Abbé Emmanuel Barbier, Infiltrations maçonniques dans l’Église (Pages 75-76)
Ajouter à
La lutte contre la Gnose fut le grand effort doctrinal de l’Église au second siècle. Le Gnosticisme représentait un double effort de la pensée philosophique et de la pensée religieuse. Le premier cherchait à absorber le christianisme en le transformant en une philosophie religieuse ; l’autre tendait à lui trouver un sens plus profond que ne comportait la simplicité de l’Évangile et à le transformer en une mystagogie d’initiations et de rêves. Dans les deux cas, c’était une science plus haute (gnosis) qui prétendait se substituer à la foi commune et ordinaire (pistis). Le gnostique était censé comprendre sa foi et en avoir percé le mystère.
Émile Amélineau, Essai sur le gnosticisme égyptien (Page 13)
Ajouter à
Voilà ce que sont la Gnose et les gnostiques un enseignement philosophique et religieux dispensé à des initiés, enseignement basé sur les dogmes chrétiens, mélangé de philosophie païenne, s’assimilant tout ce qui, dans les religions les plus diverses, pouvait étonner les croyants ou orner le système avec une splendeur et une magnificence capables d’éblouir les yeux. Au fond du Gnosticisme, il n’y a qu’une trame unique. Chaque initié passé maître était libre d’y appliquer les broderies les plus propres à faire mieux ressortir sa pensée de là vient que le fonds des systèmes est à peu près identique, de Simon le Mage à Valentin, quoique l’exposition varie et que la trame devienne plus logique et plus serrée.
Les Cahiers Villard de Honnecourt n°81 (Page 122)
Ajouter à
- Le dualisme fondamental entre le Bien et le Mal, entre l’esprit et la matière, entre l’âme et le corps et entre la lumière et la ténèbre. 2. Le Dieu suprême et le Dieu créateur sont deux êtres distincts.
- Le Dieu suprême est à l’origine du Bien et le Dieu créateur à l’origine du Bien et du Mal. 4. Le monde matériel produit le Mal. 5. L’âme, en tant qu’étincelle divine, a fait une chute et, prisonnière du corps humain, elle doit retrouver le chemin vers son origine céleste. 6. Caïn est souvent considéré comme un héros car il est le modèle même de l’être révolté contre le dieu du Mal et, c’est le paradoxe, le maudit devient un saint. 7. L’importance capitale d’une cosmologie, parfois complexe.
- Les esprits sont hiérarchisés.
- Le Dieu du Mal, vu comme justicier ou jaloux, est identifié à celui de l’Ancien Testament alors le « bon Dieu » est le Père et le Dieu d’amour. Il y a là une distinction entre ces deux conceptions de Dieu et, par conséquent, entre l’Ancien Testament et le Nouveau Testament. 10. Le Christ, envoyé du « bon Dieu », est avant tout le messager apportant la Connaissance et le gnostique y voit là l’unique raison de le considérer comme étant le Sauveur.
- Il y a une distinction entre Jésus et le Christ. Jésus est l’homme né de la chair alors que le Christ est pur esprit et ne s’identifie à lui qu’au moment du baptême dans le Jourdain. Il le quittera qu’au moment ultime où Jésus meurt sur la croix. Cette opinion repose sur une interprétation particulière des dernières paroles du Christ en croix : « Père, entre tes mains je confie mon esprit ». Le gnostique voit Jésus dans le crucifié et non le Christ. 12. La connaissance de l’origine de l’homme, de la cause de sa chute et des moyens de recouvrer son état d’originelle pureté peut, seule, garantir son salut : c’est la gnose par excellence.
Eugène Goblet d’Alviella, Eleusinia (Page 121)
Ajouter à
La plupart des sectes gnostiques partageaient l’humanité en trois fractions : les hyliques, ou matériels, les psychiques, ou initiés du degré inférieur, et les pneumatiques qui seuls obtenaient la plénitude de la révélation. Quelques-uns comme les Carpocratiens, estimaient la possession de la Gnose suffisante pour assurer le salut, et même, s’il faut en croire leurs ennemis, pour délier de toutes les lois religieuses et morales. Mais aux yeux des autres, et c’étaient les plus nombreux, il fallait y joindre certaines cérémonies théurgiques, comme le baptême qui constituait l’initiation proprement dite et la cène qui réalisait l’union avec les puissances supérieures. Avant de recevoir le baptême, on devait prêter le serment de ne rien révéler des Mystères qui allaient être communiqués.
