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Liberté

Monseigneur Gaume, La profanation du dimanche considérée au point de vue de la religion, de la société, de la famille, de la liberté, du bien-être, de la dignité humaine et de la santé

Le pouvoir de faire le mal n’est nullement essentiel à la liberté ; autrement Dieu ne serait pas libre, ou sa liberté serait moins parfaite que celle de l’homme. Autrement encore, toutes les lois des nations seraient de monstrueux attentats ; car toutes ont pour but, en principe, d’enchaîner la puissance de faire le mal, et Proudhon aurait raison de soutenir que l’anarchie est l’état normal de l’homme. La liberté ne consistant ni dans le pouvoir de faire tout ce qu’on veut, ni dans la faculté de faire le mal, elle doit donc se définir : le pouvoir de faire le bien. […] Les limites de la liberté sont les droits d’autrui. Par autrui, j’entends Dieu, le prochain, et nous-mêmes. Celui-là seul est donc libre, et mérite d’être appelé tel, qui, dans ses paroles et dans ses actions, respecte tous les droits, ou, en d’autres termes, qui accomplit tous ses devoirs envers Dieu, envers ses semblables et envers lui-même. Ces devoirs ont leur raison et leur règle dans la volonté infaillible de Dieu. […] De là, cette conséquence inévitable, que l’homme ou le peuple le plus libre est celui qui rencontre le moins d’obstacles pour accomplir et qui accomplit le plus fidèlement la volonté de Dieu en toutes choses. Telle est la belle définition que l’Église nous donne de la liberté humaine : Servir Dieu, c’est régner.

Pape Léon XIII, Immortale Dei (Encyclique)

La liberté, cet élément de perfection pour l’homme, doit s’appliquer à ce qui est vrai et à ce qui est bon. Or, l’essence du bien et de la vérité ne peut changer au gré de l’homme, mais elle demeure toujours la même, et non moins que la nature des choses elle est immuable. Si l’intelligence adhère à des opinions fausses, si la volonté choisit le mal et s’y attache, ni l’une ni l’autre n’atteint sa perfection, toutes deux déchoient de leur dignité native et se corrompent. Il n’est donc pas permis de mettre au jour et d’exposer aux yeux des hommes ce qui est contraire à la vertu et à la vérité, et bien moins encore de placer cette licence sous la tutelle et la protection des lois.

Jacques-Bénigne Bossuet, Sermon pour le jour de la Purification de la Sainte Vierge

