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Égalitarisme

Gaston-Armand Amaudruz, Comment surmonter la décadence

On peut résumer le credo des sociaux-démocrates en un paradoxe : « Tous les hommes sont égaux, mais comme ils ne le sont pas, il faut les y contraindre.  »

Pape Léon XIII, Quod Apostolici Muneris (Encyclique)

Celui qui a créé et qui gouverne toutes choses les a disposées, dans sa prévoyante sagesse, de manière à ce que les inférieures atteignent leur fin par les moyennes et celles-ci par les supérieures. De même donc qu’il a voulu que, dans le royaume céleste lui-même, les chœurs des anges fussent distincts et subordonnés les uns aux autres, de même encore qu’il a établi dans l’Église différents degrés d’ordres avec la diversité des fonctions, en sorte que tous ne fussent pas apôtres, ni tous docteurs, ni tous pasteurs, ainsi a-t-Il constitué dans la société civile plusieurs ordres différents en dignité, en droits et en puissance, afin que l’État, comme l’Église, formât un seul corps composé d’un grand nombre de membres, les uns plus nobles que les autres, mais tous nécessaires les uns aux autres et soucieux du bien commun.

Monseigneur Marcel Lefebvre, Ils l’ont découronné

Chimérique, le principe égalitaire l’est, dit le cardinal Billot ; « premièrement parce qu’il ne cadre aucunement avec la réalité : il suppose, à l’origine de toute société, un pacte initial. Où l’a-t-il vu ? Il suppose l’entrée libre de chacun dans la société. C’est encore plus fort. Il suppose tous les hommes taillés exactement sur le même modèle – exactement égaux – l’homme abstrait, des millions de fois reproduit sans notes individuantes. Où est-il ? »

Pape Léon XIII, Rerum novarum (Encyclique)

L’homme doit accepter cette nécessité de sa nature qui rend impossible, dans la société civile, l’élévation de tous au même niveau. Sans doute, c’est là ce que poursuivent les socialistes. Mais contre la nature, tous les efforts sont vains. C’est elle, en effet, qui a disposé parmi les hommes des différences aussi multiples que profondes ; différences d’intelligence, de talent, de santé, de force ; différences nécessaires d’où naît spontanément l’inégalité des conditions. Cette inégalité d’ailleurs tourne au profit de tous, de la société comme des individus. La vie sociale requiert dans son organisation des aptitudes variées et des fonctions diverses, et le meilleur stimulant à assumer ces fonctions est, pour les hommes, la différence de leurs conditions respectives.

Pape Pie VI, Quod aliquantum (Bref)

Peut-on d’ailleurs ignorer que l’homme n’a pas été créé pour lui seul, mais pour être utile à ses semblables ? Car telle est la faiblesse de la nature humaine que, pour se conserver, les hommes ont besoin du secours mutuel les uns des autres ; et voilà pourquoi les hommes ont reçu de Dieu la raison et l’usage de la parole, pour les mettre en état de réclamer l’assistance d’autrui et de secourir à leur tour ceux qui imploreraient leur appui. C’est donc la nature elle-même qui a rapproché les hommes et les a réunis en société : en outre, puisque l’usage que l’homme doit faire de sa raison consiste essentiellement à reconnaître son souverain auteur, à l’honorer, à l’admirer, à lui rapporter toute sa personne et tout son être ; puisque dès son enfance, il faut qu’il soit soumis à ceux qui ont sur lui la supériorité de l’âge, qu’il se laisse gouverner et instruire par des leçons, qu’il apprenne d’eux à régler sa vie d’après les lois de la raison, de la société et de la religion, cette égalité, cette liberté si vantées ne sont donc pour lui, dès le moment de sa naissance, que des chimères et des mots vides de sens.

