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Rémy de Gourmont, Le latin mystique

Dans les cieux, la trompette a donné le signal, le Lion s’abolit, et soudain voici les ténèbres avec un grand fracas d’en haut. Dieu regarde la terre afin que la terre tremble, il vocifère afin que tous entendent jusqu’au bout de la terre : « Je me suis tu longtemps, si longtemps j’ai souffert vos crimes ! » Et vocifèrent avec lui ceux qui pleurent trop tard ou trop tard gémissent. On hurle, on aboie, on implore ; en vain : pas un instant n’est accordé aux méchants. Que peut-elle pour son nourrisson la mère plongée dans les flammes ? C’est dans les flammes du feu que le Seigneur jugera les méchants. Quant aux justes, le feu ne les touchera pas, ne les léchera même pas. Les voilà tous assemblés, les hommes, et la moitié d’entre eux va pleurer sous la sentence. Si grande est la chaleur que les pierres se liquéfient, les vents sont pareils à la foudre, la colère céleste s’enrage, l’impie a beau fuir, le feu saura le rejoindre ; nul secours, nul recours, nul navire pour franchir les mers.

Saint Alphons de Liguori, Sermons abrégés pour tous les dimanches de l’année

  1. Le commencement de ce jour sera marqué par le feu qui descendra du ciel, et brûlera la terre avec tous les hommes vivant alors et toutes les choses de ce monde. Tout cela ne sera plus qu’un monceau de cendres.
  2. Les hommes étant morts, la trompette sonnera, et tous ressusciteront. St-Augustin confesse que rien ne l’arrachait aux plaisirs d’ici bas, comme la crainte du jugement.
  3. Au son de cette trompette, descendront du ciel. les âmes pures des élus, pour reprendre la forme sous laquelle ils ont servi Dieu sur cette terre ; et surgiront de l’enfer les âmes coupables des damnés, pour revêtir l’enveloppe maudite sous laquelle ils ont offensé Dieu. Combien ils seront différents les uns des autres ! les damnés apparaîtront hideux et noirs comme autant de tisons de l’enfer ; et les élus resplendiront comme autant de soleils. Ah ! combien auront à se réjouir alors ceux qui auront mortifié leurs corps par la pénitence.
  4. Aussitôt après leur résurrection tous les hommes seront appelés par les Anges dans la vallée de Josaphat pour y être jugés. Les Anges viendront ensuite, qui sépareront les réprouvés des élus, plaçant ceux-ci à la droite, les autres à la gauche. Oh ! quelle honte éprouveront alors les misérables condamnés. Ce châtiment seul, nous dit St-Chrysostome, suffirait pour remplacer tous les tourments de l’enfer.
  5. Mais voici que les cieux s’ouvrent, les Anges en descendent pour venir assister au jugement, portant le signe de la croix et les autres instruments de la passion de notre divin Rédempteur. Les pécheurs verseront les larmes cruelles des remords, en voyant la croix du Sauveur et, comme dit St-Chrysostome s’adressant à l’impie, les clous se plaindront de toi, les plaies et la croix élèveront contre toi leur voix puissante.
  6. À ce jugement suprême assistera encore la reine des saints et des anges, la très-sainte-Vierge Marie et enfin apparaîtra le souverain juge, porté sur des nuées, brillant de lumière et de majesté. Ô quel tourment pour les réprouvés que cette vue face à face de leur juge ! St-Jérôme écrit que la présence de Jésus-Christ sera pour eux un supplice plus terrible que ceux de l’enfer même. Aussi, à ce jour suprême, comme l’a prédit St-Jean, ils diront eux-mêmes aux montagnes de tomber sur eux, et de les dérober à la vue de leur juge irrité.
  7. Les livres des consciences sont ouverts et le jugement commence. Rien alors ne restera caché.
  8. Ce jugement sera terrible au pécheur : il ne sera que joie et douceur aux justes. Dieu lui-même fera à chacun de ces derniers l’éloge mérité de ses que les bonnes œuvres. L’apôtre dit que les élus seront en ce jour élevés dans les airs sur les nuées pour augmenter le cortège des Anges qui accompagnera le Sauveur.
