Lionel Lindsay, Catéchisme de controverse (Page 52-59)
Ajouter à
Ce pouvoir judiciaire n’est-il pas encore conféré aux Apôtres lorsque Notre-Seigneur leur dit : « En vérité, je vous le dis, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. » Il est dit dans les Actes que des multitudes entières accouraient vers les Apôtres, confessant et annonçant leurs actions. Les Protestants affirment avec une inqualifiable audace que la confession a été inventée et imposée par le IV Concile de Latran en 1213. Pour réduire à néant cette objection qui n’est que le fruit d’une profonde ignorance ou d’une insigne méchanceté, il me suffira de citer les témoignages de quelques écrivains antérieurs à ce concile. Remontons le cours des siècles. Saint Bernard (1091-1153) écrit : « Que sert de dire une partie de ses péchés et de supprimer l’autre ? de se purifier à demi et de rester à demi souillé ? Tout n’est-il pas découvert aux yeux de Dieu ? Quoi ! vous osez cacher quelque chose à celui qui tient la place de Dieu dans un si grand sacrement ! » Saint Anselme (1033-1109) s’exprime ainsi dans son homélie sur les dix lépreux : « Découvrez fidèlement aux prêtres, par une confession humble, toutes les taches de votre lèpre intérieure, afin d’en être nettoyés. » Et ailleurs il dit : « Comme le péché originel est remis dans le baptême, ainsi les péchés actuels sont remis dans la confession. » Saint Pierre Damien (988-1072) dit : « La confession doit être faite avec sincérité. Il ne faut pas déclarer une partie de ses péchés et retenir l’autre partie, confesser les péchés légers et dissimuler les péchés graves, car Jésus-Christ nous oblige à déclarer tous nos péchés. » Dans les Canons d’Edgar, roi d’Angleterre, en 967, on lit ces paroles : « Lorsque quelqu’un veut faire la confession de ses péchés, qu’il agisse avec courage, et qu’il ne rougisse pas de confesser ses crimes en s’accusant lui même, parce que, sans la confession, il n’y a point de pardon. » Un concile de Châlons, tenu en 813, ordonne aux prêtres d’instruire les fidèles sur la manière dont ils doivent confesser leurs péchés, même leurs péchés secrets, pour en obtenir la rémission. Le Vénérable Bède (673-735) écrit : « Les péchés ne peuvent être remis sans la confession. » Saint Grégoire-le Grand (540-604) dit à son tour : « Pourquoi gardez-vous vos péchés dans le fond de votre conscience ? Sortez de l’abîme par la confession, et vous serez déliés par le ministère des prêtres, comme Lazare fut délié par les mains des disciples du Sauveur. » Saint Jean Climaque (525-605) rapporte l’exemple d’un voleur qui fit la confession de ses péchés et il ajoute : « Je cite cet exemple pour engager tous les pécheurs à se confesser ; car, sans la confession, personne ne peut obtenir la rémission de ses fautes. » Saint Sidoine, évêque de Clermont, (430-488) écrivant à un premier magistrat une lettre dans laquelle il disait que les évêques sont chargés de percer les ulcères secrets des consciences, ajoute : « À votre tribunal, celui qui confesse ses crimes est condamné ; mais celui qui se confesse à nous, se confesse à Dieu et il est absous. » Saint Augustin (354-430) disait aux fidèles de son temps : « Que personne ne dise : « Je fais pénitence en secret aux yeux de Dieu ; c’est assez que celui qui doit m’accorder le pardon, connaisse la pénitence que je fais au fond de mon cœur. » S’il en était ainsi, ce serait sans raison que Jésus-Christ aurait dit : « Ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel » et qu’il aurait confié les clefs à son Église. Ce n’est donc pas assez de se confesser à Dieu, il faut encore se confesser à ceux qui ont reçu de lui le pouvoir de lier et de délier. » Dans son livre De la visite des infirmes, il dit encore : « Il en est qui se persuadent qu’il leur suffit pour le salut de confesser leurs crimes à Dieu seul, à qui rien n’est caché et qui connaît le fond des consciences. Faites venir le prêtre auprès de vous et faites-lui part des secrets de votre conscience. Ne vous laissez point séduire par cette fausse idée qu’il suffit pour être sauvé de faire à Dieu la confession de ses péchés, sans recourir aux prêtres. Autrement comment cet oracle divin de la loi écrite comme de la loi de grâce aurait il son accomplissement : Allez, montrez-vous aux prêtres ; et cet autre : Confessez vos péchés les uns aux autres ? Établissez donc vous-même le prêtre à la place de Dieu, comme juge des plaies de votre âme ; mettez-lui à découvert toute votre conduite et il vous appliquera le remède de la réconciliation. » Saint Jérôme (346-429) : « Si le serpent infernal avait porté à quelqu’un une blessure cachée, si, à l’écart et sans témoins, il lui avait insinué le venin du péché, et que le malheureux s’obstinât à ne pas découvrir sa blessure à son frère et à son maître, le maître qui possède des paroles de guérison, ne lui serait pas plus utile que le médecin ne l’est au malade qui rougit de s’ouvrir à lui ; car le mal que la médecine ignore, elle ne le guérit pas. » Saint Jean Chrysostome (347-407) dit : « L’homme, quel qu’il soit, qui s’est rendu coupable d’un péché grave, n’en saurait anéantir le reproche au fond de sa conscience. Son crime, fût-il ignoré du reste des hommes, il le sait ; c’en est assez pour le livrer à de continuelles agitations. Le moyen de profiter de ces remords d’une conscience accusatrice, de calmer cette plaie dévorante, d’imposer silence à ce bourreau intérieur qui vous châtie nuit et jour, quel est-il ? C’est d’en faire l’humble confession, de la déposer dans le sein d’un homme qui ne vous la reprochera pas et qui vous en offrira le