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Baptême

Tertullien, Traité du baptême

Heureux sacrement que celui de notre baptême ! Quel effet ne produit-il pas ? Il efface la tache de nos péchés passés, il nous rend enfants de Dieu, et nous ouvre l’entrée à la vie éternelle. Un traité sur cette matière ne sera pas sans doute inutile, soit pour instruire nos catéchumènes, soit pour convaincre ces fidèles indolents qui, se contentant simplement de croire, sans se mettre en peine de considérer ce que l’Écriture et la tradition nous enseignent, négligent par cette ignorance affectée d’apprendre les fondements sur quoi la foi qu’ils professent est appuyée. Il est arrivé depuis peu qu’une femme, ou plutôt une vipère des plus venimeuses de la secte hérétique des caïniens, a séduit par sa mauvaise doctrine un assez grand nombre de personnes. Elle attaque surtout le baptême, en quoi elle agit selon son naturel et son caractère. Vipères, aspics et autres semblables serpents fuient ordinairement l’eau, et ne cherchent que les lieux secs et arides. Pour nous qui sommes comme des poissons conduits par Jésus-Christ notre chef, nous naissons dans l’eau, et nous ne pouvons autrement conserver notre vie qu’en demeurant dans cette eau. Mais Quintille, ce serpent horriblement monstrueux, qui n’avait pas même le droit d’enseigner, a su trouver un moyen infaillible de faire périr ces poissons, en les mettant hors de l’eau.

Saint Ambroise de Milan, Sur les Mystères

Quand Naaman fut arrivé, Elisée lui ordonna de se baigner sept fois dans le Jourdain. Alors Naaman se mit à réfléchir : les fleuves de sa patrie avaient une eau meilleure, dans laquelle il s’était souvent baigné sans être jamais purifié de sa lèpre. C’est ce qui le retint d’obéir aux ordres du prophète. Mais il céda aux avis et aux exhortations de ses serviteurs, il se baigna et, purifié aussitôt, comprit que la purification de chacun ne vient pas de l’eau, mais de la grâce.

Saint Grégoire de Nazianze, Sermon sur le saint baptême

Cette illumination, le baptême, est éclat fulgurant des âmes, transformation du cours de la vie, mettant l’intime de l’être en quête de Dieu. […] Redressement de la nature créée dont elle submerge le péché, elle donne part à la lumière et anéantit les ténèbres. Cette illumination fait monter vers Dieu, partager la route du Christ ; elle est l’appui de la foi, la perfection de l’intelligence, la clé du royaume des cieux. […] Cette illumination est, pourquoi prolonger l’énumération, de tous les dons de Dieu, le plus beau et le plus magnifique.

Saint Cyrille de Jérusalem, Catéchèse mystagogique

Vous êtes entrés pour commencer dans la pièce qui précède le baptistère, et debout, attentifs, tournés vers l’occident, vous avez reçu l’ordre d’étendre la main, et vous avez renoncé à Satan comme s’il était présent. Or, vous devez savoir que cela se trouve préfiguré dans l’histoire ancienne. Lorsque Pharaon, le plus dur et le plus cruel des tyrans, opprimait le peuple libre et noble des Hébreux, Dieu envoya Moïse pour le soustraire à la dure servitude des Égyptiens. Et ils frottèrent les montants de leurs portes avec le sang de l’agneau pour que l’exterminateur évitât les maisons marquées du sang et de façon miraculeuse, le peuple hébreu fut libéré. Puis, comme après sa libération, l’ennemi se lançait à sa poursuite et voyait la mer s’ouvrir miraculeusement devant lui, il continua à suivre ses traces et il fut englouti sur-le-champ dans la mer Rouge. Passez maintenant de l’histoire ancienne à la nouvelle, de la figure a la vérité. Là, Moïse est envoyé par Dieu en Égypte ; ici, le Christ est envoyé dans le monde par le Père. Là Moïse doit emmener d’Égypte le peuple opprimé ; ici le Christ doit délivrer ceux qui peinent dans le monde sous le poids du péché. Là le sang de l’agneau détournait l’exterminateur ; ici le sang de l’Agneau sans tache, Jésus-Christ, met en fuite les démons. Ce tyran poursuivait jusqu’à la mer l’antique peuple hébreu ; toi le démon effronté, impudent, malfaisant, te suivait jusqu’aux sources salutaires. Le tyran fut englouti par la mer ; le démon disparaît dans les eaux du salut.

