Arcand Adrien, Exposé des principes et du programme du Parti National Social Chrétien
En même temps que la matière a pris l’ascendant sur le spirituel, la bête a pris l’ascendant sur l’esprit.
Greg Bahnsen, Conférence
Si le matérialisme est vrai, alors toute personne qui professe le matérialisme le fait parce que son cerveau lui a imposé, par les lois de la physique, de la chimie et de la biologie, de le dire. Ce n’est pas comme si elle avait la liberté et la conscience de soi nécessaires pour réfléchir à différentes théories, évaluer les preuves, et faire un choix pour connaître la vérité. Ils [les matérialistes] doivent simplement dire ce qu’ils ont à dire. Il est donc assez ironique qu’un matérialiste fasse la promotion du matérialisme en essayant de dire aux gens qu’une telle vision du monde est vraie et que vous devriez croire cela et non en Dieu. En effet, si le matérialisme est vrai, et que votre cerveau ne dépend que des lois de la physique, alors vous n’avez aucune raison de croire que le matérialisme est vrai. Ce sont simplement les lois de la physique qui vous obligent à dire cela. […] Tout comme je suis forcé par les lois de la physique de dire le contraire. […] Il n’y a pas de liberté de choisir la vérité plutôt que l’erreur. Il n’y a que les lois de la physique qui poussent mon cerveau à dire et à faire tout ce qu’il fait.
Mgr Gaume, La vie n’est pas la Vie
Grossièrement matérialistes, ils ne connaissent plus la vie que par les sensations, méprisant tout ce qui ne se voit pas des yeux et ne se touche pas des mains. Ils me rappelle cet habitant de Pékin, à qui un de nos missionnaires demandait : Pourquoi es-tu au monde ? – Pour manger du riz. – Et toi, disait-il à un autre, quelle est ta religion ? – Ma religion, répondit-il en frappant des deux mains sur son vaste abdomen, c’est de bien boire, bien manger, bien dormir et bien digérer. – Tu es donc de la même religion que ces bœufs qui paissent là-bas dans la prairie.
Alexis Carrel, L’Homme, cet inconnu
La primauté de la matière, l’utilitarisme, qui sont les dogmes de la religion industrielle, ont conduit à la suppression de la culture intellectuelle, de la beauté et de la morale, telles qu’elles étaient comprises par les nations chrétiennes, mères de la science moderne.
François Spirago, Recueil d’exemples appliqués au catéchisme catholique populaire
Dans une auberge un paysan prenait un verre de vin, à proximité d’un monsieur qui commença bientôt avec lui une discussion sur les questions religieuses, et appuya surtout sur le principe qu’il ne faut croire que ce que l’on voit. Comme son interlocuteur ne lui répondait pas, ce monsieur s’adressa à un troisième hôte, à une table voisine. Cela le força à tourner le dos à son premier voisin, qui profita de la distraction pour lui vider sa bouteille et lui boire son vin. Quand l’autre se retourna, il remarqua sa bouteille vide et s’écria : « Vous m’avez bu mon vin ! — L’avez-vous vu ? — Non, fut obligé de répondre le libre-penseur. — Si vous ne l’avez pas vu, vous n’avez pas le droit de m’accuser, car tout à l’heure vous avez prétendu que vous croyez seulement ce que vous voyez. » Grand éclat de rire dans toute l’assistance, à la grande honte du libre-penseur. Ce principe est tellement absurde que les personnes qui n’ont jamais été à Rome, Paris, Londres, seraient en droit de contester l’existence de ces villes.
Vincent Reynouard, Plaidoyer pour le racisme
Se bornant à quantifier (en les mesurant) des phénomènes purement matériels, le scientifique ne pourra jamais, avec ses seuls outils, atteindre les réalités spirituelles. Par conséquent, lorsqu’il déclare : « J’ai démontré que seuls des phénomènes matériels interviennent dans la pensée », il faut lui répondre : « Puisque votre méthode se borne à l’univers matériel, il n’est pas étonnant que vous ne puissiez rien trouver d’autre. Mais cela ne prouve pas qu’il n’y ait rien d’autre. Quand on se limite volontairement, on n’a pas le droit de dire qu’il n’y a rien au-delà de cette limite. » Ajoutons à cela que si le scientifique peut enregistrer graphiquement (sous forme d’un électroencéphalogramme) les ondes électriques produites quand on pense, il lui est impossible, à partir de cet enregistrement, de remonter à la pensée elle-même. Preuve que la cette dernière ne se résume pas à quelques phénomènes ondulatoires, sans quoi il y a bien longtemps que l’on aurait apris à décoder des électroencéphalogrammes. Avec raison, P. Feschotte souligne que le langage familier parle de pensées qui nous viennent à l’esprit et pas au cerveau.
