Créer votre espace personnel

Connectez-vous avec Google afin de synchroniser vos favoris et vos futures collections.

Nouvelle collection

Ex. Conciles · Ex. À lire · Ex. Histoire

Renommer la collection

40 caractères maximum. Le nom doit être unique.

Nouvelle sous-collection

Changer l'icône

Changer la couleur

Supprimer la collection

Collection
Ressources

Saint Louis

Jean-Noël Toubon, Ainsi était Saint Louis (Page 15)

Alors qu’il n’était qu’un enfant, sa foi le poussa à un comportement qui ne pouvait être puisé qu’à la source des Évangiles. Un beau matin, alors que la cour royale dormait encore, un moine agenouillé appela la reine Blanche. Face à eux, la cour du palais qui était accessible à tous était remplie de vagabonds, de clochards attendant l’aumône. Ce que virent Blanche et le moine dépassait l’entendement : le jeune Louis aux cheveux blonds, vêtu comme un simple écuyer, donnait à ces miséreux des pièces de monnaie.

Jean-Noël Toubon, Ainsi était Saint Louis (Pages 66-67)

Le 13 mai 1249, la flotte croisée mettait les voiles vers l’Égypte. Où jeter l’ancre ? Alexandrie ? Damiette ? La première offrait plus de facilité pour marcher vers Le Caire, mais sa nature hostile ne plaidait pas en sa faveur. Les croisés virent les côtes de Damiette le 4 juin 1249. La nuit précédant le débarquement sur Damiette se passa en prières. Au petit jour, le soleil naissant éclairait la flotte chrétienne impatiente de combattre. Louis IX choisit ce moment crucial pour haranguer ses chevaliers à bord de son vaisseau nommé La Monnaie : « Mes fidèles amis, s’écrie-t-il, nous sommes invincibles si nous sommes inséparables dans notre charité. Ce n’est pas sans une permission divine que nous nous sommes transportés ici pour aborder dans un pays aussi puissamment occupé. Je ne suis point la France, je ne suis point la sainte Église : c’est vous qui êtes l’une et l’autre. Je ne suis qu’un homme dont la vie s’éteindra comme celle d’un autre quand Dieu voudra. Tout est pour nous, quelque chose qui nous arrive : si nous sommes vaincus, nous sommes martyrs ; si nous triomphons, la gloire du Seigneur en sera célébrée : celle de la France et même de la chrétienté en sera augmentée. Certes, il serait insensé de croire que Dieu m’a suscité en vain, lui qui prévoit tout. C’est ici sa cause, nous vaincrons par le Christ, et il triomphera en nous. Il donnera la gloire, l’honneur et la bénédiction non pas à nous, mais à son nom. » […] En dépit du danger de mort qui les attendait, il recommandait à ses chevaliers de ne pas toucher aux femmes et aux enfants des Sarrasins, mais de les amener pour les faire baptiser puis, autant qu’ils le pouvaient, de préférer emprisonner les hommes plutôt que de les tuer. Son vœu pieu n’empêchait hélas pas la mort de rôder. Le lendemain, les frêles embarcations approchèrent du rivage et une fois le pied à terre, protégés par les arbalétriers, les chevaliers subirent les premiers assauts musulmans. Louis IX trépignait d’impatience, emporté par sa fougue, il sauta lui-même à la mer, l’épée haute et la peur basse.

Jean-Noël Toubon, Ainsi était Saint Louis (Pages 73-76)