Le nom de liberté est le plus agréable et le plus doux, mais tout ensemble le plus décevant et le plus trompeur de tous ceux qui ont quelque usage dans la vie humaine. Les troubles, les séditions, le mépris des lois ont toujours ou leur cause ou leur prétexte dans l’amour de la liberté. Il n’y a aucun bien de la nature dont les hommes abusent davantage qu’ils font de leur liberté, ni rien qu’ils connaissent moins que la franchise, encore qu’ils la désirent avec tant d’ardeur. J’entreprends de vous faire voir que nous perdons notre liberté en la voulant trop étendre ; que nous ne savons pas la conserver, si nous ne savons aussi lui donner des bornes ; et enfin que la liberté véritable, c’est d’être soumis aux lois. Quand je vous parle, Messieurs, de la liberté véritable, vous devez entendre par là qu’il y en a aussi une fausse ; et c’est ce qui paraît clairement dans ces paroles du Sauveur : « Vous serez vraiment libres, dit-il, quand je vous aurai affranchis. » Quand il dit que nous serons vraiment libres, il a dessein de nous faire entendre qu’il y a une liberté qui n’est qu’apparente ; et il veut que nous aspirions, non à toute sorte de franchise, mais à la franchise véritable, à la liberté digne de ce nom, c’est-à-dire à celle qui nous est donnée par sa grâce et par sa doctrine : Tunc vere liberi eritis. C’est pourquoi nous ne devons pas nous laisser surprendre par le nom ni par l’apparence de la liberté. Il faut ici nous rendre attentifs à démêler le vrai d’avec le faux ; et pour le faire nettement et distinctement, je remarquerai, chrétiens, trois espèces de libertés que nous pouvons nous figurer dans les créatures. La première, c’est la liberté des animaux ; la seconde, c’est la liberté des rebelles ; la troisième, c’est la liberté des sujets et des enfants. Les animaux semblent être libres, parce qu’on ne leur prescrit aucune loi ; les rebelles s’imaginent l’être, parce qu’ils secouent le joug des lois ; les sujets et les enfants de Dieu le sont en effet, parce qu’ils se soumettent humblement à la sainte autorité des lois. Telle est la liberté véritable, et il nous sera aisé de l’établir solidement par la destruction des deux autres. Et premièrement, chrétiens, pour ce qui regarde cette liberté dont jouissent les animaux, j’ai honte de l’appeler de la sorte et de ravilir jusque là un si beau nom. Il est vrai qu’ils n’ont pas de lois qui répriment leurs appétits ou dirigent leurs mouvements, mais c’est qu’ils n’ont pas d’intelligence qui les rende capables d’être gouvernés par la sage direction des lois. Ils vont où les pousse un instinct aveugle, sans conduite et sans jugement ; et appellerons-nous liberté un emportement brute et indocile, incapable de raison et de discipline ? À Dieu ne plaise, ô enfants d’Adam, ô créatures raisonnables que Dieu a formées à son image, à Dieu ne plaise, encore une fois, qu’une telle liberté vous agrée, et que vous consentiez jamais d’être libres d’une manière si basse ! Et toutefois, chrétiens, qu’entendons-nous tous les jours dans la bouche des hommes du monde ? Ne sont-ce pas eux qui trouvent toutes les lois importunes, et qui voudraient les voir abolies, pour n’en recevoir que d’eux-mêmes et de leurs désirs déréglés ? Peu s’en faut que nous n’enviions aux animaux leur liberté et que nous ne célébrions hautement le bonheur des bêtes sauvages, de ce qu’elles n’ont dans leurs désirs d’autres lois que leurs désirs mêmes : tant nous avons ravili l’honneur de notre nature ! Mais au contraire, Messieurs, le docte Tertullien en avait bien compris la dignité, lorsqu’il a prononcé cette sentence, au IIème livre Contre Marcion, qui est en vérité un chef-d’œuvre de doctrine et d’éloquence. « Il a fallu, nous dit-il, que Dieu donnât des lois à l’homme, non pour le priver de sa liberté, mais pour lui témoigner de l’estime ». Et certes cette liberté de vivre sans lois eût été injurieuse à notre nature ; Dieu eût témoigné qu’il méprisait l’homme, s’il n’eût pas daigné le conduire et lui prescrire l’ordre de sa vie ; il l’eût traité comme les animaux auxquels il ne permet de vivre sans lois que par le peu d’état qu’il en fait, et qu’il ne laisse libres de cette manière, dit le même Tertullien, que par mépris : Il ne fallait pas que l’homme fût mis à égalité avec les autres animaux, séparés de lui et libres à raison de son dédain même. Quand donc les hommes se plaignent des lois qui leur ont été imposées, quand ils voudraient qu’on les laissât errer sans ordre et sans règle au gré de leurs désirs aveugles, « ils n’entendent pas, dit le saint Psalmiste, quel est l’honneur et la dignité de la nature raisonnable, puisqu’ils veulent qu’on les compare et qu’on les mette en égalité avec les animaux brutes, privés de raison ». Et c’est ce prodigieux aveuglement que leur reproche avec raison un ami de Job, en ces termes : « L’homme vain et déraisonnable s’emporte par une fierté insensée, et s’imagine être né libre à la manière d’un animal fougueux et indompté. » En effet, quels sont vos sentiments, ô pécheurs aveugles, lorsque vous suivez pour toute règle votre humeur, votre passion, votre colère, votre plaisir, votre fantaisie égarée ; lorsque vous ne faites que secouer le mors et regimber contre toutes les lois, sans vouloir souffrir ni qu’on vous retienne, ni qu’on vous enseigne, ni qu’on vous conduise ? N’est-ce pas sans doute que vous vous imaginez être nés libres, non à la manière des hommes, mais à celle des animaux, et encore les plus indomptés et les plus fougueux qui n’endurent ni aucun joug, ni aucun frein, ni enfin aucun conducteur ? Ô hommes, ce n’est pas ainsi que vous devez vous considérer. Vous êtes nés libres, je le confesse : mais certes votre liberté ne doit pas être abandonnée à elle-même, autrement vous la verriez dégénérer en un égarement énorme. Il faut vous donner des lois, parce que vous êtes capables de raison, et dignes d’être gouvernés par une conduite réglée : « Ô Seigneur, envoyez un législateur à votre peuple » ; donnez-lui premièrement un Moïse, qui leur apprenne leurs premiers éléments et conduise leur enfance ; donnez-leur ensuite un Jésus-Christ, qui les enseigne dans l’âge plus mûr, et les mène à la perfection ; « et ainsi vous ferez connaître que vous les traitez comme des hommes », c’est-à-dire comme des créatures que vous avez formées à votre image et dont vous voulez aussi former les mœurs selon les lois de votre vérité éternelle. Que s’il est juste et nécessaire que Dieu nous donne des lois, confessez qu’il ne l’est pas moins que notre volonté s’y soumette. C’est pour cela que la sainte Vierge nous montre aujourd’hui un si grand exemple d’une parfaite obéissance. Plus pure que les rayons du soleil, elle se soumet à la loi de la purification. Le Sauveur lui-même est porté au temple, parce que la loi le commande ; et le Fils ne dédaigne pas d’être assujetti à la loi qui a été établie pour les serviteurs. À cet exemple, Messieurs, n’aimons notre liberté que pour la soumettre à Dieu, et ne nous persuadons pas que ses saintes lois nous la ravissent. Ce n’est pas s’opposer à un fleuve, ni à la liberté de son cours, que de relever ses bords de part et d’autre, de peur qu’il ne se déborde et ne perde ses eaux dans la campagne ; au contraire c’est lui donner le moyen de couler plus doucement dans son lit, et de suivre plus certainement son cours naturel. Ainsi ce n’est pas perdre la liberté que de lui imposer des lois, de lui donner des bornes deçà et delà pour empêcher qu’elle ne s’égare ; c’est l’adresser plus assurément à la voie qu’elle doit tenir. Par une telle précaution, on ne la gêne pas, mais on la conduit ; on ne la force pas, mais on la dirige. Ceux-là la perdent, ceux-là la détruisent qui détournent son cours naturel, c’est-à-dire sa tendance au souverain bien. Ainsi la liberté véritable, c’est de dépendre de Dieu. Car qui ne voit que refuser son obéissance à l’autorité légitime de la loi de Dieu, ce n’est pas liberté, mais rébellion ; ce n’est pas franchise, mais insolence ? Ouvrons les yeux, chrétiens, et comprenons quelle est notre liberté. La liberté nous est donnée, non pour secouer le joug, mais pour le porter avec honneur en le portant volontairement. La liberté nous est donnée, non pour avoir la licence de faire le mal, mais afin qu’il nous tourne à gloire de faire le bien ; non pour dénier à Dieu nos services, mais afin qu’il puisse nous en savoir gré. Nous sommes sous la puissance de Dieu beaucoup plus sans comparaison, que la loi ne met les enfants sous la puissance paternelle. S’il nous a, dit Tertullien, comme émancipés en nous donnant notre liberté et la disposition de notre choix, ce n’est pas pour nous rendre indépendants, mais afin que notre soumission fût volontaire, afin que nous lui rendissions par choix ce que nous lui devons par obligation ; et qu’ainsi nos devoirs tinssent lieu d’offrande, et que nos services fussent aussi des mérites. C’est pour cela, chrétiens, que la liberté nous a été donnée.

