels, peut-être plus que nous n’avons de cheveux à la tête. Et pas une larme de douleur et de repentir ! Ah ! triste aveuglement où nos désordres nous ont conduits !

Père Louis Lallemant, La doctrine spirituelle (IIIème Principe, Chapitre II, Article I, Paragraphe 3)

La ruine des âmes vient de la multiplication des péchés véniels, qui causent la diminution des lumières et des inspirations divines, des grâces et des consolations intérieures, de la ferveur et du courage pour résister aux attaques de l’ennemi. De là s’ensuit l’aveuglement, la faiblesse, les chutes fréquentes, l’habitude, l’insensibilité, parce que l’affection étant gagnée, on pèche sans sentiment de son péché.

Adolphe Tanquerey, Précis de théologie ascétique et mystique (Pages 293-294)

Rien ne diminue notre idéal comme l’attache au péché : au lieu d’être prêts à tout faire pour Dieu et de viser aux sommets, nous nous arrêtons délibérément le long du chemin, à mi-côte, pour jouir de quelque petit plaisir défendu ; nous perdons ainsi un temps précieux ; nous cessons de regarder en haut, pour nous amuser à cueillir quelques fleurs qui bientôt vont se faner ; nous sentons alors la fatigue, et les sommets de la perfection, ceux-là même auxquels nous étions personnellement appelés, nous semblent trop lointains et trop escarpés ; nous nous disons qu’il n’est pas nécessaire de viser si haut, qu’on peut faire son salut à meilleur compte ; et l’idéal que nous avions entrevu n’a plus d’attraits pour nous. Après tout, se dit-on, ces mouvements de complaisance en soi-même, ces petites sensualités, ces amitiés sensibles, ces médisances, sont inévitables ; il faut en prendre son parti. Alors l’élan vers les hauteurs est brisé ; nous marchions auparavant d’un pas allègre, soutenus par l’espoir d’arriver au but ; nous commençons à sentir le poids du jour, et de la fatigue, et, quand nous voulons reprendre nos ascensions, l’attache au péché véniel nous empêche d’avancer. L’oiseau attaché au sol essaie en vain de prendre son essor, il retombe meurtri sur le sol ; ainsi nos âmes, retenues par des attaches auxquelles nous ne voulons pas renoncer, retombent bien vite plus ou moins meurtries par le vain effort qu’elles ont tenté. Parfois sans doute il nous semble bien que nous allons reprendre notre élan ; mais hélas ! d’autres liens nous retiennent, et nous n’avons plus la constance nécessaire pour les couper tous les uns après les autres.

Pierre Lombard, Les Quatre Livres des Sentences (Deuxième livre, Distinction XXXV, Chapitre I)

  1. Qu’est-ce que le péché ? Après cela, il faut voir ce qu’est le péché. – Augustin, à Faust : « Le péché, ainsi que l’affirme Augustin, est tout ce qui est dit, fait ou désiré, qui se fait contre la loi de Dieu. » – Augustin. Une autre définition : Le même, dans le livre Les Deux Âmes : « Le péché est la volonté de retenir ou de suivre ce que la justice interdit. »- Dans l’une et l’autre assignation il s’agit du péché actuel, et mortel, non pas du péché véniel. Par la première définition, il montre que le péché est la volonté mauvaise, soit une parole et une action dépravée, c’est-à-dire un acte mauvais tant intérieur qu’extérieur. Tandis que, par l’autre, il montre qu’il s’agit seulement d’un acte intérieur : car la volonté, ainsi qu’il a été dit dans les choses ci-dessus, est un mouvement de l’esprit ; il s’agit donc d’un acte intérieur.
  2. Ambroise aussi, dans le livre Le Paradis, affirme : « Qu’est-ce que le péché, si ce n’est la transgression de la loi divine et la désobéissance aux préceptes célestes ? Le péché est donc en celui qui transgresse, mais il n’y a pas de faute en celui qui commande. Le péché, en effet, n’aurait pas d’existence s’il n’y avait pas eu d’interdiction. Mais le péché n’ayant pas d’existence, non seulement la malice, mais même la vertu n’aurait peut-être pas existé, elle qui, si n’avaient pas existé certaines semences de malice, n’aurait pas pu subsister ou se distinguer ». Comme on le voit, Ambroise définit que le péché est une transgression de la loi et une désobéissance.
  3. Jean affirme : Celui qui commet le péché, commet aussi l’iniquité, et le péché est l’iniquité. Passage sur lequel Augustin dit : « Nomos en grec, loi en latin ; d’où anomia, l’iniquité qui est contre la loi ou qui est sans la loi. Il dit en conséquence ; Le péché est l’iniquité ; quoi que nous fassions comme péché, nous le faisons contre la loi de Dieu. D’où : Tu as considéré tous les pécheurs de la terre comme des transgresseurs : non seulement ceux qui méprisent la loi écrite, mais encore ceux qui corrompent l’innocence de la loi naturelle. »

Jacques-Bénigne Bossuet, Élévations sur les Mystères, méditations et autres textes

Mais la grande peine du péché, celle qui est seule proportionnée, c’est la mort éternelle ; et cette peine du péché est enfermée dans le péché même. Car le péché n’étant autre chose que la séparation volontaire de l’homme qui se retire de Dieu, il s’ensuit de là que Dieu se retire aussi de l’homme, et s’en retire pour jamais, l’homme n’ayant rien par où il puisse s’y rejoindre de lui-même, de sorte que par ce seul coup que se donne le pécheur, il demeure éternellement séparé de Dieu, et Dieu, forcé par conséquent à se retirer de lui, jusqu’à ce que, par un retour de sa pure miséricorde, il lui plaise de revenir à son infidèle créature. Ce qui n’arrivant que par une pure bonté que Dieu ne doit point au pécheur, il s’ensuit qu’il ne lui doit autre chose qu’une éternelle séparation et soustraction de sa bonté, de sa grâce et de sa présence ; mais dès là son malheur est aussi immense qu’il est éternel. Car, que peut-il arriver à la créature privée de Dieu, c’est-à-dire de tout bien ? Que lui peut-il arriver, sinon tout mal ? « Allez, maudits, au feu éternel » : et où iront-ils, ces malheureux repoussés loin de la lumière, sinon dans les ténèbres éternelles ? Où iront-ils, éloignés de la paix, sinon au trouble, au désespoir, au « grincement de dents » ? Où iront-ils, en un mot, éloignés de Dieu, sinon en toute l’horreur que causera l’absence et la privation de tout le bien qui est en lui, comme dans la source ? « Je te montrerai tout le bien », dit-il à Moïse, en me montrant moi-même. Que pourra-t-il donc arriver à ceux à qui il refusera sa face et sa présence désirable, sinon qu’il leur montrera tout le mal ; et qu’il le leur montrera non seulement pour le voir, ce qui est affreux ; mais, ce qui est beaucoup plus terrible, pour le sentir par une triste expérience ? Et c’est là le juste supplice du pécheur qui se retire de Dieu, que Dieu aussi se retire de lui, et, par cette soustraction, le prive de tout le bien, et l’investisse irrémédiablement et inexorablement de tout le mal. Ô Dieu ! ô Dieu ! je tremble ; je suis saisi de frayeur à cette vue. Consolez-moi par l’espérance de votre bonté : rafraîchissez mes entrailles, et soulagez mes os brisés, par Jésus-Christ votre Fils, qui a porté la mort pour me délivrer de ses terreurs, et de toutes ses affreuses suites, dont la plus inévitable est l’enfer.