Être fait prisonnier était le pire des malheurs pour un roi de France. […] Louis IX ne perdit pas la foi, bien au contraire, les menaces de mort et de torture n’avaient pas d’impact sur lui. « Mon corps vous pouvez bien occire, mais mon âme, vous ne l’aurez pas. » Les échanges avec le sultan étaient nourris, vifs et ne souffraient d’aucune complaisance. Il était séquestré dans les geôles du sultan de Babylone et malgré l’issue mortelle inévitable, il passait chaque seconde à tenter de le convertir, l’unique motivation de son voyage. Tel fut l’échange entre les souverains chrétien et musulman raconté par le moine bénédictin anglais Matthieu Paris : Sultan : – Comment vous portez-vous Seigneur roi ? Louis IX : – Tant bien que mal. Sultan – Pourquoi ne répondez-vous pas : bien. Quelle est la cause de votre tristesse ? Louis IX : – C’est que je n’ai point gagné ce que je désirais le plus gagner, la chose pour laquelle j’avais laissé mon doux royaume de France et ma mère plus chère encore, qui criait après moi, la chose pour laquelle je m’étais exposé aux périls de la mer et de la guerre. Sultan : – Et qu’est-ce donc ô seigneur roi, que vous désirez si ardemment ? Louis IX : – C’est votre âme, reprit le roi, que le diable se promet de précipiter dans le gouffre. Mais jamais, grâce à Jésus Christ, qui veut que toutes les âmes soient sauvées, il n’arrivera que Satan puisse se glorifier d’une si belle proie. Le Très-Haut le sait, lui qui n’ignore rien : si tout ce monde visible était à moi, je le donnerais tout entier en échange du salut des âmes. Sultan : – Et quoi bon roi, tel a été le but de votre pèlerinage si pénible ! Nous pensions tous, en Orient, que vous tous, les chrétiens, aspiriez ardemment à notre soumission et vouliez triompher de nous par avidité de conquérir nos terres, et non par désir de sauver nos âmes. Louis IX : – J’en prends à témoin le tout puissant, dit le roi ; je n’ai point souci de retourner jamais dans mon royaume de France, pourvu que je gagne à Dieu votre âme et les âmes des autres infidèles, et qu’elles puissent être glorifiées. Sultan : – Nous espérons, en suivant la loi du très bénin Mahomet, arriver à jouir des plus grands délices dans l’avenir. Louis IX : – Voilà pourquoi je ne puis assez m’étonner que vous, qui êtes des hommes discrets et circonspects, vous ajoutiez foi à cet enchanteur Mahomet, qui com- mande et permet tant de choses déshonnêtes. En effet, j’ai regardé et examiné son coran et je n’y ai vu qu’ordures et impuretés, tandis que, d’après les sages anciens, voire les païens, l’honnêteté est le souverain dans cette vie.

Jean-Noël Toubon, Ainsi était Saint Louis (Pages 83-84)

Au printemps 1253, une ambassade vint lui annoncer la mort de sa mère, Blanche de Castille, survenue le 27 novembre 1252 à Paris. Pendant deux jours, personne ne pouvait lui parler jusqu’à ce moment où il accepta de voir son ami de Joinville à qui il confia : Ah ! Sénéchal, j’ai perdu ma mère. Après avoir séché toutes ses larmes, toujours aussi accablé mais retrouvant peu à peu ses esprits, il se tourna vers le Seigneur : Je vous rends grâces, ô mon Dieu, de m’avoir donné une aussi bonne mère, et de l’avoir reprise chez vous par la mort corporelle. Il est bien vrai, beau très doux père Jésus-Christ, que j’aimais ma mère par dessus toutes créatures qui vivent dans ce monde et qu’elle méritait bien cet amour. Mais puisqu’il vous a plu qu’elle trépasse de ce monde, que votre nom soit béni.

Jean-Noël Toubon, Ainsi était Saint Louis (Pages 92-93)

