Abbé Olivier Rioult, La clef des Écritures
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La secte des marcionites doit son nom à Marcion : un catholique du Pont vivant au IIème siècle et prétendant à l’ascétisme, mais qui va au final débaucher une vierge, et sera excommunié pour cette raison. En l’an 145, le clergé de Rome lui refuse sa communion. Irrité de cette exclusion, il se tournera alors vers les doctrines gnostiques. Marcion est surtout connu pour avoir opposé la révélation mosaïque à la révélation chrétienne, alors que le Christ disait lui-même : « si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, parce qu’il a écrit de moi. Mais si vous ne croyez pas à ses écrits, comment croirez-vous à mes paroles ? » (Jn 5,45-47). L’erreur de Marcion vient en fait de sa vision dualiste des choses qui sera reprise deux siècles plus tard par les manichéens, les disciples de Manès. Pour lui, il existe un dieu bon, créateur des essences spirituelles et un dieu mauvais, terrestre, Satan, créateur des essences matérielles. Le dieu des Hébreux est le dieu méchant qui se les agrège en vue de favoriser sa domination universelle. C’est alors que le dieu bon, prenant en pitié le genre humain, envoie son Christ pour supplanter les Juifs et inaugurer un royaume céleste et éternel. Ce beau roman peut en faire rêver quelques-uns, mais il a le défaut de reposer sur une erreur colossale : il n’y a qu’un Dieu, tout autant bon que juste, tout aussi sage dans l’Ancienne Alliance, figurative, préparatoire et provisoire que dans la Nouvelle Alliance sainte et éternelle. En séparant radicalement la Loi de la nouveauté évangélique, Marcion supprimait toute la préparation prophétique de la venue du Christ, et par là, il se faisait l’allié objectif du judaïsme qui refuse toute portée christique à l’Ancien Testament. Car si la venue du Christ n’a jamais été annoncée, les Juifs ont eu raison de le repousser comme un étranger et « même de le tuer comme un adversaire. » Tertullien appelait Marcion « un adversaire assez dément pour trouver plus facile de présumer la venue d’un Christ qui n’a jamais été annoncé que la venue de celui qui a toujours été prédit. » La remarque est aussi fine qu’importante. Le Christ a-t-il été prédit et sa venue préparée ? Si oui, par qui ? Voilà une bonne question que les néomarcionites, qui se prétendent amis du Christ, devraient se poser.
Mgr Gaume, Esther et Judith
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Quand un peintre a conçu un tableau, il commence par en tracer l’esquisse. Telle a été la conduite de Dieu dans le gouvernement du monde. Voulant réaliser un jour les chefs-d’œuvre de Sa puissance, de Sa sagesse et de Sa bonté, Notre-Seigneur Jésus-Christ, la sainte Vierge et l’Église, Il les a ébauchés dans le peuple juif. Le peuple juif est donc la figure du peuple chrétien, et le peuple chrétien, c’est l’Église, c’est nous. Rien n’est plus certain. L’Écriture et la tradition concourent à prouver cette grande vérité. Descendu sur la terre pour instruire les hommes, le Fils de Dieu déclare que tous les livres de l’Ancien Testament rendent témoignage de Lui, annoncent Sa venue, Ses travaux, Ses miracles, l’établissement de Son règne, tous les mystères de Sa vie et de Sa mort (I Jean, III, 14 ; Luc, IV, 16 ; Jean, V, 39 ; Luc, XXIV, 25, 44, etc.). Les apôtres parlent comme leur divin Maître. Saint Paul en particulier, enseigne expressément que ce qui arrivait aux Juifs était la figure de ce qui devait nous arriver à nous-mêmes (I Corin, X, 1, 6, etc.). Même langage dans la bouche des Pères de l’Église. Pour eux, l’Ancien Testament, c’est la rose en bouton, et le nouveau, la rose épanouie. « L’Ancien Testament, dit saint Augustin, cache le nouveau : le nouveau manifeste l’ancien. Tout ce que nous lisons dans les Écritures, antérieures à l’avènement du Seigneur, n’a été écrit que pour annoncer cet avènement et figurer l’Église, c’est-à-dire le peuple de Dieu répandu dans toutes les nations. Non seulement les paroles des saints, patriarches et prophètes, qui ont précédé la naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; mais encore leur vie, leurs alliances, leurs enfants, leurs actions furent la prophétie du temps actuel ». Ce qu’il dit des particuliers, le grand docteur l’affirme du peuple lui-même. « La délivrance d’Égypte figure la délivrance du peuple chrétien, par le baptême. Pharaon et les Égyptiens, engloutis dans la mer Rouge, sont les persécuteurs de l’Église, anéantis par Notre-Seigneur, le vrai Moïse. Le voyage d’Israël dans le désert, c’est le voyage de l’Église dans le désert de ce monde. La terre promise, c’est le ciel. Ainsi de l’Agneau pascal, de la Manne, de l’Arche d’alliance, des sacrifices et de tout l’ensemble des fêtes, des institutions et des rites de la loi ancienne ». Prise dans son ensemble et dans ses principaux détails, l’histoire du peuple juif est donc notre histoire anticipée. Sa vocation à la Foi est la figure de la nôtre. La perpétuité miraculeuse de ce peuple, toujours attaqué et toujours subsistant, la figure de l’Église toujours persécutée et toujours pleine de vie. Si leurs patriarches, chefs vénérables de la nation choisie, sont la figure de Notre-Seigneur, chef auguste de la grande nation catholique, leurs femmes célèbres sont la figure de la sainte Vierge. Les victoires remportées par elles sur les ennemis de leur peuple, sont la figure des victoires remportées par Marie sur les ennemis de l’Église.