Nicolas Berdiae, De l’inégalité

Votre délire d’égalité est une attaque meurtrière contre l’être, contre toutes ses richesses et ses valeurs ; c’est la soif de piller le monde divin et d’anéantir toute grandeur ici-bas. L’esprit du néant vous anime, c’est lui qui vous a inspiré ces idées et ces passions égalitaires. La loi de l’entropie, qui mène à la mort par une diffusion égale de la chaleur, agit à travers vous dans la vie sociale […] Exiger l’égalité absolue, c’est vouloir retourner à l’état originel, chaotique, ténébreux, au nivellement et à la non-différenciation ; c’est vouloir le néant. L’exigence révolutionnaire du retour à l’égalité dans le néant est née du refus d’assumer les sacrifices et les souffrances par lesquels passe la voie de la vie supérieur. Voilà la réaction la plus effrayante, la négation du sens de tout le processus créateur du monde.

Pape Léon XIII, Quod Apostolici Muneris (Encyclique)

Les socialistes ne cessent, comme nous le savons, de proclamer que tous les hommes sont, par nature, égaux entre eux, et à cause de cela ils prétendent qu’on ne doit au pouvoir ni honneur ni respect, ni obéissance aux lois, sauf à celles qu’ils auraient sanctionnées d’après leur caprice. Au contraire, d’après les documents évangéliques, l’égalité des hommes est en cela que tous ayant la même nature, tous sont appelés à la même très haute dignité de fils de Dieu, et en même temps que, une seule et même fin étant proposée à tous, chacun doit être jugé selon la même loi et obtenir les peines ou la récompense suivant son mérite.

Pape Pie XII, Discours à un groupe de fidèles de la paroisse italienne de Marsciano (1953)

Il faut que vous vous sentiez véritablement frères. Il ne s’agit pas d’une simple allégorie : vous êtes vraiment enfants de Dieu et par conséquent vraiment frères. Et bien, les frères ne naissent ni ne restent tous égaux : les uns sont forts, les autres faibles ; les uns intelligents, les autres incapables ; il se peut que l’un soit anormal, et il peut arriver aussi qu’un autre devienne indigne. Il existe donc inévitablement une certaine inégalité matérielle, intellectuelle, morale, dans une même famille. […] Prétendre à l’égalité absolue de tous serait la même chose que prétendre donner des fonctions identiques à des membres différents du même organisme.

Alexis Carrel, L’Homme, cet inconnu

Il est évident que les inégalités individuelles doivent être respectées. Il y a, dans la société moderne, des fonctions appropriées aux grands, aux petits, aux moyens et aux inférieurs. Mais il ne faut pas chercher à former les individus supérieurs par les mêmes procédés que les médiocres. Aussi la standardisation des êtres humains par l’idéal démocratique a assuré la prédominance des faibles. Ceux-ci sont, dans tous les domaines, préférés aux forts. Ils sont aidés et protégés, souvent admirés. Ce sont également les malades, les criminels, et les fous qui attirent la sympathie du public. C’est le mythe de l’égalité, l’amour du symbole, le dédain du fait concret qui, dans une large mesure, est coupable de l’affaiblissement de l’individu. Comme il était impossible d’élever les inférieurs, le seul moyen de produire l’égalité parmi les hommes était de les amener tous au plus bas niveau. Ainsi disparu la force de la personnalité.

Pape Pie XII, Message radiodiffusé de Noël (1944)

Les inégalités provenant d’accidents comme la vertu, le talent, la beauté, la force, la famille, la tradition, etc. sont justes et conformes à l’ordre de l’univers.