remède : c’est d’en confier le secret à lui seul et sans témoins, de lui dire tout avec une rigoureuse exactitude. Allez montrer votre plaie au médecin spirituel et il vous donnera les moyens de la guérir. Confesser ses péchés, c’est les effacer. » Saint Grégoire de Nysse (332-400) : « Découvrez sans crainte à votre père spirituel tout ce que vous avez de plus caché ; faites-lui connaître le fond de votre cœur, comme vous montreriez à un médecin vos plaies secrètes. » Saint Ambroise (340-397): « Ce que vous cachez, Dieu le révélera ; ce que vous révélez, Dieu le cachera. Vous ne voulez pas le découvrir à ces hommes assis en son nom sur la chaire de Moïse ? Il l’étalera à la face de l’univers. » Saint Ephrem (313-378) : « Vous avez honte de confesser vos péchés ; rougissez plutôt de les avoir commis. » Saint Cyprien (200-258) : « Vous refusez de faire pénitence, vous qui avez sacrifié (aux idoles) et acheté des billets aux magistrats (attestant à faux qu’on n’était pas chrétien) : combien sont plus louables ceux qui, pour en avoir eu seulement la pensée, viennent s’en confesser aux prêtres de Dieu ! » Il dit encore que tous doivent se confesser avant de mourir, « alors que leur confession est admissible, alors que la satisfaction qu’ils ont à faire et l’absolution donnée par le prêtre peuvent encore être agréables à Dieu. » Origène (185 253) compare le pécheur au malade qui, oppressé par des aliments indigestes, ne guérit qu’après avoir rejeté tout ce qui pesait sur son estomac. En recommandant au chrétien de suivre cet exemple et de s’accuser lui-même de ses fautes pour en être déchargé, il l’exhorte à choisir avec le plus grand soin le dépositaire des secrets de sa conscience. Saint Irénée (140-202) parle de plusieurs chrétiennes qui avaient été perverties par un hérétique ; mais, étant rentrées en elles-mêmes, « elles retournèrent à l’église et confessèrent ce péché avec leurs autres fautes. » Tertullien (160-240) enseigne clairement que la confession est d’institution divine. Il blâme ceux qui, par honte, refusent d’avouer leurs iniquités, « comme si nous les cachions à Dieu, quand nous en dérobons la connaissance aux hommes. Vaut-il mieux se damner en secret, que d’être absous en public ? » Il compare ceux qui ont honte de faire l’aveu de leurs fautes à ces malades qui, rougissant de découvrir à l’œil du médecin leurs plaies secrètes, se laissent mourir par l’effet de leur honte. « Quoi ! s’écrie-t-il, on ne pourra supporter la honte de satisfaire à un Dieu que l’on a offensé et d’être réintégré dans ses droits au salut dont on s’était rendu indigne ! Belle excuse que ta honte, en vérité : tu marchais dans le crime tête levée, et tu n’oses courber ta tête pour demander grâce ! Pour moi, je ne sacrifie pas à la honte, quand il m’est plus avantageux de la sacrifier elle-même. » Saint Clément Romain, qui vivait au premier siècle, s’exprime ainsi : « Que celui qui veut sauver son âme ne rougisse point de confesser ses péchés à celui qui préside (au prêtre), afin qu’il en reçoive la guérison par la parole de Dieu et par un salutaire conseil. » Puis il ajoute que saint Pierre enseignait aux fidèles à révéler aux prêtres jusqu’aux mauvaises pensées. « Pendant que nous sommes en ce monde, dit-il encore, convertissons nous de tout notre cœur en renonçant au mal que nous avons commis durant notre vie, afin d’obtenir le salut du Seigneur pendant que nous avons le temps de faire pénitence. Car, après que nous aurons quitté ce monde, nous ne pourrons ni nous confesser ni faire pénitence dans le lieu où nous serons. »
Père Onésime Lacouture, Jésus au désert (Quinzième instruction)
Ajouter à
Jésus ne fait pas de l’intellectualisme ; il ne se contente pas de discourir sur les vertus « en soi », comme tant de nos savants professeurs-philosophes, le prêchent. Jésus va pratiquer ce qu’il prêchera plus tard ; quand il dira au monde qu’il faut faire pénitence. Les fidèles n’auront qu’à examiner ce qu’il a fait lui-même pour savoir ce qu’il faut faire. Ce n’est pas Jésus qui distinguerait entre la pénitence intérieure et la pénitence extérieure pour faire éviter les deux ! On voit un prédicateur qui prêche que l’essence de la pénitence est dans la pénitence intérieure et il insiste tellement que les gens concluent que la pénitence extérieure est inutile. Cette distinction est vraie, mais n’existe que dans les idées au point de vue formel. Ceux qui font cette division sont des philosophes, qui parlent « in se » mais ne sont pas théologiens pour un sou ! S’ils l’étaient, ils parleraient de la pénitence dans le cœur et là elle comprend les deux sortes. Quand le cœur est brisé de douleur d’avoir offensé Dieu il expie non seulement par les larmes, mais par des actes concrets de mortification ; il venge Dieu en se faisant souffrir d’une façon ou d’une autre pour expier les jouissances illicites qu’il a prises. L’Église nous transmet par l’inspiration du Saint-Esprit, le crucifix où Jésus est attaché à la croix pour montrer que tout chrétien doit aussi être attaché à la croix tous les jours. Cela ne veut pas dire seulement la pénitence intérieure, mais les deux ensemble. Qu’on nous laisse donc la paix avec cette distinction. Elle est savante, mais pas du tout pratique et très dangereuse dans les mains des philosophes, qui en font ressortir une aux dépens de l’autre de façon que les fidèles les mettent de côté toutes les deux. Jésus parlera avec conviction et sincérité quand il recommandera la pénitence, parce qu’elle entre dans sa vie ; quand il la prêche, il prêche ce qu’il vit, il prêche donc du cœur et ses paroles vont au cœur.
