Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique
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Dans son chapitre sur les miracles, Thomas Durand prétend ni plus ni moins que les théistes sont coupables d’un appel à l’ignorance et d’un raisonnement circulaire : « Dans tous les cas de figure, il semble qu’on puisse raisonnablement considérer qu’un miracle est un événement inexpliqué. […] La preuve par le miracle tient donc à la fois de l’appel à l’ignorance (X n’est pas expliqué donc j’ai raison de croire que c’est Dieu qui l’a fait) et du raisonnement circulaire (Dieu explique les miracles qui expliquent Dieu) » (p. 141-142). Encore une fois, il s’agit là d’attaques de l’homme de paille. Aucun philosophe théiste ne soutient simultanément que Dieu explique les miracles et que les miracles expliquent Dieu. Ce que nous disons en revanche, c’est qu’il existe des phénomènes qui ne peuvent avoir aucune explication naturelle ; par conséquent, nous devons postuler l’existence de causes surnaturelles pour les expliquer. Cette affirmation n’est en aucune façon circulaire, elle n’est pas non plus un appel à l’ignorance. En effet, nous ne disons pas « à l’heure actuelle, cet événement est inexpliqué par la science, donc c’est Dieu qui l’a fait » : ce serait tomber dans un vulgaire « Dieu bouche-trou » que Thomas Durand critique à juste titre. Il est tout à fait vrai que nous ne devons pas chercher à combler nos lacunes scientifiques par l’appel au surnaturel. Aucun théiste sérieux ne dira le contraire. En revanche, Thomas Durand confond ici ce qui est inexpliqué par la science à l’heure actuelle, et ce qui est inexplicable par la science en principe. Cette distinction est pourtant fondamentale ! Dire qu’un événement ne pourra jamais être expliqué scientifiquement car aucune loi physique n’est capable d’en rendre compte n’est pas un appel à l’ignorance, bien au contraire. Un événement surnaturel proprement défini n’est pas un « événement inexpliqué par la science à l’heure actuelle », mais bien un « événement dont nous savons à l’avance qu’il n’aurait pas pu arriver si seules les lois de la physique avaient été opérantes ». Ainsi, pour attester solidement qu’un miracle a eu lieu, il faut donc nous assurer que le phénomène en question soit inexplicable en principe par les lois de la physique. Prenons un exemple. Imaginons qu’un arbre vous tombe dessus et brise l’os de votre jambe. Votre os est désormais en deux morceaux, espacés de plusieurs centimètres. Des amis croyants décident de prier pour vous au nom de Jésus, en mettant la main sur votre jambe. Soudain, vous sentez votre os bouger et se recoller à l’autre morceau. Stupéfaits, vos amis contactent des médecins qui confirment que votre os n’est plus cassé. Les radiographies montrent qu’il est parfaitement recollé : vous pouvez désormais marcher. Allez-vous en conclure qu’il n’y a pas eu d’intervention surnaturelle ? Non, bien sûr. Vous savez que ce qui vient d’arriver est contraire aux lois de la physique. Un os cassé n’aurait pas pu se recoller subitement si seules les lois de la biologie – que l’on connaît plutôt bien – avaient été opérantes. Il serait absurde de dire : « On ne peut pas conclure au miracle, puisque la science arrivera peut-être un jour à expliquer le phénomène des os qui repoussent lorsqu’on prie au nom de Jésus. » Ce type de réflexion, ce sophisme d’appel au futur, serait parfaitement inadapté dans ce contexte. D’ailleurs, il y a fort à parier que, si Thomas Durand était témoin d’un tel phénomène, il croirait au surnaturel. Simplement, il ignore peut-être que ce cas s’est déjà produit. Le cas de Pierre de Rudder En 1867, Pierre de Rudder se fracture la jambe gauche, broyée par la chute d’un arbre. Les deux os du pied sont brisés un peu en dessous du genou. La partie inférieure de la jambe est mobile dans tous les sens, les os brisés étant séparés de trois centimètres. Les plaies sont gangrenées. Pendant huit ans, sa souffrance ne fait qu’empirer. Dans leurs rapports, tous les docteurs déclarent le blessé comme étant incurable. « Pierre