Créer votre espace personnel

Connectez-vous avec Google afin de synchroniser vos favoris et vos futures collections.

Nouvelle collection

Ex. Conciles · Ex. À lire · Ex. Histoire

Renommer la collection

40 caractères maximum. Le nom doit être unique.

Nouvelle sous-collection

Changer l'icône

Changer la couleur

Supprimer la collection

Collection
Ressources

Saint-Suaire

Mohamed Dallel, ingénieur de recherche spécialiste des textiles au Laboratoire de recherche des monuments historiques,

Depuis l’étude au Carbone 14 de 1988 effectuée simultanément par trois institutions de renommée internationale, les autres datations se sont de plus en plus centrées autour de l’an 1. Mais elles ne font pas l’unanimité. Faites par des chimistes ou des physiciens, elles varient les méthodes analytiques et utilisent des approches théoriques sans avoir une bonne connaissance des matériaux fibreux et du domaine de la conservation et de ses spécificités. La présente étude avance l’hypothèse que la relique est de la même période que celle de la vie du Christ, sans prendre en compte une incertitude temporelle (une marge d’erreur) comme c’est l’usage dans ce type de recherche, mais sous certaines conditions et approximations difficiles à vérifier.

Lecture et Tradition N°5 (Octobre 2011)

Les mesures au radiocarbone ne donnent pas des dates, mais des taux. Or, on sait maintenant que les taux relatifs de carbone 13 et de carbone 14 dans une quelconque cible organique peuvent être altérés. Entre autres causes, l’effet de la chaleur associée à une hydratation. Or, précisément, vérification faite, l’échantillon du suaire a été prélevé exactement dans une zone brunie et tachée sous l’action simultanée de la chaleur de l’argent fondu du reliquaire et de l’eau déversée contre le feu. Testore lui-même reconnaît, en 1990, qu’il provient d’une zone plus ou moins noircie et qu’il a observé « un avancement de l’oxydation et de la dégradation des fibres ». Dans ces conditions précises, les expériences ont montré que le taux de carbone 14 peut s’élever de manière à induire un rajeunissement de datation jusqu’à plusieurs siècles. Ces expériences ont été conduites à Moscou, de 1993 à 1996 sous la direction de Madame van Oosterwyck-Gastuche, et entérinées par l’Académie des Sciences de Moscou. Elles montrent que le chronomètre de Libby (carbone 14) n’est pas fiable, en raison de variations induites, soit par la chaleur humide, soit par des conditions écologiques, soit par des attaques microbiennes ou autres. Madame van Oosterwyck a publié en septembre 1999 Le radiocarbone face au linceul de Turin où elle déplore que ce qui a guidé la campagne de datation, ce n’est pas le radiocarbone, « qui date faux », mais des « croyances » dites scientifiques incapables de traiter objectivement les problèmes posés. Ce qui a motivé ses travaux, c’est la multitude de datations aberrantes publiées, certaines renvoyant à la préhistoire des objets médiévaux, ou datant de 26000 ans des coquilles d’escargots de l’année, ou assignant des âges dans l’avenir. La présumée constance de la production de carbone 14 au cours du temps et de sa diffusion dans les objets terrestres n’a pas été suffisamment vérifiée. En ce qui concerne le suaire, le physico-chimiste Heller, qui en a analysé les fibres en 1983, a constaté qu’elles étaient partiellement amorphisées à l’endroit du prélèvement et que, si le tissu n’a pas été consumé bien que la température de fusion de l’argent soit de 960°, c’est parce que la réaction s’est opérée en l’absence d’oxygène. Madame van Oosterwyck reprend les datations du suaire en y intégrant un test laissé dans l’ombre : un fil prélevé dans un coin nommé de Raes, fut daté an 1000 à une extrémité, an 200 à l’autre. Elle dresse alors la courbe des datations en fonction de la distance de la tache due à la chaleur. Cette courbe plonge régulièrement (dans l’ordre Arizona, Zürich, Oxford, Raes 1, Raes 2) vers l’époque du Christ, au fur et à mesure qu’on s’éloigne de la zone brunie du tissu.

