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Tradition

Origène, Des principes

Nombreux sont ceux qui estiment avoir les pensées du Christ, et plusieurs sont en divergence avec leurs prédécesseurs. Cependant la prédication ecclésiastique est conservée car elle a été transmise par les apôtres suivant l’ordre de la succession et elle subsiste jusqu’à présent dans les Églises. Ainsi la seule vérité qu’il faut croire est celle qui ne s’écarte en rien de la tradition ecclésiastique et apostolique.

Saint Léon le Grand, Sermon sur le jeûne de la Pentecôte

On ne doit pas douter que toute coutume pieuse toujours conservée dans l’Église ne vienne de la tradition apostolique et de l’enseignement de l’Esprit-Saint.

Saint Vincent de Lérins, Commonitorium

Tout ce qui, dans le champ de l’Église de Dieu, a été semé par la foi des pères, il faut que cela même soit cultivé et surveillé par le zèle des enfants, que cela même fleurisse et mûrisse, que cela même se développe et soit conduit à sa perfection. Il est légitime que, avec le développement des temps, ces anciens dogmes de la philosophie céleste soient dégrossis, limés, polis, mais il est criminel qu’ils soient altérés, criminel qu’ils soient tronqués, criminel qu’ils soient mutilés. Ils peuvent recevoir plus d’évidence, plus de lumière et de précision, oui ; mais il est indispensable qu’ils gardent leur plénitude, leur intégrité, leur sens propre.

Saint Irénée de Lyon, Contre les Hérésies

La prédication de l’Église présente à tous égards une inébranlable solidité, demeure identique à elle-même et bénéficie, ainsi que nous l’avons montré, du témoignage des prophètes, des apôtres et de tous leurs disciples, témoignage qui englobe « le commencement, le milieu et la fin », bref la totalité de l’ « économie » de Dieu et de son opération infailliblement ordonnée au salut de l’homme et fondant notre foi. Dès lors, cette foi, que nous avons reçue de l’Église, nous la gardons avec soin, car de grand prix renfermé dans un vase excellent, elle rajeunit et fait rajeunir le vase même qui la contient.

Saint Basile le Grand, Sur le Saint Esprit

Le but commun de tous les ennemis de la sainte doctrine, est d’ébranler la solidité de notre foi en Jésus-Christ, en annulant la tradition apostolique.

Gustave Thibon, Notre regard qui manque à la lumière

Que m’importe donc le passé en tant que passé ? Ne voyez-vous pas que lorsque je pleure sur la rupture d’une tradition, c’est surtout à l’avenir que je pense ? Quand je vois se pourrir une racine, j’ai pitié des fleurs qui demain sécheront, faute de sève.

Monseigneur Gaume, L’Évangélisation apostolique du globe

  1. La Tradition est la transmission par la parole, d’une génération à l’autre, des choses présentes ou passées.
  2. Comme on n’écrit que ce qui est parlé, toujours et partout la parole précède l’Écriture. Il s’ensuit que la Tradition est la mère de l’Écriture ou de l’Histoire, et que la fille n’est pas plus croyable que la mère.
  3. Comme l’Écriture, la Tradition est donc une source de vérité. Dans la vie du genre humain tout n’est pas écrit. Par exemple : à côté des livres de l’Ancien Testament, la Synagogue avait ses Traditions. Il en est de même dans l’Église, de même encore chez tous les peuples.
  4. Quand la Tradition est ancienne, constante, universelle, elle est l’organe certain de la vérité ; et, dans l’ordre religieux en particulier, elle exige le même respect que la Sainte Écriture. En fait d’Histoire sacrée ou profane, nous ne connaissons même rien que par la Tradition, puisque l’Histoire elle-même n’est que la Tradition écrite. Or, si la Tradition est tenue pour infaillible, quand elle parle de l’Histoire profane, pourquoi ne le serait-elle pas lorsqu’elle dépose des faits évangéliques ? C’est la question de saint Augustin : « Nous ne connaissons, dit il, les vrais auteurs des livres païens, que par le consentement et les témoignages de ceux qui ont vécu avant nous. Ainsi, nous ne savons que les livres attribués à Platon, à Aristote, à Cicéron sont de ces philosophes, que par les témoignages continuels de ceux qui nous ont précédés. Si donc en tout le reste la Tradition est une voie très sûre, pourquoi ne le serait-elle pas également, pour assurer au catholique l’authenticité d’un livre ou d’un fait ? »
  5. L’eau la plus pure est toujours la plus rapprochée de la source. Ainsi, plus une Tradition est ancienne, plus elle mérite confiance. En toute chose, la vérité est la première. L’erreur, c’est-à-dire l’altération de la vérité, ne vient et ne peut venir qu’après.
  6. Quand une Tradition particulière n’est en rien contraire à une Tradition générale, elle doit être admise avec une confiance proportionnée à ses caractères plus ou moins marqués d’antiquité, de constance et d’étendue.
  7. – « Les Traditions relatives aux choses ecclésiastiques, dit saint Jérôme, celles surtout qui ne s’écartent pas de la foi, doivent être gardées, telles qu’elles sont venues des anciens » – « C’est la Tradition, ajoute saint Chrysostome, n’en cherchez pas davantage. » – « D’une foule de pratiques, continue Tertullien, si vous cherchez la loi dans les Écritures, vous ne la trouverez pas. La Tradition les enseigne, la coutume les affermit ; la foi les observe. Ou vous trouverez vous-même la raison qui justifie la Tradition, la coutume et la foi, ou d’autres vous l’apprendront. « 
  8. Les Traditions particulières, appuyées sur les monuments des Églises : chartes, diplômes, missels, bréviaires, martyrologes, offrent toutes les conditions désirables de certitude. Les rejeter serait accuser d’ignorance ou de fourberie ceux qui les ont admises et transmises ; ce serait de plus manquer aux règles élémentaires de la saine critique. La première est qu’on ne doit pas nier un fait, parce qu’il est extraordinaire, ou même invraisemblable, mais seulement parce qu’il est mal prouvé. La seconde, qu’on n’est pas recevable à venir attaquer un fait en possession, depuis des siècles, de la foi commune des hommes compétents, à moins qu’on n’apporte, ce qui n’a jamais eu lieu, des preuves péremptoires de fausseté.

