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Monogénisme

Abbé Auguste Boulenger, Manuel d’apologétique

Tous les hommes qui composent l’humanité ont-ils une descendance commune et appartiennent-ils à la même espèce ? Voilà bien une question qu’il importe de résoudre, car le monogénisme, c’est-à-dire la provenance de tous les hommes d’un couple unique, est impliqué dans les dogmes du péché originel et de la rédemption, qui sont à la base de la religion chrétienne. Il s’agit donc de savoir si la science est en opposition ou s’accorde avec la foi qui, s’appuyant sur l’Écriture, affirme que le genre humain tout entier est issu d’un seul homme, Adam, et d’une seule femme, Eve. Le monogénisme a été nié, au XVIIème siècle, par un gentilhomme protestant, De la Peyrère, qui, se figurant que les hommes dont la Genèse rapporte la création au VIème jour (Gen., I, 26 et suiv.), n’étaient pas les mêmes qu’Adam et Eve dont il n’est parlé qu’au chapitre II, crut qu’il y avait eu deux créations, et partant, deux espèces : la première, les Préadamites d’où seraient venus les Gentils, la seconde, les Adamites d’où seraient issus les Juifs. Cette opinion qui s’appuie uniquement sur une fausse interprétation de la Bible, et qui fut rétractée par son auteur, lorsqu’il passa au catholicisme, fut reprise par les philosophes du XVIIème siècle, au nom de la science et de la raison. Mais depuis que de Quatrefages a accumulé, dans son ouvrage l’Espèce humaine, les faits et les preuves qui démontrent le monogénisme, la question est résolue dans ce sens. Nous allons, du reste, passer rapidement en revue les arguments des polygénistes, et nous verrons comment les monogénistes y répondent. 1° Arguments des polygénistes. — Si l’on compare les différents groupes humains et que l’on considère les principaux caractères morpho­logiques qui les distinguent, tels que la couleur de la peau, la nature des cheveux, la conformation du crâne et de la face, l’angle facial, l’on peut partager l’humanité en trois types fondamentaux : le type blanc ou caucasien, le type jaune ou mongolique, le type nègre ou éthiopique. a) La race blanche se caractérise par la couleur blanche de la peau, par les cheveux soyeux, lisses ou bouclés, par un crâne bien développé, un front large et élevé, par des arcades sourcilières peu saillantes, par l’ouverture des yeux horizontale, le nez droit, le menton non fuyant et par un angle facial voisin de 90°. Cette race que nous trouvons en Europe, au nord de l’Afrique et de l’Amérique et dans une partie du sud-ouest de l’Asie, comprend 42 % de la population totale du globe. b) La race jaune se distingue par la couleur jaune, les cheveux raides, le crâne brachycéphale c’est-à-dire court d’avant en arrière, la face large, les pommettes saillantes, les yeux obliques et étroits, le nez plus large que chez le blanc, mais non aplati, comme chez le nègre, un angle facial un peu plus petit que chez le blanc. La race jaune qui occupe presque toute l’Asie, sauf le sud-ouest, représente 44 % de l’humanité. c) La race nègre se caractérise par la couleur, qui va du brun foncé jusqu’au noir le plus pur, les cheveux laineux, le crâne dolichocéphale c’est-à-dire allongé d’avant en arrière, le front étroit et fuyant, les arcades sourcilières saillantes, les yeux grands et noirs, le nez court et aplati, les mâchoires prognathes (du grec pro, en avant et gnathos, mâchoires) c’est-à-dire projetées en avant et terminées par des lèvres épaisses, ce qui rend le menton fuyant, par un angle facial qui descend quelquefois à 70°. La race nègre qui peuple l’Afrique, sauf le Nord, les îles africaines méridionales, Madagascar, quelques îlots asiatiques, l’Australie et la Mélanésie, et qui se trouve disséminée en Amérique, compte 12 % de l’espèce humaine. L’on pourrait ajouter à ces trois types principaux les races mixtes, comprenant des groupes aux caractères mélangés, tels que les Peaux-rouges qui sont dispersés dans toute l’Amérique et forment 1 ou 2 % de l’humanité. Ainsi, les polygénistes, insistant sur les différences qui caractérisent les trois types que nous venons de passer en revue, concluent que l’humanité n’a pas une descendance commune et se rattache à plusieurs ancêtres. 2° Preuves du monogénisme. — Les partisans du monogénisme prouvent l’unité de l’espèce humaine par un double argument. a) Ils montrent d’abord que les différences invoquées par les polygénistes ne sont pas telles qu’elles constituent des espèces différentes, mais seulement des races distinctes : c’est la preuve indirecte ou négative. b) Puis ils établissent que les ressemblances entre les races appellent l’unité de l’espèce : c’est la preuve directe et positive. A. PREUVE INDIRECTE. — Aucun des traits qui différencient les trois types ci-dessus mentionnés, ne peut être considéré comme constituant une divergence essentielle entre eux, d’autant plus qu’il y a des différences plus grandes entre certaines races d’animaux dont on ne conteste pas l’unité d’espèce. Les polygénistes invoquent : — 1. la couleur. Or tout le monde sait que la coloration de la peau résulte de l’influence du milieu et du régime, et qu’elle dépend de la couche de pigment qui se trouve entre le derme et