de Rudder a démontré à maintes reprises comment il pouvait faire pivoter son talon vers l’avant et ses orteils vers l’arrière dans un virage de 180 degrés ! Sa jambe balançait comme un chiffon, se détachant presque. […] Ces faits sont une illustration évidente que le tibia et le péroné gauche furent fracturés. Il s’agissait d’une fracture ouverte infectée : une pseudarthrose flottante. » Dans une lettre adressée au docteur J. Houtsaegher, un ami de Pierre témoigne que, le vendredi avant sa guérison, « la partie inférieure de la jambe gauche était tellement brisée que le pauvre pouvait tourner sans difficulté ses orteils vers l’arrière pendant que le genou restait en place. Lorsqu’il plia sa jambe, deux morceaux d’os étaient visibles [il manque un morceau de phrase ici] n’avaient plus une couleur naturelle, ils ressemblaient plutôt aux ossements que l’on trouve dans les cimetières. » Le 6 avril 1875 (veille de la guérison), les deux pièces d’os perforaient la peau, séparaient une plaie purulente de trois centimètres. La jambe inférieure ballottait et pouvait toujours être retournée. Le 7 avril 1875, Pierre décida d’aller à la basilique d’Oostakker. Il rapporte avoir été submergé d’émotion en voyant le sanctuaire. Il ressentit alors le besoin de poser ses béquilles et de s’agenouiller en signe de révérence, alors qu’il demandait l’intercession de Notre-Dame de Lourdes. Soudain, lors de sa prière à la Vierge, il sentit quelque chose se passer dans son corps. Sans s’en rendre compte, il se précipita sans ses béquilles, traversa le rang des pèlerins et se jeta à genoux devant la grotte. Il s’aperçut alors qu’il était guéri ; il se tenait debout, marchait avec aisance et ne ressentait aucune douleur. Il se fit rapidement examiner par l’équipe médicale qui déclara que la jambe n’était plus enflée et que les plaies avaient toutes été cicatrisées. Mais le plus incompréhensible pour les médecins, c’est que les os séparés s’étaient rejoints malgré les trois centimètres qui les séparaient auparavant, et s’étaient soudés l’un à l’autre, si bien que la jambe brisée était intégralement reconstituée. Tous les notables du lieu (médecins, magistrats, chirurgiens, etc.) signèrent un long rapport pour laisser un témoignage authentique de ce fait. Plusieurs incroyants et ultra-sceptiques se convertirent sur place devant l’évidence fulgurante du miracle. Pierre mourut en 1898 d’une pneumonie et son corps fut exhumé le 24 mai 1899, permettant au docteur van Hoestenberghe de prélever l’os de la jambe pour des analyses. En 1929, des radiographies furent réalisées sur l’os, afin de pouvoir constater cette guérison à l’aide des moyens médicaux modernes et compléter ainsi le dossier médical. L’os demeurait toujours parfaitement recollé. Thomas Durand souhaite-t-il découvrir un autre cas inexplicable en principe par la science ? Nous lui proposons celui de la guérison miraculeuse de Francis Pascal. Le cas de Francis Pascal Le 28 août 1938, Francis Pascal, aveugle de naissance et paralysé des membres inférieurs, fut guéri de sa cécité et de sa paralysie à l’âge de trois ans et dix mois, à la suite d’un bain dans la piscine de Lourdes. Le garçon put ensuite apprendre à lire et à écrire comme tous les autres enfants de son âge. Il est évident que ce genre de guérison exclut tout type d’explication naturelle, en particulier d’ordre psychosomatique, car l’enfant n’avait évidemment pas encore atteint l’âge de raison et ne saurait avoir des prédispositions psychologiques au surnaturel. Le fait qu’un grand nombre d’enfants et de non-croyants aient été guéris à Lourdes exclut toute forme d’explication d’ordre psychosomatique. L’un des spécialistes des investigations miraculeuses de Lourdes rapporte d’ailleurs quelques cas qui ne pouvaient avoir une explication de cet ordre, comme la guérison instantanée d’un visage complètement défiguré ou d’un pied bot chez un enfant d’un an et demi (alors que certains médecins non catholiques l’avaient déclaré permanent). Il cite également le cas d’une guérison d’un enfant de trois ans dont les os