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Bonaparte (Napoléon)

Jacques Bainville, Napoléon

Sauf pour la gloire, sauf pour l’« art », il eût probablement mieux valu qu’il n’eût pas existé. Tout bien compté son règne, qui vient, selon le mot de Thiers, continuer la Révolution, se termine par un épouvantable échec. Son génie a prolongé, à grands frais, une partie perdue d’avance. Tant de victoires, de conquêtes (qu’il n’avait pas commencées), pourquoi ? Pour revenir en deçà du point d’où la République guerrière était partie, où Louis XVI avait laissé la France, pour abandonner les frontières naturelles, rangées au musée des doctrines mortes. Ce n’était pas la peine de tant s’agiter, à moins que ce ne fût pour léguer de belles peintures à l’histoire. Et l’ordre que Bonaparte a rétabli vaut‑il le désordre qu’il a répandu en Europe, les forces qu’il y a soulevées et qui sont retombées sur les Français ? Quant à l’État napoléonien, qui a duré à travers quatre régimes, qui semblait bâti sur l’airain, il est en décadence. Ses lois s’en vont par morceaux. Bientôt on sera plus loin du code Napoléon que Napoléon ne l’était de Justinien et des Institutes, et le jour approche où, par la poussée d’idées nouvelles, l’œuvre du législateur sera périmée.

Léon Daudet, Le stupide XIXème siècle

Bonaparte est une sorte de parodie sacrilège des Croisades. Il représente la Croisade pour rien.

Michel Gaudart de Soulages et Hubert Lamant, Dictionnaire des Francs-Maçons Français

On ne sait avec certitude quand Napoléon fut initié (certains disent : à la loge militaire Philadelphie, en 1798). Mais il fut nommé “Napoléon protecteur de la Maçonnerie”. Des hymnes maçons lui furent dédiés. De nombreuses loges prirent des titres comportant “Saint Napoléon” ! Plusieurs dates et loges sont données par différents auteurs quant à sa date et son lieu d’initiation. Son frère Jérôme fut initié le 2 avril 1801 à la Loge “la paix” de Toulon et fut Grand Maître de la Franc-Maçonnerie du royaume de Westphalie. Son frère Joseph, roi de Naples et de Sicile, fut initié le 8 octobre 1793 à la Loge “La parfaite sincérité” de Marseille et fut Grand Maître du Grand Orient. Son frère Louis fut Grand Maître adjoint du Grand Orient Cambacérès 33ème degré.

Guy-Marie Deplace, De la persécution de l’Église, sous Buonaparte

Était-ce donc pour le bien de cette religion, qu’il proposait au Souverain Pontife de faire avec lui une alliance offensive et défensive, au moment où sa manie de conquérir mettait l’univers en feu ? Quelle alliance, grand Dieu ! que celle du fléau de la terre, d’un empereur d’un jour, déterminé à ne poser les armes que lorsque sa dynastie sera la plus ancienne de l’Europe, avec le pasteur des rois et des peuples, avec le Père commun des Chrétiens ! Quelle alliance que celle du ravageur des empires, du perturbateur du repos des nations, avec l’ange de la mansuétude et de la paix ! Ah ! Pour perdre le catholicisme, il ne lui manquait plus que de traîner à sa suite les paisibles milices du Vicaire de Jésus-Christ, des rives du Tibre à celles du Guadalquivir ou de la Newa ; de les associer à ses brigandages, de leur faire partager avec lui les malédictions des opprimés, et de rendre ainsi exécrable une religion devenue complice de son ambition et de ses fureurs. Était-ce encore pour le bien de cette religion, qu’il exigeait qu’à l’avenir un tiers des cardinaux fût pris parmi des sujets à son choix, afin de s’assujettir l’Église romaine comme l’Église anglicane, en exerçant une influence exclusive dans le Sacré Collège ? Était-ce pour le bien de cette religion, qu’il demandait la création d’un Patriarche en France, dans un temps surtout où, placé immédiatement sous sa main et nommé par lui, ce Patriarche eût pu devenir le servile instrument de tous ses projets ultérieurs ? Était-ce pour le bien de cette religion, qu’il voulait introduire dans Rome le code qui a porté son nom, sans en retrancher les dispositions qui permettent le divorce, et brisent ainsi le lien le plus ferme des bonnes mœurs ? Était-ce pour le bien de cette religion, qu’il sollicitait la réduction des évêchés et des cœurs, et la destruction de tous les ordres religieux si utiles à l’accroissement de la piété, à l’éducation, à la prédication évangélique, à la conservation des monuments historiques de la société chrétienne ? Était-ce pour le bien de cette religion, qu’il proposait au Pape d’abolir le célibat ecclésiastique, si intimement lié à la décence, à la dignité, aux devoirs et à la nature même des fonctions du sacerdoce ? Était-ce pour le bien de cette religion, qu’il prétendait que Sa Sainteté autorisât le mariage des religieux et des religieuses, engagés par des vœux solennellement prononcés au pied des autels ? Était-ce enfin pour le bien de cette religion, qu’à la suite de toutes ces demandes il imposait encore à Pie VII l’obligation de se déclarer son sujet, et de le reconnaître empereur de Rome ? Voilà pourtant ce que demandait cet homme qui voulait être regardé comme le défenseur de l’Église, et qui accusait le souverain Pontife d’en trahir les intérêts sacrés.