Saint Athanase d’Alexandrie, Sur les décrets du concile de Nicée

La véritable doctrine est celle que les pères ont transmise ; la marque des véritables docteurs est de s’accorder tous entre eux, et de ne pas montrer de mésintelligence, soit entre eux, soit avec leurs pères.

IVème concile de Constantinople

Pour marcher sans encombre sur la voie droite et royale de la justice divine, nous devons garder les ordonnances et la pensée de nos saints Pères comme des flambeaux toujours brillants qui illuminent nos pas. C’est pourquoi nous les regardons et les estimons, à l’exemple du grand et très sage Denys, comme une seconde parole de Dieu

Pape Saint Pie X, Pascendi Dominici gregis (Encyclique)

Ce qui exige surtout que Nous parlions sans délai, c’est que, les artisans d’erreurs, il n’y a pas à les chercher aujourd’hui parmi les ennemis déclarés. Ils se cachent et c’est un sujet d’appréhension et d’angoisse très vives, dans le sein même et au cœur de l’Église, ennemis d’autant plus redoutables qu’ils le sont moins ouvertement. Nous parlons, Vénérables Frères, d’un grand nombre de catholiques laïques, et, ce qui est encore plus à déplorer, de prêtres, qui, sous couleur d’amour de l’Église, absolument courts de philosophie et de théologie sérieuses, imprégnés au contraire jusqu’aux moelles d’un venin d’erreur puisé chez les adversaires de la foi catholique, se posent, au mépris de toute modestie, comme rénovateurs de l’Église ; qui, en phalanges serrées, donnent audacieusement l’assaut à tout ce qu’il y a de plus sacré dans l’œuvre de Jésus-Christ, sans respecter sa propre personne, qu’ils abaissent, par une témérité sacrilège, jusqu’à la simple et pure humanité. […] Ennemis de l’Église, certes ils le sont, et à dire qu’elle n’en a pas de pires on ne s’écarte pas du vrai.

Saint Clément de Rome, Épître aux Corinthiens

C’est pourquoi laissons là toutes les préoccupations vaines et inutiles et revenons à la règle glorieuse et sainte de la tradition.

Saint Hippolyte de Rome, Tradition apostolique

Mus par la charité envers tous les saints, nous sommes arrivés à l’essentiel de la tradition qui convient aux Églises, afin que ceux qui sont bien instruits gardent la tradition qui a subsisté jusqu’à présent, suivant l’exposition que nous en faisons et que, en prenant connaissance, ils soient affermis. L’Esprit Saint conférant à ceux qui ont une foi droite la grâce parfaite, afin qu’ils sachent comment doivent enseigner et garder toutes ces choses ceux qui sont à la tête de l’Église.

Proverbes XXII, 28

Ne déplace pas la borne ancienne, que tes pères ont posée.

Saint Jean Chrysostome, Commentaire de la IIème Épître aux Thessaloniciens

« Ainsi donc, frères, demeurez fermes, et conservez les traditions que vous avez apprises soit par notre parole, soit par notre lettre. » Passage qui prouve que tout l’enseignement n’était pas dans la correspondance par lettres ; que beaucoup de points étaient communiqués de vive voix et cet enseignement oral aussi est digne de foi. Par conséquent regardons la tradition de l’Église comme digne de foi.

