Abbé Auguste Boulenger, Manuel d’apologétique
Causes de l’athéisme L’on explique généralement l’athéisme par des raisons intellectuelles, des raisons morales et des raisons sociales. A. RAISONS INTELLECTUELLES. a) L’incrédulité des scientifiques : physiciens, chimistes, biologistes, médecins, etc., doit être attribuée souvent à leurs préjugés et à l’application d’une fausse méthode. Il est clair, en effet, que s’ils prétendent employer ici la méthode expérimentale, qui n’admet que ce qui peut être vérifié par l’expérience, que ce qui tombe sous les sens, ils ne pourront pas dépasser les phénomènes et atteindre les substances. Notons, en outre, que certaines formules, dont ils abusent dans l’intérêt de leurs négations, ne sont pas vraies, au moins dans le sens où ils s’en servent. Quand, par exemple, ils allèguent que la matière est nécessaire et non contingente, ils invoquent, pour le démontrer, la nécessité de l’énergie et des lois. Or il apparaît tout de suite que le mot nécessaire renferme ici une équivoque. La nécessité d’une chose est en effet absolue ou relative. Elle est absolue si sa non-existence implique contradiction, relative lorsque la chose en question, dans l’hypothèse de son existence, doit avoir telle ou telle essence, telle ou telle qualité : ainsi un oiseau doit avoir des ailes, autrement il ne serait plus un oiseau. De ce que l’énergie et les lois sont nécessaires, au sens relatif, les matérialistes ont donc le tort de conclure que la matière elle-même est l’Etre nécessaire au sens absolu. b) L’athéisme des philosophes contemporains dérive du criticisme de Kant et du positivisme d’A. Comte. Nous avons vu, dans le chapitre préliminaire, que, d’après les criticistes et les positivistes, la raison ne peut arriver à une certitude objective ni atteindre les substances derrière les phénomènes. En rabaissant ainsi la raison, on ruine du même coup toutes les preuves traditionnelles de l’existence de Dieu. L’on peut donc dire que, chez la plupart des philosophes contemporains, la crise de la foi est, en fait, une crise de la raison : les négateurs de Dieu sont, à notre époque, les négateurs de la raison. Mais celle-ci, comme il arrive toujours pour les arrêts injustes, sera un jour réhabilitée et reprendra ses droits. B. RAISONS MORALES. Nous citerons parmi les raisons morales : a) Le manque de bonne volonté. Si l’on étudiait les preuves de l’existence de Dieu avec plus de simplicité, et moins d’esprit critique, on serait sans doute moins rebelle à la force des arguments. Il ne faut pas non plus demander aux preuves plus qu’elles ne peuvent donner : leur force démonstrative, bien que réelle et absolue, n’entraîne pas une évidence mathématique ; b) Les passions. Il est bien évident que la foi se dresse devant les passions comme un obstacle. Or, quand une chose gêne, on trouve toujours de bonnes raisons pour la supprimer. « Il y a toujours dans un cœur égaré par les passions, dit Mgr Frayssinous, des raisons secrètes de trouver faux ce qui est vrai… On se persuade aisément ce qu’on aime et, quand le cœur se livre au plaisir qui séduit, l’esprit s’abandonne volontiers à l’erreur qui justifie ». Et Paul Bourget, dans une analyse très pénétrante de l’incrédulité, écrit les lignes suivantes : « l’homme, en se détachant de la foi, se détache surtout d’une chaîne insupportable à ses plaisirs. Je n’étonnerai aucun de ceux qui ont traversé les études de nos lycées en affirmant que la précoce impiété des libres penseurs en tunique a pour point de départ quelque faiblesse de la chair accompagnée d’une horreur de l’aveu au confessionnal. Le raisonnement – quel raisonnement ! – arrive ensuite et fournit des preuves (!!!) à l’appui d’une thèse de négation acceptée d’abord pour les besoins de la pratique. » c) Les mauvais livres et les mauvais journaux. Sous cette dénomination nous n’entendons pas les livres et les journaux qui sont immoraux, mais ceux qui, sous des formes parfois dissimulées, s’attaquent à tout ce qui est à la base de la moralité, et veulent faire croire, au nom du soi-disant Progrès et d’une prétendue Science, que Dieu, l’âme, la liberté ne sont plus que des mots qui recouvrent des chimères. C. RAISONS SOCIALES. Signalons seulement : a) L’éducation. Il n’est pas exagéré de dire que les écoles neutres ont été pour l’athéisme un terrain de culture exceptionnel. Prise en masse, notre société va donc à l’athéisme parce qu’elle le veut ; b) Le respect humain. Beaucoup ont peur de paraître religieux parce que la religion n’est plus en faveur et qu’ils pourraient être tournés en dérision. Conséquences de l’athéisme. L’athéisme, en supprimant Dieu, enlève toute base à la morale. De là les plus graves conséquences pour l’individu et pour la société. A. POUR L’INDIVIDU. a) L’athéisme le livre sans frein à ses passions. Si l’homme ne reconnaît pas un maître suprême qui ait le pouvoir de lui commander le bien et de le châtier s’il fait mal, pourquoi ne se laisserait-il pas aller au gré de ses désirs, et ne courrait-il pas après le bonheur terrestre, ou du moins ce qu’il croit tel, par quelque voie qu’il pense l’obtenir ? b) Mais, par réciproque, l’athéisme enlève à l’homme toute consolation parmi les épreuves de la vie. Celui qui ne croit pas en Dieu doit abandonner tout espoir de réconfort, lorsque la vie lui devient amère et que la terre lui refuse les joies qu’il lui demande. B. POUR LA SOCIÉTÉ. Les conséquences de l’athéisme sont plus ruineuses encore pour la société. En supprimant les idées de justice et de responsabilité, il conduit au despotisme et à l’anarchie, la force remplace le droit. Si les gouvernants ne sentent pas au-dessus d’eux un maître qui leur demandera compte de leur gestion, ils sont libres de gouverner la société suivant leurs caprices : « Je ne voudrais pas, disait Voltaire, avoir affaire à un prince athée qui trouverait son intérêt à me faire piler dans un mortier : je serais bien sûr d’être pilé. » D’autre part, il y a dans toute société de grandes distances entre chaque membre au point de vue du rang, des honneurs, des dignités, de la situation et des richesses. S’il n’y a pas de Dieu pour récompenser un jour ceux qui, moins bien partagés, acceptent leur destinée avec courage et font leur devoir, pourquoi ne pas se révolter contre une société mal faite et lui réclamer sa part de bonheur et de jouissances ?