avaient été complètement rongés en raison d’un cancer en phase terminale. Après cette guérison, même les « os de son cortex cérébral ont grandi de nouveau et se sont remis en place ». De manière générale, le travail réalisé à Lourdes est très rigoureux sur le plan scientifique (ce qui devrait plaire aux exigences des zététiciens). Le vote des médecins doit impérativement respecter une série de sept critères appelés les critères de « Lambertini » : ceux-ci sont précis, bien choisis et très restrictifs, et ont été mis au point entre 1734 et 1737 par le cardinal Prospero Lambertini, futur pape Benoît XIV. Pour qu’une guérison soit reconnue :
- Il faut que la maladie soit grave, de pronostic défavorable ;
- Il faut que la maladie soit connue et répertoriée par la médecine ;
- Il faut que cette maladie soit organique, lésionnelle, c’est-à-dire qu’il y ait des critères objectifs, biologiques, radiologiques – tout ce qui existe actuellement en médecine ; cela signifie qu’aujourd’hui encore, on ne reconnaîtra pas des guérisons de pathologies sans critère objectif précis, comme les maladies psychiques, psychiatriques, fonctionnelles, nerveuses, etc. ;
- Il ne faut pas qu’il y ait eu de traitement auquel on puisse attribuer la guérison ;
- La guérison doit être instantanée et sans convalescence ;
- Il ne faut pas simplement une régression des symptômes, mais bien un retour de toutes les fonctions vitales ;
- Il ne faut pas simplement une rémission, mais bien une guérison, qui soit donc durable et définitive. L’Église reçoit chaque année des centaines de dossiers de personnes qui se revendiquent miraculées. Elle est en réalité beaucoup plus sceptique que les gens ne croient : après une enquête canonique rigoureuse pour examiner ces dossiers, seul 1 % d’entre eux finit par être reconnu, avant que les personnes puissent être déclarées miraculées. Ainsi, les conditions d’authentification miraculeuse sont si strictes que de multiples cas non reconnus sur les soixante-dix mille sont sûrement, eux aussi, des miracles authentiques. Par exemple, le Bureau des constatations médicales de Lourdes n’a pas reconnu le cas d’un visiteur méthodiste qui fut immédiatement guéri de sa cécité déclarée incurable (due à une dégénérescence maculaire). Le Bureau rejeta ce miracle, car la personne en question voyait encore un peu flou sans ses lunettes. Les miracles de guérisons constituent, en eux-mêmes, une réfutation pure et simple du matérialisme et devraient remplir les exigences des zététiciens car, pour chaque cas, nous disposons d’un dossier médical solide : de quoi réjouir ceux qui demandent une preuve « scientifique » du surnaturel ! Revenons-en aux affirmations de Thomas Durand : « Tous ceux qui n’ont pas vécu eux-mêmes un miracle n’ont à leur disposition qu’un récit, un récit en désaccord avec ce que nous savons du fonctionnement du monde. Ce que nous avons à juger, à expliquer, le plus souvent, ce n’est pas le miracle : c’est le récit du miracle ; un récit influencé de mille manières, recomposé après les faits, souvent de deuxième main… Est-il raisonnable de remettre en cause le fonctionnement du monde sur la base d’un récit de ce genre ? » (p. 142). Notons que Thomas Durand ne fait même pas la distinction fondamentale entre les miracles d’origine purement testimoniale et les miracles d’origine scientifique (c’est-à-dire empiriquement vérifiés par la méthode scientifique). C’est précisément ce second type de miracles dont il est question pour les guérisons de Lourdes. Thomas Durand va-t-il sérieusement considérer les rapports médicaux du Bureau médical de Lourdes comme des « récits miraculeux » ? Si oui, comment pourrait-il expliquer ces récits miraculeux, contrôlés par des dizaines de médecins (dont beaucoup ne sont pas catholiques) venus du monde entier ? Par un complot organisé par ces mêmes médecins ? Nous lui souhaitons bien du courage pour donner des éléments concrets. […] Que faudrait-il à Thomas Durand pour croire aux miracles ? Les apologistes ont coutume de demander aux athées ce qui serait susceptible de les faire croire