Jean III, 5-7

Jésus répondit : En vérité, en vérité, je te le dis, nul, s’il ne renaît de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Car ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne t’étonne pas de ce que je t’ai dit : Il faut que vous naissiez de nouveau.

Catéchisme du concile de Trente, Chapitre XV

Si l’on est obligé d’avouer qu’à un moment donné les Apôtres baptisaient seulement au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, nous devons tenir pour certain qu’ils ne l’ont fait que par l’inspiration du Saint-Esprit. Dans ces commencements de l’Église, ils voulaient donner plus d’éclat à leur prédication par le nom de Jésus-Christ, et faire connaître davantage sa puissance divine et sans bornes. D’ailleurs, en examinant la chose à fond, on voit bientôt qu’il ne manque rien à cette formule de ce qui a été prescrit par notre Sauveur Lui-même. En effet dire Jésus-Christ c’est dire par là même la Personne du Père de qui Il a reçu l’onction sacrée, et la Personne du Saint-Esprit par lequel Il l’a reçue.

Saint Jean Chrysostome, Sermon aux néophytes

Quand Jésus eut expiré, encore en croix, raconte l’Écriture, un soldat vint et lui ouvrit le côté avec une lance. Il en coula de l’eau et du sang. L’eau symbolise le baptême, le sang est la figure de l’Eucharistie. Voilà pourquoi il est écrit : Il coula du sang et de l’eau, mais d’abord de l’eau, puis du sang. Nous sommes d’abord lavés dans le baptême, puis gratifiés du sacrement eucharistique.

Saint Grégoire d’Elvire, Tractatus

Quand, au désert, le peuple était en danger de périr de soif, Moïse frappa un rocher avec son bâton, c’est-à-dire au moyen du bois, et aussitôt coulèrent des sources d’eau, fait qui annonçait le mystère du baptême. Que ce rocher ait été la figure du Christ est garanti par le bienheureux apôtre, qui dit : « Ils buvaient au rocher spirituel qui les accompagnait, et ce rocher était le Christ. » (1 Co 10,4) Il ne fait aucun doute que ce rocher était l’image de la chair du Seigneur. Cette chair frappée par le bois de la croix prodigua l’eau vive aux assoiffés, selon qu’il est écrit : « De son sein couleront des fleuves ; il disait cela de l’Esprit Saint que les croyants devaient recevoir. » (Jn 7, 38-39) Ainsi, déjà en ce temps-là, les eaux produites du rocher montraient en une préfiguration typique les fleuves émanant du sein du Christ dans le sacrement du baptême, ces fleuves qui devaient, en breuvage salutaire pour les assoiffés, couler du flanc du Christ.

Épître de Barnabé

Nous descendons dans l’eau, remplis de péchés et de souillures, mais nous en sortons, chargés de fruits.