François-René de Chateaubriand, Génie du christianisme (Livre 6, Chapitre IV)
Les athées se tourmentent en vain pour couvrir la faiblesse de leur cause : il résulte de leurs arguments que leur système n’est fondé que sur des exceptions, tandis que le déisme suit la règle générale. Si l’on dit que le genre humain croit en Dieu, l’incrédule vous oppose d’abord tels sauvages, ensuite telle personne, et quelquefois lui-même. On soutient que le hasard n’a pu former le monde, parce qu’il n’y aurait eu qu’une seule chance favorable contre d’incalculables impossibilités, l’incrédule en convient, mais il répond que cette chance existait. C’est en tout la même manière de raisonner. De sorte que d’après l’athée la nature est un livre où la vérité se trouve toujours dans la note, et jamais dans le texte, une langue dont les barbarismes forment seuls l’essence et le génie.
François Spirago, Recueil d’exemples appliqués au catéchisme catholique populaire
À un repas auquel assistaient de nombreux convives, un jeune libre-penseur fit montre de son incrédulité et professa l’athéisme. Ses voisins lui firent comprendre très clairement qu’ils ne partageaient pas ses idées et qu’ils trouvaient peu de goût à de pareilles conversations. « Serais-je donc le seul, dit-il avec dépit, qui dans cette maison ne croit pas en Dieu ? — Pardon, Monsieur, lui dit sa voisine, vous n’êtes pas seul ; notre amphitryon a des chiens et des chats qui n’y croient pas non plus, mais il leur manque la parole pour se vanter de leur libre-pensée. » L’athée est au fond pire que la brute, car celle-ci s’attache quelquefois à son maître, tandis que l’athée renie le sien.
Père Barbara, Oui, j’ai une âme immortelle
Je n’écris pas pour les libres-penseurs. La liberté de pensée est un leurre, un trompe l’œil, pour ne pas dire un attrape-nigaud. Un homme, normalement intelligent, sait parfaitement qu’il n’est pas libre de penser ce qu’il veut. Il doit penser ce qui est. Son intelligence lui a été donnée pour connaitre la réalité des choses, pour penser ce qui est. Sans aucun doute, l’homme a la possibilité de donner libre cours à son imagination. Il peut concevoir toutes sortes d’êtres de raison, plus fantastiques les uns que les autres, mais qui n’existeront jamais que dans son imagination. C’est alors du rêve, et rien de plus. La liberté de pensée, c’est-à-dire le fait de penser ce que l’on veut, n’est tolérable que dans les romans et les asiles d’aliénés. Dans le premier cas, le lecteur sait qu’il n’est pas dans la réalité, mais dans l’imagination du romancier. Dans le second, il s’agit de malades qui vivent dans leurs rêves. Celui-ci est persuadé qu’il est Napoléon, cet autre pense qu’il est un oiseau, etc… Ces libres-penseurs, pouvant être dangereux, pour eux-mêmes et pour les autres, dans les sociétés civilisées, on les enferme dans des asiles spécialement conçus pour eux.