Dom Guéranger, L’explication de la Messe
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Qui locutus est per Prophetas ; voici un autre dogme. Le Saint-Esprit a parlé par les prophètes, et la sainte Église le déclare. Elle a tenu à formuler cet article pour confondre les marcionites qui voulaient faire admettre le principe d’un Dieu bon et d’un Dieu mauvais ; d’après eux, le Dieu des Juifs n’était pas bon. L’Église déclarant ici que le Saint- Esprit a parlé par les prophètes, depuis les livres de Moïse jusqu’à ceux qui se rapprochent du temps de Notre-Seigneur, proclame que l’action du divin Esprit s’étend sur la terre depuis le commencement.
Pape Pie XI, Mit brennender Sorge (Encyclique)
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Les livres sacrés de l’Ancien Testament sont entièrement Parole de Dieu et forment une partie substantielle de Sa Révélation. En harmonie avec le développement graduel de la Révélation plane sur eux une lumière encore voilée, celle des temps qui ont préparé le plein jour de la Rédemption. Comme il ne saurait en être autrement dans des livres historiques et didactiques, ils reflètent, dans plus d’un détail, l’humaine imperfection, la faiblesse et le péché. À côté d’innombrables traits de grandeur et de noblesse, ils nous décrivent aussi le peuple choisi, porteur de la Révélation et de la Promesse, s’égarant sans cesse loin de son Dieu pour se tourner vers le monde. Pour les yeux qui ne sont pas aveuglés par le préjugé ou par la passion resplendit cependant d’autant plus lumineusement, dans cette humaine prévarication, telle que l’histoire biblique nous la rapporte, la lumière divine du plan sauveur qui triomphe finalement de toutes les fautes et de tous les péchés. C’est précisément sur ce fond souvent obscur que ressort dans de plus frappantes perspectives la pédagogie de salut de l’Éternel, tour à tour avertissant, admonestant, frappant, relevant et béatifiant ses élus. Seuls l’aveuglement et l’orgueil peuvent fermer les yeux devant les trésors d’enseignement sauveur que recèle l’Ancien Testament. Qui veut voir bannies de l’Église et de l’école l’histoire biblique et la sagesse des doctrines de l’Ancien Testament blasphème le Nom de Dieu, blasphème le plan de salut du Tout-Puissant, érige une pensée humaine étroite et limitée en juge des desseins divins sur l’histoire du monde. Il renie la foi au Christ véritable, tel qu’il est apparu dans la chair, au Christ qui a reçu son humaine nature d’un peuple qui devait le crucifier. Il demeure sans rien y comprendre devant le drame universel du Fils de Dieu, qui opposait au sacrilège de ses bourreaux la divine action sacerdotale de sa mort rédemptrice, donnant ainsi, dans la nouvelle alliance, son accomplissement, son terme et son couronnement à l’ancienne.
G.K. Chesterton, L’Homme éternel
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Votre Dieu d’Israël, ricanent-ils, n’était qu’un Dieu des batailles, un barbare Seigneur des Armées, adversaire des autres dieux comme leur rival envieux. Heureusement, dirons-nous ! Oui, il est heureux pour nous tous qu’il ait été le Dieu des Batailles ! Et qu’il se soit battu contre tous les autres dieux comme un rival acharné ! Selon le cours naturel des choses, il ne lui aurait été que trop aisé de se lier avec eux d’une désastreuse amitié. Ils n’étaient que trop prêts à ce qu’il ouvre les bras en signe d’amour et de réconciliation, embrassant Baal, baisant la face peinte d’Astarté, et partageant enfin le festin des dieux, lui le dernier des dieux à troquer sa couronne étoilée contre le nectar de l’Olympe, l’hydromel du Walhalla ou la fréquentation du Pantheon indien. Ses adorateurs n’auraient pas demandé mieux que de s’abandonner aux délices du syncrétisme en conjuguant toutes les croyances païennes. Ils étaient toujours prêts à glisser sur cette pente facile s’ils n’avaient été retenus par l’énergie quasi-démoniaque de quelques démagogues inspirés, témoins de l’unité divine en paroles qui demeurent comme des ouragans de bénédictions et de malédictions. Mieux nous comprendrons dans quelles conditions la foi s’est développée, mieux notre admiration pour la grandeur des Prophètes d’Israël sera fondée. Dans un monde où les dieux se confondaient en une bacchanale universelle, ce Dieu étriqué et tribal a préservé la religion originelle de tous les hommes, précisément parce qu’il était assez tribal pour être universel, assez étriqué pour être aux dimensions de l’univers.
