Alexis Carrel, L’Homme cet inconnu
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La civilisation a pour but, non pas le progrès de la science et des machines, mais celui de l’homme.
Père Roger-Thomas Calmel, Itinéraires N°68 (Décembre 1962)
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Que sert à l’homme de gagner l’univers s’il vient à perdre son âme. L’avertissement solennel du Verbe de Dieu incarné qui savait ce qu’il y a dans l’homme, garde la même terrible actualité au siècle des astronautes qu’en ces jours lointains où le Fils de l’Homme faisait son entrée dans la ville sainte, parmi les acclamations de la foule, monté sur une ânesse escortée de son petit ânon. Le péril pour l’homme de perdre son âme en s’occupant à dominer la terre est aussi menaçant au XXème siècle qu’au premier siècle. Il l’est même un peu plus parce que l’homme, venant toujours au monde avec cette misérable inclination à se suffire de cette terre en se détournant de Dieu et d’autre part le progrès technique lui ayant permis de dominer bien davantage cette terre, l’homme est d’autant plus exposé à se détourner de son Créateur et Sauveur. Vous me direz qu’il y a la grâce, et l’Église, et la protection d’une civilisation chrétienne ; dès lors nous aurions les moyens de ne pas tourner contre le vrai bien humain, contre notre bien intégral, le progrès que nous réalisons dans un domaine particulier, par exemple en physique, mécanique, biologie. La remarque est intéressante. Il demeure que les hommes naîtront toujours avec les trois convoitises ; le baptême qui nous purifie et qui nous permet de les vaincre ne nous confère pas cependant l’assurance infaillible de ne jamais céder à leurs attraits. Quant à la civilisation chrétienne nous constatons chaque jour à quel point elle est délabrée ; nous soupçonnons aussi combien il lui sera difficile de réaliser l’intégration humaine du progrès technique. Si les chrétiens en effet avaient déjà beaucoup de mal à inventer « de belles coutumes et de justes lois » aux époques où notre avidité à nous enivrer des biens de ce monde ne disposait que de modestes gobelets, ne voyez-vous pas que c’est un comble de sagesse, de modération. d’esprit de pauvreté qui sont désormais requis puisque d’immenses coupes, toutes plus attirantes les unes que les autres, sont mises à portée de notre main ? Où voulez-vous en venir avec ces considérations négatives, me demanderez-vous ? Simplement à démystifier l’idée de progrès technique. Je veux simplement vous amener à situer ce progrès par rapport à l’homme en vous aidant à prendre conscience, au moins un peu, de ce qu’est l’homme en vérité. Rassurez-vous, au reste. Mon intention n’est pas d’interdire le progrès technique ; je ne pense pas à de telles sottises. je n’ignore pas les paroles de la Genèse, l’invitation du Créateur à l’être spirituel et libre sorti de ses mains, pur et parfait, dans le paradis de délices : « Dominez la terre et soumettez-la. » Et du reste la moindre réflexion sur notre qualité spirituelle nous donne la conviction que l’une de nos occupations normales c’est de connaître les secrets de la nature et de les utiliser. Mais enfin la même réflexion sur notre qualité spirituelle nous persuade que la recherche scientifique ne doit pas être notre première occupation ; en effet ce n’est pas l’objet le moins élevé qui doit nous occuper le plus. Et surtout la réflexion sur notre état concret sur les blessures qui sont la part inévitable de notre nature nous fait saisir que nous sommes exposés à perdre notre âme en cherchant à dominer la terre ; qu’il importe donc au plus haut point de veiller et de prier : que dans les recherches des secrets de la physique ou de la biologie nous pouvons hélas méconnaître les droits sacrés de l’homme, de même que dans leur utilisation nous pouvons sacrifier nos frères à des rêves de domination et d’orgueil. Vous entrevoyez à quoi je fais allusion : je pense aux abominables expériences de Bologne et à tout ce qui leur ressemble ; je pense encore aux entreprises monstrueuses des satrapes de la technocratie et de la synarchie, avec leur armée de sous-ordres, leurs finances internationales gigantesques, leurs moyens babyloniques de propagande abrutissante et de contrainte policière. Dominez la terre certes, nous dit le Seigneur, mais il nous dit également : convertissez- vous, – Que vous sert-il de dominer la terre si vous perdez votre âme ? – Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice et le reste vous sera donné par surcroît. On nous répète de tous côtés que le progrès technique avec le temps tournera au bien de l’homme ; c’est nécessaire, c’est infaillible. Comme si le temps par lui-même détenait la propriété de nous faire user honnêtement des pouvoirs nouveaux que le progrès technique nous met entre les mains. Comme si ce n’était pas notre liberté qui use des choses en bien et en mal ; comme si le temps, de lui-même, avait prise sur la liberté. C’est Dieu seul qui atteint jusqu’à notre liberté. Nous n’y atteignons nous-même qu’avec son secours. Substituer le temps à la liberté humaine et à la causalité divine, espérer du déroulement historique et de « l’Évolution », ce que l’on ne saurait attendre que de la grâce divine, redressant et sanctifiant la liberté humaine, c’est une des confusions actuelles les plus pernicieuses.