Monseigneur Gaume, Traité du Saint-Esprit
À celui qui habite la Cité du prince des ténèbres parlez du monde des causes, du monde de Dieu et des anges, vrai domaine de l’intelligence : toutes ces réalités sont pour lui des abstractions ou des chimères ; il est stupide. Que sera-ce si vous lui signalez l’intervention permanente, universelle, inévitable et décisive du monde inférieur ? Ses lèvres grimaceront le rire du mépris ; il est stupide. Descendez de ces hauteurs ; dites-lui qu’il a une âme immortelle, créée à l’image de Dieu, rachetée par le sang d’un Dieu, destinée à un bonheur ou à un malheur éternel ; ajoutez que l’unique affaire de l’homme étant de la sauver, s’occuper de toutes les autres, excepté de celle-là, c’est chasser aux mouches et tisser des toiles d’araignée : il bâille ou il dort ; il est stupide. Essayez de dérouler à ses yeux les merveilles de la grâce, tous ces chefs-d’œuvre de puissance, de sagesse et d’amour qui ont épuisé l’admiration des plus grands génies, vous parlez une langue dont il ne comprend pas un mot ; il est stupide. Sermons, livres de piété ou de philosophie chrétienne, conversations religieuses, fêtes solennelles qui, avec les mystères les plus augustes, retracent à l’esprit et au cœur les plus grands bienfaits du ciel, comme les plus grands événements de la terre, en un mot, tout ce qui tient au monde surnaturel, l’ennuie ; il n’y comprend rien, il ne sent rien ; il est stupide. Mais parlez-lui argent, commerce, vapeur, électricité, machines, houille, coton, betteraves, bétail, prairies, engrais, production et consommation : il devient tout yeux et tout oreilles.
François-René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe
Que me proposez-vous en échange de ma foi ? Votre incrédulité ou vos doutes : mais votre incrédulité n’est pas plus forte en preuves et en raison que ma foi. Quant à vos doutes, qu’est-ce qu’un doute, sinon une chose dont on peut douter ? Si j’ai des doutes sur vos doutes, pourquoi voulez-vous que je croie à vos doutes ? Vous êtes sceptique et vous voulez que, fanatique de ce que vous avouez ne pas savoir, je devienne dogmatique de votre scepticisme : la Religion de la servante du Curé, est plus rationnelle que cet embrouillement. L’athéisme n’est qu’un orgueil déguisé : on s’imagine être fort, parce qu’on ne croit pas comme le vulgaire, parce qu’on pense avoir des qualités supérieures de compréhension, auxquelles les esprits faibles, les âmes molles, les imaginations poétiques ne peuvent arriver. Cette prétendue force est un manque de force ; l’incrédulité annonce une impuissance à saisir les vérités de la nature intellectuelle, quelque chose qui manque à l’entendement plutôt qu’une faculté qui surabonde. Le croyant pourrait pécher par excès ; l’incrédule pèche très certainement par défaut.
Monseigneur Gaume, La vie n’est pas la Vie
Ils ne sont libres-penseurs que pour être libres-faiseurs.
François-René de Chateaubriand, Génie du christianisme (Livre 6, Chapitre IV)
La religion ne se sert que de preuves générales ; elle ne juge que sur l’ordonnance des cieux, sur les lois de l’univers ; elle ne voit que les grâces de la nature, les instincts charmants des animaux et leurs convenances avec l’homme. L’athéisme ne vous apporte que de honteuses exceptions ; il n’aperçoit que des désordres, des marais, des volcans, des bêtes nuisibles ; et, comme s’il cherchait à se cacher dans la boue, il interroge les reptiles et les insectes, pour lui fournir des preuves contre Dieu. La religion ne parle que de la grandeur et de la beauté de l’homme : L’athéisme a toujours la lèpre et la peste à vous offrir. La religion tire ses raisons de la sensibilité de l’âme, des plus doux attachements de la vie, de la piété filiale, de l’amour conjugal, de la tendresse maternelle : L’athéisme réduit tout à l’instinct de la bête ; et pour premier argument de son système, il vous étale un cœur que rien ne peut toucher.
Monseigneur Gaume, La profanation du dimanche considérée au point de vue de la religion, de la société, de la famille, de la liberté, du bien-être, de la dignité humaine et de la santé
L’homme sans foi religieuse ne sait pas que la société est un fait divin ; un fait qui subsiste en vertu des lois que l’homme n’a pas établies, et auxquelles il ne peut toucher sans produire un ébranlement ou une ruine. Il croit au contraire qu’il lui est donné de faire une société, comme à l’architecte de bâtir une maison ; de soutenir la société chancelante avec des lois de sa façon, comme on soutient une masure avec des étais. […] Il n’en va pas ainsi, la violation d’une seule loi divine suffit pour amener une série de ruines partielles qui finissent tôt ou tard par une ruine complète.
Ernest Hello, L’Homme
Quand une génération a perdu la foi, on ne sait pas jusqu’où peut aller sa crédulité. Elle n’a plus d’armure, elle n’a plus de ceinture ; on fait d’elle tout ce qu’on veut.
Saint Alphonse de Liguori, Dissertation contre les erreurs des incrédules
M. Dorrel, anglais catholique, se plaint de ce qu’au moins, dans l’ancien temps, les athées se cachaient pour ne pas être accusés d’impiété et de folie, et que s’ils étaient infectés d’athéisme, ils n’osaient pas le montrer ; mais que les incrédules modernes se montrent à découvert, et qu’ils ne font pas difficulté pour obtenir la réputation d’esprits forts et sans préjugés, d’émettre leurs sentiments sur la divinité et sur la religion. C’est ainsi qu’ils s’efforcent de détruire toute loi, et toute bonne règle de mœurs, car l’existence d’un Dieu rémunérateur du bien et vengeur du crime étant détruite, et les vérités de la Religion abolies ; dès lors les seuls freins du péché sont brisés et toutes lois et toute moralité est anéantie. Alors l’homme serait semblable aux brutes, et même pire ; les sens deviendraient maîtres de la raison, le droit serait décidé par la force, l’honnêteté serait déterminée par le plaisir, la justice par l’intérêt, l’honneur par la vengeance. De façon que chacun pourrait se rendre esclave de ses passions, et se laisser entraîner à tout espèce de vice, pourvu que le vice se montrât sous l’aspect de l’utilité, ou du plaisir.
