Hilaire Belloc, L’Europe et la foi
Ainsi vont les choses. Nous touchons, enfin, aux ultimes conséquences de la catastrophe de jadis, un État social qui se défait, et une décomposition morale, un désarroi spirituels tels qu’il n’y a plus de corps politique. Les hommes, de toutes parts, sentent que poursuivre cette route interminable et sans cesse assombrie, c’est accroître une dette inexpiable. Toute apparence de solution recule devant nous ; nos diverses formes de connaissance vont divergeant de plus en plus. L’Autorité, le principe même de la vie, perd son sens, et ce majestueux édifice de notre civilisation, dont nous sommes les héritiers, qui est commis à notre garde, chancelle et menace de crouler. Déjà se dessinent les lézardes. D’un instant à l’autre, il peut s’effondrer. Et nos yeux verront peut-être sa ruine. Ruine soudaine, mais ruine, surtout, définitive. En cet instant crucial, la vérité historique nous reste ; cette demeure européenne, la demeure de nos pères, élevée sur les nobles fondations de l’antiquité classique, ne s’est bâtie, n’existe, n’a de raison d’être et ne subsistera que par l’Église catholique. L’Europe retournera à la Foi, ou bien elle périra. La Foi, c’est l’Europe. Et l’Europe, c’est la Foi.
Edmund Burke, Réflexions sur la Révolution en France
Mais l’âge de la chevalerie est passé. Celui des sophistes, des économistes et des calculateurs lui a succédé ; et la gloire de l’Europe est éteinte à jamais.
Lionel Lindsay, Catéchisme de controverse
Pour ce qui concerne les Musulmans, l’Europe catholique n’eut en vue que de se protéger contre les attaques continuelles de ces ennemis acharnés du nom de chrétien. On sait tout ce qu’ils firent souffrir aux chrétiens en Palestine, en Syrie, en Espagne, et ce qu’il fallut d’énergie persévérante pour les empêcher de prendre racine dans la plus grande partie de l’Europe. C’est l’Église Romaine, ce sont les Papes, en particulier, qui ont été les sauveurs de l’Europe et qui ont préservé la civilisation d’une ruine complète. Sans eux, les Musulmans seraient les maîtres de la France, de l’Espagne, de l’Italie, de l’Autriche, etc. Dans toutes ces luttes sanglantes contre les fanatiques mahométans, l’Église n’avait pas l’intention de leur imposer la foi malgré eux ; elle voulait surtout se protéger contre leur barbarie et leurs invasions formidables.
Léon Degrelle, Discours (5 mars 1944)
Et puis, il y a le vieux nationalisme restrictif, celui de « la France seule ». Avoir, à vingt ans, embrassé les colonnes roses de l’Acropole, avoir, à vingt ans, crié : « je suis Romain », être d’Athènes et de Rome, être de Provence ou de Paris, tout cela aurait dû conduire à être d’Europe. Un Français ne peut pas être aujourd’hui de France seule. Un Français est d’Europe. Il est solidaire de la civilisation de la Bavière, d’Athènes, de Madrid, des Pays-Bas ou de la Prusse. Nous sommes la même unité et le même péril est là, qui nous attend. […] La France doit comprendre que ce nationalisme de restriction, c’est la caricature du nationalisme. Ou la France se trouvera avec l’Europe, ou elle périra avec elle, mais la France ne restera pas toute seule. Il n’y a plus personne qui puisse rester seul. Car maintenant, au-dessus de toutes les Patries, il y a la grande Patrie Europe, notre civilisation, notre sang, notre vie. Que nous soyons fils de Paris, ou fils de Bruxelles, nous sommes tous fils de l’Europe, de la Baltique à Gibraltar.
Maurice Bardèche, L’Œuf de Christophe Colomb – Lettre à un sénateur d’Amérique
Si la pensée de certains est de faire une Europe antifasciste et apatride, qui serait pour ainsi dire télécommandée de New-York ou de Tel-Aviv, cette Europe colonisée ne nous intéresse pas du tout. Transporter l’antifascisme du plan national sur le plan européen, c’est tout simplement étendre à l’échelon continental les causes de faiblesse et de ruine, c’est condamner à mort l’Europe que nous voulons créer. […] Je crois à l’Europe, à condition qu’elle soit l’Europe et qu’elle n’obéisse ni à Washington ni à Moscou.