aux miracles. Thomas Durand nous a donné sa réponse : « Un œil extérieur sceptique, quant à lui, serait bien plus amené à « croire » au miracle s’il s’agissait d’un événement sans précédent ou réputé impossible, comme la repousse d’un membre amputé (qui se produit chez certains animaux tels que la salamandre) ou l’apparition d’un ange dans le champ d’une caméra en état de marche ». Malheureusement, il poursuit ainsi : « Les preuves historiques des miracles et des prophètes sont absentes, les preuves physiques des miracles contemporains tout autant » (p. 146). Nous lui répondrons qu’une telle assertion sans aucune justification n’est pas sérieuse intellectuellement. Dire que les miracles sont absents n’est pas un argument, mais une simple allégation infondée. Et cela prouve une fois de plus que Thomas Durand n’a pas pris le temps d’étudier sérieusement la question, ou bien qu’il ne souhaite pas être convaincu, tout simplement. À toutes fins utiles, nous pouvons lui citer un miracle très bien attesté qui satisfera son critère : la repousse d’un membre amputé. Juan Miguel Pellicer : une jambe amputée repousse Miguel Juan Pellicer est né au début du XVIIe siècle dans une famille catholique à Calanda, en Espagne. En 1637, alors qu’il avait 20 ans, il travaillait dans la ferme de son oncle lorsqu’un terrible accident se produisit : il chevauchait un âne tirant une charrette et tomba accidentellement. La charrette roula sur sa jambe droite, lui brisant le tibia. On l’emmena dans un hôpital spécial de la ville de Saragosse dédié à Notre-Dame du Pilier. Comme beaucoup de catholiques en Espagne, Pellicer avait une forte dévotion pour la Vierge Marie et il espérait bénéficier de son intercession. Malheureusement, au moment où il fut arrivé, sa jambe était si gangrenée qu’elle était noire. La seule option était alors l’amputation. Deux chirurgiens experts ont retiré la majeure partie de la moitié inférieure de sa jambe droite juste en dessous de son genou. Sa jambe amputée fut enterrée dans le cimetière de l’hôpital, comme c’était la coutume. Quelques mois plus tard, Miguel sortit de l’hôpital avec une jambe de bois et une béquille. Mais il ne perdait espoir que Dieu puisse encore guérir sa jambe, aussi impossible que cela puisse paraître. Dans un acte de foi, chaque nuit pendant deux ans, il priait et demandait l’intercession de Notre-Dame. Deux ans plus tard, le 29 mars 1640, Miguel était rentré chez ses parents. Un soir, un soldat séjournait temporairement dans la maison et s’était endormi dans la chambre de Miguel. Miguel s’est donc couché dans la chambre de ses parents. Environ une heure plus tard, sa mère s’apprêta à aller se coucher lorsqu’elle vit deux pieds dépasser de la couverture. Pensant que le soldat s’était endormi dans la mauvaise chambre, elle appela son mari pour résoudre le malentendu. Mais quand son mari arriva, les deux découvrirent avec stupeur que leur fils avait désormais ses deux jambes ! La jambe jusqu’alors coupée est entièrement saine. Elle avait tout simplement repoussée pendant la nuit ! La nouvelle du miracle se répandit dans les villes environnantes, et les responsables gouvernementaux et ecclésiastiques vinrent chez eux pour voir par eux-mêmes sa jambe guérie. Trois semaines plus tard, Pellicer et ses parents firent un pèlerinage au Sanctuaire du Pilier pour rendre grâce, et beaucoup de gens là-bas qui l’avaient connu avec sa jambe tronquée ont été stupéfaits de le voir avec les deux jambes. Un grand nombre d’entre eux sont venus eux-mêmes palper et constater de leurs propres mains que la jambe avait été guérie. L’histoire fit tellement sensation que l’archevêque local mena une enquête approfondie sur le miracle. En ce qui concerne les témoignages oculaires, il y avait évidemment des milliers de personnes qui avaient clairement vu sa jambe tronquée avant le miracle. Les enquêteurs ont donc demandé à deux douzaines des témoins les plus respectés de témoigner dans le cadre de la procédure judiciaire, y compris des médecins qui avaient amputé Miguel deux ans auparavant. Le procès a eu