Monseigneur Gaume, Mort au cléricalisme
– Quel mal vous a fait le catholicisme ? Ne dites pas qu’il est ennemi de la société, des lumières, de la liberté, du progrès, de la civilisation ; ces mots sont usés. Donnez-nous d’autres motifs. – Je veux qu’il meure parce qu’il s’oppose à mes désirs. Je veux disposer de ma vie sans dépendance et sans contrôle : et il ne le veut pas. Je veux être libre de croire, de douter ou de nier suivant mes convenances : et il ne le veut pas. Je veux que toutes les religions soient également bonnes, également vraies, également fausses, afin d’avoir le droit de les mépriser toutes et de n’en pratiquer aucune : et il ne le veut pas. Je veux bouleverser l’ordre social, parce que je n’y trouve pas la place qui me convient : et il ne le veut pas. Je veux m’occuper exclusivement de la vie présente, jamais de la vie future ; de mon corps, toujours ; de mon âme, jamais : et il ne le veut pas. Je veux me dégrader au point de me croire un tas de boue, et de me faire enfouir comme une bête : et il ne le veut pas. Je veux satisfaire toutes mes passions, le plus possible, le plus promptement possible, par tous les moyens possibles : et il ne le veut pas. Je veux, si cela me convient, être un mauvais citoyen, un mauvais époux, un mauvais père, un mauvais fils, un voleur, un libertin, un usurier : et il ne le veut pas. Je veux être mon maître, mon unique maître : et il ne le veut pas ; être mon unique dieu : et il ne le veut pas.
Monseigneur Gaume, Catéchisme de persévérance
On appelle athées ceux qui nient l’existence de Dieu. Voulez-vous savoir à quel point l’athée fait horreur et pitié ? Écoutez son symbole et son décalogue : 1 – Je crois tout ce qui est incroyable. 2 – Je crois qu’il y a des effets sans cause, des tableaux sans peintre, des montres sans horloger, des maisons sans architecte. 3 – Je crois que le premier homme s’est fait tout seul, ou qu’il est né sous un chêne comme un champignon. 4 – Je crois qu’il n’y a ni bien ni mal, ni vice ni vertu ; que tuer mon père ou le nourrir, c’est la même chose. 5 – Je crois que tous les hommes sont fous ; qu’il y a plus de raison dans mon petit doigt qu’il n’y en eut jamais dans toutes les cervelles humaines. 6 – Je crois que je suis une bête : qu’entre moi et mon chien il n’y a qu’une différence, c’est qu’il a une queue et que je n’en ai point. Ce dernier article est le seul sur lequel l’athée n’ait pas tout à fait tort.
Capitaine Alphonse Magniez, Répliques du bon sens aux attaques et objections modernes contre la Religion
C’est un manteau qui couvre tout que celui de la libre-pensée ; il couvre toutes les erreurs et toutes les immoralités ! Il permet de libre-penser toutes les ordures et tous les crimes ; de libre-penser tous les romans dégoûtants et tous les actes contre nature ; de libre-penser que deux et deux font trois ; de libre-penser qu’on ne doit rien à personne, ni à Dieu, ni à son père, ni à son boulanger ; de libre-penser qu’on fait le bien en volant les autres ; de libre-penser qu’on fait des œuvres morales en corrompant la jeunesse ; de libre-penser, et de libre-agir, surtout lorsque les passions honteuses sont en jeu, et de se glorifier, de se vanter… de tout… C’est une tromperie, c’est une volerie que votre libre-pensée, car on n’est pas libre de penser tout cela ! Allons ; ne prenez pas un air choqué, pudibond, parce que je mets au grand jour le fin fond de votre pensée : c’est ça, au fond, votre libre-pensée ; j’appelle un chat un chat, voilà tout. C’est du propre, la soi-disant libre-pensée ! C’est une révolte contre Dieu d’abord, et contre toute la morale ensuite ; si pas chez tous et toute en chacun, du moins par parties en chacun et complète dans l’ensemble. Il est bien sale, bien dégoûtant, le manteau de la libre-pensée. J’aime à croire qu’en disant : « Moi, je suis libre-penseur » vous avez simplement présenté, comme excuse du manquement à vos devoirs, et à la manière d’un perroquet, une phrase trouvée dans un vilain journal ou entendue dans quelque vilain cabaret, et que vous ne saviez pas la soi-disant libre-pensée cacher tant de choses répugnance. Voyez-vous, si la vraie Foi est comme un trésor, un gros sac d’or ; si la loi en une religion fausse est comme un sac de pièces fausses, dorées, qu’on croit vraies ; l’incrédulité libre-penseuse est le sac vide… gonflé de vent, qui permet toutes les folies.
Auguste Nicolas
La libre pensée, en faisant le vide de toute croyance a fait de toute philosophie un désert, jusqu’à atteindre la faculté même de penser.