Paul Bazan, Le cri du peuple (30 mai 1942)
Refaire l’Europe, c’est refaire une unité spirituelle, refaire proprement une chrétienté. C’est la chrétienté dans son sens exact qu’il faut rebâtir. Si cette chrétienté doit être rebâtie, elle le sera par le socialisme (au sens national) ; s’il n’en est rien, si l’Europe ne s’unit pas à la suite des tribulations actuelles, nous pouvons dire qu’une unité sera faite, mais une unité dans le malheur, caricaturalement réussie par un bolchevisme général qui ne serait qu’une sorte de chaos, un désordre commun et irrémissible. C’en serait fait du patrimoine de culture et de science d’un continent qui cependant a reçu la plus haute mission civilisatrice et qui porte le flambeau de la connaissance.
Julien Freund, La Décadence
L’Europe a inventé la science expérimentale et mathématique, ainsi que les sciences humaines, historiques, sociologique, psychologique ou économique. Elle a été l’ouvrière de la rationalisation technique, elle a engendré en politique la démocratie, élaboré en économie le système de l’abondance, etc. On peut lui faire grief de diverses profanations et excès, il n’empêche que cette œuvre est grandiose. De plus, elle est la seule civilisation qui a découvert les autres civilisations dans l’espace et le temps. […] Il apparaît que la condition première de la défense de la civilisation européenne consiste dans le réveil, de la part des Européens, de leur fierté, sans laquelle ils ne retrouveront pas la confiance en eux-mêmes. Sans amour-propre on ne saurait aimer les autres, ce qui veut dire que celui qui est mécontent de soi est également mécontent des autres.
Joseph de Maistre, Les Soirées de Saint-Pétersbourg
Le sceptre de la science n’appartient à l’Europe que parce qu’elle est chrétienne. Elle n’est parvenue à ce haut point de civilisation et de connaissance que parce qu’elle a commencé par la théologie ; parce que les universités ne furent d’abord que des écoles de théologie, et parce que toutes les sciences greffées sur ce sujet divin ont manifesté la sève divine par une immense végétation.
Maurice Bardèche, L’Œuf de Christophe Colomb – Lettre à un sénateur d’Amérique
Laissez l’Europe à son propre génie, laissez-la à sa propre culture, laissez-la trouver dans son passé et dans son sang, les solutions qui sont les siennes. Ne forcez pas cette image du monde que Dieu a créé selon son plan et non selon le vôtre. Nous ne sommes pas des nègres, nous ne sommes pas des jaunes, nous ne sommes pas des sémites, nous ne sommes pas des Américains. Ne superposez pas votre Babel à la nature. Agissez selon la nature des choses. La sagesse politique c’est cela.
Nicolas Berdiaev, Le Nouveau Moyen Âge
Le catholicisme n’a pas seulement conduit l’homme au ciel, il a créé la beauté et la gloire ici-bas également. En cela est le sublime mystère du catholicisme : son aspiration au ciel et à la vie éternelle créé la beauté et fonde la puissance dans la vie terrestre temporaire. L’ascétisme du monde catholique médiéval a été une bonne préparation pour la création, il a conservé et concentré les forces créatrices de l’homme. L’ascèse médiévale a été une école sublime pour l’homme, elle a donné une trempe spirituelle sublime. Et l’homme européen de l’histoire moderne a vécu de ce qu’il avait spirituellement acquis à cette école, il est redevable de tout au christianisme. […] Mais au XIXème siècle s’est produite en Europe une des plus terribles révolutions qu’ait jamais subies l’humanité dans toute son histoire. La machine est entrée en vainqueur dans la vie humaine et a altéré tout son rythme organique. La machine a détruit toute la structure séculaire de la vie humaine, structure qui était organiquement liée à la vie de la nature.
Alain de Benoist, Critiques-Théoriques
Christophe Colomb a découvert l’Amérique il y a un peu plus de cinq cents ans. Le moment est venu pour l’Europe de l’oublier et de se redécouvrir elle-même.