Mgr de Ségur, La confession
Ajouter à
Le Sacrement de Pénitence, c’est le remède, la médecine amère du pauvre chrétien qui a eu le malheur de se laisser blesser, de se laisser tuer par le démon ; le prêtre, le confesseur est le médecin qui administre le remède. Le Sacrement de Pénitence (ou la Confession, c’est la même chose), est donc la médecine et même la résurrection de l’âme qui, après le Baptême, a eu le malheur de mourir, c’est-à-dire de perdre la grâce du bon Dieu.
Mgr Ricard, Les chefs-d’oeuvre oratoires de l’abbé Combalot
Ajouter à
Quand un homme a été vaincu par la matière, quand il s’est jeté dans les bras du crime, quand il a honte de lui-même, il ne sait que devenir, il voudrait se cacher à lui-même chercher un abri contre la puissance du remords. Ah ! C’est qu’il n’y a rien d’humiliant comme le péché ! Il y a un moyen pour ce coupable d’échapper à ces tourments, c’est de s’en confesser à un prêtre. Grand Dieu ! Quelle admirable chose ! Un homme qui se grandit et qui s’honore en venant faire l’aveu de ses fautes, de ses misères, de ses hontes ! Jamais l’homme n’est si grand que dans cet aveu. Aristote, avec sa puissante raison, était parvenu à entendre cette vérité. « Celui, dit-il, qui, ayant commis un crime, a le courage d’en faire l’aveu, est plus grand à mes yeux que celui qui en est innocent. » Pour moi, jamais je n’admire davantage la puissance de Dieu, qu’eu entendant un homme faire l’aveu de vingt, de quarante années d’abomination, et, loin d’éprouver un sentiment de surprise, je suis prêt à tomber à genoux devant cet homme, tant il y a, dans cet acte, une grandeur d’âme qui, à elle seule, me prouve la divinité de Jésus-Christ et la divinité de la Confession.
Louis Bourdaloue, Sur la confession
Ajouter à
La confession du péché, bien loin de nous attirer de la part de Dieu un arrêt de condamnation, prévient au contraire tous les arrêts que nous aurions à craindre de sa justice, et nous en préserve. David ne se servait point d’autre motif pour engager Dieu à le purifier de toutes les taches du péché et pour le toucher en sa faveur, que de lui dire : « Vous voyez, Seigneur, que je reconnais mon iniquité. » Quelle conséquence ? Elle est très-juste, répond saint Chrysostome ; et David, en parlant de la sorte, était parfaitement instruit des intentions de Dieu et de ses vues toutes miséricordieuses ; car c’est comme s’il lui eût dit : Il est vrai, Seigneur, cet aveu que je fais de l’offense que j’ai commise est une réparation très légère ; mais, puisque vous voulez bien l’agréer et vous en contenter, j’ose vous l’offrir, et j’espère par là me réconcilier avec vous.
Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique (IIIa, Question 84, Article 7)
Ajouter à
Dans ce sacrement, les actes du pénitent tiennent lieu de matière, et ceux du prêtre, agissant comme ministre du Christ, ont le rôle de principe formel achevant le sacrement. Or la matière des autres sacrements existe avant le sacrement à l’état de réalité naturelle comme l’eau, ou de produit artificiel comme le pain ; l’institution n’est nécessaire que pour déterminer l’emploi de telle ou telle matière dans le sacrement. Au contraire, la forme et la vertu du sacrement viennent totalement de l’institution du Christ, dont la passion donne aux sacrements leur vertu. Il en va de même ici. La matière préexiste à l’état de réalité naturelle, car c’est une inclination naturelle qui pousse l’homme à se repentir du mal qu’il a commis ; mais de quelle façon il doit faire pénitence, cela vient de l’institution divine. C’est pourquoi le Seigneur au début de sa prédication n’a pas seulement intimé aux hommes qu’ils devaient se repentir, mais aussi qu’ils devaient faire pénitence, en leur indiquant de façon déterminée les actes requis pour ce sacrement. Quant à l’office des ministres, il l’a déterminé quand il a dit à Pierre : « je te donne les clefs du royaume des cieux » L’efficacité de ce sacrement et la source de sa vertu, il les a manifestées après sa résurrection, quand il a dit, d’après S. Luc (24,47), « qu’il fallait prêcher en son nom, à toutes les nations, la pénitence et la rémission des péchés ». En effet, c’est en vertu du nom de Jésus Christ souffrant et ressuscitant, que ce sacrement est efficace pour la rémission des péchés. Il était donc évidemment approprié que ce sacrement fût institué dans la loi nouvelle.
Luc XV, 7
Ajouter à
Il y a plus de joie au ciel pour un seul pécheur qui fait pénitence que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de pénitence.