lieu pendant quatorze sessions. Chaque personne devait jurer qu’elle connaissait Miguel avant sa guérison. Aucune personne remettant en question le miracle n’a pu être trouvée. Les sources historiques sont abondantes pour ce miracle. Nous avons accès à la totalité de la transcription du procès. Des pamphlets, d’innombrables articles de journaux à la fois de croyants et de sceptiques qui ont entendu parler de cet évènement extraordinaire. Un premier document officiel a été enregistré le 5 avril 1640 (soit moins d’une semaine après la guérison miraculeuse !). Un tel miracle entre bel et bien dans les exigences ultra-sceptiques de Thomas Durand puisqu’il s’agit « d’un événement sans précédent ou réputé impossible, comme la repousse d’un membre ». Malheureusement, il y a fort à parier que Thomas Durand rejetterait ce miracle a priori parce qu’il a eu lieu il y a quelques siècles. Nous avons déjà montré en quoi une telle réponse est défectueuse puisqu’elle aboutirait à un scepticisme historique intégral de faits solidement attestés. En revanche, nous n’augmenteront pas davantage ce point ici. En effet, nous avons largement de quoi satisfaire les exigences scientistes du zététicien en lui présentant des miracles semblables qui sont tout à fait récents et directement attestés par l’analyse médicale moderne. Le scepticisme historique irrationnel de Thomas Durand ne fera donc pas l’affaire pour le prochain miracle que nous allons exposer. Nous invitons évidemment le lecteur à vérifier les sources de lui-même. Le cas de Bruce Van Natta : la repousse d’un intestin Le 16 novembre 2006, Bruce travaillait sous un camion de 4,5 tonnes pour le réparer. Mais la structure qui maintenait le véhicule en hauteur glissa et le camion lui tomba dessus. Une barre en métal écrasa son abdomen et transperça son ventre, le faisant saigner abondamment. Son intestin fut complètement déchiré. Bruce fut conduit à l’hôpital universitaire du Wisconsin. Les chirurgiens ne parvinrent pas à comprendre comment son cœur battait encore après que le camion lui eut sectionné cinq artères majeures, lui faisant perdre trois litres de sang. Ils décidèrent de réaliser sur lui quatre opérations (dont une iléostomie) et lui retirèrent 75 % de son intestin grêle (dont 93 % de l’iléon). Le chirurgien Michael Schurr indiqua que plus de 5,5 mètres de son intestin grêle lui furent retirés, si bien qu’à la quatrième opération, il ne mesurait plus que 0,95 centimètre. Comme il lui était impossible de digérer, Bruce ne pouvait s’alimenter par voie orale et perdit beaucoup de poids (27 kilos en trois mois). Les médecins pensèrent qu’il allait lentement mourir de faim, parce qu’il n’avait pas assez d’intestin grêle pour bien absorber la nourriture. En février 2007, Bruce Carlson, un ami de New York, eut la forte impression que Dieu l’appelait à venir prier pour lui. Il décida donc de s’envoler vers le Wisconsin. Arrivé dans la chambre d’hôpital, Carlson imposa les mains sur Van Natta et ordonna à son intestin de repousser au nom de Jésus-Christ. Le patient rapporte avoir senti à ce moment-là une « décharge électrique entrer dans son front et descendre jusqu’à l’estomac ». Son intestin se mit alors à s’agiter tout seul dans son ventre. Les médecins décidèrent ensuite de réexaminer Bruce et purent confirmer, à leur grande stupeur, que l’intestin avait bel et bien repoussé tout seul ! Confus, ils voulurent examiner Bruce aux rayons X et ne purent croire ce qu’ils observèrent : l’intestin avait bel et bien repoussé ! Le radiologue Andrew Taylor confirma par écrit que l’intestin grêle de Bruce avait bien grandi à nouveau et qu’il mesurait désormais plus de trois mètres ! Les tomodensitogrammes et les examens Doppler prouvèrent que l’intestin grêle de Van Natta avait triplé de longueur. Le résultat fut confirmé par le docteur Michael Schurr dans un second temps. Ce fait est absolument stupéfiant ! Pourtant, il est bien réel. Les assistants opératoires ont vu de leurs propres yeux l’intestin grêle se reconstituer tout seul, suite à cette prière au nom du Christ. Il est