Jean Daujat, La face interne de l’histoire

À « la Terreur », celle de Danton et celle de Robespierre, succéda un régime appelé « le Directoire » qui fut un régime d’anarchie et de désordre en même temps que d’inimaginable corruption. Pendant ce temps grandissait la popularité d’un jeune général d’origine corse issu des armées de la Révolution, le général Bonaparte, qui devait se révéler un des plus grands génies militaires de tous les temps et être l’instaurateur de nouvelles méthodes de guerre. Il se fit connaître alors par ses victoires foudroyantes en Italie qui assuraient à la Révolution française autant de succès militaires et par là de diffusion à l’extérieur qu’elle connaissait de désordres à l’intérieur. Aussi beaucoup voyaient-ils en Bonaparte l’homme qui dans la fidélité aux principes de la Révolution française pourrait tirer d’elle un régime d’ordre et d’autorité. C’est ce qui lui permit de réussir le coup d’État qui mit fin au Directoire en instaurant un nouveau régime qu’il appela « Consulat » en s’inspirant de l’antique République Romaine en laquelle tant d’hommes de la Révolution voyaient un modèle. Quand ont disparu les régimes d’autorité humaine et équilibrée, l’anarchie conduit presque inévitablement à la dictature : le Consulat fut une véritable dictature de Napoléon Bonaparte. Sans doute le fallait-il alors pour mettre fin à tant d’anarchie, de désordre, de corruption. Ainsi grandissait la popularité de Napoléon, et d’autant plus que continuaient ses succès militaires qui rendaient la France victorieuse de l’Europe coalisée contre elle. La suite fut l’œuvre de son prodigieux et monstrueux orgueil – il se croyait invincible – qui le rendait quelque peu mégalomane ou paranoïaque. Il eut d’abord l’idée d’instaurer en sa personne une nouvelle dynastie comme les Capétiens avaient succédé aux Carolingiens et ceux-ci aux Mérovingiens : par un plébiscite il se fit nommer empereur sous le nom de Napoléon Ier. Ce mot d' »empereur » comme celui de « Consulat » marquait bien une inspiration puisée dans l’antiquité romaine. Ce n’était donc pas un retour à la royauté avec seulement un changement de dynastie. C’était encore moins un retour à la chrétienté où la mission du roi venue de Dieu était consacrée par le sacre de Reims. C’est le peuple – en qui réside toute autorité selon les principes de la Révolution française – qui par plébiscite avait nommé Napoléon empereur. Du bonapartisme s’inspireront désormais tous les régimes de République autoritaire où un chef d’État ayant tous les pouvoirs est désigné par plébiscite. Mais pour être logique avec de telles conceptions Napoléon aurait dû établir que son successeur serait lui aussi désigné par plébiscite. Son orgueil le rendit infidèle à ces conceptions en l’amenant à rendre son Empire héréditaire et à créer par là une dynastie Bonaparte, contradiction qui se retrouvera plus tard entre les bonapartistes à la lettre qui seront fidèles à un prétendant descendant de Napoléon et les bonapartistes selon l’esprit qui préconiseront un chef élu par plébiscite. L’orgueil de Napoléon allait se heurter sur ce terrain à une autre difficulté, c’est que l’impératrice Joséphine qu’il aimait et dont il était aimé ne lui avait pas donné d’héritier. L’orgueil l’emportant alors sur l’amour conjugal, il la répudia et poussa l’infidélité à ses principes jusqu’à choisir sa nouvelle épouse dans la dynastie la plus traditionaliste de l’Europe, la dynastie autrichienne des Habsbourg contre laquelle il avait été incessamment en guerre, mais quelle satisfaction d’orgueil pour lui que son prestige et son pouvoir aient été tels alors que sa demande en mariage fut agréée et que son titre impérial fut ainsi reconnu par une dynastie issue des temps de chrétienté ! Il en fut bien puni car autant les Habsbourg avaient donné à la France avec l’épouse de Louis XVI, la reine Marie-Antoinette, une reine pleine de charme qui devait finir sur l’échafaud martyre de sa fidélité à la foi catholique, autant l’impératrice Marie-Louise, seconde épouse de Napoléon, fut une femme sotte et antipathique qui abandonna Napoléon après ses revers et au moment de ses malheurs. Il y eut une autre