Saint Pacien de Barcelone, Homélie sur le baptême

Quelqu’un me dira : « Mais le péché d’Adam s’est communiqué à ses descendants parce qu’ils étaient engendrés par lui ; est-ce que nous descendons du Christ, pour que nous puissions être sauvés par lui ? » Que tes pensées ne se placent pas au niveau de la chair. Tu vas voir comment nous sommes engendrés par le Christ. Le Christ a reçu de Marie une âme et notre chair. Cette chair, il est venu la sauver, il ne l’a pas abandonnée au séjour des morts (Ps 15,10) il l’a unie à son esprit et il l’a faite sienne. Ce sont là les noces du Seigneur, son union à une seule chair, afin que, selon « ce grand mystère », ils soient « deux en une seule chair : le Christ et l’Église. » (Ep 5, 31) Le peuple chrétien est né de ces noces, sur lesquelles est descendu l’Esprit du Seigneur. Ces semailles venues du ciel se sont aussitôt répandues dans la substance de nos âmes et s’y sont mélangées. Nous nous développons alors dans les entrailles de notre Mère et, en grandissant dans son sein, nous recevons la vie dans le Christ. C’est ce qui a fait dire à l’apôtre Paul : « Le premier Adam avait reçu la vie ; le dernier Adam est un être spirituel qui donne la vie. » (1 Co 15, 45) C’est ainsi que le Christ engendre des enfants dans l’Église par ses prêtres, comme le dit le même apôtre : « Dans le Christ, je vous ai engendrés. » (1 Co 4, 15) Et c’est ainsi par l’Esprit de Dieu, le Christ fait naître l’homme nouveau formé dans le sein de sa Mère et mis au monde dans la fontaine baptismale, par les mains du prêtre, avec la foi pour témoin. Il faut donc croire que nous pouvons naître, et que c’est le Christ qui nous donne la vie. L’apôtre Jean le dit : « Tous ceux qui l’ont reçu, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. » (Jean 1, 12)

Saint Basile de Césarée, Protreptique du saint baptême

Tu adores celui qui est mort pour toi ? Alors, accepte d’être enseveli avec lui par le baptême. Si tu ne t’identifies pas à lui dans la ressemblance de sa mort, comment serais-tu associé à sa résurrection ?

Lactance, Les institutions divines

L’expérience fait voir au contraire la grandeur du pouvoir que les commandements de Dieu, qui sont simples et véritables, exercent sur l’esprit des hommes. Donnez-m’en un qui soit sujet à la colère et accoutumé à de grands emportements, je le rendrai aussi doux qu’un mouton dès que je lui aurai dit quelques paroles du Sauveur. Donnez-m’en un qui soit avare et insatiable, je le rendrai libéral, et je lui ferai donner son argent à pleines mains. Donnez-m’en un qui soit délicat, et qui n’appréhende rien tant que la douleur et la mort, je lui ferai mépriser les tourments, les feux, et le taureau de Phalaris. Donnez-m’en un qui soit débauché, je le rendrai sobre et tempérant. Donnez-m’en un qui soit cruel et qui aime à répandre le sang, je changerai toute sa fureur en humanité. Enfin donnez-m’en un qui soit injuste, déréglé et criminel, je le ferai devenir tout d’un coup équitable, réglé et innocent. Il ne faut qu’un peu d’eau pour effacer tous les crimes. La sagesse de Dieu agit avec une puissance si efficace, que dès qu’elle entre dans un cœur elle en chasse toute la folie. On ne demande rien en récompense : cela se fait gratuitement et en un instant. Que personne n’appréhende d’approcher de nous. Nous ne vendons ni l’eau ni le soleil. La fontaine de Dieu est ouverte, et sa lumière éclaire tous ceux qui ont des yeux. Y a-t-il jamais eu, ou y a-t-il maintenant un philosophe qui en puisse faire autant ?

Tertullien, Traité du baptême

Lors du déluge, qui était en quelque sorte « le baptême du monde », dont « les eaux purifièrent l’antique souillure », « la colombe lâchée de l’arche et revenant avec un rameau d’olivier, symbole de paix, même pour les païens, vint en messagère annoncer à la terre l’apaisement de la colère du ciel ». Lors du baptême du croyant, la colombe qui est l’Esprit-Saint vole vers la terre, c’est-à-dire notre chair, cette chair sortant du bain, lavée de ses anciens péchés. Elle apporte la paix de Dieu, en messagère du ciel, où se tient l’Église dont l’arche est la figure.

