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Subjectivisme

Mgr Lefebvre, Ils l’ont découronné

Le subjectivisme, c’est introduire la liberté dans l’intelligence, alors qu’au contraire la noblesse de l’intelligence consiste à se soumettre à son objet, consiste en l’adéquation ou conformité du sujet pensant avec l’objet connu. L’intelligence fonctionne comme un appareil photographique, elle doit épouser exactement les touches intelligibles du réel. Sa perfection consiste en sa fidélité au réel. C’est pour cette raison que la vérité se définit comme l’adéquation de l’intelligence avec la chose. La vérité, c’est cette qualité de la pensée, d’être d’accord avec la chose, avec ce qui est. Ce n’est pas l’intelligence qui crée les choses, ce sont les choses qui s’imposent à l’intelligence, telles qu’elles sont. Par conséquent la vérité de ce qu’on affirme dépend de ce qui est, elle est quelque chose d’objectif ; et celui qui cherche le vrai doit renoncer à soi, renoncer à une construction de son esprit, renoncer à inventer la vérité.

Stepinac, Politique et religion, immanence et transcendance

Les gens souffrent, mais souffrent-ils assez pour se libérer des faux principes incapacitants qui les paralysent ? Ils préfèrent subir les effets de leurs vices à l’acte héroïque et douloureux de renoncer à ces derniers. Ils ont la liberté de conscience, c’est-à-dire la liberté pour l’erreur qui les rassure et qu’ils aiment parce qu’elle est leur, alors que la vérité est universelle et n’appartient à personne, exigeant que tous lui appartiennent et la servent. Le grand mal est le subjectivisme, l’hypertrophie du Moi, la laïcisation de l’exaltation chrétienne de la personne, qui invite l’individu à se subordonner toutes choses en se prenant pour fin dernière. Lorsqu’il savait, jadis, dans les temps du paganisme et du christianisme viril non dénaturé, se subordonner à ce qui le dépasse, l’homme se grandissait lui-même en contractant quelque chose de ce à quoi il s’ordonnait, à la manière dont un humble moyen adéquatement investi par le service de sa fin en vient à contracter quelque chose de la dignité de sa fin. Évidemment, aujourd’hui le Moi dévorant rabaisse toutes choses à sa misère, à sa pénurie, se rend haïssable à lui-même et aux autres, excédé par son indigence, condamné à s’enraciner dans son péché capital pour se donner l’illusion de se soustraire aux effets délétères de son égotisme. Les maux de la société contemporaine lui pèsent, mais il sent d’instinct que l’invasion migratoire, la fiscalité écrasante, la vie dans les clapiers de banlieue, le rythme trépidant du travail, la précarité professionnelle, la dépossession légalisée de toute forme d’héritage, la criminalité, la substitution des autoroutes aux terres de nos campagnes, la prétention inouïe à faire passer l’inversion pour la normalité, l’enfermement de la Terre entière dans le réseau réticulé des satellites et de leurs yeux inquisiteurs, l’exténuation de l’intimité propre à la vie privée, l’agressivité croissante de chacun contre tous et de tous contre chacun, l’éclatement de la vie de famille, la généralisation de la lutte des femmes contre les hommes, des anormaux contre les gens bien portants, des enfants contre leurs parents, des riches contre les pauvres, des non-Blancs contre les Blancs, tout cela, toute cette crise de l’autorité génératrice de haines innombrables, est solidaire de ce à quoi il tient et qu’il ne lâchera pour rien au monde, à savoir le culte de son Moi formalisé dans la philosophie des Droits de l’Homme. Ils ont le divorce, l’amour libre, la télévision, Internet, Netflix, les congés payés, l’avortement, le cinéma, les progrès scientifiques au service de l’hédonisme, les drogues plus ou moins douces. Ils ont même, pour cultiver le sentiment fallacieux de s’acquitter d’un devoir qui les grandit moralement, l’écologie et l’antiracisme, sur fond de « dignité de la personne humaine » supposée trouver son expression adéquate dans la « Déclaration ». II n’y a donc aucune raison pour qu’ils éprouvent le besoin de réviser leurs postulats et s’ouvrent à la vérité, et c’est pourquoi les entreprises de ré-information qui dénoncent les manœuvres mondialistes et les complots, les mensonges et les manipulations, sont comme autant de coups d’épée dans l’eau. La « Shoah » est devenue le mal absolu et la nouvelle religion qui sacralise le mondialisme, par là qui confère une dimension religieuse au subjectivisme. Nous avons cru longtemps que la répression brutale mise en place contre le révisionnisme était issue de la peur subie par les manipulateurs de se voir démasqués et de perdre leur toute-puissance. II demeure probablement quelque chose de vrai dans ce point de vue, mais nous inclinons aujourd’hui à penser que la vraie raison, à tout le moins la plus profonde raison de cette répression aussi universelle que féroce, est ailleurs. Même si les condamnations n’existaient pas, le peuple resterait, pour sa plus grande part, hermétique aux charmes de la vérité, sur ce sujet comme sur les autres, parce que la vérité lui enjoindrait de renoncer à son subjectivisme. Ce dont la violation engendre de lourdes peines est comme marqué d’une aura de sacralité, de crainte révérencielle, et c’est d’abord pour obtenir cette aura que les condamnations existent, lesquelles ne suscitent guère l’indignation de la foule qui attend au contraire des substituts de sacralité publique afin de satisfaire, sans compromettre son subjectivisme dont l’hédonisme est l’effet, les pulsions de religiosité qui subsistent en elle. Il en résulte que la foule est solidaire des mesures répressives, parce qu’elle est complice de ceux qui lui mentent. Pour cette raison, les campagnes courageuses et souvent techniquement et pédagogiquement bien menées contre la désinformation endémique nous paraissent inefficaces pour disposer la population à la révolte contre l’oligarchie mondialiste. La racine du mal – c’est là un truisme dans les milieux réactionnaires – est le subjectivisme, qui conditionne toutes les formes de décadence. Et le salut des personnes comme des sociétés, aussi bien sur le plan naturel que dans une perspective surnaturelle, consiste dans leur aptitude à se libérer du subjectivisme. Encore faut-il que l’invitation à une telle libération soit rendue appétible à ceux auxquels elle s’adresse. Le salut des personnes et des sociétés consiste à subordonner leur moi à une fin qui les dépasse et les justifie. Le moi donne le meilleur de lui-même en s’oubliant. Ce qui peut se comprendre sans grand développement si l’on s’aperçoit que ce qui est dépourvu de finalité est absurde, et que ce qui en possède une a raison de moyen, ainsi n’est pas pour lui-même sa propre fin ; que ce qui est pour soi-même sa propre fin est le divin, et que ce qui est sa fin est sa propre origine. L’homme n’étant pas sa propre origine (la conscience d’exister n’est pas fondatrice de l’existence de la conscience), il n’est pas sa propre fin, il n’est pas divin, il est justifié par le service d’une fin, à peine d’être absurde, de trop, et de frapper de vacuité tout ce qu’il pourrait entreprendre. C’est pourquoi, s’étant intronisé fin, il ne croit plus sérieusement à la pertinence de quelque initiative que ce soit, fors celle d’oublier, dans la célébration inquiète d’un plaisir toujours renouvelé qui éclipse le moi, la conscience de sa contingence ; et c’est là la manière pour le nihiliste de se rendre supportable sa propre condition.