En roi précurseur, il imposa un principe fondateur de notre justice contemporaine : la présomption d’innocence. Les décisions politiques de Louis IX s’inscrivaient dans un contexte spirituel prompt à l’amélioration de l’idée de justice. En roi pieux et scrupuleux, il suivit le recommandations du concile du Latran IV de 1215 qui préconisait, entre autres, la suppression de l’ordalie ; cette décision injuste qui soumettait la culpabilité d’un homme à l’épreuve du feu ou de l’eau, confiant ainsi le jugement à Dieu ; désormais pour condamner un homme, il fallait en apporter la preuve. Il donnait aussi la possibilité à ses sujets de faire appel à son propre jugement pour amender une décision déjà rendue dans une juridiction du premier degré et ainsi pouvaient-ils espérer un meilleur sort. Ces jugements sommaires s’appelaient des plaids de la porte parce qu’ils étaient rendus devant la porte du palais. Chaque sujet pouvait aborder le roi et lui faire part de ses griefs. Plus tard, pour venir à bout des nombreuses sollicitations, il dut solliciter quelques conseillers de sa cour en leur donnant le rôle de juge ou d’avocat. Après les avoir écoutés avec attention, il tranchait en confirmant ou infirmant les arrêts déjà prononcés en appel. Le peuple assistait, curieux, à ces audiences expéditives et pouvait ainsi contrôler la façon dont les jugements étaient prononcés. Louis était coutumier du fait et très souvent une foule se portait sur ses pas dans l’espoir d’y recevoir la justice royale. L’humilité avec laquelle il pratiquait la justice étonnait jusque dans son propre entourage. Au bois de Vincennes ou au Palais Royal, Louis IX, à l’image du Christ entouré de ses apôtres, vêtu d’une simple cotte de camelot, étendait un tapis et faisait asseoir autour de lui son conseil. Le peuple, qui avait affaire devant lui, se tenait debout et lui parlait sans ambages, sans empêchements d’huissier, la justice se pratiquait en toute simplicité. Par exemple, en protecteur invétéré des plus faibles, il pourvoyait sur les biens royaux une dot suffisante pour les jeunes filles dont l’indigence empêchait la réalisation de leur mariage. Ainsi, il s’assurait qu’elles ne connaîtront pas les affres de la débauche.

Jean-Noël Toubon, Ainsi était Saint Louis (Pages 106-108)

Dieu qu’il était difficile pour un puissant baron d’intégrer l’idée que, sous le règne de Louis IX, la justice était la même pour tous, quel que soit votre rang, nobles ou simples paysans ! Le seigneur Enguerrand de Coucy, en 1259, allait en prendre pleinement conscience. Trois nobles jeunes enfants natifs de Flandre, venus pour apprendre le langage de France, étaient en train de chasser le lièvre dans le bois de l’abbaye de Saint-Nicolas-au-Bois, près de la cité de Laon, quand leur course les fit tirer leur gibier dans le bois du seigneur de Coucy, ce qui était formellement interdit. Ils furent pris et retenus par les sergents qui gardaient le bois. Le seigneur, qui ne comptait pas la clémence comme qualité, les fit pendre immédiatement. L’abbé de Saint-Nicolas-au-Bois, qui les avait en garde, et quelques cousines des pauvres pendus, choqués, en avertirent le roi qui prit soin de convoquer immédiatement le seigneur à la cour. Le sire de Coucy s’exécuta tout en stipulant au roi qu’il ne voulait être jugé que par ses pairs selon la coutume de baronnie, et qu’il était prêt à se défendre en duel judiciaire. Le roi n’entendit pas sa supplique et lui rappela que le combat judiciaire n’était pas acceptable quand il s’agissait de la cause d’un pauvre, puis le jeta à nouveau en prison à la tour du Louvre en attendant le passage de la justice royale. Les autres seigneurs ne comprenaient pas le sort réservé à Enguerrand de Coucy. Était-ce acceptable, pour un seigneur, de subir un tel outrage ! Ils imploraient alors la pitié pour leur pair auprès de Louis IX, mais celui-ci les écoutait d’une oreille timide. Le roi leur précisa que : « Si notre Seigneur lui sû aussi bon gré de le pendre que de le relâcher, il le pendrait, sans se soucier des barons de son lignage. » Mais Louis, dans sa grande miséricorde, se laissa finalement convaincre par les prières des barons. Enguerrand de Coucy sera alors libéré sous plusieurs conditions : le paiement d’une amende de douze mille livres, somme colossale pour l’époque, l’obligation de partir trois ans en croisade, la contrainte de faire construire deux chapelles dans lesquelles des prières devront être chantées tous les jours pour l’âme des trois jeunes, l’obligation de donner à l’abbaye le bois où les jeunes gens avaient été pendus, et enfin, le roi lui retira le droit de haute justice en ses bois et viviers. Le roi, à la droiture si connue, prit l’argent de l’amende et le convertit en bonnes œuvres. Un jour, un moine mendiant lui avait dit : « Soyez juste envers le peuple, afin que Dieu vous juge à son tour d’un œil favorable. » Sa justice implacable traversait les frontières. Louis IX était un exemple d’incorruptibilité. Même dans les terres les plus reculées du continent, le Khan mongol le considérait comme « le plus éminent des rois des chrétiens d’Occident ». Il était le chef moral de toute la chrétienté.

