Sylvain Gouguenheim, L’homme nouveau (HS n°4)
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Le jihad désigne tout effort accompli dans la voie de Dieu pour être un bon musulman. Aux origines de l’islam et dans ses premiers siècles cet effort fut compris dans un sens militaire (conquêtes de l’Arabie, de l’Égypte, de l’Afrique du Nord). Le jihad correspond à la pratique de Mahomet qui a organisé plusieurs expéditions. Le jihad militaire est une obligation collective qui ne se limite pas aux Lieux saints de l’islam mais concerne tout l’espace musulman et tous les territoires où l’islam est en guerre. La mort au combat garantit l’accès au « Paradis d’Allah ». La croisade est un appel, pas une obligation. Un appel lancé par la papauté pour accomplir un pèlerinage en Terre sainte et reprendre militairement les Lieux saints occupés par les musulmans. La croisade ne vise pas à la conquête ; la plupart des croisés revenaient en Europe une fois leur vœu accompli. Aussi, elle ne garantit pas l’accès au Paradis : le croisé n’obtient s’il meurt que l’indulgence plénière qui le délivre des peines à accomplir ici-bas en sanction de ses péchés. Enfin les croisades mêlaient des combattants et des foules de pèlerins, y compris des femmes et des enfants, que les croisés devaient protéger.
Abbé Auguste Boulenger, Manuel d’apologétique
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Les Croisades eurent pour but la délivrance des Lieux Saints. Accuser les Papes d’en avoir été les promoteurs, c’est leur reprocher d’avoir fait leur devoir. Que les Papes aient profité de leur autorité incontestée sur les rois et les princes chrétiens pour les déterminer à se croiser, il n’est que trop naturel, mais, en tout cela, nous ne voyons pas les traces d’une ambition de mauvais aloi qui ne recule pas devant l’injustice d’une cause pour satisfaire la soif de domination d’un homme. Au contraire, l’on peut dire que les Papes furent de tous les souverains de leur temps, les plus clairvoyants, car ils eurent l’intuition du danger qui menaçait l’Europe. Il est vrai que les Croisades ne réussirent pas à l’écarter définitivement, puisque, en 1453, c’est-à-dire 400 ans après, Constantinople tombait aux mains des Turcs, mais n’est-ce pas aussi la meilleure preuve que l’idée des Papes était juste ? On allègue que les croisades furent de mauvaises entreprises parce qu’elles furent malheureuses, et qu’elles aboutirent à un échec total. Mais où a-t-on vu que toute œuvre est mauvaise, qui ne réussit pas ? Au surplus, il ne dépendit pas des Papes qu’elles fussent menées à bonne fin, et ce serait vraiment manquer de bonne foi que de les rendre responsables des fautes qui furent commises, des abus qui furent le fait des aventuriers qui se mêlèrent aux soldats chrétiens, des dissensions, des ambitions personnelles, des mesquines rivalités des princes, bref, de tout un ensemble de choses qui firent échouer les Croisades. Mais si le but premier pour lequel elles furent entreprises, ne fut pas atteint, si Jérusalem, un moment délivrée, retomba plus tard au pouvoir des infidèles, il n’en reste pas moins que les Croisades eurent des résultats incontestables, bien que secondaires et en dehors de l’objectif poursuivi par les Papes. Tout d’abord, du seul point de vue général et moral, n’est-ce pas un spectacle plein de grandeur que cette foule d’hommes qui se lève en masse pour courir à la conquête d’un tombeau et défendre sa foi ? Au point de vue intérieur, les Croisades eurent pour effet de supprimer, au moins momentanément, le fléau des guerres privées, en rapprochant les individus, en fusionnant les races, les Français du Nord et ceux du Midi, et en faisant passer dans tous les cœurs un grand courant de fraternité nationale. Enfin, au point de vue extérieur, les Croisades préservèrent l’Europe de la conquête musulmane. D’autre part, elles furent le point de départ des explorations géographiques qui découvrirent l’Extrême-Orient aux Occidentaux et elles rouvrirent la route du commerce entre l’Europe et l’Asie : l’Orient redevint accessible aux marchands de l’Occident.
François-René de Chateaubriand, Itinéraire de Paris à Jérusalem (Page 334)
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N’apercevoir dans les croisades que des pèlerins armés qui courent délivrer un tombeau en Palestine, c’est montrer une vue très bornée en histoire. Il s’agissait non seulement de la délivrance de ce tombeau sacré, mais encore de savoir qui devait l’emporter sur la terre ou d’un culte ennemi de la civilisation, favorable par système à l’ignorance, au despotisme, à l’esclavage, ou d’un culte qui a fait revivre chez les modernes le génie de la docte antiquité et aboli la servitude. Il suffit de lire le discours du pape Urbain II au concile de Clermont pour se convaincre que les chefs de ces entreprises guerrières n’avaient pas les petites idées qu’on leur suppose, et qu’ils pensaient à sauver le monde d’une inondation de nouveaux barbares. L’esprit du mahométisme est la persécution et la conquête : l’Évangile au contraire ne prêche que la tolérance et la paix. Où en serions-nous si nos pères n’eussent repoussé la force par la force ? Que l’on contemple la Grèce et l’on apprendra ce que devient un peuple sous le joug des Musulmans. Ceux qui s’applaudissent tant aujourd’hui du progrès des lumières auraient-ils donc voulu voir régner parmi nous une religion qui a brûlé la bibliothèque d’Alexandrie, qui se fait un mérite de fouler aux pieds les hommes et de mépriser souverainement les lettres et les arts ? Les croisades, en affaiblissant les hordes mahométanes au centre même de l’Asie, nous ont empêchés de devenir la proie des Turcs et des Arabes.