Mgr Gaume, Traité du Saint-Esprit
Tombé des hauteurs de la foi, il n’a plus d’autre intelligence que celle de la matière et de la vie matérielle. Cherchez le but final de ses spéculations, de ses études, de ses découvertes, de sa politique, de tout ce mouvement fébrile qui l’entraîne et le consume : que trouverez-vous ? Le corps et ses appétits. Lumière, progrès, civilisation : quel est le sens de tous ces mots pompeux ? Traduits en prose vulgaire, ils signifient science du pot-au-feu, philosophie du pot-au-feu, amour du pot-au-feu, garantie et glorification du pot-au-feu. En termes différents, c’est le programme invariable et l’éternel refrain de tous les hommes et de tous les peuples, bêtifiés par la bête infernale. « Buvons et mangeons, car nous mourrons demain. C’est notre bonheur, c’est notre destinée. Du pain et des plaisirs voilà tout l’homme. »
Gustave Thibon, L’Ignorance étoilée
Le matérialiste ne part pas de la matière dont il ne sait rien, mais de l’idée qu’il se fait de la matière – en quoi il est déjà spiritualiste sans le savoir. Mais pourquoi donne-t-il la préférence à l’idée qu’il a de la matière plutôt qu’à l’idée qu’il a de l’esprit ? Parce que, pour une réflexion non élaborée, la matière est ce qui apparaît directement, ce qui frappe les sens : c’est le premier degré de l’évidence. Le matérialiste range dans le commun dénominateur de matière l’ensemble des phénomènes sensibles sans prendre conscience du caractère hautement immatériel d’une abstraction aussi dépouillée. Il faut une réflexion seconde, un retour de l’esprit sur lui-même et sur les conditions de son activité pour s’apercevoir que la proposition : « tout est matière » enveloppe une contradiction interne. Mais le matérialisme relève aussi d’une cause plus profonde, à savoir d’une protestation de l’esprit contre l’idolâtrie. Si nous lisons les grands matérialistes de l’Antiquité Épicure et surtout Lucrèce – nous trouvons en eux comme une volonté de purification du sentiment religieux. C’est par respect de l’esprit qu’ils sont matérialistes. Et, en fait, ils trouvent plus d’ordre, plus d’harmonie, plus de lumière dans l’élucidation des lois du monde matériel que dans les mythologies fabriquées par les hommes, avec les présages, les supplications et les sacrifices sanglants qui gravitent autour de ces dieux à peine dégagés du chaos. Les caprices des dieux de l’Olympe sont moins satisfaisants pour l’esprit que le « clinamen » des atomes d’Épicure. Et les invectives de ces matérialistes contre la religion, source de tant de maux (je pense aux déclamations de Lucrèce sur le sacrifice d’Iphigénie) montrent assez que leur culte de la matière s’adresse en réalité à un Dieu plus stable et plus pur que les idoles du paganisme. Ces penseurs se réfugient dans un Dieu-loi, dont l’harmonie et la continuité du monde matériel leur présentaient l’image, pour échapper à l’arbitraire et aux menaces des dieux-tyrans inventés par la peur et par l’ignorance des mortels. Mais le problème rebondit, car si le spectacle de l’univers révèle plus d’ordre que de chaos, si la matière obéit à des lois, d’où et de qui procèdent ces lois ? Le matérialisme confond la matière – chose par elle-même impensable en tant que principe de la dispersion et de la mort – avec les lois de la nature qui sont l’empreinte et le signe de l’esprit sur la matière. Il s’appuie donc sur l’esprit qui se manifeste jusque dans la matière pour diviniser la matière et nier l’esprit. Et, par-là, il oppose une idole à une autre idole : le Dieu-science remplace les dieux des mythologies. Ici l’homme adore son ignorance et là sa lucidité primaire et bornée. Mais l’issue sur le transcendant – le Dieu-esprit et le Dieu-amour – reste également bouchée.