Monseigneur Freppel, Instruction pastorale sur la Franc-Maçonnerie
Ajouter à
Dès l’origine de l’Église, nous voyons se former dans l’ombre, en opposition avec ses dogmes, des groupes antichrétiens professant la plupart des idées ou se résume la franc-maçonnerie moderne : confusion de Dieu et du monde sous le nom de nature universelle, négation de la divinité de Jésus-Christ rabaissé au rang des législateurs et des philosophes de l’antiquité, monopole de la science attribué à un petit nombre d’initiés en regard de la foi des chrétiens traitée d’ignorance et de superstition, d’un côté les hommes qui aspirent à la lumière et de l’autre ceux qui restent plongés dans les ténèbres, tout ce langage et toutes ces prétentions, avec des rites et des symboles d’égale valeur, nous les retrouvons dans les conventicules de la Gnose comme dans les loges maçonniques, de telle sorte que l’on pourrait dire, sans abuser du rapprochement, que les gnostiques ont été les francs-maçons des trois premiers siècles de l’Église.
Jean-Jacques Stormay, Antidote
Ajouter à
Il y eut une Révélation primitive, dont Adam fut dépositaire avant sa chute. Mais le péché assombrit sa connaissance, fit s’insurger ses passions contre sa raison, troubla sa volonté, et ces travers se propagèrent dans tout le genre humain par là rendu incapable de préserver le sens exact du trésor spirituel reçu, lequel sera désormais entaché d’erreurs graves conservant quelque ressemblance avec la vérité ; aussi le genre humain se trouva placé sous la dépendance du démon qui, de plus, par ses mensonges, éloigna la Tradition adamique de son intégrité primitive. Telle est cette « proto-gnose », cette religion de l’humanité déchue, dont on conserve des traces dans toutes les cultures antiques, dans les folklores, dans les religions à mystères, les contes, les mythologies. L’existence et les caractères essentiels d’une telle « proto-gnose », particulièrement repérable et systématiquement thématisée dans la culture indo-européenne, furent récemment mis en évidence, de manière remarquable, par les travaux du professeur Jean-Claude Lozac’hmeur. Le corpus de cette religion, qui resurgit en sa virulence et cette fois sans voiles avec les Gnostiques contemporains du christianisme naissant (Marcion, Valentin, Basilide, Carpocrate), est ainsi susceptible de deux lectures : une lecture gnostique, dont la maçonnerie se veut le dépositaire et I’herméneute, et une lecture catholique discernant, dans ces erreurs, les vérités chrétiennes dont elles sont l’adultération et que donc elles tiennent captives. Il n’y a donc rien d’étonnant dans le fait que l’aristotélisme et le platonisme, mais aussi le néo-platonisme, issus des Présocratiques eux-mêmes nés d’une rationalisation de la pensée mythique pétrie de gnose archaïque, se soient plus tard révélés tels autant de précieux instruments d’explicitation du dogme catholique : la rupture avec la pensée mythique, définitionnelle de l’invention de la philosophie, joua le rôle de libérateur de vérités captives. Mais la lecture maçonnique de cette religion archéo-gnostique révèle une référence sataniste, en tant qu’il s’agit d’un dualisme : Un Dieu imparfait, ignorant les effets de son œuvre créatrice, produit le monde des esprits (les éons) dont l’un, pervers (celui qui sera identifié tel le Dieu de la Bible), crée le monde matériel, qui est intrinsèquement mauvais à raison de sa matérialité même ; les Gnostiques postérieurs au christianisme convoqueront le néo-platonisme (pourtant explicitement anti-gnostique : voyez le Traité 33, soit la Deuxième Ennéade chapitre 9, de Plotin) pour expliquer cette production d’esprits par la divinité primitive, production par là comprise sur le mode émanatiste permettant aux Gnostiques, grâce à une conception au reste contestable du concept d’émanation (saint Thomas quant à lui n’a pas de scrupule à définir le « creari » comme « emanatio totius esse ») de déclarer consubstantielles à Dieu les étincelles spirituelles issues de ce dernier ; parmi ces étincelles se trouvent les âmes humaines, ou quelques âmes humaines (celles des futurs « initiés ») qui, par