Pape Léon XIII, Humanum genus (Encyclique)

[…] Mais comme les hommes n’ont pas tous les mêmes ressources d’intelligence et qu’ils diffèrent les uns des autres, soit par les facultés de l’esprit, soit par les énergies physiques, comme enfin il existe entre eux mille distinctions de mœurs, de goûts, de caractères, rien ne répugne tant à la raison que de prétendre les ramener tous à la même mesure et introduire dans les institutions de la vie civile une égalité rigoureuse et mathématique. […] De même que la parfaite constitution du corps humain résulte de l’union et de l’assemblage des membres qui n’ont ni les mêmes forces ni les mêmes fonctions, mais dont l’heureuse association et le concours harmonieux donnent à tout l’organisme sa beauté plastique, sa force et son aptitude à rendre les services nécessaires, de même, au sein de la société humaine, se trouve une variété presque infinie de parties dissemblables. Si elles étaient toutes égales entre elles et libres d’agir à leur guise, chacune pour son compte, rien ne serait plus difforme qu’une telle société. Si, au contraire, par une sage hiérarchie des mérites, des goûts, des aptitudes, chacune d’elles concourt au bien général, vous voyez se dresser devant vous l’image d’une société bien ordonnée et conforme à la nature.

Pape saint Pie X, Fin dalla prima (Motu Proprio)

La société humaine, telle que Dieu l’a établie, est composée d’éléments inégaux, de même que sont inégaux les membres du corps humain ; les rendre tous égaux est impossible et il en résulterait la destruction même de la société. L’égalité des divers membres de la société consiste uniquement en ceci : que tous les hommes tirent leur origine de Dieu créateur, ont été rachetés par Jésus-Christ et doivent, selon la règle exacte de leurs mérites et démérites, être jugés et récompensés ou punis par Dieu. D’où il résulte qu’il y a dans la société, selon l’ordination de Dieu, des princes et des sujets, des patrons et des prolétaires, des riches et des pauvres, des savants et des ignorants, des nobles et des plébéiens.

Pape Pie XII, Allocution aux ouvriers de Fiat (31 octobre 1948)

L’Église ne promet pas l’égalité absolue que d’autres proclament, parce qu’elle sait que les rapports humains produisent toujours et nécessairement une échelle de gradations et de différences dans les qualités physiques et intellectuelles, dans les dispositions et tendances internes, dans les occupations et responsabilités. Mais elle assure en même temps la pleine égalité dans la dignité, tout comme dans le cœur de Celui qui appelle à Lui tous les hommes fatigués et éprouvés.

Gustave Le Bon, Lois psychologiques de l’évolution des peuples

On s’est persuadé que tous les hommes naissent également intelligents et bons, et que les institutions seules avaient pu les pervertir ! Il y a un siècle et demi à peine que . des philosophes ont lancé dans le monde l’idée d’égalité des individus et des races. Cette idée a ébranlé les bases des vieilles sociétés, engendré la plus formidable des révolutions et jeté le monde occidental dans une série de convulsions dont le terme est impossible à prévoir.

Monseigneur Pierre-Louis Parisis, La démocratie devant l’enseignement catholique (Pages 74-75)

Non, dans ce qu’on appelle les œuvres de Dieu, c’est-à-dire dans ses opérations extérieures, les hommes ne sont pas égaux. Ils sont égaux devant les commandements de Dieu, ils sont égaux devant les jugements de Dieu, en ce sens qu’il y a des préceptes qui obligent tous les hommes, et que tous seront jugés d’après ces préceptes. Mais il n’est pas vrai que, dans les œuvres de Dieu, dans l’organisation de ce monde, telle qu’elle est divinement constituée, les hommes soient égaux en ce sens, et c’est celui dont il s’agit ici, en ce sens qu’ils soient également partagés, ou dans l’ordre matériel, ou dans l’ordre spirituel, par la dispensation divine. Il est sûr, au contraire, il est mille fois évident que tout est inégal dans les destinées humaines, non seulement sur les points qu’on pourrait peut-être, au moins en partie, aux vices de la constitution sociale, ainsi qu’on le prétend, comme sont les richesses et la puissance, mais sur ceux même qui sont tout à fait indépendants de la société, comme la santé, la beauté, la force, l’esprit, et tous les genres d’aptitude ou de capacité. Regardez l’univers, et dites si les inégalités ne se trouvent pas partout et toujours dans tous les ordre de la nature, et si la beauté de l’ensemble ne résulte pas précisément de l’harmonie qui se rencontre dans ces innombrables et constantes inégalités.