Charles Danten, Requiem pour la bête

Ce sont les postmodernistes comme le philosophe juif Jacques Derrida et l’homosexuel violeur d’enfants Michel Foucault qui ont inventé l’idée, vertement dénoncée comme une imposture intellectuelle par les physiciens Alain Sokal et Jean Bricmont, que la réalité n’existait pas. Leur philosophie est assez simple, il suffit de croire quelque chose pour que ce soit vrai. Tout est sujet à interprétation, tout est relatif. Dans leur monde, vous pouvez être ce que vous voulez. Tout le monde jouit des mêmes aptitudes. L’égalité en tout est la règle. Ainsi, les femmes et les hommes sont interchangeables dans tous les secteurs, y compris la grossesse. Les races n’existent pas et toutes les cultures se valent. Pour ces philosophes de la déraison, les comportements et les aptitudes n’ont aucune base génétique. C’est ainsi tout simplement parce que vous décidez que c’est ainsi, inutile donc de prouver quoi que ce soit avec des arguments objectifs, l’objectivité n’existant de toute façon pas. Et si ça ne colle pas à la réalité, on s’arrange pour que ça concorde en baissant les critères de sélection, en favorisant par la discrimination positive les moins qualifiés au détriment des plus qualifiés. Dans ce monde de la tyrannie de « votre opinion vaut la mienne », des hommes devenus femmes par choix deviennent champions en boxant des femmes ou en les battant au tennis. Il suffit de le vouloir et voilà, d’un coup de baguette magique vos désirs les plus fous deviennent une réalité que personne ne peut contester sous peine de représailles, ce genre de politiques ne pouvant en effet fonctionner qu’à la pointe du fusil. C’est le salut par la culture, le contraire du salut par la nature, notre véritable vocation.