Origène, Homélies sur le Lévitique
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Nous qui sommes de l’Église, à bon droit nous recevons Moïse et nous lisons ses écrits dans la pensée qu’il est un prophète et que, Dieu se révélant à lui, il a décrit en symboles, figures et tournures allégoriques, des mystères à venir que nous montrons accomplis en leur temps. […] La maquette est bien nécessaire, mais jusqu’à l’achèvement du chef-d’œuvre. Une fois terminée l’œuvre pour laquelle avait été modelée la maquette d’argile, on ne cherche plus à s’en servir. Comprends qu’il en va de même pour ce qui a été écrit ou accompli dans la Loi et les prophètes, « en type » et en figure des choses à venir. Car est venu en personne l’artiste et l’auteur de toutes choses ; et « la Loi qui possédait l’ombre des biens à venir », il l’a transformée en « l’image même des réalités ». Il y avait jadis Jérusalem, cette grande ville royale où l’on avait élevé à Dieu un temple très célèbre. Mais […] cette ville terrestre fut détruite dès qu’apparut la céleste, et dans ce temple il n’est pas resté pierre sur pierre, depuis que la chair du Christ est devenue le véritable temple de Dieu. Il y avait jadis un pontife purifiant le peuple « avec le sang des taureaux et des boucs » ; mais depuis qu’est venu le véritable pontife qui a sanctifié les croyants par son sang, nulle part n’existe plus ce premier pontife, et aucune place ne lui fut laissée. Il y eut jadis un autel et on y célébrait des sacrifices ; mais dès que vint l’Agneau véritable « qui s’est offert à Dieu en victime », tous ces sacrifices, comme institutions provisoires, ont pris fin. Alors, ne te semble-t-il pas que, selon la figure établie plus haut, il y eut comme des maquettes façonnées d’argile qui représentaient les images de la vérité ? Bref, c’est pour cette raison que l’économie divine a pourvu à ce que la ville même et le temple et tout le reste fussent pareillement détruits : […] Dieu, veillant sur notre faiblesse, et voulant que son Église se multiplie, a fait que toutes ces choses soient détruites de fond en comble, pour que nous n’ayons aucune hésitation, elles disparues, à croire véritables celles dont elles contenaient d’avance le type.
Saint Augustin
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Ceux qui blâment ce qu’ils ne comprennent pas, et donnent aux promesses et aux figures de nos sacrements, de la loi, le nom de « lèpre », de « rouille » et de « verrue », ressemblent aux hommes à qui déplaisent les choses dont ils ne comprennent pas l’utilité. C’est comme si un sourd, en voyant remuer les lèvres de ceux qui parlent, trouvait ces mouvements de la bouche aussi laids que superflus.
Abbé Olivier Rioult, La clef des Écritures
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Si les hérétiques opposent le Yahweh de l’Ancienne Alliance au Dieu du Nouveau, le premier étant méchant et le second étant bon, c’est parce qu’ils ont une fausse conception de la bonté et de la justice divine. « Ils pensent en effet que la bonté est un sentiment qui désire pour tous le bien, même si le bénéficiaire en est indigne et ne mérite pas d’obtenir le bien. Ils ont considéré la justice comme un sentiment qui veut rendre à chacun selon son mérite. Et selon leur signification, le juste ne paraîtrait pas vouloir le bien aux mauvais, mais être animé d’une certaine façon de haine à leur égard : et ils recueillent ainsi tout ce qu’ils trouvent comme récits dans les écrits de l’Ancien Testament, par exemple le châtiment du déluge et de ceux qui y furent noyés, la dévastation de Sodome et de Gomorrhe par une pluie de feu et de soufre, la mort dans le désert à cause de leurs péchés de tous ceux qui avaient quitté l’Égypte, de telle sorte qu’aucun ne put entrer dans la terre des promesses sinon Josué et Caleb. Du Nouveau Testament ils rassemblent les paroles de miséricorde et de pitié que le Sauveur a dites à ses disciples pour les former, celles qui semblent déclarer que personne n’est bon si ce n’est un seul, Dieu le Père ; et ainsi ils ont osé, tout en proclamant bon le Dieu Père du Sauveur Jésus-Christ, dire que le Dieu du monde est autre et l’appeler juste, mais non bon. » En fait, selon cette logique hérétique, on ne pourrait affirmer ni que le Dieu de l’Ancien Testament était juste, ni que celui du Nouveau était bon. Car « ils pensent ainsi parce qu’ils ne veulent rien comprendre au-delà de la lettre. Qu’ils montrent comment il est juste selon la lettre d’imputer les péchés des parents jusqu’à la troisième et la quatrième génération à leurs fils et aux enfants de leurs fils après eux. […] Ensuite si celui qu’ils disent bon, est bon pour tous, sans aucun doute il l’est pour ceux qui sont destinés à perdition ; comment alors ne les sauve-t-il pas ? S’il