David Lane, Les 88 Préceptes

La recherche de l’égalité est la destruction de l’excellence.

Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, Histoire d’une âme

Longtemps je me suis demandé pourquoi le bon Dieu avait des préférences, pourquoi toutes les âmes ne recevaient pas une égale mesure de grâces. Je m’étonnais de le voir prodiguer des faveurs extraordinaires à de grands pécheurs comme saint Paul, saint Augustin, sainte Madeleine et tant d’autres qu’il forçait, pour ainsi dire, à recevoir ses grâces. Je m’étonnais encore, en lisant la vie des saints, de voir Notre-Seigneur caresser du berceau à la tombe certaines âmes privilégiées, sans laisser sur leur passage aucun obstacle qui les empêchât de s’élever vers lui, ne permettant jamais au péché de ternir l’éclat immaculé de leur robe baptismale. Je me demandais pourquoi les pauvres sauvages, par exemple, mouraient en grand nombre, sans même avoir entendu prononcer le nom de Dieu. Jésus a daigné m’instruire de ce mystère. Il a mis devant mes yeux le livre de la nature ; et j’ai compris que toutes les fleurs créées par lui sont belles, que l’éclat de la rose et la blancheur du lis n’enlèvent pas le parfum de la petite violette, n’ôtent rien à la simplicité ravissante de la pâquerette. J’ai compris que, si toutes les petites fleurs voulaient être des roses, la nature perdrait sa parure printanière, les champs ne seraient plus émaillés de fleurettes. Ainsi en est-il dans le monde des âmes, ce jardin vivant du Seigneur. Il a trouvé bon de créer les grands saints qui peuvent se comparer aux lis et aux roses ; mais il en a créé aussi de plus petits, lesquels doivent se contenter d’être des pâquerettes ou de simples violettes destinées à réjouir ses regards divins lorsqu’il les abaisse à ses pieds. Plus les fleurs sont heureuses de faire sa volonté, plus elles sont parfaites.

Jacques Monsabré, Gouttes de vérité

Pourquoi nous laisser gagner par la fièvre d’égalité qui tourmente le siècle ? L’égalité n’est vraie et aimable que dans les monastères où chaque religieux croit sincèrement que ses frères lui sont supérieurs, soit par l’âge, soit par l’autorité, soit par le talent, soit par la vertu.

Charles Maurras, Votre bel aujourd’hui (Page 426)

La circulation de la sève et du sang est-elle juste ? La loi de la pesanteur équitable ? Est-il juste que je sois le fils de mon père et le citoyen de ma cité ? Ce peut être agréable, pénible ou heureux, digne de correction ou digne de faveur ; l’idée de justice n’a rien à y voir : autant user du litre pour mesurer un champ. Mais “justice sociale” peut dire égalité. Ceux qui donnent l’égalité pour un bien public oublient toujours de le prouver et ne prennent pas garde qu’elle est un mal : rien n’est mieux établi. Il peut y avoir des inégalités excessives. Ce sont des accrocs de détail à l’exercice d’un bien. L’inégalité est bonne en soi. Les enfants ne seraient pas nourris s’ils n’avaient des parents plus grands, plus habiles, plus forts qu’eux ; les ignorants ne seraient pas instruits, s’ils n’avaient des maîtres savants. Les pauvres ont besoin des riches et, comme dit Rivarol, l’eau se perd là où manquent les fontaines induites à la canaliser. La réciprocité des services fait servir le faible au fort et le fort au faible. Là où les citoyens demeureraient équivalents, où tout se résoudrait en immobile stagnation, le mieux naîtrait toujours de disparités à compenser et à rattraper. C’est le nerf du progrès.