Gustave Thibon, La Revue Universelle (Octobre 1943)

Vous aspirez à être libre. Libre de quoi ? De faire ce que vous désirez ? Tout dépend alors de la qualité de vos désirs. Appelez-vous libre le citoyen « conscient », nanti du bulletin de vote et du droit de parler, d’écrire et de s’associer, mais captif de son apéritif, de ses pantoufles et de son journal ? Être libre, pour nous, c’est d’abord être délivré intérieurement du mal afin de pouvoir réaliser en nous et autour de nous certaines valeurs essentielles au salut et à la perfection de l’homme, c’est ensuite être délivré des obstacles extérieurs qui s’opposent à la réalisation de ces valeurs. Mais cette liberté n’a rien de commun avec une absence absolue de contrainte qui ferait de l’homme la proie de tous les esclavages qui flattent sa bassesse et sa vanité : elle n’est pas, elle ne sera jamais la faculté, la facilité de descendre toutes les pentes.

Monseigneur Gaume, Traité du Saint-Esprit

La liberté est le pouvoir de faire le bien, comme l’entendement est la faculté de connaître le vrai. La possibilité de faire le mal n’est pas plus de l’essence de la liberté, que la possibilité de se tromper n’est de l’essence de l’entendement; que la possibilité d’être malade n’est de l’essence de la santé. Il s’ensuit que plus l’homme pèche, plus il montre la faiblesse de son libre arbitre ; de même que plus il se trompe, plus il montre la faiblesse de sa raison ; de même que plus il est malade, plus il fait preuve de mauvaise santé. Plus aussi, en péchant et en déraisonnant, l’homme se dégrade et se rend méprisable ; car plus il se rapproche de l’enfant, qui n’a encore ni la liberté ni l’entendement, ou de l’insensé, qui ne l’a plus, ou de la bête, qui ne l’aura jamais.

