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Bien commun

Saint Thomas d’Aquin, Somme contre les Gentils (Livre III, Question 71)

Le bien commun est meilleur que le bien particulier de l’individu. Donc il faut sacrifier le bien particulier pour conserver le bien commun. Or, la vie de quelques individus dangereux s’oppose à ce bien commun qu’est la concorde de la société humaine. Donc on doit soustraire par la mort ces hommes de la société humaine. De même que le médecin, dans une opération, recherche la santé, qui consiste dans l’harmonie bien réglée des humeurs, ainsi le chef de cité, par son action, recherche la paix qui consiste dans l’harmonie bien réglée des citoyens. Or le médecin fait une chose bonne et utile en coupant le membre gangrené si celui-ci menace de corruption le reste du corps. Donc le chef de la cité est juste et exempt de péché, lorsqu’il met à mort des hommes dangereux, pour que la paix de la cité ne soit pas troublée.

Pape Pie XII, Allocution au patriarcat romain (8 janvier 1947)

Le bien commun, c’est-à-dire l’établissement de conditions publiques normales et stables, telles qu’aux individus aussi bien qu’aux familles il ne soit pas difficile de mener une vie digne, régulière, heureuse selon la loi de Dieu : le bien commun est la fin et la règle de l’État et de ses organes.

Pape pie XI, Mit brennender Sorge (Encyclique)

Le véritable bien commun est déterminé et reconnu, en dernière analyse, par la nature de l’homme, qui équilibre harmonieusement droits personnels et obligations sociales, et par le but de la société, déterminé aussi par cette même nature humaine. La société est voulue par le Créateur comme le moyen d’amener à leur plein développement les dispositions individuelles et les avantages sociaux que chacun, donnant et recevant tour à tour, doit faire valoir pour son bien et celui des autres. Quant aux valeurs plus générales et plus hautes, que seule la collectivité, et non plus les individuels isolés, peut réaliser, elles aussi en définitive sont, par le Créateur, voulues pour l’homme, pour son plein épanouissement naturel et surnaturel et l’achèvement de sa perfection. S’écarter de cet ordre, c’est ébranler les colonnes sur lesquelles repose la société, et donc compromettre la tranquillité, la sécurité et l’existence même de la société.

Abbé Alexis Pelletier, Du modérantisme ou de la fausse modération (Page 6)

À l’amour du bien en général doivent être sacrifiés les amours particuliers. […] La raison de cela, c’est que le plus valant mieux que le moins, si le moins nuit au plus, il faut sacrifier le moins.

Pape Pie XII

Sauvegarder le domaine intangible des droits de la personne humaine et lui faciliter l’accomplissement de ses devoirs, doit être le rôle essentiel de tout pouvoir public. N’est-ce pas là ce que comporte le sens authentique de ce bien commun que l’État est appelé à promouvoir ?

Adrien Arcand, Exposé des principes et du programme du Parti National Social Chrétien (Page 26)

L’égoïsme, dans une société chrétienne, est ce qui tend le plus à détruire le christianisme, parce que c’est l’antithèse de la charité, base de tout christianisme. Il faut que le citoyen aie conscience de son devoir de solidarité avec ses semblables, et qu’à chacun de ses actes se rattache toujours l’idéal du bien public. Cet esprit est possible, en donnant aux lois et à leurs ordonnances une forme véritablement chrétienne ; cet esprit est nécessaire parce que seul il peut mettre fin à l’égoïsme qui a causé tant de maux sociaux en suscitant groupes contre groupes et classes contre classes, dans l’espoir de domination qui animait les unes et les autres. Le sens du bien commun peut seul créer un esprit national, général et personnel de coopération, impossible avec les revendications de la démocratie et du socialisme, mais rendu possible par le fascisme.

Adolf Hitler, Mein Kampf

Plus les hommes sont portés à reporter au second plan leurs intérêts personnels, plus grande est leur capacité de fonder des communautés étendues. Cette disposition au sacrifice qui porte l’homme à mettre en jeu son travail personnel et, s’il le faut, sa propre vie au profit de ses semblables, est particulièrement développée chez les Aryens. Ce qui fait la grandeur de l’Aryen, ce n’est pas la valeur de ses facultés intellectuelles, mais sa propension à mettre toutes ses capacités au service de la communauté. L’instinct de conservation a pris chez lui la forme la plus noble : il subordonne volontairement son propre moi à la vie de la communauté et il en fait le sacrifice quand les circonstances l’exigent. […] Cette disposition d’esprit, qui reporte au second plan l’intérêt de l’individu au profit du maintien de la communauté, est la condition préalable de toute civilisation humaine véritable. Par elle seule peuvent naître les grandes œuvres humaines dont les fondateurs sont rarement récompensé, mais qui sont pour les descendants la source de biens appréciables.