contradiction plus grave encore entre les principes de Napoléon et les exigences de son orgueil. Ambitionnant de dominer l’Europe et de la réunir sous son pouvoir, ce qu’il fut un moment bien près de réaliser, il alla jusqu’à vouloir se faire reconnaître comme successeur de Charlemagne, c’està-dire d’un pouvoir impérial qui était essentiellement un pouvoir de chrétienté, et alors que son pouvoir impérial lui venait d’un plébiscite, il voulut, comme Charlemagne avait été sacré par le pape saint Léon III, être sacré par le pape Pie VII qui y consentit en raison d’avantages accordés alors à l’Église. Mais la contradiction que nous venons de dénoncer apparut bien pendant la cérémonie du sacre où Napoléon prit la couronne des mains du pape pour la poser lui- même sur sa tête : son orgueil manifestait par là que son pouvoir ne venait pas de Dieu dont le pape était le ministre mais qu’il se l’était donné à lui-même par son génie d’homme. Maître absolu de la France par son pouvoir impérial – il le fut bien plus que ne l’avait été Louis XIV au temps de la monarchie absolue car alors subsistaient bien des institutions comme les Universités et les Parlements qui demeuraient indépendantes du pouvoir royal -, Napoléon poussa l’orgueil, nous venons de le signaler, jusqu’à vouloir dominer l’Europe, soit directement par des annexions, soit par l’intermédiaire de pouvoirs installés par lui et subordonnés à lui. Il se heurta à l’hostilité tenace de l’Angleterre qui ne pouvait supporter de voir l’Europe unifiée sous une seule autorité et à l’hostilité des monarchies absolues d’Autriche, de Prusse et de Russie qui voyaient en lui l’héritier des principes de la Révolution française. Son mariage avec Marie-Louise ne fut qu’un bref intermède dans sa lutte avec l’Autriche. La manière dont il prétendit conquérir et dominer la Prusse provoqua une réaction et une révolte violentes du nationalisme allemand – nous en reparlerons à propos du philosophe Fichte et de son Discours à la nation allemande – et de là devait sortir tout le pangermanisme qui fut si gravement nocif au XIXe siècle et pendant la première moitié du XXe. Avec le tsar de Russie Napoléon tenta un moment un partage d’influence mais ce ne fut que pour aboutir finalement à une guerre où il essaya l’invasion de la Russie. Dans cette succession de conflits avec tous les pays d’Europe Napoléon fut dans la première partie de son règne constamment victorieux, ce qui ne pouvait qu’enfler davantage son orgueil, mais ce qui développait son prestige à un tel degré que nous avons vu comment il obtint son sacre par le pape et son mariage avec une Habsbourg. Il le devait certes à son incontestable génie militaire. Mais il n’aurait jamais pu le réussir sans ce qu’avait inauguré la Révolution française : substituer aux armées de métier une armée nationale recrutée à partir de toute la population astreinte au service militaire. Nous avons dit combien ce régime devait aux XIXe et XXe siècles rendre les guerres tellement meurtrières et dévastatrices. Quand vinrent ses revers Napoléon eut besoin de recruter toujours davantage de soldats et son règne se solda finalement par un nombre considérable de morts. Les conquérants ambitieux ne savent jamais s’arrêter à temps. L’orgueil de Napoléon devait le conduire à l’échec final. Il rencontra ses premiers revers avec une tentative de conquête de l’Espagne où il se heurta à une résistance farouche de la population, à des maquis, à une guérilla. Ce qui le perdit finalement fut son essai d’envahir la Russie qui ne pouvait qu’aboutir à l’échec, sa retraite à travers l’Allemagne se heurta à la révolte prussienne dont nous avons déjà parlé, et finalement ce fut la France qui fut envahie. En 1815 l’effondrement de l’effort guerrier de Napoléon, qui avait provoqué tant de morts pour finir par échouer, laissa la France ruinée. Elle ne fut sauvée que grâce à la restauration du successeur de Louis XVI, son frère Louis XVIII (le fils de Louis XVI, Louis XVII, était mort pendant la Révolution), dont la sage et prudente politique pansa ses plaies et y rétablit la prospérité, et grâce à la prodigieuse habileté diplomatique de Talleyrand qui, moyennant le