Saint Léonard de Port-Maurice, Sermon sur le nombre des élus
Ajouter à
Répondez, vous qui souffrez dans ces abîmes. Y a-t-il des catholiques parmi vous ? S’il y en a ! Et combien ! Que l’un d’eux vienne donc ici. C’est impossible, ils sont trop bas, et, pour les faire venir, il faudrait bouleverser tout l’enfer ; il est plus facile d’arrêter un de ceux qui y tombent. Je m’adresse donc à toi qui vis dans l’habitude du péché mortel, dans la haine, dans la fange du vice impur et qui chaque jour t’approches davantage de l’enfer. Arrête-toi, retourne en arrière ; c’est Jésus qui t’appelle et qui, par Ses plaies, comme par autant de voix éloquentes, te crie : « Mon fils, si tu te damnes, tu n’as à te plaindre que de toi : Perditio tua ex te ». Lève les yeux, et vois de combien de grâces Je t’ai enrichi, afin d’assurer ton salut éternel. Je pouvais te faire naître dans une forêt de la Barbarie ; Je l’ai fait pour tant d’autres, mais pour toi, Je t’ai fait naître dans la foi catholique ; Je t’ai fait élever par un si bon père, par une mère excellente, au milieu des instructions et des enseignements les plus purs ; si malgré cela tu te damnes, à qui sera la faute ? À toi, Mon fils, à toi : Perditio tua ex te. Je pouvais te précipiter en enfer après le premier péché mortel que tu as commis, sans attendre le second : Je l’ai fait avec tant d’autres, mais J’ai pris patience avec toi ; Je t’ai attendu pendant de longues années, Je t’attends encore aujourd’hui à la pénitence. Si malgré tout cela tu te damnes, à qui la faute ? À toi, Mon fils, à toi : Perditio tua ex te. Tu sais combien sont mort en réprouvés sous tes yeux : c’était un avertissement pour toi ; tu sais combien d’autres J’ai remis dans la bonne voie pour te donner le bon exemple. Te rappelles-tu ce que t’a dit cet excellent confesseur ? C’est Moi qui le lui faisais dire. Ne t’engagea-t-il pas à changer de vie, à faire une bonne confession ? C’est Moi qui le lui inspirais. Souviens-toi de ce sermon qui te toucha le cœur, c’est Moi qui t’y ai conduit. Et ce qui s’est passé entre Moi et toi dans le secret de ton cœur, tu ne le saurais oublier. Ces inspirations intérieures, ces connaissances si claires, ces remords continuels de ta conscience, tu oserais les nier ? Tout cela, c’était autant de secours de Ma grâce, parce que Je voulais te sauver. Je les ai refusés à tant d’autres et Je te les ai donnés à toi, parce que Je t’aimais tendrement. Mon fils, Mon fils, combien d’autres, si Je leur parlais aussi tendrement que Je te parle aujourd’hui, se remettraient dans la bonne voie ! Et toi, tu Me tournes le dos. Écoute ce que Je vais te dire, ce seront Mes dernières paroles : tu m’as coûté du sang ; si malgré ce sang que J’ai versé pour toi, tu veux te damner, ne te plains pas de Moi, n’accuse que toi, et pendant toute l’éternité n’oublie pas que si tu te damnes, tu te damnes malgré Moi, tu te damnes parce que tu veux te damner : Perditio tua ex te. » Ah ! Mon bon Jésus, les pierres elles-mêmes se fendraient à de si douces paroles, à des expressions si tendres. Y a-t-il ici quelqu’un qui veuille se damner avec tant de grâces et de secours ? S’il en est un, qu’il m’écoute, et qu’il résiste ensuite s’il le peut.
Saint Jean Chrysostome, Homélie sur la pénitence
Ajouter à
La Pénitence porte le pécheur à tout endurer volontiers. La Contrition est dans son cœur, la Confession sur les lèvres, et l’humilité ou la Satisfaction salutaire dans toutes ses œuvres.
Catéchisme du Concile de Trente
Ajouter à
La faiblesse et la fragilité de la nature humaine sont assez connues, et chacun en éprouve assez les effets en soi-même, pour que personne ne puisse ignorer combien le sacrement de Pénitence est nécessaire. […] De là aussi cette parole si remarquable de Saint Jérôme, parole approuvée ensuite sans réserve par tous ceux qui ont écrit sur cette matière : « La pénitence est une seconde planche. » En effet, lorsque le vaisseau se brise, l’unique ressource pour sauver sa vie, c’est de pouvoir saisir une planche au milieu du naufrage ; ainsi, quand on a perdu l’innocence baptismale, si on n’a pas recours à la planche de la pénitence, il n’y a plus de salut possible. Et ce que nous disons ici ne s’adresse pas seulement aux Pasteurs, mais aux Fidèles eux-mêmes qui ont besoin qu’on excite leur zèle, afin qu’on n’ait jamais à blâmer en eux d’incurie pour une chose aussi nécessaire. Pénétrés de la fragilité humaine, leur premier et plus ardent désir doit être de marcher dans la voie de Dieu, avec le secours de sa Grâce, sans faux pas et sans chute. Mais cependant s’ils viennent à tomber quelques fois, qu’ils tournent alors leurs regards vers l’infinie bonté de Dieu, qui, comme un bon Pasteur, daigne panser les plaies de ses brebis et les guérir, et qu’ils comprennent que le remède si salutaire du sacrement de Pénitence ne doit pas être renvoyé à un autre temps.
Vénérable Père Louis Du Pont, Méditations sur les mystères de notre Foi
Ajouter à
Je considérerai, pour m’exciter et m’affectionner à la pratique de la confession fréquente, l’excellence des actes que l’on exerce en s’approchant du sacrement de Pénitence. Je m’attacherai à bien comprendre que Notre-Seigneur Jésus-Christ a institué ce sacrement dans son Église, afin que les fidèles trouvent dans leurs péchés même une occasion de pratiquer les plus hautes vertus, et un moyen non seulement de regagner ce qu’ils ont perdu, mais encore de tirer de leurs pertes les plus précieux avantages. Les principaux de ces actes sont au nombre de sept. – Le premier est un acte de foi. Nous croyons fermement que le pouvoir de pardonner les péchés, pouvoir qui n’appartient en propre qu’à Dieu seul, a été communiqué aux prêtres, et qu’ils ont entre les mains les clefs du ciel, afin d’en faire descendre les grâces et les dons célestes qui justifient les pécheurs et les rendent dignes d’entrer dans le royaume promis aux justes. – Le second est un acte d’espérance au-dessus de toute espérance humaine. Car l’aveu qui, devant les tribunaux de la terre, est une cause de condamnation, devient, à ce tribunal du ciel, un titre à l’absolution et au pardon. – Le