un déficit de vigueur contemplative, chutent dans la matière qui les reçoit et les emprisonne, et, complice du mauvais dieu son auteur, les contraint d’adorer ce dernier. Dans les mythologies et folklores, le mauvais dieu est un roi père d’une veuve représentant la Connaissance, qu’il garde captive ; fécondée par un preux chevalier, ou un héros qui, par jalousie, sera mis à mort par le mauvais dieu ou roi, elle accouche du « fils de la Veuve » (expression par laquelle se nommeront les maçons) qui vengera son père en mettant son grand-père à mort. Le preux chevalier est évidemment Lucifer, le porteur de Lumière et l’Ami des hommes, le modèle de l’homme libre émancipé de l’obscurantisme du Dieu créateur honoré dans le judaïsme ancien et dans le christianisme qui en est la transfiguration, l’achèvement (aux deux sens du terme). Il est clair que le gnosticisme est un antithéisme sataniste, une inversion radicale du sens de la geste christique. Le salut consistera pour ces âmes à se soustraire à la tyrannie du Dieu de la Bible, à lutter contre la matière mauvaise, ainsi à refaire la création (d’où le constructivisme, l’inflation technicienne du monde moderne et contemporain, le refus de tout ordre des choses, la fascination pour toutes les formes d’inversion et d’antinature), et ultimement à se déifer soi-même, c’est-à-dire à prendre conscience du fait qu’on est en son fond divin. Cela dit, les « rachetés », dans cette perspective luciférienne, ne sont nullement des pécheurs, mais des victime de l’inconséquence du Dieu primitif et de la perversité du Dieu créateur. De plus, ils ne sont pas rachetés mais ils se rachètent eux-mêmes, par la Connaissance déiformante, sans qu’il leur soit besoin de recevoir une grâce ; et il en est ainsi parce qu’ils sont consubstantiels à Dieu, distraits de la substance divine qu’ils ont vocation, par l’initiation, à rejoindre afin non seulement de réintégrer le plérôme divin, mais encore de le mener lui-même à son point d’achèvement ; en se sauvant, l’homme, sous injonction de Lucifer son modèle, sauve Dieu lui-même, parce qu’il est, par le simple fait de sa spiritualité, de la race du divin, de telle sorte qu’en adorant le Dieu primitif, l’Initié se rend hommage à lui-même. Et Lucifer, en tant qu’il est divin lui aussi, reçoit des hommes l’hommage adorateur de la reconnaissance, sans toutefois compromettre la divinité essentielle de l’homme puisque, aussi bien, tous sont de même nature divine. Il y a là quelque chose de diaboliquement astucieux, de véritablement « malin ». Tout péché est enraciné dans l’orgueil, amour désordonné de soi-même, déification de soi opérée par la créature ; la révolte procède du péché ; le moteur de cette révolte est la liberté se prenant pour fin ; et l’on ne voit pas que l’homme orgueilleux fasse se consommer son insurrection contre le vrai Dieu en adoration – qui crucifie le subjectivisme anthropocentrique de l’homme révolté – d’un anti-dieu satanique, sauf si, en adorant le Dieu primitif et Satan, l’homme ne fait que s’adorer lui-même ; et c’est bien ce que rendent possible la théogonie et la psychologie gnostiques : le subjectivisme y trouve sa satisfaction, sans se priver de cet incoercible appétit de transcendance qui hante tout homme, même l’athée, et qui, s’il n’était satisfait au moins en apparence, rendrait impossible à vivre le subjectivisme lui-même ; si l’homme désire, ainsi manque, c’est qu’il n’est pas parfait et sait qu’il ne l’est pas ; il ne peut se livrer sans retenue au culte de soi-même que s’il trouve le moyen de se croire parfait nonobstant le défaut inhérent à son manque ; ce qui est rendu crédible si, en désirant, il se persuade que Dieu se désire en lui, que Dieu se fait à travers lui ; et c’est bien au fond ce que propose la gnose dès lors que, en opérant sa propre rédemption par la connaissance, l’Initié opère la rédemption de Dieu dont il est la conscience de soi, Lucifer ayant dans cette perspective raison de cause exemplaire du destin humain, mais non point de cause efficiente et de cause finale. On aura compris que la gnose reste la matrice de la maçonnerie, laquelle