  9. Ces mondains, qui jadis taxaient de folie les Saints, mortifiés et humiliés maintenant, font retomber cette même injure sur eux-mêmes. Dans ce monde on répute heureux ceux qui possèdent les richesses et les honneurs tandis que la seule fortune véritable est de devenir Saints. Réjouissez-vous donc, vous, âmes chrétiennes, qui menez ici-bas une vie plaine de tribulation. Dans la vallée de Josaphat vous serez placés près du trône de gloire.
  10. Tout au contraire les réprouvés seront placés à gauche, comme autant de boues immondes, destinés au couteau du boucher ; ils y attendront leur dernière condamnation. Il n’y a plus, à ce grand jour du jugement, aucun espoir ni miséricorde pour ces malheureux pécheurs. Le premier châtiment de ceux qui ont perdu la grâce de Dieu, c’est de perdre avec elle la mémoire et la crainte du jugement de Dieu. Sache, sache, misérable pécheur, obstiné dans le péché, dit l’Apôtre, que par cette obstination tu amasses pour le grand jour du jugement un trésor de colère de la part de Dieu.
  11. Alors, dit St-Anselme, les pécheurs voudront en vain se cacher, ils seront contraints de comparaitre devant leur juge en éprouvant une douleur insupportable. Les démons feront leur office d’accusateurs. Les damnés entendront contre eux le témoignage de leur conscience, celui des créatures, car les murailles elles-mêmes des maisons où ils ont péché parleront et dévoileront leurs crimes, et celui de leur juge. Chrétiens, dira-t-il, si j’avais fait aux Turcs et aux Idolâtres les mêmes grâces que vous avez reçues de moi, ils auraient, eux, fait pénitence de leurs fautes, tandis que vous avez persévéré dans le péché jusqu’à l’heure de votre mort. Et alors il fera apparaître, aux yeux de tous, leurs crimes les plus cachés. Il découvrira et rendra publiques leurs débauches, leurs injustices et leurs cruautés cachées.
  12. Quelle excuse fondée, quelle excuse même quelconque pourront-ils présenter ? Leurs nombreux péchés leur fermeront la bouche, en sorte qu’au lieu de chercher à s’excuser ils prononceront eux-mêmes leur propre condamnation.
  13. St-Bernard dit que la sentence concernant les justes sera prononcée la première, et les appellera à jouir de la gloire céleste afin d’aggraver la peine des réprouvés par le spectacle du bien qu’ils ont perdu. Jésus-Christ se tournera donc vers les élus et leur dira, avec amour et sérénité : Venite, benedicts Patris mei : possidste paratum vobis regnum, à constitutione mundi. Il bénira toutes les larmes qu’ils ont versées dans la pénitence, et toutes leurs bonnes œuvres, leurs oraisons, leurs mortifications, leurs communions : par dessus tout il bénira la part de douleur qu’ils ont ressentie de sa passion, et du sang versé par lui pour leur salut. Et tout glorifiés de cette bénédiction, les élus chantant alleluia, alleluia, entreront dans le paradis pour y louer et aimer Dieu éternellement.
  14. Se retournant ensuite du côté des réprouvés, le souverain juge prononcera leur sentence en ces mots : Discedite a me maledicti, in ignem æternum. Ils seront donc maudits et comme tels séparés de Dieu, et condamnés à bruler pour toujours dans les feux de l’enfer. Après cette sentence, dit St-Éphrem, les damnés seront forces de faire un éternel et dernier adieu à leurs parents, au ciel, aux saints, à la Sainte Mère de Dieu. Ensuite un gouffre s’ouvrira dans le milieu de la vallée, où les damnés seront engloutis, et ils sentiront, derrière eux, se fermer ces portes qui ne s’ouvriront plus pendant une éternité. Ô funeste péché, à quelle fin misérable tu dois conduire un jour tant d’âmes, rachetées par le sang précieux de J.-C. ! Ô âmes malheureuses, à qui une fin si déplorable est ainsi réservée ! Mais vous, chrétiens mes frères, réjouissez-vous ; vous pour qui Jésus-Christ est encore un père, et non un juge ; il est tout prêt à pardonner au pécheur repentant. Implorons de suite de pardon salutaire.