Mgr Gaume, La vie n’est pas la Vie
Le monde actuel fait pitié. Oublieux de sa dignité, ce monde, qui se croit si éclairé, s’est fait esclave de la matière. Dans la matière, il cherche la vie. Et quelle vie ? La vie de l’animal qui boit, qui mange, qui dort, qui digère et qui est content : il n’en connaît plus d’autre, il a perdu jusqu’au sentiment de sa dégradation. La vérité pour laquelle il est fait et qui seule peut l’ennoblir, n’a presque plus d’accès dans son intelligence. Non seulement il la fuit, mais il la hait en elle-même et la persécute dans ses organes. D’où vient une pareille démence ? D’une seule cause : l’homme est esclave de l’erreur radicale qui consiste à croire que la vie d’ici-bas c’est la vie.
Épître aux Philippiens III, 17-18
Car il y en a beaucoup, dont je vous ai souvent parlé, et dont je vous parle encore maintenant avec larmes, qui marchent en ennemis de la Croix du Christ. Leur fin sera la perdition ; ils ont pour dieu leur ventre, ils mettent leur gloire dans ce qui est leur honte, et leurs pensées sont pour la terre.
Père Réginald Garrigou-Lagrange, Le réalisme du principe de finalité
Les matérialistes et les mécanistes nient l’existence de la finalité dans les choses aussi bien que le principe lui-même. Dans les faits naturels, ils ne veulent admettre que des causes matérielles et efficientes, à l’exclusion de toute cause finale. À l’encontre du sens commun de tous les hommes, ils n’hésitent pas à dire : l’œil n’est pas fait pour voir, mais l’homme voit parce qu’il a des yeux ; les ailes ne sont pas données à l’oiseau pour qu’il vole, mais il vole parce qu’il a des ailes… De même, dans l’ordre de l’action humaine, le matérialisme n’admet que le bien délectable ou utile, comme si de l’homme à l’animal il n’y avait pas autre chose qu’une différence de degré. Ce système rejette le bonum honestum, le bien honnête, qui est bien en soi, indépendamment du plaisir ou de l’utilité qui en dérivent, et la fin pour laquelle nous devons agir. Le matérialisme, cela va sans dire, ne conçoit la fin que matériellement, en tant qu’achèvement de notre agir, comme le point termine la ligne ; comme si la fin de l’étude n’était point la recherche du vrai, ainsi que l’estime l’élève studieux, mais bien la cessation du cours, comme le juge le paresseux. Pareillement il n’y aurait pas de but suprême à notre vie (Dieu et la vie éternelle), mais seulement un aboutissement fatal : la mort et la dissolution du corps. Dans tous les ordres d’idées le matérialisme nie la finalité qui subordonne l’imparfait au parfait. C’est en sens inverse qu’il tente d’expliquer le monde ; et cette réduction du supérieur à l’inférieur (vie intellective expliquée par la sensation ; celle-ci par la vie végétative, qui est ramenée aux forces physico-chimiques) est l’essence même du matérialisme.
Alexis Carrel, L’Homme, cet inconnu
Non seulement la matérialité brutale de notre civilisation s’oppose à l’essor de l’intelligence, mais elle écrase les affectifs, les doux, les faibles, les isolés, ceux qui aiment la beauté, qui cherchent dans la vie autre chose que l’argent, dont le raffinement supporte mal la vulgarité de l’existence moderne.
Evariste de Saint-Ange, Le fascisme expliqué à ma génération
Les hommes contemporains sont habités par une mentalité profondément matérialiste, ce qui les pousse à considérer le confort et la sécurité comme les choses les plus désirables de l’univers, et de chercher à les obtenir par des moyens matériels. Ça transforme les gens en des créatures pitoyables, qui ne supportent ni la mort, ni la douleur, ni la solitude, et qui se font facilement contrôler par le pain et les jeux comme s’ils étaient du bétail. Le Fascisme ne considère pas qu’un tel état soit digne d’un être humain, encore moins d’un Aryen. Nous voulons que les hommes soient forts et fiers, le regard tourné droit vers l’infini, et capables de faire les sacrifices nécessaires pour l’accomplissement d’idéaux glorieux. La spiritualité amène les gens à accorder plus de valeur aux principes et aux idéaux plutôt qu’à leurs possessions matérielles, ce qui pose une bonne base pour une société morale et des vies heureuses. La société toute entière doit donc être traversée par de puissants principes spirituels.
Gustave le Bon, Aphorismes du temps présent
Le matérialisme a prétendu se substituer aux religions, mais aujourd’hui la matière est devenue aussi mystérieuse que les dieux qu’elle devait remplacer.