ne le veut pas, il ne sera pas bon ; s’il le veut et ne le peut pas, il ne sera pas tout-puissant. Qu’ils entendent plutôt, dans les Évangiles, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ préparant le feu pour le diable et ses anges. Comment une action aussi punitive et pénible selon le sens qu’ils lui donnent pourra paraître l’œuvre du Dieu bon ? Mais le Sauveur lui-même, fils du Dieu bon, déclare dans les Évangiles : « Si ces signes et ces prodiges avaient été accomplis à Tyr et à Sidon, depuis longtemps elles auraient fait pénitence dans le sac et la cendre ». Et lorsqu’il s’est approché de ces villes et qu’il a pénétré sur leur territoire, pourquoi, je vous le demande, a-t-il refusé d’entrer dans ces cités et de leur manifester en abondance les signes et les prodiges, puisqu’il était certain que devant cela elles auraient fait pénitence dans le sac et la cendre ? Puisqu’assurément il ne l’a pas fait, il a abandonné sans aucun doute à la perdition ces cités, qui n’étaient pas cependant d’une nature mauvaise et perdue d’après la parole même de l’Évangile, puisqu’il est dit qu’elles pouvaient se repentir. Et on trouve aussi dans une parabole évangélique : « Le roi, pénétrant dans la salle pour voir les convives, qui avaient été invités, vit quelqu’un qui n’était pas vêtu de la tenue des noces et il lui dit : Ami, comment es-tu entré ici sans la tenue des noces ? Alors il dit aux serviteurs : Liez-lui mains et pieds et jetez-le dehors dans les ténèbres extérieures, là où il y aura pleurs et grincements de dents ». Qu’ils nous disent quel est ce roi qui entre pour voir les convives et qui, trouvant quelqu’un revêtu d’habits sales, ordonna parmi eux à ses serviteurs de l’enchaîner et de le repousser dans les ténèbres extérieures : est-ce celui qu’ils appellent le Dieu juste ? Le Seigneur Jésus n’a-t-il point dit aussi lui-même : « Quant à ceux qui n’ont point voulu m’avoir pour roi, qu’on les amène ici et qu’on les tue en ma présence » (Lc 19,27). » En fait, on ne peut rien comprendre à l’agir divin tant qu’on oppose justice à bonté. La justice est une vertu et la vertu est un bien. Il est donc bon d’être juste, et il est impossible d’être juste sans être bon. Punir le péché « vient de la beauté de la justice. » Et « s’ils disent que la justice n’est pas un bien, mais un mal, je pense que ce serait une sottise de leur répondre : il me semble que je répondrais alors à des paroles insensées ou à des hommes à l’intelligence détraquée. […] le Dieu juste et bon, le Dieu de la loi et des Évangiles, est un seul et même Dieu ; Il fait le bien avec justice et punit avec bonté, puisque ni la bonté sans la justice, ni la justice sans la bonté, ne sont le signe de la dignité de la nature divine. » Quand on lit attentivement les Écritures, on constate que la bonté de Dieu se manifeste aussi dans l’Ancien Testament tout comme sa justice est aussi omniprésente dans le Nouveau. Si Dieu « effraie les hommes, dans la loi, par des choses charnelles, tandis que, dans l’Évangile, il les effraie par des châtiments spirituels, dans l’un comme dans l’autre cas, il est fidèle, jamais cruel. » « Voyons donc si dans l’Ancien Testament le Dieu des prophètes, le créateur du monde, le législateur, n’est pas nommé bon. Que disent les psaumes ? « Qu’il est bon, le Dieu d’Israël, pour les cœurs droits » Et : « Qu’Israël dise maintenant qu’il est bon, que sa miséricorde dure des siècles ». Dans les Lamentations de Jérémie il est écrit : « Bon est le Seigneur pour qui le garde, pour l’âme qui le cherche ». De même que Dieu est fréquemment appelé bon dans l’Ancien Testament, de même dans les Évangiles le Père de notre Seigneur Jésus-Christ est aussi nommé juste. En effet, dans l’Évangile selon Jean, notre Seigneur lui-même prie le Père en ces termes : « Père juste, le monde lui-même ne t’a pas connu ». » Et « rien ne convient mieux à un Dieu bon et justicier que de rejeter ou de faire choix en considération des mérites actuels. Il fait choix de Saul (I Sam 9,16), mais quand il n’avait pas encore bafoué le prophète Samuel (1 Sam 15,10). Il rejette Salomon, mais quand il était déjà sous l’empire de ses femmes étrangères et la domination des idoles de Moab et de Sidon (III Rois 11,1). Qu’aurait dû faire le Créateur pour éviter les reproches des marcionites ? Condamner d’avance ceux qui vivaient encore dans le bien, à cause de leurs crimes à venir? Mais il n’appartenait pas au Dieu bon de condamner d’avance ceux qui ne le méritaient pas encore. Pareillement, ne pas rejeter ceux qui étaient maintenant pécheurs, à cause de leur bonne conduite de jadis ? Mais il n’appartenait pas à un juste juge, dès lors que la bonne conduite de jadis était reniée, de pardonner des crimes. […] Montre quelqu’un qui soit toujours bon, et il ne