Lecture et Tradition N°5 (Octobre 2011)

Ce linge précieux est d’abord conservé à Jérusalem comme l’attestent les Pères, notamment saint Jérôme en 400. Ayant échappé aux Perses au VIIe siècle, il sera mis en sécurité au palais impérial de Byzance. Saint Jean Damascène le mentionne au VIIIe siècle dans son De Imaginibus, Constantin Porphyrogénète en décrit au Xe siècle les empreintes relevées par Justinien, et le roi de France Louis VII le vénère à Constantinople en 1147. En 1204, donc avant sa datation au carbone 14, cette relique est sauvée par un Charpigny, au siège de Constantinople dont l’empereur Isaac II Ange s’était allié à Saladin contre les Croisés. En 1205, l’empereur byzantin réclame à Innocent III la restitution de « cet objet sacré entre tous, le Saint Suaire ». Le n° 130 d’Archeologia (mai 1979) observe que les Croisés désiraient « ramener en Occident les saintes reliques dont le Saint Suaire était la plus connue et la plus vénérée ». Il est transféré de Morée en Champagne par Agnès de Charpigny, épouse en 1316 de Dreux II de Mont-St-Jean, sire de Charny, dont le frère Geoffroy édifie pour sa conservation la collégiale de Lirey. Ainsi, les siècles ont vénéré sous le nom de suaire un linge sacré incomparable localisé successivement de Jérusalem à Constantinople puis à Lirey, avant d’être transféré à Chambéry puis Turin.

Docteur Pierre Mérat, ancien président du Centre international d’études sur le Linceul du Turin (CIELT),

La grande majorité de la communauté scientifique considère que les analyses du linceul n’ont pas été faites de façon sérieuse. […] Jamais un labo de police ne les aurait prises en compte.

Paul Claudel, Lettre (16 août 1935)