Saint Maxime le confesseur, Sermon

La colombe qui jadis, lors du déluge, est revenue en hâte à l’arche de Noé est celle-là même qui maintenant vient à l’Église du Christ lors du baptême ; alors, elle annonçait par le rameau d’olivier la sécurité retrouvée ; aujourd’hui, elle confère l’éternité par le symbole de la divinité. Elle portait alors dans son bec le signe de la paix ; aujourd’hui, elle répand la paix elle-même, qui est le Christ.

Saint Grégoire de Nazianze, Sermon sur le saint baptême

Tel est la grâce et la puissance du baptême ; non pas un accablement du monde ancien, mais une purification des péchés de chaque individu, et une purification complète de toutes les meurtrissures et taches du péché. Et puisque nous avons deux natures, je veux dire celles du corps et de l’âme, et qu’une partie est visible, l’autre invisible, ainsi la purification également est double, par l’eau et l’Esprit ; une est reçue visiblement sur le corps, l’autre concourant avec lui invisiblement et indépendamment du corps ; l’une distincte, l’autre assurée et purifiant les profondeurs.

Saint Clément d’Alexandrie, Le Pédagogue

Ainsi le baptême, en nous lavant de nos péchés, qui sont comme d’épaisses ténèbres, ouvre notre âme à l’esprit divin. L’œil de notre âme devient aussitôt clair et lucide ; l’Esprit saint descend en nous, et nous voyons clairement les choses divines. Nous sommes capables d’apercevoir les choses éternelles et la lumière éternelle. Le semblable cherche son semblable ; ce qui est saint est naturellement porté à aimer celui qui est la source de la sainteté, et proprement appelé la lumière. « Car, vous étiez autrefois ténèbres, vous êtes maintenant lumière dans le Seigneur. » (Éphésiens V, 8) […] Le baptême, comme un remède souverain, guérit nos péchés ; oui, tous sans exception, et il en fait disparaître jusqu’à la moindre trace.

Saint Augustin, Sermon

Le Seigneur s’est fait baptiser, non qu’Il eût besoin d’être purifié, mais pour purifier l’eau au contact de sa Chair sans tache, et pour lui communiquer la vertu de nous purifier ensuite.

Saint Ambroise de Milan, Sur les Mystères

La source de Mara était amère ; Moïse y jeta du bois et elle devint douce. En effet, sans l’invocation de la croix du Seigneur, l’eau n’est d’aucune utilité pour le salut futur ; mais lorsqu’elle a été consacrée par le mystère de la croix qui donne le salut, elle est toute prête pour fournir le bain spirituel et la boisson du salut. Donc, de même que Moïse, de façon prophétique, mit le bois dans cette source d’autrefois, ainsi l’évêque prononce sur la source que nous voyons l’invocation de la croix du Seigneur, et l’eau devient douce pour donner la grâce.

Saint Jean Chrysostome, Commentaire sur l’Évangile selon saint Jean

[Jésus s’entretenant avec Nicodème] Pourquoi, ce qui est au-dessus de la nature, le soumettez-vous aux lois de la nature ? Cette naissance surpasse la naissance ordinaire, elle n’a rien de commun avec nous. L’autre est également appelée naissance ; mais ces deux naissances n’ont de commun entre elles que le nom, elles différent dans la chose. Éloignez de votre esprit l’idée des générations ordinaires : j’apporte au monde une autre naissance. Je veux que les hommes soient engendrés d’une autre manière ; j’apporte un autre mode de création. J’ai formé l’homme de la terre et de l’eau ; cette figure faite de terre et d’eau n’a pas réussi ; le vase n’a pas pris forme. Au lieu de terre et d’eau, je vais me servir de l’eau et de l’Esprit.