Edwige Thibault, L’ordre SS
Ce n’était pas une tentative d’uniformisation comparable au « mythe américain » s’efforçant de fondre en un bloc des communautés aux origines les plus diverses, n’ayant souvent aucun point commun. L’américanisme et le cosmopolitisme furent amplement dénoncés du fait de leur action corruptrice et anti-culturelle ennemie du génie aryen. L’idéologie SS mettait également fin aux divisions entre frères celtes et germains, créées de façon artificielle par les Romains à des fins politiques. Les Celtes, les Latins, les Scandinaves et les Slaves indo- européens, branches multiples d’un même arbre, recevraient leur place au sein de la future Europe, en tant que groupes fédérés conservant leurs particularités. Ce projet trouva son cadre approprié dans le concept d’« Empire » (Reich) qui perdit sa dénomination de « Troisième » dès 1939, sur ordre de Hitler. Le « Troisième » Reich trop allemand laissait donc la place à l’Empire européen, démontrant une fois de plus l’engagement européen des responsables nationaux-socialistes déjà bien avant la guerre. Le grand Empire germanique européen, mythe traversant constamment l’Histoire de l’Europe mais jamais concrétisé, devait enfin voir le jour par l’intermédiaire du national-socialisme et servir de structure à l’unité européenne. Cet Empire se serait limité toutefois au cadre de l’espace vital historique des Européens, reconquérant d’anciens territoires perdus à l’Est sans commettre l’erreur historique d’aller au-delà. La mentalité « colonialiste » des siècles passés a d’ailleurs été vivement critiquée.
Léon Degrelle, Interview (Octobre 1976)
Et quand je récapitule, je n’ai qu’un sentiment, c’est un immense regret. Regret que nous n’ayons pas réussi, que nous n’ayons pas pu créer ce monde européen qui eut été le maître de l’univers pour toujours, qui assurait à la race blanche, la première des races, la grande domination de l’esprit. Et quand nous voyons ce qu’il y a en face, ce que trente ans de victoire des autres ont donné… Cette anarchie dans le monde… Cette débandade du monde blanc… Cette désertion à travers l’univers… Quand nous voyons dans nos propres pays la décomposition des mœurs, la chute de la patrie, la chute de la famille, la chute de l’ordre social… Quand nous voyons cet appétit des biens matériels qui a succédé à la grande flamme de l’idéal qui nous animait… Eh bien, vraiment, entre les deux, nous avions choisi le bon côté ! […] La petite Europe misérable d’aujourd’hui, de ce Marché commun étriqué, ça peut pas donner le bonheur aux hommes ! La société de consommation pourrit l’humanité au lieu de la grandir ! Alors nous autres au moins nous avons rêvé à quelque chose de grandiose, et nous n’avons qu’un désir, c’est que cet esprit-là renaisse, et, avec mes forces et jusqu’au dernier moment de mon existence, je lutterai pour cela, pour que ce qui fut notre combat et notre martyr, soit un jour la résurrection du monde !
Pape Léon XIII, Immortale Dei (Encyclique)
Si l’Europe chrétienne a dompté les nations barbares et les a fait passer de la férocité à la mansuétude, de la superstition à la vérité ; si elle a repoussé victorieusement les invasions musulmanes, si elle a gardé la suprématie de la civilisation, et si, en tout ce qui fait honneur à l’humanité, elle s’est constamment et partout montrée guide et maîtresse ; si elle a gratifié les peuples de sa vraie liberté sous ces diverses formes ; si elle a très sagement fondé une foule d’œuvres pour le soulagement des misères, il est hors de doute qu’elle en est grandement redevable à la religion, sous l’inspiration et avec l’aide de laquelle elle a entrepris et accompli de si grandes choses.
Alphonse de Châteaubriant, La Gerbe (27 janvier 1944)
L’origine de l’Europe est la profession de foi à la croix. Cette profession de foi a transformé en unité la pluralité des peuples qui vivaient entre la mer du Nord et la Méditerranée. C’est elle qui a créé l’espace spirituel dans lequel les peuples se sentent tous chez eux et crée entre eux une communauté auparavant inconnue. Jamais sans cette communauté, l’Europe n’eut pu se former.
Jean Thiriart, Un Empire de 400 millions d’homme, l’Europe
L’Europe s’est forgée dans les épreuves. Elle s’est ainsi tempérée, elle s’est unifiée par le sang versé en commun. L’Europe est tissée sur une immense trame de luttes sans lesquelles elle n’existerait pas aujourd’hui. Les acteurs héroïques de ces tragédies n’ont pas pu, de leur vivant, mesurer l’ampleur de leurs sacrifices. Seule la distance de l’Histoire nous permet d’apprécier l’immense perspective dessinée à travers vingt-cinq siècles.