sera pas rejeté ! Montre quelqu’un qui soit toujours méchant, et il ne sera jamais l’objet d’un choix ! Mais s’il est vrai qu’il en est toujours ainsi de l’homme, qui est dans le bien et dans le mal selon les circonstances, il sera traité dans l’un et dans l’autre cas par un Dieu à la fois bon et justicier, qui ne change pas d’avis par légèreté ou par imprévoyance, mais édicte une sanction pleine de sérieux et de prévoyance et départit à chacun selon la circonstance ce qu’il mérite. » Une dernière remarque doit nous aider à mieux saisir l’indissoluble union de la bonté et de la justice divines. Les hommes, en s’attachant aux choses visibles et temporelles, sont facilement sujets à l’illusion et aux erreurs de jugements dans les réalités invisibles et spirituelles. C’est pourquoi le Seigneur a dit : « Ne craignez point ceux qui tuent le corps et ne peuvent tuer l’âme, mais craignez plutôt celui qui peut perdre dans l’en- fer le corps et l’âme en même temps » (Mt 10,28). « Quand Dieu fait le mal, c’est un mal qui n’est point un mal pour lui, mais seulement pour ceux qu’il châtie. Aussi, quant à lui, il ne fait que du bien, parce que tout ce qui est juste est un bien ; or, la vengeance qu’il exerce est juste. […] L’enfer est un mal pour le damné, cela n’empêche point que la justice de Dieu ne soit bonne, c’est un fruit produit par un bon arbre. […] « Considérez donc la bonté de Dieu et sa sévérité : sa sévérité envers ceux qui sont tombés et sa bonté envers vous, si toutefois vous demeurez fermes dans sa bonté, autrement vous serez aussi retranchés ; pour eux, s’ils ne demeurent point dans leur incrédulité, ils seront de nouveau entés sur leur tige, puisque Dieu est tout-puissant pour les enter encore. » (Rom 11, 22- 23) » Or, « quiconque considérera avec un esprit de foi, comme il convient, toutes les morts par lesquelles les âmes sont envoyées en enfer, estimera bien peu de chose les plus grands massacres et ces fleuves de sang d’hommes destinés à mourir un jour et d’une manière quelconque. C’est en exagérant ces massacres, et en les décrivant avec vanité, que notre écrivain remplit d’horreur les sens mortels et porte les hommes à blasphémer le Dieu qui, frappait comme d’une verge, par ces morts, ceux à qui la crainte d’un pareil sort était utile, et il se figure qu’il avance à quelque chose parce qu’il regimbe contre l’aiguillon. Mais tandis qu’il accuse la providence de Dieu de la mort de la chair, il est lui-même envoyé en enfer par la mort de son cœur. Or, quel mortel de l’un ou l’autre sexe, n’aimerait pas mieux être frappé du glaive même comme les fornicateurs l’ont été de la main de Phinées (Nb 25,8), jusque dans les étreintes des voluptés coupables, pour servir de terrible exemple de vengeance de si exécrables débauches, action dans laquelle Phinées a plu tout particulièrement à Dieu ; quel mortel, dis-je, n’aimerait pas mieux être mis à mort de cette manière, quel homme enfin ne préférerait être consumé dans les flammes, ou sentir la dent des bêtes sauvages le déchirer jusque dans les organes de la virilité, que d’être jeté dans l’enfer du feu éternel ? » « Mais si le Dieu de la loi et des prophètes qui est le seul vrai Dieu lui semble, à notre auteur, mériter l’accusation de cruauté, c’est parce qu’il inflige la peine de mort pour les causes les plus légères et quelquefois même pour des causes honteuses ; par exemple parce que David a fait le dénombrement de son peuple (II Rois 24,2), ou bien encore parce que des enfants, comme le rapporte cet écrivain, les fils du prêtre Héli ont goûté un peu de la marmite ou du chaudron préparé pour Dieu (I Rois 2,14). Dans le fait rapporté plus haut, un orgueil aussi pernicieux que grand s’empara de ce saint homme, quand il voulut faire le dénombrement du peuple de Dieu et il fut puni du mouvement d’orgueil que lui avait inspiré la multitude de ses sujets, non par leur mort éternelle, mais par un trépas qui devait arriver un jour selon les lois de la nature, et ne durer que quelques instants. Les fils d’Héli étaient des enfants d’un âge tel qu’ils pouvaient et devaient, pour la sacrilège audace qui les portait à se préférer eux-mêmes à Dieu dans les sacrifices offerts à ce dernier, être arrêtés par une digne retenue. Dieu, non point à cause de lui, mais à cause du peuple, à qui la religion et la piété devaient être utiles, punit la négligence du père à cet égard, par une guerre où ceux qui devaient échapper à la mort purent grandir dans la crainte de Dieu, par le trépas de ceux qui devaient toujours mourir un jour, même après de longues années, supposé qu’ils dussent arriver à la vieillesse. Nous voyons en effet qu’il y a eu des hommes qui sont morts, non pour leurs propres péchés, mais pour les péchés d’autrui (I Rois 4,18) […] mais personne