troisième est un acte de charité. Cette vertu inspire au pécheur un vif regret d’avoir offensé l’infinie bonté de Dieu et d’avoir perdu Sa grâce et Son amitié. Elle lui fait en même temps concevoir le désir de se réconcilier avec son Seigneur, afin de L’aimer et de Le servir désormais parfaitement. – Le quatrième est un acte héroïque d’humilité. Le pécheur s’humilie non seulement devant Dieu, mais aussi devant les hommes. Il révèle à un homme les fautes secrètes les plus capables de lui causer de la honte et de la confusion ; et cette confusion, il l’accepte pour l’amour de Dieu, content que d’autres le connaissent comme il se connaît lui-même. – Le cinquième est un acte d’obéissance d’autant plus excellente qu’elle est plus ardue. En effet, le pécheur repentant se soumet au confesseur comme à un supérieur, disposé à lui obéir en tout ce qu’il ordonnera en sa qualité de représentant de Jésus-Christ. – Le sixième est un acte de rigoureuse justice. Le pénitent est à la fois accusateur, accusé, témoin, juge, exécuteur de la sentence ; il se soumet au jugement du ministre de Dieu, non par contrainte, mais spontanément, prêt à venger lui-même par un saint zèle les outrages dont il s’est rendu coupable envers la divine Majesté, et à réparer le dommage qu’il a pu causer au prochain. – Le septième est un acte éclatant de courage qui consiste à se vaincre soi-même et à surmonter cette inclination qui porte les hommes à cacher leurs fautes, à les défendre, à les excuser, à l’exemple d’Adam, dont nous sommes tous en ce point les héritiers. Aussi celui qui triomphe de ce défaut est-il, selon la parole de Job, plus qu’un homme. Nous voyons en effet qu’il faut quelquefois faire un plus grand effort sur soi-même pour confesser humblement une faute que l’on a commise, que pour résister à la tentation quand elle nous porte à la commettre. C’est de même le sentiment de saint Grégoire, qu’il est ordinairement nécessaire de déployer plus d’énergie pour manifester une faute dont on s’est rendu coupable, que de repousser les instigations du démon pour ne point devenir coupable, et que, par conséquent, une humble confession n’est pas moins admirable que la pratique des autres vertus. Tels sont les sept actes héroïques qui accompagnent d’ordinaire la confession et qui la rendent également méritoire devant Dieu, glorieuse devant les anges, et estimable dans l’opinion d’un sage confesseur. Chacun doit donc s’efforcer de faire ces actes avec une grande ferveur, afin d’obtenir une grâce abondante, et s’appliquer cette parole de l’Ecclésiastique : Donnez et recevez, pour justifier votre âme. Et puisque Dieu veut bien vous remettre les sept péchés capitaux et vous communiquer avec sa grâce les sept dons du Saint-Esprit, offrez-lui les sept actes de vertu qui disposent l’âme à recevoir l’infusion de ces précieux dons. Souvenez-vous que l’enfant de la Sunamite, ressuscité par Élisée, ouvrit sept fois la bouche avant d’être rappelé à la vie, et excitez dans votre cœur les sept affections qui portent le Seigneur à vous accorder une vie nouvelle, spirituelle et parfaite.
Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, Histoire d’une âme
Ajouter à
En sortant du confessionnal, j’étais si contente et si légère que jamais je n’avais senti autant de joie dans mon âme. Depuis je retournai me confesser à toutes les grandes fêtes et c’était une vraie fête pour moi à chaque fois que j’y allais.
Saint Augustin, Livre des 50 homélies (N°41)
Ajouter à
Quelqu’un, à la dernière extrémité, veut-il recevoir la pénitence ? il la reçoit ; à l’instant il est réconcilié avec Dieu et il meurt. Je vous l’avoue, nous ne lui refusons pas ce qu’il demande, mais nous ne savons pas s’il s’en va de ce monde dans de bonnes conditions. Je ne suis pas certain, je ne veux pas vous tromper, je dis que je ne sais pas. Le fidèle qui vit bien, meurt tranquille ; celui qui a été baptisé à la dernière heure meurt tranquille ; celui qui fait pénitence, réconcilié lorsqu’il est en bonne santé, et qui vit chrétiennement dans la suite, celui-là aussi meurt tranquille. Mais celui qui fait pénitence et se réconcilie avec Dieu à la dernière heure, si lui-même meurt rassuré, moi je ne suis pas rassuré… Est-ce à dire qu’il sera damné ? je ne l’affirme pas. Alors, je dis qu’il sera sauvé ? Non plus. Que dites-vous donc ? Je ne sais pas ; je ne suis pas certain, je ne promets pas, j’ignore. Voulez-vous donc, vous à qui je parle, voulez-vous vous délivrer du doute ? Voulez-vous échapper à l’incertain ? Faites pénitence pendant que vous vous portez bien. En effet, si vous faites vraiment pénitence tandis que vous êtes en bonne santé, lorsque viendra votre dernière heure, hâtez-vous de vous réconcilier. Si vous agissez de la sorte, vous êtes rassuré. Pourquoi êtes-vous rassuré ? Parce que vous avez fait pénitence au moment où vous pouviez encore pécher. Au contraire, si vous voulez faire pénitence alors que vous ne pouvez plus pécher, ce sont les péchés qui vous ont abandonné, et non pas vous qui laissez le péché. Mais, me direz-vous, comment savez-vous si Dieu ne me pardonnera pas ? En vérité, comment ? Je l’ignore. Et c’est précisément parce que je l’ignore que je vous donne la pénitence : je ne vous la donnerais pas si je savais qu’elle ne vous sert de rien ; et si j’étais sûr qu’elle vous est utile, je ne vous avertirais pas, je ne vous effraierais pas. De deux choses l’une : ou Dieu vous pardonne, ou il ne vous pardonne pas ; qu’en sera-t-il pour vous ? Je l’ignore. Laissez donc l’incertain, et tenez ce qu’il y a de certain.
Cardinal Billot, Discours (25 mars 1915)
Ajouter à
Ou ne peut entrer au ciel avec le péché. Mais le péché ne peut être effacé que par la pénitence. Cette pénitence dont l’acte essentiel, indispensable, est la contrition, j’entends la douleur et la formelle rétractation du péché en tant que péché, en tant que contraire à la loi de Dieu, en tant qu’offense de Dieu.
Mgr de Ségur, La confession
Ajouter à
C’est ennuyeux d’aller à confesse ? Ce n’est pas pour nous amuser que nous y allons, il n’y a que les papillons et les étourdis qui ne font que ce qui les amuse.