l’épiderme, couche qui s’épaissit et brunit au soleil ; — 2. la nature des cheveux. Quelle que soit leur couleur ou leur forme, leur nature est la même dans toutes les races ; les cheveux restent toujours des cheveux. Les variations sont plus grandes chez certains animaux, par exemple, chez les moutons qui perdent leur toison en Afrique pour se couvrir d’un poil court et lisse ; — 3. les différences anatomiques, en ce qui concerne surtout là conformation du crâne et de la tête. Or il y a peu de différence entre les races sous le rapport de la capacité crânienne : le poids moyen du cerveau des hommes blancs dépasse un peu 1400 grammes tandis qu’il atteint à peine 1250 grammes chez les nègres ; encore faut-il ajouter que bien des cerveaux de blancs dont l’intelligence est incontestée, comme celui de Gambetta, s’abaisse au-dessous de celui des nègres. Combien moins grandes sont ces différences si on les compare à celles qui existent dans certaines races animales telles que le bouledogue, le lévrier et le barbet ! La différence dans la conformation de la tête, —crâne brachycéphale (court et large) chez les blancs ; dolichocéphale (allongé d’avant en arrière) chez les nègres, l’allongement de la face qui distingue les orthognathes des prognathes, n’a pas davantage une valeur absolue, car il est facile de constater qu’il existe des dolichocéphales et des prognathes dans toutes les races. L’on pourrait encore alléguer la différence dans la taille : il y a des Patagons qui mesurent environ deux mètres tandis que des Bochimans ont à peine un mètre ; mais combien cet écart est moins grand que parmi certaines races d’animaux ! le chien épagneul n’a que les 2/10 de la taille du Saint-Bernard. — 4. l’angle facial varie à peine de 20° parmi les races humaines tandis qu’il descend brusquement à 40° chez les singes. Les polygénistes objectent encore la diversité des langues dont certaines paraissent n’avoir aucune racine commune. S’il en était ainsi, — et plusieurs philologues distingués comme Max Muller le contestent, — l’on pourrait seulement en conclure que la langue primitive unique aurait disparu sans laisser partout de traces. B. PREUVE DIRECTE. — Les différences entre les races ne dressent pas entre elles une barrière infranchissable. Il y a plus. Leur communauté d’origine ressort de leurs ressemblances : — 1. Ressemblances anatomiques. « Plus on étudie, dit de Quatrefages, et plus on s’assure que chaque os du squelette, depuis le plus volumineux jusqu’au plus petit, porte avec lui dans sa forme et dans ses proportions, un certificat d’origine impossible à méconnaître ». — 2. Ressemblances physiologiques. Tant au point de vue de la vie de l’individu que de la conservation de l’espèce, les races sont identiques et diffèrent notablement des animaux. De plus, l’interfécondité des races est le signe le plus évident de l’unité de l’es­pèce.— 3. Ressemblances psychologiques. Si nous considérons les races, du point de vue intellectuel et moral, il y a sans contredit de notoires différences dans leur degré de culture et de moralité, mais elles sont loin d’être irréductibles et les distances peuvent être comblées, plus ou moins vite, par l’éducation : aussi bien ne peut-on pas observer de pareils écarts entre individus de même race et de même pays ? N’y a-t-il pas, à Paris même, des individus à demi-sauvages à côté de gens de la plus haute culture ? Quoi qu’il en soit du degré de civilisation propre à certains individus et à certaines races, il est bien certain que tous les hommes sont doués d’intelligence, capables, par le fait, de penser, de raisonner, de progresser et d’inventer. Mais, dira-t-on encore, si les hommes actuels paraissent descendre du même couple, peut-on affirmer la môme chose des hommes qui ont appartenu aux temps préhistoriques ? « Quand on visite les collections préhistoriques, répond à cela le marquis de Nadaillac, il est impossible de se défendre d’un véritable étonnement en voyant partout les mêmes formes, les mêmes procédés de travail, et cela chez des populations sans communication entre elles, séparées par des océans ou par des déserts arides. »  Conclusion. De ce qui précède nous pouvons tirer une double conclusion : a) Si l’on se place sur le seul terrain scientifique, l’on constate que tous les hommes sont morphologiquement et physiologiquement semblables : leur descendance commune est donc vraisemblable. « En a-t-il été réellement ainsi ? ajoute de Quatrefarges. N’y a-t-il eu, en effet, au début, pour chaque espèce animale, qu’une seule et unique paire ? Ou bien plusieurs paires entièrement semblables morphologiquement et physiologiquement, ont-elles apparu simultanément et successivement ? Ce sont là des questions de fait que la science ne peut ni ne doit aborder, car ni l’expérience ni l’observation ne lui apportent la moindre donnée pour les résoudre. Mais ce que la science peut affirmer, c’est que les choses sont comme si chaque espèce (et par conséquent l’espèce humaine) avait eu pour point de départ une paire primitive unique. » b) La science ne fait donc pas opposition à la doctrine de l’Église qui enseigne que tous les hommes descendent d’un seul couple, qu’ils sont tous frères par l’origine et la nature.