rétablissement des Bourbons sur le trône de France, obtint des souverains vainqueurs de Napoléon des Traités qui laissaient à la France son territoire. Le génie militaire de Napoléon était lié à un grand génie d’organisation et, dans une France complètement désorganisée par la tourmente révolutionnaire il fut un grand organisateur et réalisa sur ce plan une œuvre de longue durée car la France d’aujourd’hui reste profondément marquée dans son système juridique et dans ses institutions par les réalisations de Napoléon. C’est sur cette œuvre d’organisateur de Napoléon qu’il faut maintenant porter un jugement. L’organisation sociale de la chrétienté était une organisation vivante et par là variée et touffue comme celle d’une forêt naturelle diverse d’un lieu à l’autre suivant le sol et le climat : elle était faite de communautés naturelles nées spontanément de solidarités réelles et de besoins réels et douées par là d’une large autonomie : corps professionnels, communes, régions ou provinces, Universités, Parlements. Nous avons vu quel coup ces institutions avaient reçu avec l’esprit d’organisation rationnelle issu de Descartes de la monarchie absolue de Louis XIV et de Louis XV et de sa politique centralisatrice. Nous avons vu comment à la fin du XVIIIe siècle elles étaient sclérosées et cadavériques. La Révolution les avait totalement balayées et il n’en restait plus rien. Ce que Napoléon, en cela pleinement héritier de la Révolution, leur substitua, ce fut une organisation artificielle, construction de la raison selon l’esprit cartésien, donnée du dehors, sans émaner de besoins réels et de solidarités réelles, par l’État centralisateur assumant en lui tous les pouvoirs et toutes les fonctions au moyen d’agents désignés par lui que l’on appellera « fonctionnaires » et qui seront substitués aux autorités professionnelles, locales, éducatives ou culturelles disparues. L’œuvre de Napoléon fut sur ce plan une conséquence de l’individualisme qui avait été le principe directeur de la Révolution française : les individus proclamés totalement indépendants et maîtres absolus d’eux-mêmes seront obligés pour tous leurs besoins d’avoir recours à la seule institution qui subsiste en face d’eux, c’est-à-dire à l’État qui va ainsi à la place de toutes les institutions disparues se trouver seul chargé de toutes les fonctions et assumer en lui tous les pouvoirs. En remettant toute l’organisation de la vie du pays et toutes les institutions aux mains de l’État et de ses fonctionnaires, en réalisant par là la centralisation et la mécanisation administratives, Napoléon a été le précurseur des États totalitaires, des diverses formes de fascisme : Mussolini et Hitler ne cacheront pas leur admiration pour lui. Certes sous Napoléon il n’y eut pas encore la mainmise de l’État sur la vie économique et les activités professionnelles qui devait sévir au XXe siècle : sur ce plan il a maintenu le libéralisme intégral qui avait été instauré par la Révolution française et dont nous avons vu qu’il devait engendrer parallèlement le capitalisme et la condition prolétarienne. Emmanuel Beau de Loménie a très bien dénoncé, sous le nom de « dynasties bourgeoises », ces profiteurs de la Révolution et de l’Empire qui se sont emparés du capitalisme naissant et de toutes les grandes affaires, donc par là de toute la richesse du pays, et qui en même temps ont casé leurs fils dans toutes les places de hauts fonctionnaires qui auront en main la conduite de l’État : ce qu’on appellera au XIXe et XXe siècles « la société bourgeoise » a pris naissance sous la Révolution et l’Empire. L’œuvre de Napoléon relève aussi de l’individualisme de l’époque sur le plan juridique avec ce fameux « Code Civil » pour lequel tant d’éloges lui ont été décernés mais qui ne connaît comme sujets de droits que les individus, par exemple le sujet de la propriété y est l’individu, la famille en tant que telle n’y est plus sujet de droits et il n’y a plus de patrimoine familial. De même l’entreprise est la propriété d’un individu ou d’individus associés mais on ne reconnaît pas l’entreprise en tant que telle comme corps social pouvant posséder. La loi Le Chapelier est maintenue