Adolf Hitler, Discours (11 décembre 1941)
Qu’est-ce donc que l’Europe ? Il n’existe pas de définition géographique de notre continent, mais seulement une définition démographique et culturelle. Ce n’est que l’Oural qui est la limite de ce continent, mais c’est toujours la ligne qui sépare la vie occidentale de la vie orientale. Il fut un temps où l’Europe était cet îlot grec où avaient pénétré les tribus nordiques, pour y allumer pour la première fois une lumière qui, depuis lors, a commencé lentement, mais de plus en plus vivement, à éclairer l’humanité. Et lorsque ces Grecs repoussèrent l’invasion des conquérants perses, ce n’était pas seulement leur pays, la Grèce, qu’ils défendaient, mais ce qui constitue la notion de l’Europe actuelle. Puis le centre de l’Europe se déplaça de l’Hellade vers Rome. La pensée romaine et l’art de la politique romaine s’allièrent à l’esprit et à la civilisation de la Grèce. Alors fut créé un empire mondial dont l’importance et la force rayonnante n’ont jamais été dépassées, ni même atteintes. Mais lorsque les légions romaines défendirent dans trois rudes guerres l’Italie contre l’assaut des troupes africaines de Carthage sur lesquelles elles remportèrent finalement la victoire, ce n’était pas non plus seulement pour Rome qu’elles combattaient, mais pour l’Europe que représentait le monde gréco-romain. L’invasion suivante contre ce berceau de la nouvelle culture humaine venait des vastes étendues de l’est. Une effroyable vague de hordes, dénuées de culture, se déversa du centre de l’Asie jusqu’au cœur du continent européen actuel, brûlant, incendiant, assassinant, véritables fléaux du Seigneur. Dans la bataille des champs catalauniques, Romains et Germains s’unirent pour la première fois dans une lutte d’une importance incalculable pour leur destinée ultérieure, et combattirent pour une civilisation qui, venue des Grecs, avait attiré aussi dans son orbe les Germains après les Romains. L’Europe avait grandi. De l’Hellade et de Rome était né l’Occident et sa défense fut pendant de longs siècles, non seulement la tâche des Romains mais aussi et surtout celle des Germains. Dans la mesure où l’Occident, éclairé par la civilisation grecque, se remplissait des traditions de l’empire romain à la suite de la colonisation germanique qui élargissait ses frontières, s’étendait aussi l’espace que nous appelons l’Europe. Qu’il s’agisse de la lutte des empereurs allemands sur l’Unstrut ou sur le Lechfeld pour repousser les invasions venant de l’est ou des longues luttes à la suite desquelles l’Afrique fut refoulée de l’Espagne, c’était toujours la même lutte de l’Europe en voie de constitution contre un monde profondément étranger à son caractère. Si autrefois Rome s’était acquis des mérites inoubliables en créant et défendant ce continent, c’étaient maintenant les Germains qui, eux aussi, défendaient et protégeaient une famille de peuples, si différenciés et divergeant qu’ils pussent être par leurs formes politiques et par leurs buts. En somme, ils constituaient pourtant un ensemble, uni par les liens du sang, par une même civilisation et ils se complétaient. […] Mes députés, hommes du Reichstag allemand, j’ai dû m’étendre sur ces points, car la lutte qui, dans les premiers mois de cette année, a peu à peu commencé à se révéler inévitable et dont le Reich allemand est appelé, cette fois en première ligne, à prendre la direction, dépasse également les intérêts de notre peuple et de notre pays. De même que jadis les Grecs en combattant contre les Perses ne défendaient pas seulement la Grèce, que les Romains ne défendaient pas seulement Rome en luttant contre les Carthaginois, que Romains et Germains en affrontant les Huns ne défendaient pas seulement l’Occident, que l’empereur allemand ne combattait pas seulement pour l’Allemagne en se battant contre les Mongols, que les héros espagnols ne défendaient pas seulement leur pays contre l’Afrique, mais aussi l’Europe, aujourd’hui l’Allemagne également ne combat pas non plus seulement pour elle-même, mais pour tout notre continent.