Saint Grégoire de Nysse, Contre Eunome

En effet, il suffit pour la démonstration de notre discours que la tradition soit venue des Pères jusqu’à nous, tel un héritage transmis par succession à partir des apôtres, en passant par les saints qui leur ont succédé.

Saint Vincent de Lérins, Commonitorium

Et, dans l’Église catholique elle-même, il faut veiller soigneusement à s’en tenir à ce qui a été cru partout, et toujours, et par tous ; car c’est cela qui est véritablement et proprement catholique, comme le montrent la force et l’étymologie du mot lui-même, qui enveloppe l’universalité des choses. Et il en sera finalement ainsi, si nous suivons l’universalité, l’antiquité, le consentement général. Nous suivrons l’universalité, si nous confessons comme uniquement vraie la foi que confesse l’Église entière répandue par tout l’univers ; l’antiquité, si nous ne nous écartons en aucun point des sentiments manifestement partagés par nos saints aïeux et par nos pères ; le consentement enfin si, dans cette antiquité même, nous adoptons les définitions et les doctrines de tous, ou du moins de presque tous les évêques et les docteurs.

Concile Vatican I, Pastor Æternus (Constitution dogmatique)

Le Saint Esprit n’a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu’ils fassent connaître, sous sa révélation, une nouvelle doctrine, mais pour qu’avec son assistance ils gardent saintement et exposent fidèlement la révélation transmise par les apôtres, c’est-à-dire le dépôt de la foi.

Deuxième Épître de Saint Paul aux Thessaloniciens II, 14

Ainsi donc, frères, demeurez fermes, et conservez les traditions que vous avez apprises soit par notre parole, soit par notre lettre.

Eusèbe de Césarée, La démonstration évangélique

Ces vérités, quoique consignées dans les saintes Écritures, sont encore pleinement confirmées par les traditions de l’Église catholique, de cette Église répandue sur toute la terre. La tradition non écrite scelle et confirme les témoignages des saintes Écritures.

Pape saint Pie X, Serment anti-moderniste

Enfin, je garde très fermement et je garderai jusqu’à mon dernier soupir la foi des Pères sur le charisme certain de la vérité qui est, qui a été et qui sera toujours « dans la succession de l’épiscopat depuis les apôtres », non pas pour qu’on tienne ce qu’il semble meilleur et plus adapté à la culture de chaque âge de pouvoir tenir, mais pour que jamais on ne croie autre chose, ni qu’on ne comprenne autrement la vérité absolue et immuable prêchée depuis le commencement par les apôtres.

Première Épître de Saint Paul aux Corinthiens XI, 2

Je vous loue, frères, de ce que vous vous souvenez de moi en toutes choses, et que vous gardez mes préceptes telles que je vous les ai transmis.

Concile de Trente (Session 4)

Le sacro-saint Synode œcuménique et général de Trente, légitimement assemblé dans le Saint-Esprit, constamment conscient du fait qu’il faut supprimer l’erreur pour préserver l’Évangile dans sa pureté au sein de l’Église, Évangile qui fut antérieurement promis par les prophètes dans l’Écriture Sainte, entrevoyant clairement cette vérité et discipline qui, ayant été reçue par les apôtres de la bouche du Christ même ou communiquée à eux par la dictée du Saint-Esprit, suivant l’exemple des Pères, reçoit avec un égal sentiment de piété et d’honneur tous les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, dont le même Dieu est l’auteur, ainsi que lesdites traditions, qu’elles concernent la foi ou les mœurs, comme ayant été dictées soit par la bouche même du Christ, soit par le Saint-Esprit, et préservées dans l’Église Catholique par une succession ininterrompue.

Cardinal Jean-Baptiste Franzelin, La Tradition

Si, à un moment ou à un autre, l’Église tout entière s’accorde à reconnaître un dogme comme doctrine de foi, cet accord est un critère qui permet de reconnaître une doctrine de tradition divine. C’est pourquoi, il n’y a aucun doute : lorsque toute l’Église s’accorde ainsi dans le passé, et lorsque, d’une façon on ne peut plus éclatante, on observe cet accord à toutes les époques, cette unanimité démontre l’existence d’une tradition divine. De la sorte, ce qui a été cru en tous lieux et en tous temps par tous les fidèles ne peut pas ne pas être révélé et faire l’objet d’une tradition divine.

Saint Irénée de Lyon, Contre les Hérésies

Voilà par quelle suite et quelle succession la Tradition se trouvant dans l’Église à partir des apôtres et la prédication de la vérité sont parvenues jusqu’à nous. Et c’est là une preuve très complète qu’elle est une et identique à elle-même, cette foi vivifiante qui, dans l’Église, depuis les apôtres jusqu’à maintenant, s’est conservée et transmis dans la vérité.