Raymond Aron, Essai sur les libertés (Page 240)

L’égalitarisme doctrinaire s’efforce vainement de contraindre la nature, biologique et sociale, et il ne parvient pas à l’égalité mais à la tyrannie.

R.P. Thomas Pègues, Saint Thomas d’Aquin et la guerre (Page 29)

Le corps social peut être comparé au corps physique des êtres vivants. Ces corps forment un tout dont les parties sont essentiellement hétérogènes. Et le corps vivant ne peut être, ne peut vivre, qu’à la condition d’avoir toutes ses parties bien distinctes, remplissant chacune ses fonctions déterminées pour le bien de l’ensemble. Il en est de même dans le corps social. Vouloir, au nom d’une égalité absolue et contre nature, que toutes ses parties soient identiques dans leur rôle et leur fonction, c’est transformer le corps social en un simple agrégat qui n’a plus rien de l’être vivant. La vie du corps social sera donc ce qu’elle doit être, non pas quand tous les individus humains y seront astreints au même office, mais quand les divers offices y seront distribués selon les goûts, les aptitudes et les besoins.

Claude Polin et Claude Rousseau, Les illusions républicaines (Page 140)

La doctrine chrétienne a toujours pris soin de bien souligner que si les hommes sont égaux leur égalité n’est entre eux qu’en tant qu’ils sont en Dieu, qu’ils ne sont égaux qu’aux yeux de Dieu et seulement ainsi. En d’autres termes, leur égalité est d’une qualité essentiellement spirituelle et métaphysique. Le principe d’égalité n’a jamais signifié qu’il ne pouvait y avoir des différences sociales ou naturelles entre les hommes.

René Binet, Théorie du racisme (Page 18)

En proclamant une fois de plus ses principes fondamentaux d’« égalité » qui lui permettent d’obtenir à bas prix une armée de travailleurs dociles, le capitalisme favorisa la transplantation des populations et le brassage des races. Il pensa ainsi obtenir par métissage une masse toujours plus nombreuse de sous-hommes sans traditions, sans liens politiques et par là sans moyens de défense et qui ne mettraient pas en doute les principes de domination que cette société contre nature a instaurés. Sous le nom de civilisation, il s’efforce de développer partout une barbarie uniforme et sous le nom d’égalité, il prépare le nivellement au niveau des sous-hommes de toute civilisation humaine.

Raymond Aron, Mémoires (Page 854)

Les êtres humains sont égaux sous le regard de Dieu. Ils ne sont pas égaux en potentiel physique ou intellectuel. Réduire la natalité en Occident, ce n’est pas apporter une contribution à la lutte contre la surpopulation, c’est au contraire aggraver la crise. La baisse de la population en Europe et aux États-Unis ne libérerait pas la nourriture pour ceux qui ont faim, en Afrique ou en Asie du Sud. Elle réduirait le nombre des producteurs efficaces, elle risquerait de stériliser les peuples riches qui sont aussi les innovateurs, les pionniers de la science et de la technique, l’élite qui pour le moment, peut-être par accident, entraîne l’humanité entière et peut atténuer les souffrances des masses déshéritées.

Abel Bonnard, Berlin, Hitler et moi (Page 43)

L’esprit égalitaire n’est pas autre chose que l’amour de l’infériorité.

Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique (Tome II, Page 360)

Comme, dans les siècles d’égalité, nul n’est obligé de prêter sa force à son semblable, et nul n’a droit d’attendre de son semblable un grand appui, chacun est tout à la fois indépendant et faible.