Jean-Jacques Stormay, Doctrine du Fascisme Catholique en abrégé
En droit, au tribunal des hiérarchies métaphysiques, c’est à l’Europe qu’il appartient d’être le centre du monde, d’une part parce que l’Europe est le siège de la vraie Chrétienté, ainsi du catholicisme, d’autre part parce que l’Indo-européen est le type d’homme en lequel se réalise et se pense le plus adéquatement la condition humaine elle-même, au point que c’est par les concepts élaborés par l’Europe que les autres nations accèdent à la conscience de leurs identités respectives : le concept de nation est lui-même un concept européen ; de plus, si la nature humaine est évidemment commune à tous les hommes qui, sous ce rapport, par-delà tout réductionnisme étroitement biologique, sont tous également hommes, la thématisation du rapport entre nature (humaine et universelle) et culture (particulière) est elle-même le fait de la culture occidentale qui peut à bon droit, de ce fait, se reconnaître une capacité d’universalité faisant de l’Occidental le héraut privilégié du genre humain. La philosophie est venue au jour en Grèce, son lieu d’élection est l’Europe, et elle est la conscience de soi de l’humanité dans l’homme.
Jean de Brem, Le testament d’un Européen
À moi, qui ne suis rien et qui n’apporte rien, la civilisation fait un cadeau gigantesque : le patrimoine de l’Europe. Il est fait de trésors et de souvenirs. Chacun de nous, je crois, doit ressentir le même drame : chacun de nous est le dernier des Européens. Pour toutes ces pierres, pour tous ces aigles et pour toutes ces croix, pour la mémoire de l’héroïsme et du génie de nos pères, pour notre terre menacée d’esclavage et pour le souvenir d’un grand passé, la lutte ne sera jamais vaine. Chaque geste que vous ferez vers une Europe unifiée protégera un peu plus le trésor du monde.
Pierre Piquemal, Pour Dieu et la Patrie – Des chantiers de jeunesse à la Waffen SS
Leur pangermanisme exacerbé disparaissait de plus en plus devant la nécessité d’une Europe constituée de tous les États égaux et solidaires, une fédération de patries et non d’États dominés et dirigés par l’Allemagne. L’évolution dans l’esprit de beaucoup d’allemands, était arrivé au point où ils acceptaient que l’Allemagne comme la France, l’Angleterre, l’Espagne, l’Italie et tous les autres pays soient les provinces d’une grande Europe, petits États en soi, gardant leurs traditions, leurs coutumes, leurs modes de vie propre ; mais comme la Russie avait été communiste au sens matérialiste et faussement égalitaire, l’Europe serait socialiste au sens propre et humain du mot, libérée du capitalisme mondial qui l’asservissait et du matérialisme qui la dégradait. Pour construire l’Europe de l’Atlantique jusqu’à l’Oural, l’Allemagne par ses qualités d’ordre et de travail, au début serait la locomotive et l’intermédiaire de tous les peuples germains, et s’étendrait vers l’Est, comme la France et d’autres pays qui l’entourent seraient les représentants d’un courant à dominante latine à qui incomberait en particulier la liaison avec les pays Africains.
Bernhard Schaub, L’action européenne
Allons-nous retourner à l’État-Nation antédiluvien ? C’est une idée suave que caresse plus d’un patriote bien intentionné. Et en effet, l’aspiration à des États présentant de nouveau plus d’uniformité ethno-indigène et culturelle doit faire son chemin. Mais, en même temps, l’histoire des deux guerres mondiales a montré qu’un seul État, même s’il mène un combat héroïque, doit finalement perdre contre les mondialistes aux engagements planétaires. Le Reich allemand et le peu d’alliés qu’il comptait n’étaient pas à même de tenir tête aux coalisés du système capitalistico-bolchevique. […] Il nous incombe de faire concorder les postulats justifiés des deux idées, l’européenne et l’ethno-indigène nationale. Mais précisons ce que voulons-nous : nous voulons des peuples qui puissent vivre conscients d’eux-mêmes, identiques à eux-mêmes, sur un sol et des assises correspondant à leurs caractéristiques particulières profondes. Or même cela, les maîtres du monde actuels cherchent à empêcher, parce que, pour eux, le métis sans racine est beaucoup plus facile à manipuler. Vous comprendrez pourquoi nous devons travailler à l’édification d’une puissance suffisamment forte pour contraindre les internationalistes à la défensive. Les Européens lucides voient aujourd’hui clairement que la défaite du Reich allemand lors de la guerre allant de 1914 à 1945 est en réalité une défaite de toute l’Europe. […] Un projet politique qui se veut vraiment européen, doit franchement envisager une inversion de l’UE. L’Union européenne est pratiquement impuissante dans sa politique extérieure et celle de la défense, appendice qu’elle est de l’axe Washington-Jérusalem. Comme pour remédier à cette faiblesse, elle fait d’autant plus miroiter ses avantages à l’intérieur et conseille ses pays membres dans toutes les affaires économiques, politico-financières, culturelles et juridiques. Or c’est précisément au contraire que nous aspirons : la future Europe doit parler vers l’extérieur d’une seule voix et, si nécessaire, frapper d’un seul poing ; vers l’intérieur, en revanche, elle doit laisser toute liberté à ses peuples de régler leurs propres intérêts à leur manière et selon leurs besoins. L’Europe est un organisme, pas une machine !