Abbé Grégoire Célier, L’immortalité de l’âme

L’Église nous apprend qu’au moment de la mort chaque âme est jugée par Dieu sur sa vie terrestre, selon qu’elle a bien ou mal vécu. Ce jugement est instantané, infaillible et définitif. On considère communément qu’il s’effectue à l’instant exact où l’âme quitte le corps. Cette précision peut donner à réfléchir : après un accident, tandis que les pompiers s’affairent, que les policiers dressent le constat, que les badauds discutent et commentent, l’âme immortelle de l’accidenté comparaît devant le tribunal souverain du Dieu tout-puissant où elle rend compte, jusque dans le moindre détail, de toutes et chacune des ses actions. Combien il serait plus utile en présence de ce cadavre mutilé de prier pour cette âme ou de faire réflexion sur soi-même et sa propre mort que de se répandre en bavardages oiseux ! L’Église nous révèle encore qu’il n’existe que deux sentences : l’une pour ceux qui auront mal agi jusqu’au bout et c’est l’enfer éternel ; l’autre pour ceux qui se seront tournés vers Dieu avec le désir profond de bien faire et le regret sincère de leurs fautes, au moins au dernier instant, et c’est la récompense, le Paradis. Jésus-Christ a enseigné cette vérité cruciale en maints passages de l’Évangile, mais jamais si clairement que dans le grand discours sur le Jugement dernier où les deux sentences sont expressément rapportées : « Venez, les bénis de mon Père, recevoir le Royaume qui vous a été préparé depuis le commencement du monde. […] Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel, qui a été préparé pour le diable et ses anges. […] Et les méchants iront au supplice éternel, les justes à la vie éternelle. » (Évangile selon saint Matthieu, chap. 25, versets 34, 41 et 46) Que sont l’enfer et le Paradis, selon la foi chrétienne ? L’enfer est un lieu d’atroces souffrances où les mauvais, obstinés dans le mal et désirant pécher toujours plus, seront éternellement châtiés sans qu’il y ait jamais pour eux ni diminution ni cessation de leurs peines. Le Paradis est un lieu de bonheur parfait où les justes jouissent de la vision de Dieu et de son intimité au titre d’une récompense qui durera éternellement et ne leur sera jamais enlevée. Récompense et punition, car notre vie sur la terre est un temps d’épreuve qui nous est donné pour accomplir notre unique tâche : mener une vie moralement bonne et conforme à la loi de Dieu, après laquelle nous recevrons notre dû selon nos mérites, d’une façon stable, inamissible et éternelle. Mais si nous menons une vie mauvaise et pécheresse, méprisant les lois de Dieu et son amour, notre existence se terminera par le terrible et juste verdict de Dieu nous condamnant à des supplices mérités. « Il est horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant », nous dit l’Apôtre saint Paul (Épître aux Hébreux, chap. 10, verset 31), lorsqu’on s’est moqué de lui durant sa vie ; car, ajoute-t-il, « on ne se moque pas de Dieu » (Épître aux Galates, chap. 6, verset 7). Parce qu’elle connaît cette tragique éventualité, l’Église prêche à temps et à contretemps, envoie ses missionnaires jusqu’aux extrémités de la terre afin d’apprendre aux hommes à « rejeter l’impiété et les mauvais désirs et à vivre sobrement, justement et pieusement sur cette terre, attendant la bienheureuse espérance » du Ciel. (Épître de saint Paul à Tite, chap. 2, versets 11 à 13) Sans discontinuer elle répète cette parole par laquelle Jésus-Christ, son divin fondateur, inaugura son ministère : « Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous » (Évangile selon saint Luc, chap. 13, verset 5), c’est-à-dire vous tomberez pour toujours dans l’enfer des tourments, « là où le ver qui ronge ne meurt pas, où le feu ne s’éteint pas. » (Évangile selon saint Marc, chap. 9, verset 43) « Là seront les pleurs et les grincements de dents. » (Évangile selon saint Luc, chap. 13, verset 28) Notons soigneusement qu’il n’existe pas à proprement parler de lieu intermédiaire entre le Ciel et l’enfer. Deux sorts sont seuls possibles : le bonheur éternel, le malheur éternel. Le Purgatoire, qui échoit à ceux qui, ayant voulu aimer Dieu, n’ont pas payé sur la terre toutes leurs dettes envers sa justice, est un lieu transitoire d’expiation. Ceux qui y séjournent sont définitivement destinés au Ciel et, après une certaine purification, y entrent pour toujours. En toute rigueur de terme, il n’y a que deux lieux : se détourner de l’un, c’est par le fait même marcher vers l’autre. Cette seule pensée devrait nous effrayer et nous faire « accomplir notre salut avec crainte et tremblement. » (Épître de saint Paul aux Philippiens, chap. 2, verset 12) L’Église, conformément à la mission qu’elle a reçue du Fils de Dieu, enseigne une dernière grande vérité sur la vie après la mort : outre le jugement particulier à chacun, il y aura un Jugement général. Tous les humains comparaîtront ensemble devant Dieu et, publiquement, à la face des anges et des hommes, Dieu rendra à chacun selon ses œuvres. Pourquoi cet ultime arrêt ? Non pour modifier les sentences antérieures qui sont irrévocables ; mais afin de rétablir la pleine justice, même dans la société. Il est des hommes qui ont mal vécu et sont morts honorés et glorifiés. Il en est d’autres qui ont saintement vécu et sont morts méprisés et insultés. En ce jour des grandes assises de l’humanité, les premiers seront humiliés par la révélation publique de leurs forfaits quand leur masque hypocrite sera arraché. Les seconds au contraire seront honorés et exaltés d’autant plus qu’ils ont vécu ici-bas pauvres et inconnus. Cette glorification échoira spécialement à Notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, qui sera magnifiquement honoré après avoir été rejeté et bafoué sur cette terre dont il venait sauver les habitants. Comme prélude à ce Jugement, les hommes ressusciteront, c’est-à-dire que leurs corps revivront pour que désormais l’homme complet subisse la peine ou jouisse de la récompense.