Jacques de Mahieu, Précis de biopolitique

Le monde contemporain est fort loin de vivre à l’état de nature. Sa structure sociale ignore les lois de la biopolitique, malgré les nombreuses survivances d’une organisation antérieure fondée sur la différenciation biopsychique et bien que les réalités de la nature humaine s’imposent souvent aux utopies égalitaires. Notons, d’autre part, que ces dernières, dans la mesure où elles triomphent, n’ont qu’un caractère destructif et se montrent incapables de remplacer par une construction cohérente l’ancien ordre de choses. La société libérale n’a pas établi l’impossible égalité. Elle s’est limitée à substituer à la différenciation biopsychique une différenciation économique qui a renversé toutes les valeurs. La richesse, au lieu d’être un instrument mis à la disposition de la couche dirigeante, est devenue un moyen d’accéder au pouvoir social. En d’autres temps, on était riche parce que l’on remplissait une fonction de commandement ; aujourd’hui, dans la société libérale, on commande parce qu’on a de l’argent. La stratification sociale est déterminée par la différence économique qui sépare les classes. Le système qui fait de l’argent, au lieu de la valeur unie à la fonction, le critérium du rang social, constitue sans aucun doute, du point de vue biopolitique, la pire des aberrations.

Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique (1a, Question 47, Article 2)

Dans les choses naturelles, les espèces paraissent avoir été ordonnées par degré. Par exemple, les choses mixtes sont plus parfaites que les éléments qui les composent, les plantes l’emportent sur les minéraux, les animaux sur les plantes, les hommes sur les animaux, et dans chacun de ces ordres de créatures on trouve une espèce qui vaut mieux que d’autres [ce degré peut très bien être personnel ou moral]. C’est pourquoi la divine Sagesse ayant été cause de la distinction des êtres, afin que l’univers fût parfait, Elle a voulu pour la même raison qu’il y eût de l’inégalité entre les créatures. Car l’univers ne serait pas parfait s’il n’y avait dans les êtres qu’un seul degré de bonté.

Louis de Bonald, Méditations politiques tirées de l’Évangile

Les partisans rigides de l’égalité absolue ont cru la trouver dans les maximes de l’Évangile. Sans doute elle existe entre les êtres semblables. Tous les pères de famille entre eux, et tous les enfants entre eux aussi, considérés en cette qualité, sont égaux, de même que dans la société religieuse les prêtres entre eux, et les fidèles aussi entre eux ; et, dans la société politique, les hommes ayant autorité et les sujets sont chacun égaux entre eux, considérés comme hommes et comme sujets. Mais, considérés sous le rapport des fonctions, les enfants ne sont pas les égaux des pères, les femmes des maris, les prêtres des fidèles, les officiers des subordonnés, parce qu’il n’y a pas d’ordre possible dans la société domestique ou publique, pas même dans un atelier d’arts mécaniques, sans la distinction et la hiérarchie des fonctions ; mais pour ceux qui ne regardent pas comme un bonheur personnel des devoirs à remplir envers les autres ; qui estimant les charges et les offices ce qu’ils sont, c’est-à-dire, des fardeaux et des devoirs, onus, officium, dédaignent cet éclat extérieur qui impose au vulgaire, et pèsent tout au poids du sanctuaire ; pour ceux-là, dis-je, le Sauveur du monde va bien plus loin que les partisans les plus outrés de l’égalité, puisque, loin de prêcher l’égalité entre les grands et les petits, il donne à ces derniers la supériorité, lorsque après avoir appris au monde que tout pouvoir n’est qu’un service, il demande “quel est le plus grand de celui qui sert ou de celui qui est servi ?” Et effectivement, tout, dans la famille, ne se rapporte-t-il pas à l’intérêt des enfants, et, dans la religion et l’État, au salut des fidèles et au bien-être des sujets ?

Bibliographie

  • Nicolas Berdiae, De l’inégalité
  • Paul-Francois Paoli, Les impostures de l’égalité
  • Nicolas L., L’égalitarisme est une haine de l’homme
  • Jean-Philippe Delsol, Éloge de l’inégalité
  • Jean-Louis Harouel, Les Mensonges de l’égalité
  • Vidéothèque
  • Radio Franche – L’Égalité : un conte de fées pour adultes