Frédéric Rognon, Jacques Ellul, le politique et le transhumanisme
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Les deux lois qui régissent la société technicienne sont celles de Gabor et de Larsen. La loi de Gabor consiste à dire : « Tout ce qui est techniquement possible sera nécessairement réalisé » ; et celle de Larsen : « Les problèmes générés par la technique seront toujours réglés par des solutions techniques, qui elles-mêmes poseront de nouveaux problèmes, etc. »
Georges Bernanos, La France contre les robots
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Qu’il s’intitule capitaliste ou socialiste, ce monde s’est fondé sur une certaine conception de l’homme, commune aux économistes anglais du XVIIème siècle, comme à Marx ou à Lénine. On a dit parfois de l’homme qu’il était un animal religieux. Le système l’a défini une fois pour toutes un animal économique, non seulement l’esclave mais l’objet, la matière presque inerte, irresponsable, du déterminisme économique, et sans espoir de s’en affranchir, puisqu’il ne connaît d’autre mobile certain que l’intérêt, le profit. Rivé à lui-même par l’égoïsme, l’individu n’apparaît plus que comme une quantité négligeable, soumise à la loi des grands nombres ; on ne saurait prétendre l’employer que par masses, grâce à la connaissance des lois qui le régissent. Ainsi, le progrès n’est plus dans l’homme, il est dans la technique, dans le perfectionnement des méthodes capables de permettre une utilisation chaque jour plus efficace du matériel humain. […] La question est donc de savoir qui l’emportera de l’homme ou de la technique. […] La Machinerie ne créer pas seulement les machines, elle a aussi les moyens de créer artificiellement de nouveaux besoins qui assureront la vente de nouvelles machines. Chacune de ces machines, d’une manière ou d’une autre, ajoute à la puissance matérielle de l’homme, c’est-à-dire à sa capacité dans le bien comme dans le mal. Devenant chaque jour plus fort, plus redoutable, il serait nécessaire qu’il devînt chaque jour meilleur. Or, si effronté qu’il soit, aucun apologiste de la Machinerie n’oserait prétendre que la Machinerie moralise. La seule machine qui n’intéresse pas la Machine, c’est la Machine à dégoûter l’homme des machines, c’est-à-dire d’une vie tout entière orientée par la notion de rendement, d’efficience et finalement de profit. […] L’expérience de 1914 ne vous a pas suffi ? Celle de 1940 ne vous servira d’ailleurs pas davantage. Trente, soixante, cent millions de morts ne vous détourneraient pas de votre idée fixe : “Aller plus vite, par n’importe quel moyen.” Aller vite ? Mais aller où ? Oh ! dans la prochaine inévitable guerre, les tanks lance-flammes pourront cracher leur jet à deux mille mètres au lieu de cinquante, le visage de vos fils bouillir instantanément et leurs yeux sauter hors de l’orbite, chiens que vous êtes ! La paix venue, vous recommencerez à vous féliciter du progrès mécanique. “Paris-Marseille en un quart d’heure, c’est formidable !” Car vos fils et vos filles peuvent crever : le grand problème à résoudre sera toujours de transporter vos viandes à la vitesse de l’éclair. Que fuyez-vous donc ainsi, imbéciles ? Hélas, c’est vous que vous fuyez, vous-mêmes — chacun de vous se fuit soi-même, comme s’il espérait courir assez vite pour sortir enfin de sa gaine de peau. […] L’État technique n’aura demain qu’un seul ennemi : “l’homme qui ne fait pas comme tout le monde” ou encore “l’homme qui a du temps à perdre” ou plus simplement si vous voulez : “l’homme qui croit à autre chose qu’à la Technique”. […] Notre société est en train de crever. Cela se voit très clairement à sa