Saint curé d’Ars, Sermon sur le Jugement dernier

Alors Jésus-Christ, le livre des consciences à la main, appellera tous les pécheurs pour les convaincre de tous les péchés qu’ils auront commis pendant toute leur vie, d’un ton de tonnerre épouvantable. Venez, impudiques, leur dira-t-il, approchez et lisez jour par jour ; voilà toutes ces pensées qui ont sali votre imagination, tous ces désirs honteux qui ont corrompu votre coeur ; lisez et comptez vos adultères, voilà le lieu, le moment où vous les avez commis, voilà la personne avec laquelle vous avez péché. Lisez toutes vos mollesses et vos lubricités, lisez et comptez combien vous avez perdu d’âmes qui m’avaient coûté si cher. Il y avait plus de mille ans que votre corps était pourri et votre âme en enfer, que votre libertinage entraînait encore des âmes en enfer. Voyez-vous cette femme que vous avez perdue, voyez ce mari, ces enfants et ces voisins ! Tous demandent vengeance, tous vous accusent que vous les avez perdus et que sans vous ils seraient pour le ciel. Venez, filles mondaines, instruments de Satan, venez et lisez tous ces soins et ces temps que vous avez employés à vous parer ; comptez le nombre de mauvaises pensées et de mauvais désirs que vous avez donnés à ceux qui vous ont vues. Voyez-vous toutes les âmes qui crient que c’est vous qui les avez perdues.