et il n’y a plus ni corps professionnels ni patrimoine corporatif. Les domaines sur lesquels l’œuvre napoléonienne concentre tout aux mains de l’État sont les domaines local ou régional, culturel et éducatif, et de la justice. Il n’y a plus de pouvoirs locaux ou régionaux autonomes, le gouvernement local est assuré par des « préfets » qui sont des agents de l’État nommés par lui et dépendant directement de lui. Aux « pays » et aux provinces qui constituaient des régions naturelles nées des réalités du sol et de la population, on a substitué les « départements » qui sont des divisions administratives artificielles, pures constructions de l’esprit conçues dans des bureaux hors des réalités du sol et de la population. Même sous la monarchie absolue de Louis XIV l’organisation scolaire et universitaire était autonome, indépendante de l’État, mais Napoléon, ici continuateur des conceptions de la Révolution, a mis écoles et universités aux seules mains de l’État, tout le personnel éducatif et enseignant devenant des fonctionnaires, de sorte qu’enfants, adolescents, étudiants soient formés selon les conceptions de la Révolution et de l’Empire, dont sera assurée ainsi la pérennité. Il n’y aura plus des universités, mais « L’Université », institution d’État. Pour Napoléon la mission de l’école sera de former des soldats et de petits fonctionnaires, la mission des lycées de préparer des officiers et de hauts fonctionnaires : éducation et enseignement doivent assurer le service de l’État. C’est de même l’État qui va prendre en charge toutes les institutions culturelles orientant la pensée, les sciences, les lettres, les arts. Enfin sous la monarchie absolue la justice était aux mains de Parlements autonomes et dont la réelle autonomie apparaît bien dans les difficultés que Louis XIV et Louis XV ont rencontrées avec eux. Avec Napoléon les magistrats sont des fonctionnaires nommés par l’État et dépendant entièrement de lui. Enfin et surtout Napoléon fut le continuateur des conceptions de la Révolution française de laquelle son pouvoir était issu, conceptions au service desquelles il mit le pouvoir de l’État, en opposition avec les conceptions de l’ancienne chrétienté et ce qui pouvait en rester sous l’Ancien Régime, en maintenant au fondement de la société la doctrine de la « Déclaration des droits de l’homme » ou de l’indépendance absolue de l’homme dont nous avons fait l’exposé critique et montré les conséquences. Alors que Louis XIV et Louis XV, malgré leurs erreurs et le scandale de leur conduite privée, demeuraient officiellement « le Roi très chrétien » ayant accédé au pouvoir par le Sacre de Reims, l’État napoléonien est un État laïc étranger à toute religion, la religion est exclue de toute influence sur la vie politique et le laïcisme de l’école et de l’université exclut l’Église de toute influence sur l’éducation et l’enseignement. Les souverains de l’Europe ne se trompaient pas en voyant en Napoléon l’homme qui amènerait toute l’Europe aux conceptions de la Révolution française. Certes, alors que la Révolution avait cru pouvoir détruire l’Église par une persécution qui fit de nombreux martyrs au temps de « la Terreur », Napoléon sut reconnaître dans la foi catholique de la majorité de la population un fait dont il fallait tenir compte et il mit fin à la persécution en reconnaissant la liberté du culte et de l’apostolat de l’Église. L’influence de celle-ci sur une grande partie de la population constituait aussi un fait qui amena Napoléon à vouloir régler juridiquement les relations entre l’État et l’Église, comme on règle par un Traité les relations entre États, avec ce qu’on appela « le Concordat », et l’Église l’accepta à cause des droits, si insuffisants soient-ils, qui lui étaient ainsi reconnus en mettant fin à la période de persécution. C’est à la suite de cela que, comme nous l’avons dit, Pie VII accepta de participer au sacre de Napoléon comme Empereur mais ce sacre ne comportait pas d’engagements de politique chrétienne comme le sacre des rois à Reims. Ensuite les tentatives de l’orgueil napoléonien pour asservir l’Église aboutirent à un conflit avec Pie VII que Napoléon fit prisonnier.