Egon Flaig, professeur universitaire d’histoire ancienne, dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung du 16 septembre 2006 (Quotidien allemand)
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Urbain II avait vu juste. Si Constantinople était tombée dès 1100 (au lieu de 1453) alors l’énorme puissance militaire de l’armée turque se serait abattue sur l’Europe centrale avec 400 ans d’avance. La richesse et la diversité de la culture européenne n’auraient alors probablement pas vu le jour : pas de constitutions de cités libres, pas de débats législatifs, pas de cathédrales, pas de Renaissance, pas d’essor des sciences ! Puisque dès cette époque-là, dans le monde islamique, disparaissait le modèle grec de la libre pensée. Le jugement de Jacob Buckhardt « Une chance que l’Europe unie ait lutté face à l’islam » signifie simplement que nous devons aux Croisés à peu près autant qu’aux victoires défensives des Grecs contre les Perses. »
Jean Flori, Idées reçues sur les croisades (Page 29)
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La première croisade n’est pas une guerre à l’islam en tant que religion. C’est une guerre de reconquête et de « libération de la Palestine ». Ce n’est pas une guerre missionnaire : la conversion des musulmans n’est pas envisagée en tant que telle.
Éric Picard, Histoire du Christianisme N° 28 (Juin 2005)
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Une idée reçue prétend que le Saint-Siège aurait voulu se doter d’un deuxième patrimoine de Saint-Pierre, d’où les Croisades. En réalité, le pape n’a jamais demandé d’hommage au roi de Jérusalem. C’est-à-dire qu’il n’a jamais songé à établir un lien de dépendance même féodal entre le Saint-Siège et les États latins d’Orient.
Michael Hesemann, Les points noirs de l’histoire de l’Église (Pages 184-185)
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Il n’y eut en réalité aucune promesse de richesse matérielle. Le décret du concile de Clermont affirma même exactement le contraire, sans aucune équivoque possible : « Quiconque par seule piété, non pour gagner honneur ou argent, aura pris le chemin de Jérusalem en vue de libérer l’Église de Dieu, que son voyage lui en soit compté pour seule pénitence. » Le départ pour la Terre sainte, l’abandon de tous ses biens, et même de sa famille dans l’incertitude de jamais revoir un jour le pays natal, c’était le sacrifice ultime, compris au sens de ceux qui suivent le Christ sans condition, exactement comme l’a défini Saint Pierre : « nous voici que nous tout quitté, et que nous t’avons suivi ; qui aura-t-il donc pour nous ? » (Mt 19:27) Les testaments laissés par de nombreux Croisés constituent le témoignage éloquent de leurs attitudes profondément religieuse. Quant aux princes laïcs de la première Croisade – Godefroy de Bouillon, Robert de Normandie, Bohémond de Tarente, Raymond IV de Toulouse, Baudouin de Boulogne – ils étaient tous, à l’exception de Baudouin, les fils aînés et les héritiers de duchés et de comtés considérables. Deux d’entre eux hypothéquèrent, voire mirent en vente la totalité de leurs biens et propriétés afin de financer l’expédition. Lorsqu’on voulut confier à Godefroy de Bouillon la couronne de Jérusalem, il la refusa : il ne voulut pas régner comme roi dans cette ville où Jésus-Christ n’avait porté que la Couronne d’épines. Il préféra plutôt se voir attribuer le titre d’avoué du Saint-Sépulcre.
Pierre Gaxotte, Histoire des Français (Page 182)
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De tous les pèlerinages, il n’en était pas de plus saint que Jérusalem. C’est le rite de la grande pénitence, de la purification individuelle. Il créé une vie neuve, il marque la crise décisive où le vieil homme se dépouille. Il est aussi sacrifice, car il se fait dans un esprit de pauvreté qui exalte la vertu salvatrice du dénuement et il comporte le risque de perdre la vie.
Jacques Heers, La Première Croisade : Libérer Jérusalem 1095-1107 (Pages 14-15)
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Contrairement à une idée encore trop souvent admise, ces commerces lointains n’étaient pas, pour les hommes d’affaires des villes portuaires d’Italie, une activité fondamentale dont aurait dépendu leur prospérité et celle de leur ville. Nous en avons beaucoup exagéré l’importance et d’autres négoces comptaient bien plus : ceux des produits alimentaires (blés, vins, huiles) et ceux de la laine. De toute façon, il ne semblait pas nécessaire de conquérir la Terre sainte pour s’assurer un meilleur ravitaillement en produits orientaux. Jérusalem et les autres villes de Palestine étaient alors peu visitées par les grands marchands, musulmans ou chrétiens ; leur production en objets de prix restait relativement pauvre, et les caravanes qui amenaient les épices de l’Asie lointaine passaient par d’autres routes, soit vers l’Égypte, soit par Damas et Constantinople. Au moment où le pape et les évêques prêchaient la croisade, les hommes d’affaires italiens, fréquentaient déjà assidûment depuis quelques décennies, ces marchés du Caire, d’Alexandrie et de Byzance ; ils en connaissaient les routes et les pratiques; ils y avaient obtenu des garanties et même, à Constantinople, des comptoirs situés dans la ville. Attribuer une influence décisive aux marchands « capitalistes » italiens, à leurs ambitions effrénées et à leur soif de profits, c’est privilégier une seule optique et, en outre, méconnaître la géographie des routes et des négoces de cette époque. Risquer des investissements et des énergies vers des horizons non encore explorés, aux ressources incertaines, ne pouvait les intéresser. Ce qui leur convenait, c’était poursuivre leurs affaires sur des routes et des marchés parfaitement connus, inventoriés, qui avaient fait leurs preuves. La croisade était forcément une aventure ; ce n’était pas la leur.
Bibliographie
- Jean Flori, Idées reçues sur les croisades