Jacques-Bénigne Bossuet, Élévations sur les Mystères, Méditations et autres textes

Quand le Fils de l’homme viendra en sa majesté, et tous ses anges avec lui. Quelle majesté ! quelle suite ! que d’exécuteurs de sa justice ! Mais comment viendra-t-il ? dans une nuée éclatante : du plus haut des cieux ; de la droite de son Père. Avec ses anges. Il est donc le Seigneur des anges comme des hommes. Il s’asseyera dans le siège de sa majesté : et toutes les nations seront assemblées devant lui. Quelle journée ! quelle séance ! Qui ne tremblera alors ? Devant ce grand Roi assis dans le trône de son jugement, qui dissipera tout le mal par un coup d’œil, qui osera alors se glorifier d’avoir le cœur pur ; et qui osera dire : Je suis innocent ? Qui pourra paraître devant celui qui a les yeux comme un flambeau ardent, comme la flamme du feu le plus pénétrant et le plus vif, qui sonde les cœurs et les reins, et qui donne à chacun selon ses œuvres. Toutes les consciences seront ouvertes en un instant, et tout le secret en sera manifesté à tout l’univers. Où se cacheront ceux qui mettaient toute leur confiance à se cacher : dont les actions étaient honteuses, même à dire et à penser ? et qui verront tout à coup leur turpitude révélée devant tous les anges, devant tous les hommes ; et ce qui renferme en un mot toute confusion et toute honte devant le Fils de l’homme dont la présence, dont la sainteté, dont la vérité convaincra et confondra tous les pécheurs ? Voilà celui que vous nommiez votre Maître : pourquoi ne gardiez-vous pas sa parole ? Voilà celui que vous appeliez votre Sauveur : quel usage avez-vous fait de ses grâces ? Voilà celui que vous attendiez comme votre Juge : comment ne trembliez-vous pas à son approche, et à la seule pensée de son jugement ? Vous croyez avoir tout gagné en vous cachant, en détournant vos yeux, en gagnant du temps. Vous y voilà maintenant devant ce tribunal : la sentence va être prononcée sans délai, en dernier ressort, et elle sera suivie d’une prompte et inévitable exécution. Il les séparera les uns des autres, comme un pasteur sépare les brebis d’avec les boucs. Il dit ailleurs, que les anges feront cette séparation ; et sépareront les justes d’avec les impies. Les uns seront à la droite, et les autres à la gauche. Que n’aura point à craindre alors la troupe des impies ? Ce qui est cause que Dieu ne répand pas sur elle toute sa colère, c’est le mélange des bons et des mauvais : et il épargne les uns, pour l’amour des autres. Après la séparation, quelle vengeance ! Mais quelle horreur aura-t-on des mauvais ! Ils se cachent ici parmi la foule, et se mêlent avec les bons : là, que toute leur difformité paraîtra, et qu’on les comparera avec les justes plus resplendissants que le matin, et avec le Fils de l’homme qui est la justice même, qui les pourra souffrir : et qui se pourra souffrir soi-même ? Ô montagnes ! cachez-nous : ô collines ! tombez sur nous. Dans quelle compagnie es-tu, malheureux ? On a honte de se trouver avec un seul scélérat : tu seras avec tous les méchants, et tu en augmenteras le nombre infâme : chacun portera sur le front le caractère de son péché. Oh ! comment pourra-t-on soutenir la lumière d’un si grand jour, et comparaître devant le Fils de l’homme ! Qu’attendons-nous davantage ? La séparation est faite. Hypocrite ! qui cachais si bien ton iniquité, et qui te joignais à la troupe des gens de bien ; te voilà