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Mal

Jacques-Bénigne Bossuet, Sermon sur l’honneur, pour le mardi de la deuxième semaine de Carême

Le mal n’a point de nature ni de subsistance. Car qui ne sait qu’il n’est autre chose qu’une simple privation, un éloignement de la loi, une perte de la raison et de la droiture ? Ce n’est donc pas une nature, mais plutôt la maladie, la corruption, la ruine de la nature. De cette vérité, qui est si connue, le docte saint Jean Chrysostome en a tiré cette conséquence : Comme le mal, dit ce grand évêque, n’a point de nature ni de subsistance en lui-même, il s’ensuit qu’il ne peut pas subsister tout seul ; de sorte que s’il n’est soutenu par quelque mélange de bien, il se détruira lui-même par son propre excès. Qu’un homme veuille tromper tout le monde, il ne trompera personne : qu’un voleur tue ses compagnons aussi bien que les passants, tous le fuiront également comme une bête farouche. De tels vicieux n’ont point de crédit : il faut un peu de mélange ; mais aussi, si peu qu’on prenne de soin de mêler avec le vice quelque teinture de vertu, il pourra sans trop se cacher et presque sans se contraindre, paraître avec honneur dans le monde.