Abbé Baudrand, L’âme affermie dans la foi
De bonne foi, croyez-vous que ceux qui parlent, qui blasphèment contre la religion, soient intérieurement bien convaincus de ce qu’ils disent ? Ah ! Si vous pouviez entrer dans le fond de leur cœur, que vous seriez bien détrompé ! Surtout si vous pouviez voir les motifs qui les font parler, et les sentiments qui en secret les agitent. Et pourquoi croyez-vous en effet qu’ils parlent contre la foi ! C’est qu’ils la craignent. Pourquoi attaquent-ils la foi ? Parce que la foi les condamne : ils combattent les vérités de la foi, parce que les vérités de la foi combattent les vices de leur cœur ; ils ne sont incrédules que parce qu’ils sont coupables ; ils ne voudraient point de religion, parce qu’ils seraient intéressés à n’en point avoir. Mais en vain combattent-ils, et contre eux-mêmes, et contre la religion ; elle réclamera toujours dans eux, malgré eux, et contre eux. Car, prenez garde, malgré tous les raisonnements et tous les efforts qu’ils pourront faire contre la foi, jamais ils n’auront une démonstration, une preuve évidente contre elle ; tout au plus ils en viendront à un doute, à un peut-être ; peut-être y a-t-il une religion, peut-être n’y en a-t-il point. Jamais ils ne pourront aller au-delà. Or, risquer une éternité sur la foi d’un peut-être, quel aveuglement ! Quel malheur ! Il faut que les passions du cœur soient allées bien loin, pour porter l’esprit à de tels excès. Il ne faut pas croire, au reste, que dans tout ce que disent les incrédules, les libertins et les impies contre la religion, il y ait rien de bien nouveau. Cent fois avant eux on a déjà dit tout ce qu’ils disent, et mille fois on a répondu à tout ce qu’ils diront et pourront jamais dire ; comme il y a eu dans tous les siècles des hommes pervers qui ont attaqué la religion, dans tous les siècles aussi il y a eu des hommes savants et éclairés qui se sont armés pour sa défense, et qui l’ont fait triompher de toutes les attaques. Les incrédules de nos jours ne sont que les échos de leurs prédécesseurs incrédules ; on a répondu à tout, on a combattu toutes leurs fausses raisons, et pulvérisé toutes leurs vaines objections ; et tous les jours encore, comme si on n’avait répondu à rien, ils ont le front de renouveler toutes ces objections, comme si elles étaient nouvelles et jusqu’à présent inconnues. Qu’ils lisent les célèbres écrits des Justin, des Tertullien, des Lactance, des Bossuet, des Huet et tant d’autres anciens et nouveaux. Mais ce ne sont pas là les sources où ils vont puiser ; quelques brochures infâmes, quelques libelles diffamatoires, quelques histoires médisantes et calomnieuses telles sont les sources où ils puisent le venin qui les infecte, et dont ils se font une gloire d’infecter les autres : que si quelquefois ils lisent quelques ouvrages sur la religion, dans quel esprit les lisent-ils, et quelles dispositions y apportent-ils ? Souvent ils n’étudient la religion que pour la combattre, pour la trouver, s’ils pouvaient, en défaut, et avoir quelque prise contre elle. Sont-ce là les dispositions propres à chercher la vérité, et avec de telles dispositions pourraient-ils se flatter de la trouver jamais. Bien plus, si à toutes leurs faibles raisons, vous opposez des raisons solides, loin de vous répondre sérieusement, comme le demanderait l’importance de la matière, un rire moqueur, un air insultant, une raillerie déplacée, c’est là bien souvent toute la réponse que vous en tirerez ; et avec cela, ils croiront avoir triomphé. Mais dans un sujet sérieux, n’employer que de telles armes, c’est marquer sa faiblesse, c’est avouer sa défaite.
Jacques Monsabré, Gouttes de vérité (Page 84)
Une foule de gens craignent de comprendre les vérités de la foi, parce que cela les obligerait à bien faire. Ne soyons pas dupes de ceux qui disent : je n’ai pas la foi. La plupart du temps, ils ne la veulent pas.
Jacques-Bénigne Bossuet, Élévations sur les mystères
L’impie demande : Pourquoi Dieu est-il ? Je lui réponds : Pourquoi Dieu ne serait-il pas ? Est-ce à cause qu’il est parfait, et la perfection est-elle un obstacle à l’être ? Erreur insensée ; au contraire, la perfection est la raison d’être. Pourquoi l’imparfait serait-il, et le parfait ne serait-il pas ? Pourquoi l’être à qui rien ne manque ne serait-il pas, plutôt que l’être à qui quelque chose manque? Qui peut donc empêcher que Dieu ne soit ? et pourquoi le néant de Dieu, que l’impie veut imaginer dans son cœur insensé, pourquoi, dis-je, ce néant de Dieu l’emporterait-il sur l’être de Dieu, et vaut-il mieux que Dieu ne soit pas que d’être ? Ô Dieu on se perd dans un si grand aveuglement! L’impie se perd dans le néant de Dieu, qu’il veut préférer à l’être de Dieu ; et lui-même, cet impie, ne songe pas à se demander à lui-même pourquoi il est.