Saint Pacien de Barcelone, Homélie sur le baptême

Frères, nous avons une nouvelle naissance par le baptême ; « Si nous avons mis notre espoir en ce monde seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. » (1 Co 15, 19) La vie en ce monde, comme vous le voyez, peut être aussi longue pour les animaux, les bêtes sauvages et les oiseaux que pour nous, ou même plus longue. Mais ce qui est propre à l’homme, c’est ce que le Christ nous a donné par son Esprit — la vie sans fin — mais à condition de ne plus pécher ; « Car le salaire du péché, c’est la mort ; mais le don de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur. » (Rm 6, 23)

Saint Grégoire de Nazianze, Sermon sur le saint baptême

La lumière qui apparut à Moïse était un feu qui, pour manifester sa nature et révéler sa puissance, brûlait le buisson sans le consumer. Lumière encore la colonne de feu qui conduisait Israël et rendait plus supportable le désert. Lumière, celle qui enleva Élie dans un char de feu sans le brûler. Lumière, celle qui entoura d’éclairs les bergers, lorsque la lumière intemporelle se mêla à la lumière temporelle (Apparition des Anges aux bergers de Bethléem). Lumière, le bel astre avant-coureur vers Bethléem, qui guidait les mages et accompagnait la lumière divine (le Christ) qui luit au-dessus de nous. Devenue lumière parmi nous, la lumière divine s’est manifestée à son tour aux disciples sur la montagne, mais éblouissante pour leur vue (la transfiguration du Christ). Lumière, l’apparition qui enveloppa Paul de son éclat et qui guérit l’obscurité de son âme en blessant ses yeux (lors de sa conversion sur le chemin de Damas). […] Et comparée à toutes les autres, l’illumination baptismale est plus proprement encore une lumière.

Saint Jean Chrysostome, Œuvres complètes (Homélie III)

Pleurez les infidèles ; pleurez ceux qui leur ressemblent et sortent de ce monde sans avoir connu la lumière, sans avoir été marqués du sceau de la foi. Ils sont exclus de la cour céleste, avec les damnés, avec ceux dont l’arrêt est prononcé.

Saint Basile de Césarée, Protreptique du saint baptême

Entre dans le secret de ton âme, excite le souvenir de tes actions. Si tes fautes sont nombreuses, ne te laisse pas décourager par leur multitude, car là ou le péché a abondé, la grâce a surabondé. (Rm 5, 20) […] Es-tu jeune ? Prémunis ta jeunesse par le frein du baptême. La force de l’âge est-elle passée ? […] IL convient à ce moment de la vie d’avoir devant les yeux la mort. Si un médecin te promettait de te rendre jeune, en te tirant de la vieillesse par ses soins et ses artifices, ne désirerais-tu pas aller le trouver aujourd’hui même, pour qu’il te ramène à la force de l’âge ? Le baptême te promet de faire refleurir ton âme que tu as ruinée, que tu as ridée et maculée par tes iniquités. Tu méprises ton bienfaiteur et tu n’accours pas à sa promesse ? Ne désires-tu pas voir le grand prodige de la promesse ? Comment sans mère l’homme peut renaître, comment celui qui a vieilli corrompu par les désirs trompeurs est de nouveau vitalisé, rajeuni et revient à l’authentique fleur de la jeunesse ? Le baptême, c’est la rançon des captifs, la remise des dettes, la mort du péché, la régénération de l’âme, le vêtement resplendissant, le véhicule pour le ciel, la garantie du royaume, la grâce de l’adoption.

Saint Hilaire de Poitiers, Commentaire sur le Psaume 64

Nous qui avons reçu par le sacrement de baptême la nouvelle naissance, nous éprouvons une grande joie lorsque nous ressentons en nous les premières avances de l’Esprit Saint, lorsque s’éveille en nous l’intelligence des mystères, la connaissance des prophéties, la parole de sagesse, les charismes de guérison et la domination sur les démons. Tout cela nous pénètre comme des ondées, et peu à peu ce que nous avons semé se développe en une moisson abondante.