n’est frappé de la mort de l’âme pour un autre. » Ceux qui s’entendront dire par le Christ : « Allez au feu éternel qui a été préparé au diable et à ses anges » (Mt 25,41) ne le devront qu’à leurs propres fautes. « Vous vous demandez la cause d’un tel supplice, et le Christ vous répond : « J’ai eu faim et vous ne m’avez point donné à manger ». Ainsi, voilà la menace d’un supplice horrible et éternel, non pour avoir ôté à quelqu’un, mais pour ne lui avoir point donné une nourriture temporelle. Or, il n’y a là rien que de juste, si vous prenez conseil de la vérité. Ce qu’on donne en aumônes est certainement bien peu de chose, et pourtant il mérite une récompense éternelle. Or, c’est précisément parce que ce qui se donne ainsi est fort peu de chose qu’il y a une grande impiété à ne le point donner. Il n’est donc point surprenant que le supplice d’un feu éternel soit préparé à une pareille stérilité comme il arrive aux arbres ne produisant point de fruit, Si vous prenez conseil de l’homme, et qu’il vous réponde de son propre fond, comme tout homme est menteur, il dédaigne la faute et exagère le châtiment ; il ne voit l’une que d’un œil charnel, et il a peur de l’autre dans une chair mortelle. Tel est notre écrivain en présence des châtiments corporels infligés à tous les hommes qui sont punis ou repris dans l’Ancien Testament, lesquels sont beaucoup plus doux que ceux dont nous lisons la menace dans l’Évangile. En effet, quel déluge est comparable aux flammes éternelles ? Quels carnages, quelles blessures, quelles morts corporelles peut-on mettre en comparaison des tourments éternels ? Notre écrivain insensé enfle ses joues et éclate en récriminations pour vingt-quatre mille hommes frappés de mort comme s’il n’en mourrait point des milliers tous les jours dans l’univers entier. Mais cette mort du corps est une mort transitoire, et qui pourrait supputer en pensée le nombre des milliers d’hommes qui devront, de toutes les nations, passer à la gauche du Christ, pour s’entendre condamner aux flammes éternelles ? » Et c’est encore parce que l’œil de l’homme impie est charnel et digne de châtiment qu’il rejette Yahweh comme trop cruel mais aussi le Christ crucifié comme trop faible : « Quelle n’est pas votre absurdité à l’égard des deux aspects généraux du Créateur ! Vous le classez comme juge, et cette sévérité de juge, en rapport avec ce que méritent les différents cas, vous la lui reproches comme une cruauté. Vous exigez un dieu très bon, et cette mansuétude, en accord avec sa bonté, quand elle se rend plus bassement familière pour s’adapter à la faiblesse humaine, vous la dénigrez sous le nom de petitesse. Il ne vous plaît ni grand ni petit, ni juge ni ami. » Un argument, qui revient souvent dans la bouche des Marcionites pour essayer de montrer une contradiction, selon eux radicale, entre les deux Testaments est d’opposer ce passage qu’on lit dans l’Exode : « Si vous faites tout ce que je vous dis, je haïrai ceux qui vous haïssent… Mon ange marchera devant vous, il vous conduira chez l’Amorrhéen, chez l’Héthéen, chez le Phérézéen, chez le Chananéen, chez le Jébuséen et chez le Gergéséen, et vous les tuerez. Vous n’adorerez point leurs dieux et vous ne les imiterez point dans ce qu’ils font, mais vous les détruirez de fond en comble et vous ferez disparaître leur mémoire. » (Ex 22,22-24) avec ces paroles de l’Évangile : « Pour moi je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous persécutent. » (Mt V, 44). Il conclut de cette comparaison que le Dieu qui pousse à haïr et le Dieu qui pousse à bénir ne peuvent pas être un seul et même Dieu. Ils se trompent évidemment : un seul et même Dieu a bien prononcé ces deux préceptes qui sont certes différents mais non contradictoires. « Ce massacre que nos adversaires exagèrent à l’excès et font sonner bien haut pour le rendre odieux, qu’est-ce de plus que la mort du corps ?[…] Si à l’époque du Nouveau Testament, où la charité est plus particulièrement recommandée, Dieu s’est servi de peines temporelles pour inspirer de la crainte aux âmes, à combien plus forte raison est-il facile de comprendre qu’il ait dû en être de même du temps de l’Ancien Testament, par rapport à ce peuple charnel, à qui la loi de crainte avait été donnée comme un pédagogue, pour le contraindre. Telle est, en effet, en deux mots aussi courts que clairs, la différence des deux Testaments, la crainte et l’amour : la crainte, pour l’homme ancien, l’amour, pour le nouveau ; mais cela n’empêche pas que l’un et l’autre ne viennent de la très miséricordieuse dispensation de Dieu, et ne se rattachent l’un à l’autre par le même moyen. Dans l’Ancien Testament il n’est point parlé des sentiments de ceux qui tirent la vengeance prescrite, parce qu’il n’y avait qu’un très petit nombre d’hommes