Cher Monsieur, J’ai lu avec le plus vif intérêt, l’opuscule que vous avez eu l’aimable pensée de m’envoyer : Le Christ dans sa passion révélée par le saint Suaire de Turin. J’ai longuement considéré les saisissantes images qui l’accompagnent. Je souhaite qu’il atteigne le grand public et qu’il aide la chrétienté de France à réaliser l’importance de cet événement religieux qu’est la découverte photographique du saint Suaire de Turin. Une importance si grande que je ne puis la comparer qu’à une seconde résurrection. Je me reporte par la pensée à cette sinistre période qui va de 1880 à 1910, où s’est écoulée ma jeunesse et mon âge mûr, période de matérialisme et de scepticisme agressifs et triomphants et que domine la figure d’Ernest Renan. Que d’efforts alors pour obscurcir la divinité du Christ, pour voiler ce visage insoutenable, pour aplatir le fait chrétien pour en effacer les contours sous les bandelettes entrecroisées de l’érudition et du doute ! L’Évangile mis en petits morceaux ne constituait plus qu’un amas de matériaux incohérents et suspects où chaque amateur allait rechercher les éléments d’une construction aussi prétentieuse que provisoire. La figure de Jésus était noyée jusqu’à disparaître dans un brouillard de littérature historique, mystagogique et romanesque. Enfin, on avait réussi ! Jésus-Christ, ce n’était plus qu’un pâle contour, quelques linéaments fluides et tout prêts à s’effacer. Madeleine pouvait maintenant aller au tombeau. On lui avait enlevé son Seigneur. Et voilà qu’après les siècles écoulés l’image oblitérée reparaît tout à coup sous le tissu avec une véracité épouvantable, avec l’authenticité non plus seulement d’un document irréfragable, mais d’un fait actuel. L’intervalle des dix-neuf siècles est anéanti d’un seul coup, le passé est transféré dans l’immédiat. Ce que nos yeux ont vu, dit saint Jean, ce que nous avons à loisir considéré, ce que nos mains ont manié du Verbe de vie. Ce n’est pas simplement une pièce officielle, comme serait par exemple un procès-verbal, une grosse de jugement dûment signée et paraphée : c’est un décalque, c’est une image portant avec elle sa propre caution. Plus qu’une image, c’est une présence! Plus qu’une présence, c’est une photographie, quelque chose d’imprimé et d’inaltérable. Et plus qu’une photographie, c’est un négatif, c’est-à-dire une activité cachée (un peu comme la Sainte Écriture elle-même, prendrai-je la liberté de suggérer) et capable sous l’objectif de réaliser en positif une évidence! Tout à coup, en 1898, après Strauss, après Renan, au temps même de Loisy, et comme un couronnement de ce travail prodigieux de fouille et d’exégèse réalisé par le siècle qui va finir, nous sommes en possession de la photographie du Christ ! Comme cela ! C’est Lui ! C’est Son visage ! Ce visage que tant de saints et de prophètes ont été consumés du désir de contempler, suivant cette parole du psaume : Ma face t’a recherché : Seigneur, je rechercherai Ta face. Il est à nous ! Dès cette vie, il nous est permis tant que nous voulons de considérer le Fils de Dieu face à face! Car une photographie, ce n’est pas un portrait fait de main d’homme. Entre ce visage et nous il n’y a pas eu d’intermédiaire humain. C’est lui matériellement qui a imprégné cette plaque, et c’est cette plaque à son tour qui vient prendre possession de notre esprit. Quel visage ! On comprend ces bourreaux qui ne pouvaient le supporter et qui, pour en venir à bout, essayent encore aujourd’hui, comme ils peuvent, de le cacher. J’exprimerai ma pensée en disant que ce que nous apporte cette apparition formidable, c’est encore moins une vision de majesté écrasante que le sentiment en nous, par-dessous le péché, de notre indignité complète et radicale, la conscience exterminatrice de notre néant. Il y a dans ces yeux fermés, dans cette figure définitive et comme empreinte d’éternité, quelque chose de destructeur. Comme un coup d’épée en plein cœur qui apporte la mort, elle apporte la conscience. Quelque chose de si horrible et de si beau qu’il n’y a moyen de lui échapper que par l’adoration. C’est le moment de se souvenir du magnifique verset d’Isaïe (VI, 10) : Ingredere in petram, et abscondere in fossa humo a facie timoris Domini a gloria Majestatis Ejus. Mais les présentes lignes ne sont pas écrites pour enregistrer une impression personnelle. L’inquisiteur le plus froid ne saurait contester que la personnalité dont l’image a été si étrangement conservée sur le suaire de Turin avait dans son aspect quelque chose d’extraordinaire et de saisissant. Nous trouvons d’emblée une convenance entre les visages de Baudelaire et de Beethoven et l’impression que nous procure l’oeuvre de ces artistes. Qui nierait qu’entre le ressuscité de 1898 et le personnage dont les quatre évangiles relatent les faits, gestes et discours, il y a la même convenance incontestable ? Cet aveu va bien loin. Le document écrit et le document graphique s’adaptent, ils collent parfaitement ensemble. Nous sentons que nous avons devant nous un original dont toutes les interprétations par le fait de l’art n’ont que la valeur sincère sans doute, mais combien partiale et maladroite, des travaux de seconde main. Le Christ de Vinci, celui de Dürer et de Rembrandt va avec certaines parties de l’Évangile, mais celui-ci va avec toutes. Bien plus, il les domine. Voilà pour la convenance subjective. Mais que dire de la coïncidence matérielle et de la superposition minutieuse et détaillée du document ainsi placé entre nos mains et du quadruple récit de la Passion ? Tous les traits en sont là inscrits, ineffaçables : les plaies des mains, celles des pieds, celle du côté jusqu’au cœur, celle de l’épaule ; la couronne d’épines, qui nous rappelle l’interrogation de Pilate : Ergo tu Rex es ? et ces traces de la flagellation, si réelles que la vue encore aujourd’hui nous en fait frémir. La photographie nous a rendu ce corps que les plus grands mystiques ont à peine osé envisager, martyrisé littéralement depuis la plante des pieds jusqu’à la cime, tout enveloppe de coups de fouet, tout habillé de blessures, en sorte que pas un pouce de cette chair sacrée n’a échappé à l’atroce inquisition de la Justice, ces lanières armés de plombs et de crochets sur elle déchaînées ! Ce ne sont point des phrases que nous déchiffrons ligne à ligne : c’est toute la Passion d’un seul coup qu’on nous livre en pleine figure. L’heure même est écrite : c’est le soir, il fallait se presser ; la hâte avec laquelle on a roulé ce corps souillé dans un linge, sans prendre le temps de le nettoyer, pour obéir aux prescriptions du Sabbat immédiat. Le temps pendant lequel cet enveloppement a duré et qui est indiqué par l’avancement du travail destructeur sur le cadavre. L’obligation clairement imposée aux amis du Christ de procéder à ce supplément de toilette funèbre que l’intervention du Sabbat les avait obligés d’ajourner. La disponibilité elle-même de cette carapace rejetée ainsi qu’une dépouille d’insecte après la mue ; enfin, malgré les explications ingénieuses des savants qui se sont occupés du St-Suaire, il est bien difficile de voir dans cette impression détaillée du corps du Christ en négatif sur une toile non préparée et grâce uniquement à quelques aromates disposés au hasard, un phénomène purement naturel. Il n’a, dans la vaste expérience que nous possédons des ensevelissement antiques, aucun analogue. Une vertu est sortie de Lui et a laissé cette trace prodigieuse. Il n’est pas moins remarquable que pendant toute cette suite de siècles et d’événements, les différents incendies qui ont attaqué le Suaire aient respecté l’image sacrée et que leurs vestiges ne constituent autour d’elle qu’une espèce d’encadrement ! Aussi quelle reconnaissance devons-nous aux autorités civiles et religieuses qui ont enfin permis l’examen minutieux de l’insigne relique et aux hommes de science qui l’ont étudiée avec tant d’ingéniosité et de bonne foi, tels que M. Paul Vignon ? Le moment est venu des vulgarisations, et c’est à ce titre que je salue avec joie le travail si remarquable que vous m’avez envoyé et auquel je souhaite la plus large diffusion.