Émile de Laveleye, The contemporary review
Si l’homme n’est pas autre chose qu’un composé de matière, comment cette masse d’atomes de carbone, d’azote et d’oxygène peut-elle avoir des obligations à remplir ? Quelles obligations donc à remplir le lion, le mollusque, la plante marine, la pierre qui tombe ou la tempête qui gronde ? Le matérialiste ne sera jamais capable de donner un fondement aux lois morales. Je puis imaginer une morale sans les formes particulières du culte de Dieu, mais non sans une foi en Dieu et à l’immortalité de l’âme. Si je ne tiens pas fermement ces deux vérités, il n’y a plus rien qui puisse raisonnablement m’empêcher de chercher mon plaisir et mon intérêt même aux dépens de mon prochain.
Gustave Thibon, L’ignorance étoilée
Rien de ce qui donne vraiment une valeur à la vie (l’honneur, la beauté, l’amour, la foi, etc.) ne peut être évalué. Et tout ce qui peut être évalué, ou bien n’a pas de valeur, ou bien représente le côté le plus extérieur et le moins précieux de l’objet qu’on évalue – par exemple le tirage d’un livre ou la valeur marchande d’une œuvre d’art.
Joseph Mérel, Pour une contre-révolution révolutionnaire
Selon la leçon de Platon, un bien matériel est éminemment divisible et non participable. Est participable un bien qui peut être tout entier en chacun des membres d’une communauté sans être pour autant diminué, tel un bien spirituel – une vérité Ou une vertu morale -, et même qui s’augmente du fait même d’être communiqué ou diffusé : le maître est d’autant plus savant et possesseur de sa science qu’il la communique plus généreusement. En revanche, un bien divisible – ce qui est le propre des biens matériels – est non participable : un même boisseau de lentilles ne peut être dans plusieurs ventres en même temps, sa communication l’appauvrit ; c’est pourquoi un bien matériel déconnecté de la recherche des biens spirituels est potentiellement générateur de discorde et de haine. Et le développement de la technique moderne est tout entier orienté vers le service des biens matériels et de leur accroissement indéfini ; c’est même la définition des sociétés industrielles : celles qui, selon la définition qu’en propose Claude Polin, se vouent en masse (en tant qu’elles en font une fin) à l’amélioration indéfinie des moyens matériels d’existence, et cela revient à substituer les moyens à la fin, par là à supprimer la fin, et par conséquent à se plonger dans l’absurde (ce qui est sans finalité est sans raison d’être). Par ailleurs, un bien commun – commun d’une communauté de causalité et non de prédication, par là aimé en tant que commun, dans sa diffusibilité même – est un bien qu’on aime non en tant qu’on le rapporte à soi, mais en tant que l’on se rapporte à lui. En effet, un bien que l’on rapporte à soi a raison de moyen, et de moyen de la satisfaction du Moi, lequel est absolument individuel et non Commun, de sorte qu’un tel bien ne saurait être aimable à raison du fait qu’il est aussi le bien d’un autre, même si, matériellement, il peut être tel, en tant qu’abondant. En revanche, s’il est commun – tel ce bien politique ayant le statut de cause finale de la cité, ainsi ce bien commun d’autant meilleur qu’il est plus commun, par là raison du bien particulier même vertueux (moral) : la politique est science architectonique – il ne saurait avoir raison d’instrument ou de moyen, mais de fin, et de fin de la personne qui l’appète. De sorte que si les hommes n’avaient jamais cessé d’accorder aux biens spirituels la première place, jamais la créativité du génie technicien ne se fût développée anarchiquement, au gré des appétits consuméristes, en se déconnectant du service du bien commun, ainsi en se soustrayant à la mesure normative du politique. Loin d’être cause de décadence morale, le progrès technique désordonné, et ses effets pervers, en sont l’effet. Il est vrai que – le processus d’un progrès technique livré à lui-même étant lancé – l’effet jouit d’une autonomie lui donnant, par un phénomène d’action réciproque, de relancer la causalité de ce dont il est l’effet ; il demeure que, fondamentalement, c’est le déficit de moralité qui suscite le désordre de l’évolution technique.