Léon Degrelle, Interview (20 novembre 1993)
Depuis deux mille ans, l’Europe a vécu sous la bannière du christianisme, que ce soit dans les pays de la Méditerranée ou dans les pays du Nord. Charlemagne a répandu le catholicisme dans les différentes régions. Les peuples nordiques, comme ceux du Sud, ont partagé la même vie spirituelle, et c’est ce qui constitue le fondement même de notre personnalité. Il existe évidemment d’autres religions, qui peuvent avoir leur noblesse, mais la religion de l’Europe, c’est précisément le catholicisme, qui n’est pas la même chose que le cléricalisme ou la Bible. C’est la vie du Christ, la vie du Christ renouvelée par le classicisme grec et la civilisation romaine, que la Renaissance et la Révolution nous ont transmis après le Moyen Âge. Ce n’est pas seulement une tradition ; c’est une manière de vivre, et c’est pour cela qu’elle est si importante. On parle de tradition, mais c’est la religion chrétienne qui a maintenu les grandes vertus en Europe, la vie de famille ; par exemple, la morale publique et la morale privée sont deux caractéristiques de l’Europe chrétienne. L’homme qui a un idéal très élevé, c’est-à-dire celui qui suit la loi de sa conscience, est typiquement chrétien. Quand on voit les scandales d’aujourd’hui, l’incroyable corruption politique à tous les niveaux, même dans des pays qui furent les piliers du catholicisme, comme l’Italie ; comment des centaines d’hommes politiques vivent de la corruption passive et active, recevant de l’argent auquel ils n’ont pas droit et obligeant les industriels à le leur remettre ; l’immoralité de la jeunesse, le désir de vivre, de jouir de tout, l’hédonisme ambiant, cette véritable folie du bien-être… eh bien, toutes ces choses vont à l’encontre des fondements mêmes du christianisme. Il n’y aura pas de résurrection morale en Europe sans une vie spirituelle profonde, si bien que, étant catholique, je me suis toujours senti parfaitement à l’aise dans une perspective d’avenir avec le national-socialisme. Maintenant, on me dira qu’il y avait des nationaux-socialistes païens. Dans tous les gouvernements, il y a des personnes qui ne sont pas chrétiennes, et il faut faire avec. Même l’Église a fini par reconnaître la République française, qui avait pourtant expulsé le clergé. En arrière-plan, le système hitlérien était profondément religieux. Hitler parlait toujours du Tout-Puissant et n’était nullement scandalisé de me voir communier dans sa propre maison. Il était clair qu’il détestait certains clercs politisés, et il avait raison. Le clergé n’a pas vocation à s’occuper de politique, de syndicats, ni même d’exercer un emploi en tant que prêtre. Le prêtre doit nous guider vers le Ciel, et l’homme politique doit nous guider vers l’ordre public. Ce sont deux missions différentes. Hitler respectait ces deux missions. Le catholicisme, tel que je l’ai vécu, correspondait aux deux mille ans de tradition spirituelle profonde en Europe.