mine. Une société humaine ne périt pas comme le premier venu d’entre nous empoisonné par des champignons vénéneux. La chose est à la fois plus simple et plus compliquée. Quand la société impose à l’homme des sacrifices supérieurs aux services qu’elle lui rend, on a le droit de dire qu’elle cesse d’être humaine, qu’elle n’est plus faite pour l’homme, mais contre l’homme. Dans ces conditions, s’il arrive qu’elle se maintienne, ce ne peut être qu’aux dépens des citoyens ou de leur liberté ! Imbéciles, ne voyez-vous pas que la Civilisation des machines exige en effet de vous une discipline chaque jour plus stricte ? Elle l’exige au nom du Progrès, c’est-à-dire au nom d’une conception nouvelle de la vie, imposée aux esprits par son énorme machinerie de propagande et de publicité. Imbéciles ! Comprenez donc que la civilisation des machines est elle-même une machine, dont tous les mouvements doivent être de plus en plus parfaitement synchronisés ! Une récolte exceptionnelle de café au Brésil influe aussitôt sur le cours d’une autre marchandise en Chine ou en Australie ; le temps n’est certainement pas loin où la plus légère augmentation des salaires au Japon déchaînera des grèves à Détroit ou à Chicago, et finalement mettra une fois encore le feu au monde. Imbéciles ! avez-vous jamais imaginé que dans une société où les dépendances naturelles ont pris le caractère rigoureux, implacable, des rapports mathématiques, vous pourrez aller et venir, acheter ou vendre, travailler ou ne pas travailler, avec la même tranquille bonhomie que vos ancêtres ? “Politique d’abord !” disait Maurras. La Civilisation des machines a aussi sa devise : “Technique d’abord ! Technique partout !” Imbéciles ! vous vous dites que la technique ne contrôlera, au pis-aller, que votre activité matérielle, et comme vous attendez pour demain la “Semaine de cinq heures” et la Foire aux attractions ouverte jour et nuit, cette hypothèse n’a pas de quoi troubler beaucoup votre quiétude. Prenez garde, imbéciles ! Parmi toutes les techniques, il y a une technique de la discipline, et elle ne saurait se satisfaire de l’ancienne obéissance obtenue vaille que vaille par des procédés empiriques, et dont on aurait dû dire qu’elle était moins la discipline qu’une indiscipline modérée. La Technique prétendra tôt ou tard former des collaborateurs acquis corps et âme à son Principe, c’est-à-dire qui accepteront sans discussion inutile sa conception de l’ordre, de la vie, ses Raisons de vivre. Dans un monde tout entier voué à l’Efficience, au Rendement, n’importe-t-il pas que chaque citoyen, dès sa naissance, soit consacré aux mêmes dieux ? La Technique ne peut être discutée, les solutions qu’elle impose étant par définition les plus pratiques. Une solution pratique n’est pas esthétique ou morale. Imbéciles ! La Technique ne se reconnaît-elle déjà pas le droit, par exemple, d’orienter les jeunes enfants vers telle ou telle profession ? N’attendez pas qu’elle se contente toujours de les orienter, elle les désignera. Ainsi, à l’idée morale, et même surnaturelle, de la vocation s’oppose peu à peu celle d’une simple disposition physique et mentale, facilement contrôlable par les techniciens. Croyez-vous, imbéciles, qu’un tel système, et si rigoureux, puisse subsister par le simple consentement ? Pour l’accepter comme il veut qu’on l’accepte, il faut y croire, il faut y conformer entièrement non seulement ses actes, mais sa conscience. La Société moderne est désormais un ensemble de problèmes techniques à résoudre. Quelle place le politicien roublard, comme d’ailleurs, l’électeur idéaliste, peuvent-ils avoir là-dedans ? Imbéciles ! Pensez-vous que la