Jacques Baugé-Prévost, Le celtisme
Le rationalisme du XVIIIème siècle, en rejetant le spirituel ou la vocation divine (ou, si vous préférez, cette montée vers les plus hautes formes de vie), en tant que force majeure, a laissé un vide que tous les philosophes populaires n’ont pu combler, prédisposant ainsi le monde actuel à tous les écarts et à toutes les révoltes. Et l’on a vu apparaître le matérialisme dans sa forme la plus hideuse. Mais quand chacun aurait l’abondance du boire et du manger, une assurance à cent pour cent contre la maladie et la vieillesse, une maison, un chalet à la campagne, une TV couleur, une ou deux voitures et de longues vacances annuelles au bord de la mer, les désirs humains ne seraient pas plus satisfaits. Si, par malheur, il en était ainsi, autant vaudrait laisser l’humanité aller au capitalisme ou au communisme. Car le matérialisme ne propose rien d’autre à l’être humain que cette fin-là. Si l’on prend pour point de départ l’idée que l’histoire des nations ne peut s’interpréter qu’en termes de matière ou de gain, soi-disant seules réalités véritables, on se condamne soi-même à l’enfer des appétits excités artificiellement en vue d’assouvissements à la fois monstrueux et puérils. Déjà, nous vivons à l’âge de l’angoisse. Il est facile de deviner ce qu’il en sera dans le paradis terrestre des loisirs, synonyme d’excessive facilité de vivre. Le matérialisme condamne l’être humain à rester à son niveau le plus bas.
Jacques-Denis Choisy, Conférences, ou Discours sur les influences sociales du christianisme
Quel sentiment voulez-vous que le matérialiste ait de la haute dignité de l’homme, de cette perfection à la quelle il doit tendre, de cette responsabilité qui pèse sur sa conscience, de cette sainteté dont il doit chercher sans cesse à demeurer vêtu ? Les lois du devoir sont pour lui comme n’existant pas ; car le devoir suppose la conscience, la vie intérieure les inspirations de l’âme, toutes choses qu’il traite avec dédain d’absurde sentimentalisme ; le devoir suppose la liberté, le pouvoir de faire et de ne pas faire, et aussi l’obligation de répondre de son choix, et le matérialiste se considère comme une machine soumise aux lois fatales de la matière n’ayant ni liberté, ni responsabilité le devoir se lie intimement au dogme de la vie à venir, du jugement dernier, des récompenses ou des peines réservées aux gens de bien et aux méchants ; ces doctrines sont, pour lui, un puissant encouragement, et le matérialiste qui ne les admet point, qu’aura-t-il besoin de s’en préoccuper ? La morale du matérialiste se réduira en un seul principe, l’égoïsme ; et même, s’il est conséquent, s’il ne recule devant aucun des résultats de sa désolante théorie, l’égoïsme de l’ordre le plus abject, l’égoïsme de la matière. Il ne reconnaît, en effet, qu’un seul fait positif qui puisse agir sur sa conduite savoir que le corps est susceptible de douleurs et de plaisirs, et qu’une impulsion naturelle nous porte à fuir les unes et à rechercher les autres ; sa morale est toute là, il n’en peut avoir aucune autre. Le voilà donc voué à la recherche des jouissances matérielles, sans aucun frein qui le retienne sauf peut-être les calculs d’une prudence mondaine, destinés à le préserver des suites désastreuses de l’excès ; jamais la pensée d’un Dieu tout saint, présent partout, jamais le sentiment de sa propre dignité et de sa responsabilité, jamais la vue d’un compte à rendre et d’un jugement qui s’approche ; si quelquefois, par un hasard inattendu un acte généreux, une noble inspiration une preuve d’abnégation viennent interrompre la monotone uniformité de cette vie égoïste, ce sont là des protestations involontaires et isolées de ce cœur fait à l’image de Dieu et qui retrouve de temps à autre quelques traits de cette image.
Francis Parker Yockey, Imperium
Le matérialisme approcha la vie par son coté inférieur. En réalité, l’âme utilise le matériel comme le véhicule de son expression. Le matérialisme, voyant seulement les résultats, et non le destin invisible qui en a été la cause, disait que les résultats étaient l’essentiel, l’âme une nullité. Ne parvenant pas à saisir la nécessité invisible qui gouverne l’organique et sa relation avec le cosmos, il parvint à la conclusion que parmi une centaine de directions différentes la vie était un accident. Sans énumérer ces intéressantes raisons, prenons par exemple la présence de la poussière dans l’air. Les penseurs de laboratoire découvrirent que si la poussière n’était pas présente dans l’air, toute vie serait impossible. Il ne leur vint jamais à l’esprit que la vie et tous les autres phénomènes étaient reliés par une nécessité mystique. En traitant tout séparément, par des analyses toujours plus fines de choses toujours plus petites, ils perdirent tout lien avec la réalité, et étaient surpris lorsque des liens apparaissaient entre les choses. Ce ne pouvait être qu’un accident, disaient ces grands penseurs.
Bibliographie
- Saint Alphonse de Liguori, Réfutation des matérialistes et des déistes
- Claude Paulot, Matière et esprit
- Richard Bastien, Le crépuscule du matérialisme