Mgr Ricard, Les chefs-d’oeuvre oratoires de l’abbé Combalot
Ajouter à
La confession catholique, comme tous les autres dogmes, a été préfigurée, annoncée, préparée, dans l’antique loi, cette loi qui portait l’ombre des biens à venir, lex timbrant habens futurorum bonorum. En germe dans la loi de nature, qui est la révélation primitive faite à la famille, la confession se développe dans la loi écrite, qui est la révélation faite au peuple juif, pour se compléter et s’organise dans la loi évangélique, qui est la révélation faite à toute la terre. Comme tous les autres dogmes, comme toutes les autres vérités pleinement développées par Jésus-Christ, la confession se retrouve dans la loi primordiale, comme le grain se trouve dans le germe qui le nourrit. Voyez Adam au paradis terrestre. À peine a t-il commis le péché, qu’il se cache, il se fuit lui même, ce grand coupable, après avoir violé le pacte sacré qui l’enchaînait à la vie d’espérance. La honte le poursuit, il cherche un abri contre les colères de Dieu, il voudrait s’enfoncer dans les entrailles de la terre. Mais Dieu le suit, il l’appelle : « Adam, où es-tu ? Ubi es ? » Dieu lui ouvre le chemin de la miséricorde, à la condition qu’il avouera sa faute. II fait un aveu sincère. Eve, à son tour, confesse sa faute, et Dieu lui ouvre aussitôt les trésors de sa miséricorde, Dieu n’a rien demandé à Satan, il n’y a point d’aveu du serpent tentateur, parce qu’il n’y a point de miséricorde pour lui. Caïn vient de tuer son frère Abel. Il entend une voix terrible, qui tombe sur lui comme la foudre : « Caïn, qu’as-tu fait de ton frère ? » Remarquez, c’est l’offre du pardon, à la condition d’un aveu. Dieu veut lui ouvrir les bras de sa miséricorde. Mais Caïn n’avoue pas, il cache son crime : « Suis-je le gardien de mon frère ? Me l’aviez-vous donné à garder ? » Son crime demeure sur lui comme un signe d’anathème. Le fratricide reste imprimé sur son front maudit. La loi mosaïque, symbole matériel de l’Église, va nous présenter une ombre plus frappante encore de la confession. Il y a là une famille sacerdotale, investie du droit de gouverner les consciences judaïques. Ainsi, toutes les fautes légales ressortissent du tribunal sacré des prêtres de l’antique loi, qui ont à distinguer entre la lèpre et la lèpre, et qui doivent dévorer, selon l’expression sublime des livres saints, les péchés du peuple. Sacerdotes comedebant peccata poputi. Il y a des jours marqués pour recevoir la confession du peuple, veniebant confitentes peccata sua. Il y a des jours d’expiation traditionnelle, où le sacerdoce lévitique charge le bouc émissaire des crimes avoués par Israël… Mais, comme l’observe saint Paul, ce n’était qu’une société figurative. Elle n’entrait pas dans les consciences. Or, continue l’Apôtre, la figure appelait la réalité. Bientôt en effet Jésus-Christ parait, et il institue la véritable Confession, dont il fait un des dogmes de sa foi. Jésus-Christ avait-il reçu de Dieu son Père, le pouvoir de remettre les péchés et, ce pouvoir, l’a t-il exercé ? Rien n’est plus certain. Avant de guérir un malade, il commençait par exercer ce pouvoir étonnant de pardonner, d’absoudre et de remettre les péchés : « Vos péchés vous sont remis, » disait-il. Lorsqu’on lui présente le paralytique, il dit : « Mon fils, ayez confiance, vos péchés vous sont remis. » Les Scribes et les Pharisiens murmurent, disant au dedans d’eux-mêmes et entre eux que Dieu seul a ce pouvoir. Jésus-Christ pénètre leur objection. Il se lève et ajoute aussitôt : « Afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir de remettre les péchés, lève-toi, » dit-il au paralytique, « et marche. » Jésus-Christ a donc reçu de son Père le pouvoir de remettre les péchés. Mais, ce merveilleux pouvoir, l’a-t-il transmis aux apôtres, aux évêques, aux prêtres de son Église ? Rien n’est plus incontestable. Que dit-il à saint Pierre, fondement visible de son Église ? – Je te donnerai les clés du royaume des Cieux. Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. Puis, il étend cette puissance aux autres apôtres et par eux à leurs successeurs. – Toute puissance, leur dit-il, m’a été donnée au ciel et sur la terre… Allez, enseignez toutes les nations… Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. Voilà la hiérarchie catholique et l’Église catholique investies, jusqu’à la consommation des siècles, du droit de remettre les péchés, à la seule condition de l’aveu sincère du pécheur. L’aveu est en effet la condition sine qua non du pardon que le prêtre catholique est chargé par Jésus-Christ d’accorder en son nom au pécheur. Cet aveu est nécessaire, parce que sans lui le prêtre ne pourrait discerner l’étendue et la gravité du mal, qu’il est chargé de juger. Comme, sous la loi mosaïque, les malades devaient montrer aux prêtres leur lèpre physique, pour qu’ils les guérissent ; ainsi, nous devons découvrir aux prêtres de Jésus Christ notre lèpre morale, pour qu’ils la connaissent et puissent y appliquer le remède spirituel. La tradition a-t-elle entendu que le pouvoir de remettre les péchés ait été transmis au sacerdoce et à l’Église catholique ? Oui. Nous défions tous les hérétiques passés, présents et futurs, de nous montrer, dans les écrits d’un seul docteur de l’Église, d’un seul père grec ou latin, un passage, interprétant la parole de Jésus-Christ dans un sens autre que celui qui a toujours été compris et pratiqué dans l’Église catholique. Écoutez Origène, qui vivait à une époque très rapprochée de la fondation de l’Église. « Le péché, dit-il expressément, le péché est remis, dans l’Église catholique, dans l’Église de Dieu, lorsque le pécheur n’a pas honte d’ouvrir