absolument impossible d’expliquer cela par la science en principe. Cet événement n’aurait pas pu se produire si seules les lois de la physique avaient été opérantes. Nous avons là une preuve supplémentaire irréfutable de la fausseté du matérialisme athée, tout en ayant satisfait aux exigences de Thomas Durand. Les miracles prouvent-ils l’existence de Dieu ? Thomas Durand finit par déclarer que même un miracle ne constituerait pas une preuve de l’existence de Dieu : « Quand bien même on se trouverait devant un phénomène qui résiste à toutes les enquêtes, […] tiendrions-nous la preuve de l’existence d’un Dieu tout-puissant créateur de l’univers et du monothéisme ? La réponse est non, car les ressources de notre imagination peuplent le domaine de l’impossible d’une infinité de contre-propositions : un démiurge, une civilisation extraterrestre, une conscience émergente au sein du cosmos, une entité super-évoluée venue du futur, un monde onirique où tout n’existe que parce que vous rêvez, ce qui vous autorise à infléchir les lois de la nature, ou encore un créateur tout-puissant mais parfaitement sadique qui s’amuse à nous plonger dans la perplexité… » (p. 148). Il est vrai que les miracles ne prouvent pas l’existence de Dieu avec tous les attributs du théisme classique. C’est là le rôle de la théologie naturelle (en particulier des arguments cosmologiques). En revanche, les miracles suffisent amplement à réfuter le matérialisme athée. Du reste, il est évident que les autres alternatives proposées par Thomas Durand ne sont pas crédibles, voire sont franchement farfelues : – Une « civilisation extraterrestre » ne pourra jamais être à l’origine d’un miracle, car d’éventuels extraterrestres seraient des entités naturelles. Ils n’auraient pas le pouvoir d’agir en dehors des lois de la nature. – De même pour une « conscience émergente au sein du cosmos ». Cette conscience ne peut rien faire pour contrôler les lois du cosmos, puisqu’elle tient son origine du cosmos même. – Une « entité super-évoluée venue du futur » est un terme beaucoup trop flou et indéfini pour être pris au sérieux (contrairement au Dieu du théisme classique), d’autant plus que le voyage dans le passé est impossible. – La notion de « monde onirique » que propose Thomas Durand comme alternative au miracle est parfaitement inintelligible. Ce qui est onirique est relatif au rêve, et nos rêves ne reflètent pas le réel. Ce ne sont que des projections de la pensée. Or, les faits miraculeux relèvent bel et bien du réel. Enfin – et ce point est capital –, Thomas Durand refuse de prendre en considération les implications logiques des miracles et leur signification dans un contexte précis. Si une hostie se met à saigner au moment même où le prêtre prononce les paroles de la consécration durant la messe, et que, par la suite, cette hostie est analysée par des experts en pathologie cardiaque qui estiment qu’il s’agit d’un morceau de chair humaine provenant du cœur (le myocarde), que ce cœur a beaucoup souffert et qu’il contient des cellules encore vivantes, il est bien évidemment absurde de ne pas penser à la passion du Christ. En effet, le contexte du miracle est important pour pouvoir discerner son origine. Dans le contexte d’un miracle eucharistique ou d’une guérison subite à Lourdes, il serait absurde de soutenir l’hypothèse des extraterrestres ou du démiurge maléfique. De même, si vous priez pour la guérison de votre ami qui a perdu la quasi-totalité de son intestin en invoquant le nom de Jésus et que l’organe se met à repousser spontanément, vous n’allez pas dire : « Si ça se trouve, une entité super-évoluée venue d’un monde onirique vient de guérir mon ami ! » Cela n’aurait aucun sens.
Dominique Tassot, L’évolution : une difficulté pour la science, un danger pour la foi
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Nous sommes si bien habitués à cantonner Dieu dans le domaine du sentiment et du psychisme, que beaucoup achoppent sur la réalité des miracles : dans un miracle, c’est Dieu qui agit ; donc notre science est récusée et doit se taire.