marche de tous ces rouages économiques, étroitement dépendants les uns des autres et tournant à la vitesse de l’éclair, va dépendre demain du bon plaisir des braves gens rassemblés dans les comices pour acclamer tel ou tel programme électoral ? Imaginez-vous que la Technique d’orientation professionnelle, après avoir désigné pour quelque emploi subalterne un citoyen jugé particulièrement mal doué, supportera que le vote de ce malheureux décide, en dernier ressort, de l’adoption ou du rejet d’une mesure proposée par la Technique elle-même ? […] On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure.
Jean-Michel Besnier, Études (N°6, juin 2011)
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La technolâtrie est le symptôme de cette fatigue d’être soi, diagnostiquée par les sociologues depuis Alvin Toffler dans les sociétés hypertechnologisées. Plus nous nous sentirons impuissants et déprimés, plus nous serons tentés de nous tourner vers les machines.
Maurice Bardèche, Sparte et les Sudistes
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Ils sont fonctionnels, disent les techniciens. Fonctionnel est un mot sublime qui signifie toujours que vous ne comptez pas et que vous pouvez constamment être remplacé par la même unité humaine propre à remplir les mêmes fonctions. Fonctionnel signifie qu’on vous traite comme un objet parmi d’autres, mais aussi que l’objet que vous êtes pose des problèmes qu’on doit résoudre par des solutions simples et économiques.
Paul Kingsnorth, Article du site Unherd (12 novembre 2022)
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Ce que les révolutionnaires de cette quatrième révolution semblent incapables de saisir est que la question que vous vous posez servira de cadre à votre philosophie. Si vous vous demandez « comment se débarrasser de tout ce carbone dans l’atmosphère pour éviter ce que nous prédisent les modélisations de nos ordinateurs ? », alors la réponse ne peut qu’aboutir à une technocratie globalisée. Si, au contraire, vous vous demandez « comment construire des vies pleines de sens, en accord avec le reste de la nature ? », vous vous dirigerez peut-être dans une toute autre direction. La société de la Machine posera toujours des questions du premier type, et on trouvera toujours de nombreuses et inépuisables justifications pour les poser. L’écologie, l’égalité, le féminisme, la démocratie, la santé publique, la croissance, la sécurité, la guerre contre le terrorisme ou contre la drogue ou contre le crime ou contre n’importe quoi d’autre. Il y a toujours de bonnes raisons pour Big Data. On a toujours besoin du contrôle pour éviter des maux plus graves. Cette sinistre manière de penser a aujourd’hui acheté et vendu jusqu’au mouvement qui la contestait jadis.
Guillaume Faye
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Le divorce entre la Technique, aujourd’hui prosaïque et désenchantée et l’idéologie fut souvent mal compris, notamment par Spengler et Jünger. Ce n’est pas, selon nous, la Technique qui constitue la cause du matérialisme, de l’uniformisme et de la déspiritualisation de l’Occident ; mais c’est l’idéologie occidentale elle-même qui a fait de cette Technique le moteur de sa logique mortifère. La Technique est désenchantée et non désenchantement dans son essence. La raison en est ce divorce entre l’essence de la Technique qui est, comme le vit Heidegger, poétique, lyrique, faustienne, donc spirituelle et “artistique”, et les idéologies dominantes en Occident qui n’assignent à cette Technique que le prosaïsme mécanique de la domestication par le bien-être et la finalisent comme “technologie du bonheur individuel”.