Bibliographie

  • Emmanuela Marinelli, Le Saint Suaire de Turin
  • Ian Wilson, L’énigme du Suaire
  • Gérard Lucotte, Vérités sur le Saint Suaire
  • Paul Chaussée, Miracle et message du Saint Suaire
  • Claude Gavach, Le Linceul de Jésus enfin authentifié ?
  • Arnaud-Aaron Upinsky, L’Église à l’épreuve du Linceul
  • Marie-Claire Van Oosterwyck-Gastuche, Le radiocarbone face au linceul de Turin
  • Antoine Wehrlé, Le Linceul de Turin
  • Pierre Barbet, La Passion de Jésus-Christ selon le chirurgien
  • Paul de Gail, Jésus-Christ révélé par son Linceul
  • Alain Queinnec, Le Mystère du Portrait de Jésus
  • François Giraud, Carbone 14 et Linceul
  • Jean Dartigues, Le Linceul de Turin
  • Denis Desforges, L’affaire du Linceul de Turin
  • Jean Levêque, Le Saint Suaire revisité
  • Daniel Raffard de Brienne, La désinformation autour du Linceul de Turin
  • Nello Balossino, L’image du Linceul
  • Jean-Christian Petitfils, Le Saint Suaire de Turin
  • Bertrand Labouche, Le Linceul de Turin – Enquête sur une énigme
  • Vidéothèque
  • Tristan Casabianca – Le Linceul réfuté par le carbone 14 ?
  • Matthieu Lavagna – Top 10 des arguments en faveur du Linceul