Jean Daujat, La face interne de l’histoire

Mais si la réalité est ainsi pour lui inconnaissable, la vie intellectuelle n’est plus connaissance de la réalité, elle est produit de l’activité de l’intelligence fonctionnant suivant ses lois propres. Ce n’est pas encore un véritable idéalisme parce que Kant admet l’existence d’une réalité en dehors de la pensée, mais c’est un subjectivisme intégral : la pensée, n’étant plus connaissance de la réalité, est enfermée dans le monde intérieur du sujet et des lois de fonctionnement de son activité intellectuelle. Il y a là ce que Kant appellera « une révolution copernicienne » : de même que pour Copernic la terre tourne autour du soleil et non le soleil autour de la terre, de même pour Kant l’acte du sujet connaissant n’est plus déterminé par l’objet connu, mais c’est l’objet de la pensée qui est déterminé par l’activité du sujet.

Jean-Jacques Stormay, Abécédaire mal-pensant

De même que le subjectivisme a fait basculer le projet de prolonger la connaissance du « pourquoi » par la connaissance du « comment » en connaissance du « comment » substituée à celle du « pourquoi », de même le subjectivisme politique inauguré et systématisé par la philosophie de l’un des hommes les plus funestes que la terre ait jamais portés, à savoir Jean-Jacques Rousseau, a fait basculer l’écologie (souci de maîtrise et de domination de la Nature mais respectueux de son ordre normatif) en caricature de la vocation primitive de l’écologie, c’est-à-dire en cette aspiration tératologique consistant conjuguer une déification panthéiste de la Nature réduisant l’homme à un animal bienheureux, et une exaltation sans mesure du Moi porteuse de la démesure consumériste la plus radicale. Suivons les scansions de la logique délirante inspirant ce projet. Rousseau, comme on sait, est un individualiste forcené : l’homme est par nature un solitaire, sa solitude lui garantit son indépendance et sa liberté, et il est voué à chercher son bonheur dans l’acte de se nourrir – par l’imagination – de sa propre substance. Ses biens propres sont donc éminemment privés, mais par là ils excluent logiquement de n’être pas matériels et générateurs de désirs consuméristes, puisque ce qui est privé est imparticipable. Son apologie spartiate de la frugalité est le cache-sexe des délices hollywoodiens, et trouve son illustration ignoble dans les camps de vacances du Club Med, les camps naturistes et la publicité éhontée promotrice du consumérisme et produit de I’ultra-capitalisme en faveur des « produits bios ». Ce qui préside chez Rousseau à ce résultat, c’est sa conception contradictoire de la perfectibilité : elle est puissance à évoluer, à se perfectionner par les arts, la culture et la méditation, mais en dernier ressort elle est beaucoup plus le principe d’une dépravation que d’un progrès. Nonobstant son absurdité, notre auteur tient beaucoup à cette idée, en effet essentielle à son souci foncier, qui est celui de rendre l’homme innocent de toute propension au mal, innocent du poids d’un quelconque péché originel. L’homme est supposé bon par nature, et pourtant il engendre une société corruptrice, qui est le fruit de sa perfectibilité. Quelle conséquence faut-il en tirer ? Il faudra être infra-humain pour se rêver bon, et c’est bien ce à quoi nous invite un aspect de la pensée de Rousseau, Mais Rousseau est en fait un gnostique qui s’ignore : La nature humaine est supposée bonne, pure, sans tache, puisque l’homme n’a pas en lui-même le principe actif de sa dépravation ; c’est la société qui le corrompt. Mais l’homme a une nature naturellement dotée d’une perfectibilité qui est principe de dépravation, ainsi de corruption. S’il est bon par nature, on ne voit pas que la société, qu’il engendre, puisse être principe de corruption, c’est-à-dire mauvaise, car il faudrait qu’il fût corrompu pour l’engendrer, or elle est supposée expliquer sa corruption. Et si c’est quand même elle qui le corrompt, c’est qu’il est l’auteur d’une société corruptrice, que donc il est lui-même nativement corrompu, mais pour autant seulement qu’il fasse se déployer les promesses vénéneuses de sa perfectibilité. Si la société est corruptrice, c’est au fond parce qu’elle enjoint à l’homme d’actualiser sa perfectibilité. Mais cette perfectibilité, en tant que gravide de corruption, l’homme n’en est au fond pas responsable, puisqu’elle lui a été donnée telle quelle par Dieu. En tant que libre, il est innocent ; en tant que créature mal faite, il est pécheur. C’est donc au fond Dieu qui pèche en le faisant pécher. C’est Dieu qui est mauvais. L’idéal eût été de retourner à ce bienheureux état de nature où l’homme n’était encore qu’un homme en puissance, et l’écologie contemporaine, intrinsèquement contradictoire comme l’est l’anthropologie de Rousseau, est bien l’expression de cette nostalgie du mythique état de nature. Mais parce que le rousseauisme est un subjectivisme, l’homme de Rousseau est individualiste et à ce titre, quelque effort qu’il fasse pour le nier, il est consumériste.