Jacques Ellul, Le bluff technologique (Pages 81-82)
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Les technocrates ont un aveuglement exceptionnel sur la réalité complexe du monde et tout autant sur les réflexions de simple bon sens (par exemple : un système ne peut pas croître indéfiniment dans un univers clos et limité : formule qui attire les sarcasmes). Leur très grand savoir et leur très grande spécialisation leur interdiront de comprendre les questions qui ne sont pas de leur ressort. Dès lors ils vous décrivent avec autorité le monde de demain. « Le monde qui vient sera ainsi et ainsi » et, par conséquent, il faut absolument préparer à ce monde-là tous les jeunes. D’où l’idée de plonger dans l’électronique et l’informatique, sans penser que demain, peut-être, savoir cultiver un bout de terrain, allumer un feu de bois et faire des pansements corrects seront plus utile que tapoter sur un clavier… Ignorance désinvolte des quatre cinquièmes de ce qui constitue notre monde. Mais la compensation de cela est la création d’une idéologie spécifique. Cette idéologie est celle de la science, appliquée (ils ont quelque réticence envers la Science fondamentale ou pure qui leur semble, dans ses formulations modernes, susceptible de bouleverser l’acquis stable de leur connaissance). Et l’idéologie de l’indispensabilité de la technique ainsi que de son progrès inéluctable. Dire, comme on l’a fait il y a quelques années, que si on cessait de construire des centrales atomiques on reviendrait à la consommation d’énergie de 1954, c’est à leurs yeux une monstruosité : ils traduisent aussitôt : « Vous voulez revenir au Moyen Âge. » 1954 « Le Moyen Âge » ! Il ne peut y avoir que de la croissance. Toute autre hypothèse est exclue. Et de fait ils sont justifiés dans la mesure où tout dépend, de plus en plus, de l’application de techniques. Non seulement la technique est bonne, non seulement elle est indispensable, mais encore, nous le disions plus haut, elle seule va accomplir tout ce que les hommes cherchent depuis des siècles, liberté, démocratie, justice, bonheur (par le bien-être), réduction du travail, etc.
Georges Bernanos, Le Chemin de la Croix-des-Âmes
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Le danger n’est pas dans la multiplication des machines, mais dans le nombre sans cesse croissant d’hommes habitués, dès leur enfance, à ne désirer que ce que les machines peuvent donner.
Sylvain Tesson, Blanc
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Le nouvel ordre productif a institué la permanence de l’impermanent. La requête du “changement” a fini par affoler les hommes. En quelques décennies, l’organisation globale a érigé “l’innovation” en dogme. Toujours plus, toujours différent, toujours ailleurs. De là, nécessité de vivre vite. Puisque tout se transforme, on sera toujours en retard. Alors, sous la menace de l’obsolescence, le résultat ne sera jamais satisfaisant : frustration, ressentiment, violence. La requête de la “mise à jour” numérique transposée dans le champ anthropologique fait de l’Histoire une valse musette avec substitution de cavalier à chaque mesure.
Augusto Del Noce, L’époque de la sécularisation
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On comprend par là l’antitraditionalisme total de la civilisation technologique. Si l’opposition doit être fixée dans les termes de révolution et de réaction, nous pouvons dire sans hésiter que la révolution technologique est plus radicale que n’importe quelle révolution politique. Et ce parce qu’elle seule parviendrait à réaliser vraiment l’un des objectifs politiques qui voulaient « changer l’homme » : la suppression de la dimension transcendante.
Nicolas Berdiaev, De l’esprit bourgeois (Page 66)
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La technique a cessé d’être neutre. Le problème technique est pour nous un problème spirituel, celui du destin de l’homme et de son rapport avec Dieu.
Bibliographie
- Jacques Ellul, La Technique ou l’enjeu du siècle
- Michel Henry, La barbarie
Père Roger-Thomas Calmel, Théologie de l’histoire (Pages 64-65)