tout d’un coup à la gauche : avec Caïn, avec Nemrod, avec Antiochus, avec Judas, avec Caïphe, avec tous ceux qui ont crucifié Jésus Christ et massacré ses prophètes, ses apôtres, ses martyrs ; avec tous les scélérats, tous les impies, tous les hérétiques, tous les infidèles, tous les idolâtres, tous les Juifs, tous les impudiques, tous les voleurs ; avec ceux dont le seul nom fait horreur ; pis que tout cela, avec les démons, qui ont inspiré et animé tous ces méchants. C’est avec eux qu’il faudra vivre ; si c’est là une vie, que de ne vivre que pour son supplice ou pour sa honte. Ô néant ! je t’invoque : c’est en toi que je mets mon espérance : ô néant ! reprends-moi dans tes abîmes : pourquoi en suis-je sorti ? par où y rentrerai je ? Il faut être pour périr toujours. Toi qui disais : Tout meurt avec moi ; mon âme s’en ira comme un souffle ; la voilà toute vivante. Voilà même ton corps dissipé qui a repris sa forme et sa consistance : te voilà tout entier. Mais pourquoi ? pour un opprobre éternel : pour voir toujours. Eh quoi ! son crime, son infamie, son ordure, celle des autres, les méchants, leur infâme société, le peuple ennemi, les démons, une implacable justice contre une méchanceté incorrigible. Ô mes tristes yeux ! que verrez-vous donc alors ? Ah ! que ne peut-on être aveugle, pour ne voir point ces horreurs ! Mais on verra, mais on sentira tout le mal possible : tout le mal qui est dans le crime, tout le mal qui est dans la peine. Fuyons, fuyons le péché ; puisque si on ne le fuit, on ne pourra fuir le supplice, Pénitence, pendant qu’il est temps : fléchissons la face du juge : prévenons-la par la confession de nos péchés. Pleurons, pleurons devant celui qui nous a faits : pleurons, avant que de tomber dans ces pleurs irrémédiables et intarissables : pleurons avec saint Pierre, de peur d’aller pleurer éternellement et inutilement avec Judas et tous les méchants. Alors le roi dira à ceux qui sont à la droite : Venez : aux autres : Allez : à ceux-ci, Venez ; vous êtes déjà avec les justes : venez avec moi : venez à mon trône, dans lequel vous serez assis avec moi, car je l’ai promis. Ô paroles qu’on ne peut assez méditer ! Venez : allez. Taisons-nous : tais-toi, ma langue, tes expressions sont trop faibles. Mon âme, pèse ces mots qui comprennent tout le bonheur et le malheur ; et toute l’idée de l’un et de l’autre : Venez : allez : Venez à moi, où est tout le bien. Allez loin de moi, où est tout le mal. Venez, les bénis, les bien-aimés de mon Père : autrefois maudits et haïs des hommes : mais dès lors bénis de mon Père, dont la bénédiction se déclare en ce jour : venez posséder le royaume qui vous était préparé. Venez, petit troupeau, ne craignez plus rien, puisqu’il a plu à votre Père de vous donner son royaume. Venez, venez, venez : entrez dans la joie de votre Seigneur : jouissez de son royaume éternel. Ô venez, venez ! Quelle parole ! quelle joie ! quelle douceur ! quel transport ! Un royaume : quelle grandeur ! Un royaume préparé de Dieu : et de Dieu comme Père : et préparé pour un Fils unique, éternellement bien aimé ; car c’est le même qui est aussi préparé pour les élus. Enfants de dilection et d’élection éternelle ; vous avez assez souffert, assez attendu ; venez maintenant le posséder. On ne possède que ce qu’on a pour l’éternité : le reste échappe et se perd.

Bibliographie

  • Mgr Charles Journet, Entretiens sur les fins dernières