Pape Pie XII, Message de Noël 1942

Toute l’activité politique de l’État est ordonnée à la réalisation durable du bien commun, c’est-à-dire des conditions extérieures nécessaires à l’ensemble des citoyens pour le développement de leurs qualités, de leurs fonctions, de leur vie matérielle, individuelle et religieuse.

Julien Langella, Catholiques et identitaires (Pages 143-145)

Cette notion de bien commun est capitale si on veut comprendre la pensée de l’Église. Aristote en a jeté les bases et saint Thomas d’Aquin, au XIIIème siècle, a poursuivi et élevé la réflexion du penseur athénien. Selon Aristote, que ce soit pour « une cité, une race d’homme ou toute autre communauté », le bien commun est le « bonheur approprié à ce qu’ils sont », conformément à leur nature propre. Le bien commun, c’est donc « la vie heureuse », c’est-à-dire « parfaite et autarcique ». Mais attention aux contresens : en français, le mot « autarcie » a été galvaudé, il évoque un pays fermé comme la Corée du Nord ou l’ancienne URSS, alors qu’en grec, autarkeia signifie « qui se gouverne soi-même », qui est indépendant. Dans l’Éthique à Nicomaque, Aristote reconnaît que le bien est « désirable quand il intéresse un individu », mais « son caractère est plus beau et plus divin quand il s’applique à un peuple et à des États entiers ». Le bien d’une partie n’est pas négligeable, mais le bien du tout est supérieur. Le bien d’un pays, par exemple la sécurité du territoire face aux menaces d’attentats, implique que nous renoncions à la liberté de se garer n’importe comment ou de laisser traîner une valise dans une gare. En échange de cette liberté, l’État peut assurer convenablement notre protection. De la même manière, un père de famille va renoncer au plaisir de s’enfuir un week-end avec des amis pour passer du temps avec son épouse et ses enfants. Son choix suscitera plus de bonheur pour la famille tout entière, et donc indirectement pour lui-même. C’est pourquoi saint Thomas affirme que « le bien commun est la fin [l’objectif normalement recherché] de chacune des personnes vivant dans la communauté, comme le bien du tout est la fin de chacune des parties ». Le politique, parce qu’il tient le destin du peuple entre ses mains, doit imiter – aussi imparfaitement soit-il – le gouvernement de Dieu sur les hommes. Ainsi, résume le saint, « Gouverner un être, c’est le conduire vers sa fin. Gouverner la cité, c’est la conduire vers le bien commun. » Synthétisant ces définitions, le Catéchisme décrit le bien commun comme « l’ensemble des conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres, d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et aisée ». Le bien commun n’est pas seulement le profit que l’on tire, par exemple, de la signature d’un contrat commercial, mais une exigence très haute de réalisation personnelle et collective. C’est dire à quel point il ne peut pas être pris à la légère. Le bien commun n’a donc rien à voir avec le vivre ensemble. Dans Les politiques, Aristote rappelle que « la cité n’est pas une communauté de lieu », simplement « établie en vue de s’éviter les injustices mutuelles et de permettre les échanges », où l’on est uni par le seul fait de vivre au même endroit. Autrement dit : une nation, ce n’est pas seulement des flics et des magasins. Car « c’est en vue des belles actions qu’existe la communauté politique, et non en vue de vivre ensemble ». Voilà la meilleure réponse que l’on puisse faire aux partisans du vivre ensemble comme nouveau credo spirituel au rabais. Avec Aristote, rappelons-leur qu’une nation n’est pas cet espace artificiel qu’il suffirait de bourrer de jardins publics et de centres commerciaux avec vigiles armés pour mener une vie heureuse. Une nation, c’est une réalité concrète, déjà présente sous nos pieds, dans nos cœurs et nos mémoires, qui n’a d’autre but que le bonheur de ses membres.

Bibliographie

  • Père Jean-Dominique, Le Bien Commun – Joie Commune
  • Jean Madiran, Du Bien commun