Saint Jean Chrysostome, Commentaire sur Matthieu

Après la descente du Saint-Esprit sur Jésus, après que cette voix divine se fut fait entendre du ciel : « C’est là mon fils bien-aimé dans lequel j’ai mis toute mon affection. » Qui n’admirera, mes frères, que l’Esprit de Dieu ait conduit Jésus-Christ dans le désert, afin d’y être tenté par le démon ? Car c’est le Saint-Esprit lui-même qui l’y a conduit. Comme Jésus-Christ était venu au monde pour nous servir de modèle, et avait résolu pour cela de tout faire et de tout souffrir, il veut bien se laisser aussi conduire dans le désert, et lutter contre le démon ; afin que les nouveaux baptisés se voyant pressés de quelques grandes tentations après le baptême, n’entrent point dans le trouble et le découragement, comme s’il leur était arrivé quelque chose contre leur attente, mais qu’ils souffrent cette épreuve avec constance, comme une suite nécessaire de la profession qu’ils ont embrassée.

Jacques Monsabré, Gouttes de vérité

Allez, a dit le Christ, baptisez les nations, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Par cette formule, le Dieu vivant met la main sur tout notre être, et sur toutes ses puissances. Nous sommes baptisés au nom du Père créateur qui s’empare de notre substance et de notre vie, profanées par le péché, les purifie, et leur rend leurs droits à l’éternelle et surnaturelle béatitude. Nous sommes baptisés au nom du Fils. sagesse du Père, qui s’empare de notre intelligence enténébrée par l’ignorance, l’illumine et la retourne vers le soleil de Vérité. Nous sommes baptisés au nom du Saint-Esprit, amour personnel et vivant du Père et du Fils, qui s’empare de notre amour vicié par les convoitises, le dégage de tous les faux biens, et l’attache à son unique et éternel objet, le souverain bien. L’âme du baptisé retentit de ce cri des trois personnes divines : « Élevez-vous au-dessus de cette misérable terre ; cherchez et goûtez les choses d’en haut. »

Code de Droit Canonique de 1917 (Canon 731, Paragraphe 1)

Le baptême, porte et fondement des autres sacrements, est nécessaire, de fait ou tout au moins de désir, au salut de tous ; il n’est conféré validement que par l’ablution avec une eau vraie et naturelle, accompagnée des paroles prescrites.

Jean Daujat, La face interne de l’histoire (Page 52)

Jésus-Christ a réalisé la Rédemption au Vendredi saint et à Pâques par Sa mort et Sa résurrection : être incorporés à Lui comporte que nous mourions et ressuscitions avec Lui. C’est pourquoi saint Paul a écrit aux Romains que par le baptême nous sommes morts et ressuscités en Jésus-Christ : morts, cela veut dire un renoncement total, donc une mort à la vie de la nature pécheresse elle-même et mettant en elle sa complaisance, c’est ce le vocabulaire du baptême appelle « renoncer à Satan, à ses pompes et à ses œuvres » ; ressuscités, cela veut dire vivant dans le Christ une vie nouvelle qui est la sienne qu’Il nous communique et qui est tout entière tournée vers Dieu, livrée à Dieu. Le baptême réalise cela en germe : la vie du Christ qui prend naissance en nous au baptême est un petit germe que la nature pécheresse tend à détruire. Toute la durée de la vie chrétienne est pour que ce petit germe envahisse tout en nous, conquière tout en nous pour que finalement tout en nous soit à Jésus-Christ, c’est là l’œuvre de notre sanctification et ce n’est que lorsqu’elle est achevée que nous sommes des saints.

