Jean Daujat, La face interne de l’histoire (Page
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Jésus-Christ a institué les moyens par lesquels Il nous incorpore à Lui, les canaux par lesquels Il nous communique Sa grâce rédemptrice : ce sont les sacrements. Les sacrements sont faits de réalités matérielles perceptibles aux sens, par exemple au baptême l’eau et les paroles : « Je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». Mais elles y sont le signe des réalités invisibles de la vie surnaturelle, par exemple au baptême l’eau qui lave le corps signifie la grâce rédemptrice qui purifie du péché et les paroles signifient la présence de la Trinité dans le baptisé. Ceci ne suffit pas à définir les sacrements car de tout rite religieux authentique on peut dire qu’il est signe des réalités invisibles de la vie surnaturelle. Quelle différence y a-t-il donc entre les sept sacrements institués par Jésus-Christ et les autres rites religieux ? C’est que ces autres rites religieux sont impuissants à donner la grâce qu’ils signifient tandis que les sept sacrements institués par Jésus-Christ ne font pas que signifier la grâce, ils nous la donnent effectivement parce que Jésus-Christ, source unique de cette grâce, a choisi de nous la donner par leur instrument. C’est pourquoi on définit les sacrements comme des signes qui réalisent ce qu’ils signifient. Pourquoi Jésus-Christ nous communique-t-il ainsi Sa grâce rédemptrice par l’instrument de réalités sensibles ? C’est d’abord par le respect de la nature humaine en qui tout pénètre par la voie de la sensibilité : la grâce n’étant pas perceptible à la sensibilité, nous ne saurions pas que nous la recevons si elle ne nous était pas donnée par l’instrument de réalités sensibles qui la signifient. La grâce nous relie invisiblement à Jésus-Christ, les sacrements nous relient à Lui d’une manière visiblement manifestée en réalisant des liens visibles des membres de Jésus-Christ avec Lui et par là entre eux. Du même coup les sacrements constituent l’Église comme une société visiblement présente dans l’histoire et donnent dans cette Église une situation et une fonction : le baptême constitue membre de l’Église lui appartenant visiblement, la confirmation en constitue membre adulte et militant, l’ordre avec ses trois degrés donne dans l’Église les fonctions de diacre, de prêtre et d’évêque, le mariage constitue les époux continuateurs de l’Église en lui engendrant de nouveaux membres, le sacrement des malades donne à ceux-ci la fonction qui leur appartient en propre dans l’Église, le sacrement de pénitence donne la situation de pénitents aux baptisés qui, tombés dans le péché, se détournent de ce péché pour se retourner vers Dieu, enfin l’Eucharistie en nourrissant du Corps du Christ et par là en incorporant à Lui réalise l’unité de l’Église qui est son œuvre. On appelle grâce sacramentelle la grâce donnée par les sacrements, grâce non-sacramentelle la grâce donnée hors des sacrements à travers l’adhésion d’amour à Dieu. Toutes deux sont la grâce Rédemptrice dont la Croix de Jésus-Christ est la source unique. Mais la grâce sacramentelle a une modalité propre qui la distingue de la grâce non-sacramentelle, c’est que si toute grâce est une conformation intérieure et par là invisible à Jésus-Christ, la grâce sacramentelle manifeste cette conformation de manière visible par le lien visible qu’elle réalise avec Jésus-Christ qui en est la source, ce qui entraîne qu’elle nous adapte à la situation et à la fonction que le sacrement nous donne dans l’Église. Le baptême est le premier de tous les sacrements et la condition de tous les autres qu’on ne peut pas recevoir sans être baptisé. Tous les sacrements sont ordonnés comme à leur fin à l’Eucharistie qui est le Sacrement parfait dont l’effet propre est l’incorporation à Jésus-Christ et par là la réalisation de l’Église.