sa conscience au prêtre du Seigneur. » Saint Cyprien, voisin aussi des temps apostoliques, dit, en parlant des fidèles, qu’ « ils s’en vont aux pieds du prêtre faire, avec simplicité et douleur, l’accusation pleine et complète de leurs fautes. » Écoutez saint Jean Chrysostome prêchant, au IVème siècle, sur le même sujet que je traite aujourd’hui devant vous, à quatorze siècles de distance : « Voyez, s’écrie-t-il, voyez, mes Frères, quelle puissance Dieu a donnée aux prêtres. Il leur a donné une puissance qu’il n’a pas donnée aux anges qu’il a refusée aux archanges, aux chérubins, aux séraphins ; car ce n’est pas aux anges, aux archanges, aux chérubins, aux séraphins, qu’il a dit : Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. Mais, c’est au prêtre seul qu’elles ont été dites… Voilà les traditions perpétuelles, constantes, uni formes de l’Église catholique C’est d’ailleurs un fait incontestable que la Confession a été ainsi pratiquée, dès l’origine de l’Église. Quand nous lisons, dans les Actes des apôtres, que les habitants d’Ephèse, repentants de s’être abandonnés à la magie, viennent demander leur pardon à saint Paul, nous voyons qu’ils ne l’obtiennent, qu’au prix de l’aveu, de la confession de leur faute. Nous avons d’autres témoins irrécusables de ce fait historique. Ce sont ces chaises de pierre qu’on a retrouvées dans les catacombes de Rome, sur lesquelles les pontifes et les prêtres s’asseyaient pour écouter l’aveu des fautes des premiers chrétiens. À défaut des docteurs de la tradition, des Clément, des Origène, des Denys, des Tertullien, des Jérôme, des Grégoire de Nazianze, des Chrysostome, des Augustin, des Grégoire le Grand, de tous les Pères Grecs et Latins qui en témoignent, voici que les pierres parieraient, pour rendre témoignage à la tradition chrétienne. Il y a plus. Vers le IVème siècle, plusieurs Églises se détachèrent de l’Église catholique, et rompirent les liens sacrés, les nœuds divins qui les enchaînaient à la mère de toutes les Églises, la sainte Église Romaine. Avant de se séparer, elles ont emporté les sacrements. Elles les ont emportés, en déchirant les entrailles de leur mère. Et aujourd’hui encore, elles pratiquent la Confession comme nous, les Nestoriens, les Ariens, les Coptes l’ont conservée fidèlement jusqu’aujourd’hui. Les Grecs aussi. On a vainement essayé de les y faire renoncer. Et voilà que des sectaires du XVIème siècle, novateurs sans passé dans l’histoire du dogme, viennent mentir à l’univers et accusent les prêtres catholiques d’avoir inventé la confession, laquelle, affirment-ils, n’est pas d’institution divine. Le Concile de Trente, le plus œcuménique de tous les Conciles, auguste assemblée inspirée par Dieu même pour consolider les bases de son Église ébranlée par un choc aussi furieux, résume et affirme la doctrine traditionnelle, en formulant ces anathèmes contre ceux qui dénient à l’Église catholique le pouvoir d’absoudre et de remettre les péchés. « Si quelqu’un dit que notre divin Sauveur Jésus-Christ n’a pas institué le sacrement de la Pénitente, ou la confession, par ces paroles immortelles : « Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et retenus à ceux à qui vous les retiendrez, » mais que ce Sacrement est une invention des prêtres, qu’il soit anathème. « Si quelqu’un déclare que les prêtres n’ont pas reçu le pouvoir direct, immédiat, de remettre les péchés, mais qu’ils ont reçu seulement le pouvoir de déclarer que les péchés seront remis, qu’il soit anathème. « Si quelqu’un dit que les pécheurs, ceux qui ont éteint les grâces de Jésus-Christ par leurs péchés, ne sont pas tenus de confesser leurs péchés en détail et avec toutes les circonstances qui les accompagnent, qu’il soit anathème. » Voilà le dogme. Il repose sur soixante siècles de tradition. Il repose sur la loi primitive, sur la loi mosaïque, sur la loi évangélique, sur la parole de Dieu même, sur l’apostolat de la hiérarchie universelle, sur les décrets pontificaux descendant de la chaire de Rome et des Conciles œcuméniques, ainsi que sur la pratique constante, uniforme, universelle dans le monde, sur les monuments et sur la tradition divine. Quelles bases plus solides, plus fortes, plus inébranlables, pouvait-on désirer ? Si on niait ces bases, quelles vérités resteraient debout ? Que resterait-il donc de certain sur la terre, s’il était permis de nier un dogme assis sur de tels fondements ? Il faudrait faire table rase de toutes les vérités catholiques, il faudrait reculer jusque dans le scepticisme le plus absolu, s’enfermer dans le tombeau d’un doute éternel et s’asseoir sur la pierre du néant. Il faut donc admettre le dogme de la confession auriculaire, ou descendre dans les dernières profondeurs d’un scepticisme absolu. Mais, dit-on, il est cependant bien difficile d’admettre la pratique de ce sacrement, de comprendre ce dogme étrange qui nous fait une loi de confesser nos fautes à d’autres hommes, aux prêtres de l’Église catholique ! Il n’est pas nécessaire, répondrons-nous, de comprendre pour croire à un dogme. Un dogme s’impose à la foi ; voilà tout. Y-a-t-il donc tant de choses que la raison conçoive nettement ? II n’y a rien, pour mieux dire, qu’elle conçoive pleinement. Demandez au physicien le plus savant ce que c’est qu’un grain de sable, quelle est la nature de l’électricité, l’essence de la lumière et du calorique… Vous l’arrêterez devant une pierre. L’homme ne sait rien, il ne saisit le tout de rien, dit Pascal, il ne peut connaître l’essence des êtres, il n’y’a rien que Dieu qui peut donner la raison des êtres. Les dogmes catholiques ne se démontrent pas par des démonstrations philosophiques, ce