Adolphe Tanquerey, Précis de théologie ascétique et mystique (Pages 107-108)

Au Baptême, c’est une grâce de régénération spirituelle, qui nous purifie du péché originel, nous fait naître à la vie de la grâce, et crée en nous l’homme nouveau, l’homme régénéré qui vit de la vie du Christ. Selon la belle doctrine de saint Paul, par le baptême nous sommes ensevelis avec Jésus-Christ (c’est ce que figurait autrefois le baptême d’immersion), et nous ressuscitons avec Lui, pour vivre d’une vie nouvelle. La grâce spéciale ou sacramentelle qui nous est donnée, c’est donc : 1) une grâce de mort au péché, de crucifixion spirituelle qui nous permet de combattre et de mater les tendances mauvaises du vieil homme ; 2) une grâce de régénération qui nous incorpore à Jésus-Christ, nous fait participer à sa vie, et nous permet de vivre conformément aux sentiments et aux exemples de Jésus-Christ, et d’être ainsi de parfaits chrétiens. De là pour nous le devoir de combattre le péché et ses causes, d’adhérer à Jésus et d’imiter ses vertus.

Dom Guéranger, L’explication de la Messe (Page 63)

Le baptême nous fait enfants de Dieu, en même temps qu’il nous donne la grâce sanctifiante, par laquelle le Saint-Esprit vient habiter en nous. Et lorsque, par le péché mortel, l’homme a le malheur de perdre cette grâce, l’absolution qui le réconcilie avec Dieu, lui rend cette grâce du baptême, cette sanctification primordiale et non une autre, tant est forte cette grâce première. Le baptême prend toute sa force dans l’eau qui est sortie du côté de Notre-Seigneur, et qui a été ainsi pour nous le principe de vie ; aussi Notre-Seigneur nous a-t-il véritablement produits et c’est là le seul et unique baptême que nous devons confesser et reconnaître.

Pierre Lombard, Les Quatre Livres des Sentences (Quatrième livre, Distinction VIII, Chapitre II)

Qu’une figure de ce sacrement a précédé dans l’Ancien testament, de la même façon qu’il y a la figure du baptême. – Ambroise. La figure de celui-ci a précédemment existé, quand « Dieu a fait pleuvoir la manne pour les Pères dans le désert, qui se nourrissaient chaque jour de l’aliment du ciel ; d’où : L’homme a mangé le pain des anges. Mais ceux qui mangèrent alors de ce pain-là sont morts ; tandis que celui-ci, le pain vivant qui est descendu du ciel, a accordé la vie au monde. Cette manne venait du ciel, celui-ci vient du haut du ciel. Celui-là était abondant, mis de côté pour un autre jour ; celui-ci est étranger à toute corruption, quiconque en aura goûté avec piété, ne verra pas la corruption .» Celui-là avait été donné aux anciens après le passage de la mer Rouge, là où, les Égyptiens étant submergés, les Hébreux avaient été délivrés ; de même, cette manne céleste ne doit être proposée qu’à ceux qui sont renés. Ce pain du corps conduisait le peuple ancien à travers le désert jusqu’à la terre promise ; cette nourriture céleste emporte au ciel les fidèles qui traversent le désert de ce siècle. C’est ainsi qu’il est à bon droit appelé le viatique, car, nous refaisant en chemin, il nous conduit jusqu’à la patrie. De même, donc, que la figure du baptême a précédemment existé dans l’épisode de la mer Rouge, de même l’annonce du corps du Seigneur a-t-elle précédemment existé dans l’épisode de la manne. Ces deux sacrements ont été montrés quand le sang et l’eau ont coulé du côté du Christ, car le Christ est venu nous racheter du diable et du péché par le sang de la rédemption et par l’eau de la purification, comme il a délivré les Israélites de l’exterminateur par le sang de l’agneau pascal, et des Égyptiens par l’eau de la mer Melchisédech, aussi, a fait voir le rite de ce sacrement, quand il apporta le pain et le vin à Abraham. D’où il est donné à comprendre, ainsi que l’affirme Ambroise, que « Les sacrements des Chrétiens sont plus anciens que ceux des Juifs. »

Bibliographie

  • Etienne Dumoulin, La théologie du baptême d’après saint Thomas d’Aquin