Gérard Guyon, Chrétienté de l’Europe
Que nous rapporte précisément la connaissance du passé commun de l’Europe, et tout spécialement sur le plan du droit et des institutions ? La réponse est simple. Elle est même aveuglante au point de bouleverser toutes les données qui guident les esprits contemporains. Elle révèle qu’à l’opposé du monde d’aujourd’hui, les siècles antérieurs se sont bâtis sur la recherche de l’unité, la plus complète possible (au point qu’on peut parler de connaturalité), entre le droit, les institutions, la vie sociale et politique et la religion chrétienne. Les nations d’Europe ont vécu sur ce socle commun pendant presque deux millénaires. Toutefois, même devant ces preuves irréfragables, il semble que la pensée contemporaine soit tellement obnubilée par l’esprit séculier qui lui a été imposé par l’idéologie laïciste, depuis le XVIIIème siècle, qu’il lui est devenu presque impossible de voir véritablement la façon dont les peuples européens ont vécu l’alliance de la foi et de la vie humaine. Et dans certains cas, ces prémisses intellectuelles ont eu pour conséquence d’aboutir à une vision tout à fait fausse de la manière dont ces chrétiens, qui formaient la quasi-totalité des habitants de l’Europe, vivaient leur foi et pratiquaient leur droit. Cette cécité et cette erreur proviennent également d’une évolution interne aux croyances, même chrétiennes. Celles-ci sont devenues trop dépendantes, surtout aux XVIIIème et XIXème siècles, d’une lecture dérivée de la philosophie grecque platonicienne des rapports entre l’âme et le corps et qui a désincarné le christianisme, au point d’entraîner un mépris croissant du second et de tous les éléments matériels composant l’existence – y compris le droit et les institutions -, au contraire de la leçon aristotélicienne et thomiste de l’âme « forme du corps ».
Julien Langella, Catholiques et identitaires
À la chute de l’Empire romain, les Européens angoissés par la grande cohue barbare se rassemblent spontanément autour des abbayes, phares de sagesse dans un monde en ruines. Par l’exemple, les frères de saint Benoît furent les instituteurs de l’Europe : bêchant des terres incultes, asséchant les marais, défrichant les forêts sauvages, vivant de l’amour de Dieu et de la recherche du bien en toutes choses, réglant leur journée par le travail et la prière. De la proximité avec ces âmes de lumière, les populations du Haut Moyen-Âge ont tiré la science nécessaire pour établir les corporations et confréries à la base d’un ordre social chrétien. C’est l’aurore de la chrétienté.
Georges Feltin-Tracol, Éléments pour une pensée extrême
Rivarol : Pour vous, que représente l’Union européenne (UE) actuelle ? G.F.-T. : J’exècre l’actuelle UE atlantiste, libérale, bureaucratique, centralisatrice, soumise au Diktat du marché et pétrie de l’idéologie totalitaire des droits de l’homme parce que je suis européiste, identitaire et fédéraliste. Les souverainistes nationaux l’accusent d’être « fédérale ». C’est faux. Elle est en réalité « jacobine » puisqu’elle veut abolir toutes les différences substantielles. Conçue et promue par les atlantistes, les mondialistes et les technocrates, l’UE n’est qu’une parodie sinistre de l’idée européenne. Souhaitons-lui une fin rapide ! D’autres élites, identitaires et alter-européennes celles-là, la refonderont sur des fondements plus réels.
Jean-Yves Le Gallou, Remigration : Pour l’Europe de nos enfants
Arrivé au 1er siècle dans le sud de l’Europe, puis prenant plus d’un millénaire pour s’étendre vers l’ouest, l’est et le nord de l’Europe jusqu’aux pays baltes, le catholicisme, religion universelle mais non religion de l’universel, est aussi un marqueur identitaire et civilisationnel fort : la notion de chrétienté, souvent synonyme d’Europenses, a largement catalysé les énergies des Européens dans leurs luttes contre les invasions arabo-musulmanes en Espagne et turco-musulmanes dans les Balkans, ou contre les attaques des pirates barbaresques sur les rivages nord de la Méditerranée. La chrétienté fut le parapet de l’Europe, à Lépante en 1571, comme à deux reprises sous les murs de Vienne, en 1529 et en 1683.
Paul Valéry, Conférence (1924)
Partout où les noms de César, de Gaius, de Trajan et de Virgile, partout où les noms de Moïse et de saint Paul, partout où les noms d’Aristote, de Platon et d’Euclide ont eu une signification et une autorité simultanées, là est l’Europe. Toute race et toute terre qui a été successivement romanisée, christianisée et soumise, quant à l’esprit, à la discipline des Grecs, est absolument européenne.
Jacques Attali, Juif,
Il faudrait alors que l’Europe(s) s’accepte non plus comme un club chrétien, mais comme un espace sans frontières.
Bibliographie
- Gérard Guyon, Chrétienté de l’Europe : Fondations juridiques
- Jean de Brem, Le testament d’un Européen