spirituels qui sussent, par une révélation de Dieu, ce qu’ils faisaient, et que c’était pour soumettre à un empire très sévère un peuple à qui la terreur était utile, et pour leur faire redouter d’être livrés aux mains de leurs ennemis s’ils venaient à mépriser les ordres du vrai Dieu, et à tomber dans le culte des idoles et dans les impiétés des païens, comme ils avaient vu leurs propres ennemis et les adorateurs impies des idoles livrés entre leurs mains pour être exterminés par eux. Et en effet, quand ils s’abandonnèrent aux mêmes fautes, ils furent punis de la même manière. Mais toute cette vengeance temporelle effraie les âmes faibles dans la foi, pour les nourrir et les instruire dans la discipline, et les éloigner des supplices éternels et indescriptibles, attendu que les hommes charnels appréhendent plus les vengeances que Dieu exerce dans le temps présent, que celles qui ne les menacent que dans l’avenir. Donc Dieu qui sait ce qu’il doit à chacun, châtie en tuant ceux qu’il lui plaît, soit par le moyen des hommes, soit par l’ordre invisible des choses, non point parce qu’il les hait en tant qu’hommes, mais parce qu’il les hait en tant que pécheurs. Nous voyons, en effet, dans les livres de l’Ancien Testament, ces paroles adressées à Dieu : « Vous ne haïssez rien de tout ce que vous avez fait » (Sap 9,25) mais il dispose tout avec justice, aussi bien les châtiments que les récompenses. […] D’ailleurs pour ce qui est du précepte d’aimer nos ennemis au point de ne leur point rendre le mal pour le mal, nous lisons dans l’Ancien Testament : « Seigneur mon Dieu, si j’ai fait cela, si mes mains se trouvent coupables d’iniquité, si j’ai rendu le mal à ceux qui m’en avaient fait, je consens à succomber sous les coups de mes ennemis, et à être frustré de toutes mes espérances. » (Ps 7,3-4) Qui parlerait ainsi s’il ne savait que Dieu aime qu’on ne rende point le mal pour le mal ? Mais c’est le propre des parfaits de ne haïr dans les pécheurs que leurs péchés sans cesser d’aimer les hommes, et, quand ils sévissent, de ne point le faire par un sentiment de cruauté, mais avec modération et justice, de peur que l’impunité de la faute ne nuise plus au pécheur que la sévérité du châtiment. Mais après tout, les hommes justes n’ont agi, dans ces occasions, que poussés par l’autorité même de Dieu, pour qu’on ne s’imagine pas qu’il est permis de tuer indistinctement qui on veut, de poursuivre les hommes de son propre jugement ou de leur infliger tel châtiment qu’on juge à propos. » Et comme les Juifs ne comprenaient par homicide que le meurtre qui prive de vie le corps de l’homme, le Seigneur leur découvre que tout mouvement mauvais qui nous porte à nuire au prochain est du genre de l’homicide (Mt 5,22). Voilà ce qui fait dire à Jean : « Quiconque hait son frère est homicide » (I Jn 3,15). » De plus, le précepte donné aux anciens en ces termes : « Vous aimerez votre prochain et vous haïrez votre ennemi » (Lév 19,18) n’est point un précepte propre de la loi de Moïse. L’apôtre Paul nous dit aussi qu’il y a des hommes que Dieu hait (Rom 1,30), même si le Seigneur lui-même nous exhorte à imiter Dieu « afin que vous soyez les enfants de votre père qui est dans le ciel, et qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et tomber ses pluies sur les justes et sur les injustes. » (Mt 5,45) La vraie question est donc de savoir comment nous devons haïr nos ennemis, à l’exemple de Dieu, et comment, en même temps, toujours à l’exemple de Dieu qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, nous devons aimer nos ennemis. On doit « aimer nos ennemis, parce qu’ils ne sont point dépourvus de tout bien ; on doit les « haïr parce qu’ils sont mauvais en quelque chose ; cette règle nous permet de résoudre la difficulté et de montrer qu’il n’y a point de contradiction entre la parole de l’ancienne Écriture : « vous haïrez votre ennemi », et celle de l’Évangile : « aimez vos ennemis » (Mt 5,44), attendu que tout homme mauvais, en tant qu’il est mauvais, doit pour nous être un objet de haine et, en tant qu’il est homme, un objet d’amour, en sorte que nous blâmions ce que nous haïssons justement en lui, c’est-à-dire le vice, de manière que ce que nous aimons avec raison en lui, je veux dire, la nature même de l’homme, soit sauvé après que le vice aura été corrigé. Voilà la règle suivant laquelle nous haïrons un ennemi à raison du mal qui se trouve en lui, raison de son iniquité, et nous aimerons notre ennemi à cause de ce qu’il y a de bon en lui, à cause de la créature sociale et raisonnable, attendu que nous avons la conviction qu’il n’est pas mauvais par le fait de sa nature à lui ou de la nature d’un autre, mais par le fait de sa propre volonté. Ainsi le Seigneur en disant : « aimez vos ennemis » n’est pas