Épître de Saint Paul aux Galates I, 9

Nous l’avons dit précédemment, et je le répète à cette heure, si quelqu’un vous annonce un autre Évangile que celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème !

Pape Pie IV, Injunctum Nobis (Bulle)

J’accepte l’Écriture sainte, suivant le sens qu’a tenu et que tient notre sainte mère l’Église, à qui il appartient de juger du véritable sens et de l’interprétation des saintes Écritures. Je n’accepterai et je n’interpréterai jamais l’Écriture que selon le consentement unanime des Pères.

Jacques-Bénigne Bossuet, Lettre au pasteur Diroys

Lorsqu’il s’agit d’expliquer les principes de la morale chrétienne et les dogmes essentiels de l’Église, tout ce qui ne paraît point dans la tradition de tous les siècles et principalement dans l’antiquité, est dès là non seulement suspect, mais mauvais et condamnable ; et c’est le principal fondement sur lequel tous les saints Pères, et les papes plus que les autres, ont condamné les fausses doctrines, n’y ayant jamais eu rien de plus odieux à l’Église romaine que les nouveautés.

Révérend père Joseph de Sainte-Marie, L’Eucharistie Salut du monde

On sait qu’en même temps que le défenseur de l’immutabilité du dogme, Vincent de Lérins est celui de son progrès et de son développement homogènes. Il en a fixé la loi fondamentale dans une formule non moins célèbre ni moins autorisée : il faut, dit-il, que tout ce qui touche à la foi soit maintenu « in eodem dogmate, eodem sensu, eademque sententia » – « dans la même croyance, dans le même sens et dans la même pensée ». Cette formule, souvent reprise, a été canonisée par l’autorité de l’Église au 1er Concile du Vatican. L’immutabilité de la foi a donc pour condition cette continuité substantielle dans le développement de ses différents articles.

Saint Irénée de Lyon, Contre les Hérésies

En effet, lorsqu’ils se voient convaincus à partir des Écritures, ils se mettent à accuser les Écritures elles-mêmes : elles ne sont ni correctes ni propres à faire autorité, leur langage est équivoque, et l’on ne peut trouver la vérité à partir d’elles si l’on ignore la Tradition. Car, disent-ils, ce n’est pas par des écrits que cette vérité a été transmise, mais de vive voix, ce qui a fait dire à Paul : « Nous « parlons » sagesse parmi les parfaits, mais sagesse qui n’est pas celle de ce siècle » Et cette sagesse, chacun d’eux veut qu’elle soit celle qu’il a découverte par lui-même, autrement dit une fiction de son imagination. Aussi est-il normal que, d’après eux, la vérité soit tantôt chez Valentin, tantôt chez Marcion, tantôt chez Cérinthe, puis chez Basilide, ou encore chez quelque autre disputeur n’ayant jamais pu prononcer une parole salutaire. Car chacun d’eux est si foncièrement perverti que, corrompant la règle de vérité, il ne rougit pas de se prêcher lui-même.

Monseigneur Gaume, Le bénédicité au XIXè siècle

Physiquement et moralement, le genre humain est un être traditionnel. Ne s’étant pas fait lui-même, il ne vit que de ce qu’il a reçu. Sa double vie est une tradition. Ce qui est vrai du genre humain, est vrai de chaque peuple. Aussi, l’infaillible moyen de tuer un peuple, c’est de lui ôter ses traditions religieuses et sociales. En coupant sa chaîne traditionnelle, vous lui faites perdre sa vie propre. C’est un arbre déraciné qui ne tire plus sa sève du sol sur lequel il est né : c’est un peuple fini. Si ce peuple survit à une pareille rupture, ce n’est plus le peuple de ses pères ; c’est un peuple différent, un peuple qui doit, à nouveau, refaire sa vie. Labeur ingrat et malheureux ! qui se traduit par des tâtonnements sans fin, par des agitations stériles, par de chimériques utopies, suivies de déceptions, de révolutions et de catastrophes, pour aboutir à un étiolement continu, et, enfin, à une irrémédiable dégradation. La preuve n’en est-elle pas sous nos yeux ?

Adolphe Tanquerey, Précis de théologie ascétique et mystique

La Tradition complète la sainte Écriture en nous transmettant des vérités qui ne sont pas contenues dans celle-ci, et de plus l’interprète d’une façon authentique. Elle se manifeste par le magistère solennel (extraordinaire) et par le magistère ordinaire.

Bibliographie

  • Cardinal Jean-Baptiste Franzelin, La Tradition