Gustave Thibon, Notre regard qui manque à la lumière
L’athée flaire une menace de tyrannie dans l’existence d’un Dieu personnel. C’est qu’il conçoit le « moi » de Dieu sur le modèle du moi de l’homme. La tyrannie présuppose un être fini, extérieur à nous et qui veut nous imposer sa puissance du dehors. Mais Dieu, qui est intérieur à tout et qui comprend tout dans son unité, ne peut pas être tyrannique. Ce qui est « haïssable » dans le moi, c’est son enflure et son appétit de conquête. Or, Dieu n’a pas à s’enfler ni à s’imposer, puisqu’il lui suffit d’exister pour tout contenir. Aussi rien n’est plus pudique et moins encombrant que le « moi » de Dieu : être partout est encore le plus sûr moyen de s’effacer. Dieu se cache dans son rayonnement universel : l’invisible lumière est plus chaste que l’ombre.
Dom Jean de Monléon, Le Christ-Roi
L’athéisme : les hommes, par un égarement inouï, s’acharnent à nier l’existence de Celui qui les a créés, ou du moins à vivre comme s’il n’existait pas. Ils veulent à tout prix bannir Dieu de leur vie sociale, de leur intelligence, de leur cœur. Mais par ce triple reniement, ils se vouent eux-mêmes à une triple ruine : ils condamnent leur société à des luttes perpétuelles, car la paix entre les hommes est impossible sans la charité, et la charité ne saurait exister en dehors de Dieu ; ils enchaînent leur intelligence dans les ténèbres et les angoisses d’un doute perpétuel, car la Vérité ne fait qu’un avec Dieu ; ils se privent du seul bonheur capable de les satisfaire, du Bien absolu, et se jettent éperdument vers les plaisirs des sens, où ils ne peuvent trouver que la honte, la misère et la dégradation. Pour échapper à de si grands maux, pour rentrer dans le droit chemin, nous voudrions montrer que le genre humain n’a d’autre parti à prendre que d’écouter la voix de son chef et de marcher sur les pas de Celui qui seul est en mesure de lui donner la paix, la lumière, le bonheur.
Louis Veuillot, L’Univers (1er avril 1847)
La médecine tient une grande place dans les sociétés incrédules. Plus l’homme s’éloigne des vérités chrétiennes, plus il s’attache à la vie. Qu’il se croie réservé au néant, que la pensée d’une autre vie vienne quelquefois le tourmenter, vivre longtemps est son affaire principale ; car sa nature a horreur du néant, et sa conscience a peur de l’éternité.Il craint la maladie non seulement parce qu’elle est la privation des jouissances, seul bonheur auquel il sache aspirer, non seulement parce qu’elle est la douleur, dont il ignore le prix et contre laquelle son âme est sans force ; mais parce qu’elle est l’annonce ou la menace de cette mort qui va, ou le détruire tout entier comme un vil animal, ou peut-être le livrer impérissable et souillé aux arrêts de la suprême justice. Tant qu’il se porte bien, volontiers sceptique et irrévérencieux envers l’art de guérir, au premier frisson la médecine devient son unique espérance. Il se remet entre ses mains, docile jusqu’à la lâcheté, crédule jusqu’à la stupidité. Le culte de la médecine ne connaît point d’athée parmi ceux qui nient tout le reste. Combien n’en voit-on pas de ces forts esprits, moqueurs superbes des pratiques et des abstinences religieuses, qui, une fois atteints d’un mal réel ou imaginaire, deviennent sobres, continents, fuient le monde et les affaires, font des retraites à la campagne et des pèlerinages aux bains, vont au loin consulter les empiriques et les somnambules, portent sur eux, en guise de scapulaire, quelque morceau de camphre ou quelque flacon d’odeur ! Il n’y a rien que le médecin ne puisse obtenir d’eux. Ce corps qui leur inspire tant de soucis, ils le soumettent à des pénitences de fakir. Ils paient et ils avalent sans murmurer les drogues les plus infâmes, ils gardent la prison, ils battent la campagne à marches forcées, ils se flagellent, ils s’exilent, ils vont se plonger dans des eaux glacées ou putrides. Que ne feraient-ils pas ? Si le médecin leur disait de passer tous les jours deux heures à genoux sur les dalles, devant un cierge allumé, certes, ils encombreraient nos églises et contraindraient l’État d’en bâtir de nouvelles !