venu abolir mais accomplir le précepte de la haine des ennemis inscrit dans la loi […]. Mais comprendre cela, c’est beaucoup pour leurs esprits pervers. » C’est pourquoi tout ou presque tout ce qu’il nous a recommandé ou prescrit, quand il disait : « Et moi je vous dis… », se trouvaient dans les livres anciens. C’est là, en effet, qu’il est dit contre la colère : « La fureur a rempli mon œil de trouble » (Ps 6,8), et, « celui qui réprime sa colère, vaut mieux que celui qui prend des villes d’assaut » (Prov 16,32). C’est encore dans ces livres qu’il est dit contre les paroles dures : « coup de verge fait une blessure, mais un coup de langue brise les os » (Eccli 28,21). C’est là aussi que se lisent ces paroles contre la fornication du cœur : « Ne convoitez point la femme de votre prochain » (Exod 20,17). […] N’est-ce point également dans ces livres que l’homme patient qui tend la joue à celui qui le frappe, et est rassasié d’opprobre, sans songer à résister à la violence, est loué (Thren 14,30) ? N’y lit-on pas encore au sujet de l’amour des ennemis : « si votre ennemi a faim, donnez-lui à manger ; s’il a soif, donnez-lui à boire » (Prov 25,21) ? […] C’est aussi dans les psaumes qu’on lit : « je gardais un esprit de paix avec ceux qui haïssaient la paix » (Ps 119,6), et beaucoup d’autres choses semblables. Que nous imitions Dieu en nous interdisant la vengeance et en allant jusqu’à aimer même nos ennemis, nous en trouvons la preuve encore dans ces livres où nous voyons dans un long passage, que Dieu agit de même ; en effet, c’est dans ces livres qu’il est écrit : « Car la souveraine puissance est à vous seul et vous demeure toujours : qui pourra résister à la force de votre bras ? Tout le monde est devant vous comme un grain qui fait à peine incliner la balance, et comme une goutte de la rosée du matin qui tombe sur la terre. Mais vous avez compassion de tous les hommes, parce que vous pouvez tout, et vous faites comme si vous ne voyiez point leurs péchés, afin qu’ils fassent pénitence ; car vous aimez tout ce qui est, et vous ne haïssez rien de ce que vous avez fait, puisque si vous l’aviez haï vous ne l’auriez point créé. Qu’y a-t-il, en effet, qui pût subsister, si vous ne le vouliez pas, ou qui se pût conserver sans votre ordre ? Mais vous êtes indulgent envers tous, parce que tout est à vous, ô Seigneur qui aimez les âmes. Car votre esprit est bon, et il est doux en toutes choses, c’est pour cela que vous reprenez ceux qui s’écartent, vous les avertissez des fautes qu’ils font, et vous les instruisez de votre loi afin que, laissant le mal, ils croient en vous, Seigneur » (Sap 11,22-27 & 12,1-2). C’est à l’imitation de cette bonté et de cette patience de Dieu qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants et tomber la pluie sur les justes et sur les pécheurs (Mt 5,45), que le Christ nous excite, de même qu’à négliger de tirer vengeance des offenses qui nous ont été faites, et à faire du bien, à ceux qui nous haïssent, afin que nous soyons parfaits comme notre père céleste est parfait. Quant au moyen puissant d’obtenir la rémission de nos péchés qui consiste à remettre nous-mêmes au prochain ses torts à notre égard, et quant à ce qui est de prendre garde, si nous ne le faisons point, que nos péchés ne nous soient point remis, même à notre prière, voici ce que nous lisons encore dans ces livres anciens : « Celui qui veut se venger, tombera dans la vengeance du Seigneur, et Dieu lui réservera ses péchés pour jamais. Vous pardonnez à votre prochain le mal qu’il vous a fait, et vos péchés vous seront remis, quand vous en demanderez pardon. L’homme garde sa colère contre un homme, et il ose demander à Dieu qu’il le guérisse. Il n’a point compassion d’un homme semblable à lui, et il demande le pardon de ses péchés ; lui qui n’est que chair, garde sa colère, et il demande miséricorde à Dieu. Qui lui pourra obtenir le pardon de ses péchés ? » (Ecclé 28,1-5) » Une fois de plus, on constate qu’il n’existe aucune contradiction entre les excellents préceptes du Seigneur et les anciens livres des Hébreux, parce que, nous le savons, le Seigneur n’est pas venu abolir mais accomplir la Loi, « en ce sens que, à l’exception des figures des promesses qui se trouvent accomplies et abolies par l’avènement de la vérité, tous les préceptes qui font que la loi est sainte, juste et bonne, non à cause de l’ancienneté de la lettre qui les ordonne et qui augmente les péchés des orgueilleux par la souillure de la prévarication, mais à cause de la nouveauté de l’esprit qui aide à l’accomplir et qui affranchit par la grâce du salut la confession des humbles, se trouvent accomplis en nous. »
Bibliographie
- Tertullien, Contre Marcion
- Abbé Olivier Rioult, La clef des Écritures
- Saint Augustin, Contre Fauste