se révèle par essence antichrétienne. Nonobstant l’antijudaïsme féroce d’un Marcion, les Juifs déicides, conscients du fait qu’ils avaient été infidèles à la vocation que leur prescrivait leur identité d’origine, avaient besoin de justifier leur révolte et par là de se donner une nouvelle doctrine, et c’est à la gnose, dont le paganisme faisait mémoire, qu’ils empruntèrent les thèmes centraux de ce que l’on peut désormais découvrir dans le Talmud et dans la Cabale. Que plus tard, les maçons aient puisé dans l’ésotérisme judaïque pour alimenter leur doctrine, ne laisse pas cette dernière d’être antérieure au judaïsme lui-même, et d’origine non Juive. Les maçons se sont contentés de récupérer à leur profit un héritage dont le paganisme de leurs pères était l’origine. Au gré des passions et intérêts des uns ou des autres, les étincelles divines seront les Parfaits (catharisme), les Initiés (maçonnerie), ou les Juifs, ou encore les Initiés de l’ésotérisme nordique (runique) illustré par l’ultra-gauche naturaliste et même naturiste d’un certain national-socialisme issu de la « Thule-Gesellschaft » fermée par Hitler dès son arrivée au pouvoir, et condamnée par ce dernier mais adulée par Himmler et, plus récemment, par les ésotéristes de la Nouvelle Droite retenant du paganisme, dont ils revendiquent la paternité, ce qu’il a de plus mauvais, de plus irrationnel, de moins philosophique, et au vrai de moins païen, parce que cette vision du monde est explicitement opposée à la Nature, au Cosmos, à l’Ordre universel célébré par tous les Anciens, dans la forme, certes, d’un panthéisme plus ou moins accusé mais destiné à célébrer, à toute distance du subjectivisme (et du dualisme ontologique et théologique le rendant pensable), les beautés du Cosmos parlant de Dieu comme l’œuvre de l’artiste. Mais il est par là établi que la vision du monde des Juifs, des maçons et des néo-païens, est en son fond la même : il s’agit chaque fois du gnosticisme dont les écoles ne sont rivales qu’en tant qu’elles diffèrent dans la manière d’identifier les Élus. Quant aux Juifs, petit peuple forgé par l’art divin en vue de préparer l’avènement du Christ et de préfigurer, dans une forme politique et nationale, cette Église catholique transcendant les nations et les États, ils sont, en droit, au christianisme comme la chrysalide l’est au papillon, ils se suppriment dans ce qui les accomplit ; ayant refusé de se sublimer en premiers chrétiens, ils se sont placés en porte-à-faux par rapport à leur propre vocation, et ils tentent de surmonter ce malaise en imitant, mais au prix d’un travestissement, le christianisme, avec cette différence qu’ils se voudront les médiateurs christiques entre Dieu et l’homme, l’immanence en forme collective du Verbe dans l’histoire, les princes de cette Église anticatholique mais universaliste rassemblant l’humanité entière sous leur égide. Autant dire que maçons et Juifs travaillent au même mondialisme, et ont les mêmes ennemis : les défenseurs de l’ordre naturel, les nations, et le catholicisme.
Jacques Lacarrière, Les gnostiques
Ajouter à
Quand on lit les textes des gnostiques, ces cosmologies peuplées d’éons, d’Archontes, de dieux qui n’en sont pas… on rencontre une évidente contradiction… Ces systèmes fantastiques, ces délires organisés, ces constructions savantes, souvent à peine intelligibles, ont servi d’assise et de moteur à un enseignement cohérent et à une morale ou, si l’on veut une non-morale, d’une remarquable homogénéité. Il est bien évident qu’à côté des spéculations gnostiques, la Genèse et les Évangiles paraissent d’une simplicité et d’une clarté éblouissantes.
Etienne Couvert*, *De la gnose à l’œcuménisme
La gnose s’est nourrie d’une pensée spécifiquement juive, empruntée à tout un bagage littéraire de l’Ancien Testament, même si elle a pris son vocabulaire aux grecs et des formules d’apparence philosophique à l’Egypte et à l’Iran.
Bibliographie
- Jean Vaquié, Occultisme et foi catholique
- Étienne Couvert, De la gnose à l’œcuménisme / La Gnose contre la foi / La Gnose universelle / La Gnose en question / Visage et masque de la gnose