Jean VIII, 32

La Vérité vous rendra libres.

Saint Augustin, De la correction et de la grâce

Si, défendant le libre arbitre non selon la grâce de Dieu, mais contre elle, tu dis qu’il appartient au libre arbitre de persévérer ou de ne pas persévérer dans le bien, et que si l’on y persévère, ce n’est pas par un don de Dieu, mais par un effort de la volonté humaine, que machineras-tu pour répondre à ces paroles du Maître : « J’ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille pas » ? Oseras-tu dire que malgré la prière du Christ pour que la foi de Pierre ne défaille pas, cette foi eût défailli néanmoins, si Pierre avait voulu qu’elle défaillît, c’est-à-dire s’il n’avait pas voulu persévérer jusqu’à la fin ? Comme si Pierre eût pu vouloir autre chose que ce que le Christ demandait pour lui qu’il voulût ! Qui ignore que la foi de Pierre devait périr, si sa propre volonté, la volonté par laquelle il était fidèle, défaillait, et qu’elle devait demeurer jusqu’au bout, si sa volonté restait ferme ? Mais puisque la volonté est préparée par le Seigneur, la prière du Christ pour lui ne pouvait être vaine. Quand il a prié pour que sa foi ne défaille pas, qu’a-t-il demandé en définitive, sinon qu’il ait une volonté de croire à la fois parfaitement libre, ferme, invincible et persévérante ? Voilà comment on défend la liberté de la volonté, selon la grâce, et non contre elle. Car ce n’est pas par sa liberté que la volonté humaine acquiert la grâce, mais plutôt par la grâce qu’elle acquiert sa liberté, et pour persévérer, elle reçoit, en outre, de la grâce le don d’une stabilité délectable et d’une force invincible

Monseigneur Marcel Lefebvre, Ils l’ont découronné

La loi n’est pas un antagoniste de la liberté, c’est au contraire une aide nécessaire et il faut dire cela aussi des lois civiles dignes de ce nom. Sans la loi, la liberté dégénère en licence, qui est « faire ce qui me plait ». Précisément certains libéraux, faisant de cette liberté morale un absolu, prêchent la licence, la liberté de faire indifféremment le bien ou le mal, d’adhérer indifféremment au vrai ou au faux. Mais qui ne voit que la possibilité de faillir au bien, loin d’être l’essence et la perfection de la liberté, est la marque de l’imperfection de l’homme déchu. Bien plus, comme l’explique saint Thomas, la faculté de pécher n’est pas une liberté, mais une servitude : « Celui qui commet le péché est esclave du péché. » (Jn 8, 34)

Jules Simon, La religion naturelle

Seuls dans le monde, nous n’aurions pas de loi : nous ne serions qu’une chose vaine et légère, indifférente à l’ordre et au plan de l’univers. La liberté ne nous est pas donnée pour nous soustraire à la loi, mais pour lui obéir en connaissance de cause. Voilà sa force et la nôtre. Livrée à elle-même, elle nous détruit ; soumise à une loi et à une loi immuable, elle est l’instrument et la marque de notre grandeur. Quelle est cette loi ? D’où vient-elle ? Du monde, étranger à la liberté, mobile, et soumis lui-même à des lois nécessaires ? Non, la loi morale ne vient ni de moi, ni de la société, ni du monde. Elle était avant moi, et subsistera après moi. Je puis la violer, non la détruire.

Monseigneur de Ségur, La révolution

La liberté, dans son sens le plus élevé, est la puissance de faire le bien, c’est-à-dire d’accomplir en son entier la volonté de Dieu. La liberté absolue et parfaite n’est pas de ce monde ; nous ne l’aurons que dans le ciel. Sur la terre, la liberté, la puissance de faire le bien, est toujours imparfaite. Avec le pouvoir de faire le bien, nous avons la possibilité de faire le mal, qu’on ne s’y méprenne pas, n’est pas une faculté, une puissance ; c’est une faiblesse, un défaut de puissance.

Jean-Louis Vaïsse, L’Avenir ! Dieu protège la France !!!