Monseigneur Marcel Lefebvre, Ils l’ont découronné

Que fut, essentiellement, la Révolution de 89 ? Ce fut le naturalisme et le subjectivisme du protestantisme, réduits en normes juridiques et imposés à une société encore catholique. De là la proclamation des droits de l’homme sans Dieu, de là l’exaltation de la subjectivité de chacun aux dépens de la vérité objective, de là la mise sur le même niveau de toutes les « fois » religieuses devant le Droit, de là enfin l’organisation de la société sans Dieu, en dehors de Notre Seigneur Jésus-Christ. Un seul mot désigne cette théorie monstrueuse : le LIBÉRALISME.

Louis Le Carpentier, Catholique et fasciste toujours

« Petite erreur dans les principes, grande erreur dans les applications » nous dit l’Aquinate ; si cela est vrai en théologie et en philosophie, cela l’est a fortiori en politique : nous allons en avoir la preuve. Commençons par le subjectivisme de Kant, qui est le premier fondement du démocratisme moderne. Voici (très brièvement) résumée l’épistémologie kantienne : le passage du « phénomène » au « noumène » (c’est-à-dire du sensible à l’intelligible) est rigoureusement impossible, le noumène étant au delà de l’expérience ; pourtant nous pensons à partir de concepts qui s’identifient à ces noumènes ; c’est donc que notre entendement possède des « catégories subjectives » , qui permettent de nous représenter ces noumènes, de nous en faire une idée. Par-là, ce que la raison doit chercher à connaître, ce ne sont pas les catégories de l’être, mais ses propres catégories ; son objet n’est pas le réel mais la représentation, ou l’idée, qu’elle s’en fait (aucun rapport avec lui). Ainsi, le principe de la vérité n’est nullement le réel, mais la raison objective. Et dans ces conditions, n’a logiquement de valeur morale que ce qui émane du sujet, et n’a de légitimité politique que ce qui provient de la volonté générale (ou volonté de la majorité) : la démocratie devient, en fin de compte, la seule forme de gouvernement authentiquement légitime. Le problème de Kant est qu’il a méconnu le fonctionnement de la raison ; et plus précisément, il a ignoré le processus fondamental de la connaissance humaine, qui est le processus de l’abstraction – c’est-à-dire le passage de la connaissance sensible à la connaissance intellectuelle, de la perception du singulier à la conception de l’universel – ; en effet, c’est en voyant plusieurs tables que nous parvenons à en tirer ce qu’elles ont de commun ; de même, c’est en percevant des arbres que nous arrivons à en extraire la nature, l’essence. La première opération de l’esprit – à savoir la simple appréhension des quiddités – se réalise grâce à l’abstraction. Le fondement de la démocratie moderne, à savoir le subjectivisme kantien, est donc philosophiquement irrecevable.

Jean-Jacques Stormay, Abécédaire mal-pensant

Le subjectivisme est la pathologie qui s’empare du Moi quand il se révèle incapable de faire valoir sa dignité sans se déifier.