Jean-Noël Toubon, Ainsi était Saint Louis (Pages 114-115)

La ville de Paris n’était pas un exemple de bonne gestion. Il n’y avait ni municipalité ni représentation bourgeoise. La prévôté était confiée au plus offrant, ce qui faisait de Paris la ville la moins sûre du royaume. Sans autorité, les brigands pouvaient s’en donner à cœur joie, Louis IX prit alors les choses en main. En 1261, le roi nomma Étienne Boileau prévôt de Paris et grâce à sa personnalité exemplaire, le nouvel édile transforma en profondeur et rapidement la capitale. Autrefois, les indigents étaient opprimés par les riches et les étrangers étaient libres de toutes exactions, désormais et en peu de jours, la ville était plus sûre au point où Guillaume de Nangis, célèbre chroniqueur de son temps observa ceci : « La prévôté fut si bien gardée que nul malfaiteur, ni larron, ni meurtrier n’osa demeurer à Paris, qui ne fut tantôt pendu ou exterminé : ni parenté, ni lignage, ni or, ni argent ne le purent garantir. » Ainsi fut Louis IX, l’initiateur de la probité en politique.

Jean-Noël Toubon, Ainsi était Saint Louis (Pages 1

Même s’il fut reconnu et considéré comme un saint de son vivant, un grand nombre d’enquêtes durent être menées afin d’attester du caractère exceptionnel de son règne et de sa personne. Revenons un instant sur les miracles. Majoritairement issus de basses conditions sociales, les miraculés étaient des estropiés, des malades, des mendiants, des infirmes. Un malheureux garçon sourd et muet venu de Franche-Comté en fit la divine expérience. Il se joignit au convoi royal jusqu’à Saint-Denis comme beaucoup d’indigents et réussit à vivre quelques jours d’aumônes du roi et des nobles. Une fois arrivé à Saint-Denis, n’ayant pas l’instruction de la religion, il imita les gens qui l’entouraient : il se signait, il s’agenouillait, il priait. Trois jours plus tard, ébahi et épouvanté, il pouvait entendre et parler. À son retour en Franche-Comté, tout le monde s’émerveillait du miracle. Par la suite, il reçut les rudiments d’instruction et se fit baptiser. Celui qui le recueillit lui tint ces paroles : « Je veux que tu sois appelé Louis en l’honneur de Louis, le roi de France qui t’a délivré » et il en fut fait ainsi. Ou bien cette jeune Mabillete, fille d’un artisan teinturier parisien de 4 ans, à qui il manquait les rotules à ses genoux et qui n’avait jamais pu se tenir debout. Depuis sa naissance, elle se traînait sur ses mains et ses jambes. Le voisin de son père lui demanda pourquoi il n’emmenait pas sa fille sur le tombeau du Seigneur Louis, on disait qu’il s’y faisait des quantités de miracles ! Convaincue, sa mère l’emmena et resta avec sa fille quelque temps. Un jour, Mabillete était seule près du tombeau, sa mère s’était absentée, à son retour, elle trouva sa fille debout sur ses pieds, les gens autour d’elle criaient : « Elle est guérie ! » Ou encore à Créteil, une Bourguignonne venue à Paris attendit le cortège avec impatience, son enfant portait deux bosses sur le visage. Au passage du corps du roi, elle demanda à ce que son fils puisse toucher la châsse, un sergent porta l’enfant dans ses bras et lui permit de la toucher. Au contact de l’objet si précieux, du pus sortit en grande quantité, l’enfant était guéri. Des dizaines de miracles furent ainsi attestés au fil du temps.

Bibliographie

  • Albert Lecoy de la Marche, Saint Louis, son gouvernement et sa politique (Lien)
  • André Wartelle, Pensées de saint Louis
  • Jean Noel Toubon, Ainsi était saint Louis