Le mot péché est synonyme de mal : quiconque donc s’adonne au mal est esclave du péché. En effet, celui qui fait le mal est dominé par le principe du mal ; il est esclave de ce principe du mal, et pour devenir un être libre, il faut qu’il s’affranchisse de cette domination et de cet esclavage du mal, sinon en faisant le bien ; d’où il résulte que l’homme libre est celui qui fait uniquement le bien. […] Voilà la seule, l’unique, la vraie définition de la liberté ; il n’en existe pas d’autre.

Article du journal La Croix (Avril 1942)

Depuis cent cinquante ans on s’est plu à confondre la liberté avec la licence. Être libre pour certaines gens, c’est ni plus ni moins faire ce que l’on veut : comme si cette liberté n’était pas le pire des esclavages, puisqu’en parlant de la sorte on accepte d’être asservi à ses caprices, on oublie que la vraie liberté consiste tout d’abord à se libérer de ses passions.

Monseigneur Pierre-Louis Parisis, La démocratie devant l’enseignement catholique

Il est, avant tout, très essentiel de reconnaître et d’établir que la liberté, qui est le fruit de la rédemption du Fils de Dieu, appartient à l’ordre surnaturel. La foi nous enseigne que, par le péché, nous devenons esclaves, c’est-à-dire assujettis à une puissance mauvaise ; et que cette puissance nous tiendrait irrésistiblement enchaînés dans le plus grand des maux, la disgrâce de Dieu, pendant la vie présente, et la séparation éternelle de Dieu durant la vie future, si le Fils de Dieu ait homme ne nous eût donné, dans les mérites ineffables de son sacrifice volontaire, le moyen de nous racheter, c’est-à-dire de sortir du mal, de purifier nos âmes, de redevenir justes aux yeux de Dieu, et de reconquérir nos droits à l’héritage éternel. Or, comme ces moyens de libération spirituelle sont, par l’effet permanent de la rédemption, toujours entre nos mains, comme nous sommes toujours maître de nous en servir, et qu’aucune puissance au monde ne peut nous empêcher d’en recueillir les fruits ; comme ensuite, une fois que nous sommes spirituellement rachetés, personne ne peut, malgré nous, faire retomber nos âmes dans leur premier esclavage, il est clair que, pour cette grande affaire de notre salut, nous sommes véritablement libres, puisque nous pouvons, tant que nous le voulons sincèrement, tenir nos ennemis sous nos pieds en vertu de la victoire que Jésus-Christ a remportée sur eux par sa mort. Et c’est là ce que, dans le langage de l’Église, on appelle la liberté des enfants de Dieu : ils sont libres, puisque sur ce point capital ils ne dépendent que d’eux-mêmes.

Louis Le Carpentier, Catholique et fasciste toujours

Il est vrai, sous un certain rapport, que « l’État doit garantir la liberté des citoyens » ; mais le terme de liberté est équivoque : précisons donc ce que nous entendons pas ce mot. Aucun être n’est libre de choisir sa finalité objective, car celle-ci lui est imposée par sa forme. Cependant, les êtres conscients de leur fin sont, par nature, libres de choisir les moyens qui les conduiront à cette fin. La liberté, pour les êtres conscients, est donc la faculté de choisir les moyens en vue de leur finalité. Or un être n’atteint sa finalité objective que par son opération propre, ou finalité formelle, c’est-à-dire par l’opération qui relève de sa forme. Partant, les hommes, dont le constitutif formel est la raison, ne peuvent atteindre leur fin objective que par des actes raisonnables. Est donc « libre » l’homme qui agit raisonnablement, c’est-à-dire vertueusement ; « on est plus libre à proportion qu’on est meilleur », disait justement Maurras. Ainsi, lorsque nous affirmons que « l’État doit garantir la liberté des citoyens », il faut entendre la vertu, et non « le pouvoir de faire tout ce qui ne nuit pas à autrui » comme le pensent les apôtres de la démocratie.

Abbé Auguste Boulenger, Manuel d’apologétique

La liberté c’est le pouvoir physique d’agir de telle ou de telle façon, mais ce n’est pas le droit d’agir de n’importe quelle façon. La raison prescrit à l’homme de croire ce qui est vrai et de faire ce qui est bien. La liberté ne peut donc pas être le droit de choisir entre le vrai et le faux, entre le bien et le mal, le juste et l’injuste.