Emmanuel Todd, Après la démocratie (Pages 32-34)
Républicanisme, socialisme, communisme se sont en pratique définis contre un catholicisme résiduel, qui les structurait pour ainsi dire négativement. La mort (apparente) de cette religion a tué comme par ricochet les idéologies modernes. Nous sommes ici tout proches de l’un des points nodaux de la crise qui, bien loin de n’affecter que la surface politique des choses, touche en réalité le socle métaphysique de la société, fonds de croyances irrationnelles et inconscientes venues d’une histoire très lointaine. L’identification du fonds religieux de la crise nous permet d’éclairer certains aspects du malaise actuel, et en particulier la difficulté que peut avoir une société à vivre sans croyance religieuse. L’athéisme a triomphé. L’histoire concrète de l’athéisme nous dit : loin de mener au bien-être, l’émergence d’un monde sans Dieu conduit à l’anxiété, au sentiment d’un manque. Le monde mental des êtres humains n’est pas le monde physique des sciences dures. Privé d’adversaire, l’athéisme doute, fléchit et s’effondre. La déchristianisation conduit donc à une situation paradoxale : l’incroyant semble ne se sentir bien dans sa certitude que s’il y a encore dans la société une Église, minoritaire, mais porteuse d’une croyance positive en l’existence de Dieu, qu’il peut critiquer et nier. Le saut dans l’irrationnel de la foi avait, à la fin de l’Empire romain, permis la construction d’un système explicatif et moral stable et rassurant. Le christianisme avait alors réglé, sur le plan psychologique, la question de la mort. Tant qu’il y a encore des croyances à dénoncer, des croyants à libérer, l’existence a encore un sens, métaphysique. Mais la disparition du dernier groupe solidement organisé de croyants donne le signal du mal-être pour les vainqueurs, qui, libérés de tout, ne peuvent que constater qu’ils ne sont rien, rien qui ait un sens du moins. La mort (apparente) de l’Église réactive la question de la mort de l’individu. Au-delà de l’interrogation métaphysique de base, toutes les constructions idéologiques et politiques ayant pour fondement théorique l’inexistence du Ciel sont ébranlées. La disparition du paradis, de l’enfer et du purgatoire dévalorise bizarrement tous les paradis terrestres, qu’ils soient grandioses, de type stalinien, ou d’échelle plus modeste, républicain.
Adolphe Pictet, Les origines indo-européennes, ou Les Aryas primitifs : essai de paléontologie linguistique (Tome II, Page 651)
S’il y avait jamais eu ou s’il existait encore un peuple entièrement dépourvu de religion, ce serait par suite d’une déchéance exceptionnelle qui équivaudrait à l’animalité.
Edward Feser, La dernière superstition : Une réfutation du nouvel athéisme
Quand les « Nouveaux Athées » et leurs semblables nous assurent le plus sérieusement du monde que croire en Dieu c’est comme croire au Lapin de Pâques, ou qu’enseigner la religion équivaut à de la violence envers les enfants, ils me rappellent un étudiant en première année de philosophie qui un jour est venu m’annoncer fièrement qu’il avait « découvert » qu’il n’y a vraiment aucune différence entre inviter une fille pour la soirée et se payer les services d’une prostituée, car tout ça revient à donner quelque chose en échange d’une relation sexuelle. Dans les deux cas, l’analyse ainsi présentée est la preuve non pas d’une compréhension philosophique profonde, mais simplement que l’on est un âne superficiel et immature.
Antoine Eugène Genoud, La raison du Christianisme
Si vous examinez quels sont les esprits qui ont le plus de penchant vers l’athéisme, vous verrez que ce sont presque toujours les esprits superficiels, frondeurs, présomptueux, bizarres, des hommes, en un mot, très éloignés d’être recommandables par la gravité des mœurs et par la sagesse de leur conduite. Les politiques qui ont eu le plus d’élévation dans le génie et de grandeur dans les sentiments, n’ont point envisagé la religion et ne l’ont point employée comme une espèce d’art inventé pour contenir le peuple ; ils ont été intérieurement pénétrés de sa vérité, et ont supposé constamment que la Providence divine présidait à tous les événements de ce monde. Au contraire, ceux qui ont tout donné à leur art et à leur industrie, aux causes prochaines et apparentes, n’ont été que de minces et petits politiques, des hommes très vulgaires, incapables d’imprimer aucune grandeur à leurs actions. Quant à ce qui regarde la physique, je ne crains point de soutenir qu’un peu de philosophie naturelle et de médiocres progrès dans cette science qui n’auraient conduit que jusqu’à la porte, font pencher les opinions vers l’athéisme ; mais qu’une connaissance plus étendue de cette même philosophie, que des progrès dans cette philosophie qui nous auraient permis de pénétrer jusque dans son fond, ramènent les esprits à la religion. Ainsi l’athéisme, sous quelque point de vue qu’on l’envisage, parait convaincu d’être l’enfant de l’ignorance et de la folie ; et c’est avec raison qu’on a dit que ce langage, « il n’y a point de Dieu », était le langage d’un insensé.
Jean-Jacques Rousseau, Émile, ou De l’éducation
Si l’Athéisme ne fait pas verser le sang des hommes, c’est moins par amour pour la paix que par indifférence pour le bien : comme que tout aille, peu importe au prétendu sage, pourvu qu’il reste en repos dans son cabinet. Ses principes ne font pas tuer les hommes, mais ils les empêchent de naître, en détruisant les mœurs qui les multiplient, en les détachant de leur espèce, en réduisant toutes leurs affections à un secret égoïsme, aussi funeste à la population qu’à la vertu. L’indifférence philosophique ressemble à la tranquillité de l’état sous le despotisme ; c’est la tranquillité de la mort : elle est plus destructive que la guerre même.