Adolphe Tanquerey, Précis de théologie ascétique et mystique (Page 109-110)
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Puisque la quantité de grâce produite par les Sacrements dépend à la fois de Dieu et de nous, voyons comment nous pouvons l’accroître d’un côté comme de l’autre. A) Dieu est libre sans doute dans la distribution de ses faveurs, il peut donc, dans les Sacrements, accorder plus ou moins de grâce, selon les desseins de sa sagesse et de sa bonté. Mais il y a des lois qu’il a lui-même posées, et auxquelles il veut bien se soumettre. Ainsi il nous déclare maintes et maintes fois qu’il ne sait rien refuser à la prière bien faite ; surtout si elle est appuyée sur les mérites infinis de Jésus : « En vérité, en vérité Je vous le dis, tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, il vous le donnera ». Si donc nous prions avec humilité et ferveur, en union avec Jésus, pour obtenir, au moment de la réception d’un Sacrement, une plus grande abondance de grâce, nous l’obtiendrons. B) De notre côté, deux dispositions contribuent à nous faire recevoir une grâce sacramentelle plus abondante : de saints désirs avant de recevoir les sacrements, et la ferveur au moment de leur réception. a) Le désir ardent de recevoir un sacrement, avec tous ses fruits, ouvre et dilate notre âme. C’est une des applications du principe général posé par Notre Seigneur : « Bienheureux ceux qui ont faim et soif de sainteté, car ils seront rassasiés ». Avoir faim et soif de la communion, de la confession et de l’absolution, c’est ouvrir plus largement notre âme aux communications divines ; et alors Dieu rassasiera nos âmes affamées. Soyons donc, comme Daniel, des hommes de désir, et soupirons après les sources d’eau vive que sont les sacrements. b) La ferveur ne fera qu’accroître cette ouverture de l’âme : c’est en effet la disposition généreuse de ne rien refuser à Dieu, de le laisser agir dans la plénitude de sa vertu et de collaborer avec lui de toute notre énergie. Or cette disposition creuse et élargit notre âme, la rend plus apte aux effusions de la grâce, plus souple à l’action du Saint Esprit, plus active à y correspondre. De cette mutuelle collaboration jaillissent des fruits abondants de sanctification.
Abbé Olivier Rioult, Instruction sur le mariage (Page 61)
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Pauline : Quels sont les plus puissants motifs qui ont mû l’Église à solliciter par ces moyens ses enfants à s’acquitter de leur devoir en l’usage des Sacrements ? Paule : C’est qu’elle sait le grand prix de ces redoutables mystères et connait la valeur de la grâce contenue dans les Sacrements qui n’a pas moins coûté à Dieu que le sang et la vie de son Fils unique. Ô ma chère Pauline, prenons bien garde à ne pas les profaner, puisqu’ils sont si précieux ! Ne méprisons pas cette grâce qui est si chère à Notre Seigneur, ne la traitons point avec indifférence, n’ayons envers elle aucune négligence, puisqu’elle est si utile à notre Salut. Au contraire, je vous conjure, ma chère fille, par la charité de Jésus-Christ que Vous preniez toute la peine et le soin possible pour vous approcher des Sacrements avec toutes les dispositions requises et les plus parfaites car Dieu étant grand, il mérite qu’on le serve fidèlement et avec toute perfection. Souvenez-vous qu’il est un Dieu jaloux de son honneur et de sa gloire, et le vengeur des mépris qu’on fait de ses grâces.
Pierre Lombard, Les Quatre Livres des Sentences (Quatrième livre, Distinction I, Chapitre V)
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D’autre part, les sacrements ont été institués en raison d’une triple cause : pour notre humiliation, pour notre éducation, pour notre exercice. Première raison. En raison de l’humilité, c’est certain : afin que, suivant le précepte du Créateur, tandis que l’homme se soumet avec respect aux choses insensibles qui par nature sont inférieures à lui, il plaise davantage à Dieu du fait de cette humilité et de cette obéissance ; et qu’il mérite devant lui, sur l’ordre duquel il recherche le salut au milieu des choses qui lui sont inférieures, quoiqu’il ne vienne pas d’elles, mais de Dieu par elles. La deuxième. Ils ont encore été institués pour notre éducation : afin que, par ce qui est discerné au-dehors au moyen de l’image visible, l’esprit soit éduqué à reconnaître la vertu invisible qui est à l’intérieur. Car l’homme qui voyait Dieu sans intermédiaire avant le péché, était à ce point tombé dans l’hébétude avec le péché, qu’il ne pouvait se saisir des réalités divines sans une discipline de l’être humain. La troisième. Pareillement, ils ont été institués pour notre exercice : car, comme l’homme ne peut rester oisif, un exercice utile et salutaire lui a été proposé dans les sacrements, grâce auquel il s’écarterait d’une occupation vaine et nuisible. N’est pas facilement pris par le tentateur, en effet, celui qui vaque à un bon exercice. D’où l’avertissement de Jérôme : « Sois toujours à faire quelque travail, afin que le diable te trouve occupé . »
Bibliographie
- Dom Bernard Maréchaux, Les sacrements
- Aline Lizotte, Les sept sacrements
- Dom Prosper Guéranger, Les 7 sacrements