Adrien Arcand, Du communisme au mondialisme

Par sa nature physique, l’homme n’est pas libre ; par sa nature spirituelle, il ne serait libre que s’il s’était créé lui-même, avait posé les lois de sa propre existence, et s’il n’y avait pas un Créateur éternel et infini au-dessus de lui. Qu’est-ce donc que la liberté ? Ce n’est pas le privilège de faire le mal, puisque le mal est défendu, sur le plan naturel comme sur le plan spirituel. Comme pour la définition de l’homme lui-même, il y a deux écoles opposées qui nous donnent des définitions opposées de la liberté humaine : l’école chrétienne et l’école antichrétienne. L’une fait surgir la liberté de la servitude volontaire, l’autre la fait surgir de la révolte volontaire. Pour toutes deux, la liberté n’est pas une cause première ; c’est un attribut qui découle de la définition qu’on fait de l’homme : c’est un état auquel il faut tendre, auquel il faut parvenir, qu’il faut conquérir, par des moyens essentiellement opposés. Le christianisme enseigne que Lucifer, le prince des anges, fut condamné à un éternel châtiment pour avoir voulu se révolter contre Dieu, s’émanciper du devoir de servir le Seigneur ; que le premier homme et la première femme déchurent de leur liberté primitive en voulant « devenir comme des dieux », c’est-à-dire cesser de servir un Être supérieur et ne plus Lui être redevables : que la Vierge Marie fut substituée au chef de la cour céleste en se proclamant « la servante du Seigneur » ; que le Christ a libéré une humanité enchaînée en servant Dieu et les hommes, en se soumettant en tous points à la volonté de Son Père. C’est donc par la servitude volontairement acceptée que peut venir la liberté, du point de vue chrétien. On pourrait dire aussi ; du point de vue du bon sens, et dans tous les domaines imaginables. Ainsi, l’enfant qui se soumettrait toujours à ses parents se libérerait de bien des ennuis, accidents, insuccès. Les jeunes qui écouteraient avec obéissance les conseils de la vieillesse expérimentée se libéreraient de biens des tracas et des malheurs. L’homme qui obéirait aveuglément aux recommandations de la médecine se libérerait de bien des maladies et des douleurs. C’est dire, en définitive, que la liberté est le fruit procuré par l’accomplissement du devoir ; et l’accomplissement du devoir engendre des droits, dont le premier est de pouvoir faire son devoir sans empêchement ni contrainte. La liberté est plutôt une sensation, un état, qu’autre chose. C’est une santé morale et spirituelle aussi exubérante que la santé du corps humain ; une santé qui se traduit par l’absence de la crainte, de l’inquiétude. L’homme qui se soumet volontairement, qui fait tout ce que son Dieu lui demande, ne craint pas le jugement de Dieu ; celui qui respecte les lois de son pays ne craint ni la police ni les tribunaux ; celui qui remplit tout son devoir envers sa famille, ses supérieurs, ses amis, ses voisins, ne craint aucun mal de leur part. Il a la conscience libre, il jouit de la liberté et des bienfaits qu’elle procure. La liberté, en somme, c’est le droit de faire ce qui est permis, par Dieu, par la société, par la loi, cest le droit de remplir son devoir sans empêchement ni contrainte. Faire le mal n’est pas un usage de la liberté, c’est un abus, c’est de la licence. Se soumettre et servir, dans l’exercice des droits et des devoirs, voilà l’origine et les conditions de la liberté. Mais aujourd’hui, ce n’est plus la théologie, la philosophie, voire la pensée simple et saine qui prévaut, dans l’enseignement de ce qui est et qui doit être. C’est la propagande effrénée des coteries et des factions politiques. Comme elles sont toutes matérialistes, leur prédication de la liberté n’enseigne, depuis deux siècles, que la révolte pure et simple contre tout ce qui est esprit, divin ou humain. Pour le libéralisme et les innombrables sous-produits dont il a apporté les funestes cadeaux au monde, liberté ne surgit que de la révolte, du refus de servir, de reconnaître une autorité au-dessus de l’ego humain. C’est une liberté de caractère essentiellement luciférien, liberté qui engendre par la force des choses la fameuse « égalité » de caractère également luciférien. Celui qui se dit libre de Dieu se proclame égal à Dieu ; celui qui ne reconnaît pas d’autorité supérieure à son ego, à sa propre raison, se proclame égal à toute autorité existante. C’est par ces faux principes, ces sophismes matérialistes que la propagande hurle de toutes les tribunes, de tous les journaux, de toutes les scènes, de tous les écrans, que le monde moderne est poussé comme un vaste fleuve dans abîme qui l’engloutit rapidement.

Bibliographie

  • Pape Léon XIII, Libertas Præstantissimum
  • Mgr de Ségur, La liberté (Lien)