Paul Bourget, Essais de psychologie contemporaine
Je crois apercevoir la raison de cette sérénité dans la manière dont s’accomplit aujourd’hui chez beaucoup de personnes le divorce irréparable avec le dogme héréditaire. Les conditions de ce divorce fournissent presque toujours la clef des sentiments que l’ancien croyant professe à l’endroit du dogme qu’il a déserté. Quelquefois la rupture se fait sous l’influence des passions de la virilité commençante, et l’homme, en se détachant de la foi, se détache surtout d’une chaîne insupportable à ses plaisirs. L’incrédulité revêt alors une sorte de caractère trouble et, pour tout dire d’un seul mot, sensuel. Des nostalgies étranges ramènent sans cesse le sceptique par libertinage vers la foi première qu’il identifie avec sa candeur d’autrefois ; ou bien la honte des désordres de ses sens le précipite à des haines furieuses contre cette religion qu’il a trahie pour les motifs les plus mesquins. Je n’étonnerai aucun de ceux qui ont traversé les études de nos lycées, en affirmant que la précoce impiété des libres penseurs en tunique a toujours pour point de départ quelque faiblesse de la chair accompagnée d’une horreur de l’aveu au confessionnal. Le raisonnement arrive ensuite, qui fournit des preuves à l’appui d’une thèse de négation acceptée d’abord pour les commodités de la pratique. […] Il est une seconde manière, beaucoup plus élevée celle-ci et plus philosophique, de briser le lien de la foi traditionnelle. Théodore Jouffroy en a présenté un exemple presque illustre. Celui-là aimait de la religion justement ce que les athées par libertinage en détestent : sa règle austère et son enseignement vertueux. Mais sa raison se dressait là contre. Il apercevait une contradiction entre les exigences de sa logique et les postulats du dogme. Beaucoup d’autres ont aperçu cette contradiction comme lui, et, comme lui, ont sacrifié les dogmes à la logique. Quelques-uns ont rencontré la tranquillité du cœur dans ce sacrifice. Cela n’est guère à l’éloge de leur sensibilité. J’oserai même affirmer qu’ils n’ont pas fait preuve d’une grande rigueur d’intelligence. Les incrédules par raisonnement logique n’aboutissent pas, en effet, à une solution qui puisse répandre sur tout l’esprit la pleine lumière d’évidence, signe indiscutable de la vérité scientifique. Lorsque Jouffroy se fut démontré que le péché originel reste une injustice inconciliable pour notre raison avec la bonté d’un Dieu créateur ; que l’hypothèse de ce Dieu revêtant la nature d’un homme semble aussi étrange que l’hypothèse d’un cercle revêtant la nature d’un carré ; que les miracles offrent une dérogation aux lois de la nature contradictoire avec la perfection du Dieu législateur ; en un mot, quand il eut ramassé en un corps d’arguments tout ce que la philosophie du XVIIIe siècle a jeté dans le public d’objections logiques contre la vérité du christianisme, rencontra-t-il la certitude dont son intelligence avait besoin, comme nos poumons ont besoin d’oxygène ? Assurément non. Il se démontrait qu’il ne devait pas croire ; il ne se démontrait pas comment et pourquoi d’autres avaient cru. Il demeurait sans arguments contre ce fait indiscutable et colossal d’une religion maîtresse du monde depuis dix-huit cents ans, ayant imposé ses dogmes aux plus nobles esprits, apportant une solution complète aux problèmes grands ou petits de la vie morale et, par-dessus tout, bénéficiant de toutes les incertitudes de la pensée raisonneuse. Un philosophe sincère avoue son impuissance à répondre autrement que par des hypothèses aux questions d’origine et de finalité. Que la religion ne soit qu’une hypothèse entre vingt autres, admettons-le. Elle n’en a pas moins suffi à un Pascal et à un Malebranche jadis, et, de nos jours, à un Cauchy et à un Pasteur. C’en est assez pour que l’incrédule par raisonnement logique tourne les yeux vers elle dans les minutes d’angoissante recherche, et cela suffit pour expliquer que Théodore Jouffroy et ceux qui lui ressemblent aient donné le spectacle d’intelligences déchirées entre les négations de leur raison, les besoins moraux de leur cœur et des doutes affreux sur le dogme nié. C’était la paix cependant, ce dogme, c’était la communion avec les grands génies qui ont cru…
Émile Saisset, De l’état moral de notre époque
Si vous fermez à l’Homme le Ciel, il cherchera Dieu sur la Terre, et comme il n’est rien sur la Terre de plus grand que l’Homme, vous verrez l’Homme s’adorer lui-même et se faire Dieu. C’est dans cet abîme de folie que beaucoup d’esprits se sont précipités. On veut bien reconnaître Dieu, mais à condition de le reléguer dans la région inaccessible de l’inconnu. Et comme il faut un Dieu visible aux masses populaires, on leur propose le culte de l’Humanité.
Heinrich Himmler, L’Esprit de la SS
Notre croyance en un Dieu tout-puissant est extrêmement profonde et nous refusons d’admettre dans nos rangs ces gens prétentieux, arrogants et déraisonnables que sont les athées.
Bibliographie
- Abbé G. Canet, La libre-pensée contemporaine : Sa nature et ses principales formes
- Philippe Nemo, La belle mort de l’athéisme moderne
- Étienne Gilson, L’Athéisme difficile
- Louis Veuillot, Les libres-penseurs (Lien)
- Edward Feser – La dernière superstition : Une réfutation du nouvel athéisme
- Roger Verneaux, Leçons sur l’athéisme contemporain