Joseph Mérel, Pour une contre-révolution révolutionnaire

Le temps n’est plus à finasser. Notre pauvre pays – qui dans ce domaine fait figure de lamentable pionnier et de triste modèle pour toute l’Europe – ressemble, dans toutes les sphères de pouvoir qui s’y exercent, à ses propres hôpitaux : des médecins juifs arrogants et royalement payés soignent des arabes torchés par des nègres, cependant que les autochtones paralysés financent tout ce beau monde en se laissant tuer à petit feu puis remplacer à grands pas par les envahisseurs avides ; ce sont les juifs qui depuis toujours accélèrent les processus du déclin de la chrétienté, usent d’arguments fallacieux pour faire accepter toutes les dispositions sociétales susceptibles d’abaisser la puissance des peuples qui les accueillent, avilissent les goyim et polluent leur terre, leur culture et leur sang. Mais d’où vient qu’une poignée d’hallucinés dépourvus de toute créativité, sans talent exceptionnel dans l’ordre spéculatif, artistique ou scientifique, mus par la seule énergie d’une haine bimillénaire, en viennent à dominer les peuples intellectuellement féconds ? Il en est ainsi parce que les juifs flanqués des francs-maçons et des crypto-marxistes sont parvenus à river les autochtones à leurs vices – hédonisme systématisé saupoudré de cette fausse légitimation morale qu’est la philosophie des droits de l’Homme – et d’abord au subjectivisme radical qui inspire de tels vices et s’actualise en eux, de telle sorte qu’ils ne peuvent plus faire le procès des fauteurs de décadence autrement qu’en faisant le procès de leur subjectivisme.

Dom Innocent le Masson, Avis spirituels et méditations

La vérité ne dépend pas de nos vues, et Dieu qui en est l’auteur, ne soumet pas sa grâce et sa paix aux opinions particulières des hommes voulant établir des vérités d’après leur sens propre. Il ne faut donc pas s’étonner si ces hommes, peu versés en spiritualité, se jettent dans des supplices et dans des pièges, pour avoir voulu se former des vérités particulières. Mais si nous voulons avoir bonne part à la conduite et à la paix de l’Esprit de Dieu, il faut tenir notre esprit et ses connaissances dans une adhérence ferme aux vérités reconnues et certaines, sans souffrir qu’il s’égare pour se former des opinions singulières et contraires au sens commun.

Jean-Jacques Stormay, Idées portraiturées et fantaisies quodlibérales

Le subjectiviste de gauche, cohérent dans son délire, est ce bâton brenneux revendicateur et révolté contre l’ordre des choses, qui fait de sa conscience et de sa liberté un absolu et qui, par souci d’apparente justice servant à légitimer son péché, revendique pour tous ce qu’il revendique pour lui-même être de petits dieux qui s’adorent, chacun se prenant pour fin tout en plébiscitant le droit d’autrui à se prendre lui aussi pour fin ; il s’agit alors d’engendrer un monde infernal dans lequel est érigée en règle suprême la loi voulant qu’un « absolu respect » soit prodigué à chacun, en tant même qu’il est une personne, de sorte que sa susceptibilité incandescente soit toujours préservée de tout traumatisme. Le Robespierre d’Anouilh, ce Bitos écorché vif, représente le paradigme de cette espèce d’horreur humaine qui ferait égorger l’humanité entière pour une blessure d’amour-propre. Et c’est évidemment sur ce nombrilisme sacralisant la subjectivité terroriste que repose ce qu’il est convenu d’appeler la dignité de la personne humaine. Le subjectiviste de droite est cet homme qui aime son orgueil et le cultive comme une fleur vénéneuse dont il admire la beauté sombre et la capiteuse vigueur, en laquelle il reconnaît, fasciné, sa toute-puissance et sa souveraine indépendance, et croit célébrer sa force alors qu’il joue à être fort en oubliant qu’il le joue, ce qui finit par lui faire croire à ses propres simagrées, dans un abandon passif à ses désirs qui est marque de grande faiblesse. Ce qui le distingue de l’homme de gauche, c’est qu’il prétend reposer sur soi pour se déifier, alors que l’homme de gauche convoque l’humanité entière pour la mettre à son service et servir son projet de déification de soi. Le subjectiviste de droite ne prétend pas exiger cette « justice pour tous » qui consiste à étendre à tous le droit d’être absolument subjectiviste en croyant fonder en cette universalisation une espèce de légitimation morale de l’orgueil ; le subjectiviste de droite se contente en quelque sorte de s’ériger en absolu sans prétendre cautionner moralement cette revendication ; un tel besoin de légitimation n’est encore, pour lui qui se place par-delà le bien et le mal, qu’une expression grégaire de médiocre.