R.P. Antoine Lemonnyer, La

Lorsque, à la fin du XVIIIème siècle et au commencement du XIXème, de nombreuses découvertes en Océanie, en Afrique et en Amérique firent entrer soudain dans le champ de vision de l’Europe, alors tout infatuée de ses « lumières », une foule de peuples nouveaux et singulièrement différents d’elle-même, la tendance à attribuer aux races diverses une origine autonome se manifesta souvent. Dans les grands ouvrages d’ethnologie publiés à cette époque, par exemple dans l’ouvrage en cinq volumes de Prichard : Researches into physical history of mankind, les développements relatifs à cette question tiennent une large place. Mais lorsque, dans la seconde moitié du XIXème siècle, apparut la théorie darwinienne de l’évolution, – le service qu’elle a rendu sur ce point, doit être reconnu, – la situation changea complètement. Pour qu’on puisse se représenter l’homme comme provenant d’êtres vivants antérieurs, le concours de si nombreux facteurs est requis, qu’il semble impossible d’admettre que « ce prodige de la première apparition de l’homme » ait pu se produire plus d’une fois sur la surface de la terre. L’humanité doit donc avoir plutôt une origine unique. Depuis lors la doctrine de l’origine unique est devenue commune, ou peu s’en faut, parmi les naturalistes et les anthropologues. Lorsque, par exemple, Schwalbe prétendit faire de la race ancienne de Néanderthal une espèce à part, Klaatsch, Gliuffrida-Ruggieri, etc., le combattirent. Et lorsque, tout récemment, Klaatsch lui-même se laissa aller à proposer une théorie polygénétique nouvelle et plutôt singulière, sa conduite devint un sujet de plaisanterie.

Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves

La question de l’origine des hommes est restée longtemps l’objet de vifs débats entre scientifiques. Les philosophes des Lumières, puis certains scientifiques, jusque dans les années 1930, se disaient ainsi convaincus que les races provenaient de lignées différentes. La mise au jour des chromosomes a clos le débat. Puis la découverte du génome humain a permis de préciser encore les choses. Diverses études sur le génome ont mis en évidence, par l’analyse de notre chromosome Y (qui ne se transmet que de père en fils), que tous les hommes descendent d’un même père qui est appelé « l’Adam Y-chromosomique ». De même, l’étude de l’ascendance matrilinéaire réalisée sur l’ADN mitochondrial (qui ne se transmet que par la mère), établirait que l’humanité descendrait d’une seule mère, appelée « l’Ève mitochondriale ». Aussi bizarre que cela puisse paraître, certains pensent que l’Adam et l’Ève en question vivaient à des époques différentes ; cette hypothèse possible est cependant elle aussi contestée depuis 2013. Ce que la science tend à découvrir aujourd’hui avait été révélé aux Hébreux il y a trois mille ans et transmis de génération en génération par la lecture de la Bible.

Bibliographie

  • Armand de Quatrefages, Unité de l’espèce humaine (Lien)