serait une base trop fragile. Ces sortes de démonstrations ne sont le plus souvent que des opinions incertaines, fautives. Or, nous avons pour garant de la vérité du dogme de la confession la parole de Dieu. Que faut-il de plus ? Jésus-Christ a parlé, l’univers a reconnu sa parole, l’Église l’enseigne, le monde la croit, tout est fini ! Rien de plus raisonnable que cette manière de procéder. Du reste, chose admirable, plus on attaque les dogmes et mieux la raison les saisit. Toutes les hérésies ont attaqué le dogme de la confession. Elles n’en ont que mieux fait ressortir la grandeur et la vérité. C’a été là d’ailleurs le rôle des hérésies dans toute l’histoire de l’Église. Saint Paul l’a dit qu’il faut qu’il y ait des hérésies, et saint Augustin aussi, quand il affirme que les hérésies étaient utiles et servaient à la manifestation de la vérité. Pas de dogme qui ait été attaqué avec plus d’acharnement que celui de la confession. Les sectaires, depuis dix-huit siècles, s’efforcent de l’arracher des entrailles de l’humanité. Pourquoi ? Parce qu’ils sentent bien que, s’il eut été possible d’arracher aux nations ce dogme salutaire, elles eussent été replongées dans le monde du paganisme, dans la nuit de la dépravation éternelle. Plus on a attaqué le dogme de la confession, et mieux il a été saisi. Aujourd’hui même, on a pu en donner une démonstration sociale ou psychologique. Voyez en effet l’analogie frappante que ce dogme présente avec les faits incontestables admis de tous dans le monde physique et moral. Ainsi, il n’est personne qui fasse difficulté d’admettre que le mal existe dans le monde des corps. Prenez une goutte de vinaigre, à l’aide des instruments que la science vous a donnés, vous y distinguez une bataille formidable. Tout est en combat dans le monde, il y a lutte entre toutes les molécules de la création, le mal a pénétré jusque dans les entrailles de toutes les existences. Or, s’il y avait à l’entrée de cette ville un marais fangeux, qui fut un foyer de peste et de contagion pour la cité entière, il faudrait le combler et l’assainir. Eh bien ! ce marais pestilentiel existe au fond de notre cœur. Dieu nous a donné le moyen infaillible de le supprimer, d’arracher le mal du cœur de l’homme, c’est l’aveu, l’aveu sacramentel. Autre analogie. Vous êtes bien convaincus que nous sommes tous sujets à une foule de maladies, il n’est pas un seul de nos organes qui ne soit exposé à une foule de maux. De là une profession utile entre toutes à la société, une profession des plus honorables, la médecine. Quand vous faites appeler un médecin, avant qu’il vous traite et vous guérisse s’il lui est possible, que fait-il ? Il vous fait subir un interrogatoire, il vous soumet à une confession médicale, et, si c’est un praticien profond dans son art, s’il a bien étudié les rapports qui existent entre le physique et le moral, l’influence des maladies morales sur l’organisme, s’il a poussé ses investigations et pénétré dans les entrailles de l’existence pour connaître les maladies héréditaires qui peuvent descendre jusqu’à vous, vous êtes obligés de lui faire votre confession, avec celle de vos ascendants. Il vous interroge sur vos passions, sur vos habitudes, sur votre tempérament, il vous arrache des aveux pénibles, mais la guérison est à ce prix, il faut bien que vous répondiez. Or, Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a apporté la médecine des âmes. Mais, le prêtre, médecin des âmes, a besoin aussi, pour la guérir, d’en sonder toutes les plaies, et il ne le peut, qu’à la condition de les connaître par un aveu sincère. Encore une autre analogie. Il n’est personne qui ne reconnaisse la nécessité des tribunaux, des magistrats, des juges. Lorsqu’un homme se rend coupable d’une atteinte aux droits des personnes ou des propriétés, on le traduit devant un tribunal, et là, on lui fait son examen de conscience, on pénètre dans sa vie, on la met à jour, afin de sa voir s’il est réellement coupable, et si on doit le renvoyer absous ou le condamner. Dans l’Église de Jésus-Christ, il y a aussi un tribunal, c’est le tribunal de réconciliation, où toutes les âmes, qui viennent faire l’aveu de leurs fautes, s’accuser elles mêmes, reçoivent, non pas une sentence de condamnation, mais le pardon, la miséricorde parfaite. Voulez-vous une analogie encore plus intime ? Écoutez. Le mal moral a pénétré toutes les facultés de notre être depuis le péché d’Adam. Notre imagination, notre mémoire, notre volonté, notre entendement, notre cœur, notre raison, tout cela est infecté d’un virus moral. Comment nous en affranchir, comment nous en dégager, comment extirper ce virus, qui a pénétré les profondeurs de notre être ? C’est en pressant notre cœur aux pieds du prêtre, que nous le ferons sortir et que nous recevrons à la place le sang de Jésus-Christ qui nous guérit de nos misères. Bossuet a défini la confession, « l’action d’un malheureux dont le cœur cherche un autre cœur pour y verser un pénible secret. » Vous avez commis une faute, un crime peut-être. Le remords vous poursuit. Vous entendez une voix qui vous dit : « Tu ne dormiras pas ! » Voici que vous pouvez retrouver la paix ; le bonheur, puisque, au saint tribunal, vous trouvez un cœur capable de recevoir votre fatal secret. C’est quelquefois une nécessité, que cet aveu. On a vu de grands scélérats, après leurs crimes, aller trouver des juges et tacher de retrouver, par un aveu, quelque rafraîchissement pour leur âme qui succombait sous le poids du remords. Ah ! comme Jésus-Christ a bien connu le cœur de l’homme !
Bibliographie
- Dom Léonce Crenier, Le juste milieu de la Pénitence
- Mgr de Ségur, La confession