Serge Hutin, Gouvernants Invisibles et Sociétés Secrète

On connaît l’anagramme célèbre qui tirait de l’expression « la révolution française » cette phrase : « un veto corse la finira ». Mais on peut précisément se poser cette question : Bonaparte, qui était assurément un homme de génie et qui avait été porté par la vague d’événements collectifs, français et européens, à nuls autres pareils, ne dut-il pas son ascension foudroyante au fait qu’il était mystérieusement épaulé par de très puissantes sociétés secrètes ? Tout se passe comme si, dès sa jeunesse, Napoléon Bonaparte avait été orienté de telle sorte qu’il se trouve au bon moment et au bon endroit à chaque étape décisive de sa carrière. Il faudrait même se demander à quels personnages le jeune Bonaparte dut d’avoir été sélectionné pour rentrer à l’école de Brienne. Le général Bonaparte avait-il été choisi par les successeurs de Weishaupt pour être soutenu par l’Ordre des Illuminés et y accéder aux plus hauts degrés ? On lit dans les Mémoires de Napoléon (chapitre VIII), cités par Georges Serbanesco (Histoire de la Franc-maçonnerie universelle, tome III), le récit de son intronisation rituelle souterraine au grade suprême des Illuminés, dans la campagne romaine. Citons ce passage particulièrement significatif : « La longue galerie que nous parcourons est plus élevée, plus longue que la première ; des tiares, des couronnes renversées, des débris de trônes et d’autels en marquent symétriquement les distances ; des groupes épars qui, par leur costume, rappellent les divers âges et les divers peuples du monde, s’arrêtent sur notre passage et baissent leurs piques surmontées de banderoles et armoiries qu’ils livrent aux flammes et remplacent par un bonnet phrygien, le même que les Etats-Unis et la France ont adopté depuis comme signe de leur indépendance ». Vient alors la remise rituelle des insignes du grade : le bouclier, les bottes, le manteau et le chapeau. En lui tendant le chapeau, on lui enjoint ceci : « Garde-toi de ne jamais changer le chapeau de la liberté pour une couronne ». Avertissement que Napoléon voulut ignorer. Rien n’empêche de penser que c’est parce qu’il voulut satisfaire son ambition personnelle au lieu de demeurer un exécutant soumis que l’empereur fut privé du soutien actif des sociétés secrètes supérieures. Indéniablement, à partir de 1812, brusquement, la « chance » abandonne Napoléon. Revenons au jeune général Bonaparte. La campagne d’Egypte fut décisive pour sa carrière, y compris en ce qui concerne l’aide que lui apportaient les gouvernants occultes. Sur le chemin de la terre des Pharaons, Bonaparti conquit au passage l’Ile de Malte. Certain historiens pensent que c’est alors qu’il aurait reçu la lumière maçonnique dans une loge militaire. Mais on peut supposer que s’est produit alors un événement bien plus extraordinaire. Le dernier Grand Maître souverain de l’Ordre de Malte, Hompesch, ressemblai étrangement au comte de Saint-Germain. On pourrait imaginer que Saint-Germain « s’incorpora » dans l’enveloppe terrestre de Hompesch pour transmettre à Bonaparte un grand influx initiatique et lui tracer sa mission secrète, lui indiquer les contacts initiatique qu’il aurait à rechercher en Egypte. En fait, l’expédition d’Egypte avait deux fins, qui n’étaient pas contradictoires. Militairement, elle visait à couper aux Anglais la route des Indes. Initiatiquement, elle permettait à Bonaparte de rencontrer plusieurs des gouvernants invisibles de l’humanité. En Egypte, il rencontrera ainsi en secret les chefs de l’énigmatique Fraternité de Louxor qui conservaient les plus hauts enseignements de la magie égyptienne et avec lesquels Cagliostro avait déjà eu des contacts. Dans les archives du Siège suprême de l’Ordre Rosicrucien A. M. O. R. C., à San José, en Californie, se trouve conservée une charte attestant que Napoléon 1er avait atteint la dignité suprême de l’Ordre de la Rose-Croix : celle d’Imperator, au sens initiatique de ce mot latin qui signifie également Empereur. Il s’était donc élevé doublement à la dignité impériale, temporellement et spirituellement. Selon une tradition orale digne de foi, Napoléon 1er aurait, lors de sa retraite durant la première campagne de France qui fut le prélude à son départ pour l’île d’Elbe – dissimulé des documents rosicruciens d’importance primordiale dans une cachette située dans la muraille du château où il logeait temporairement, en Champagne.

Bibliographie

  • Jacques Crétineau-Joly, Bonaparte, le Concordat de 1801 et le cardinal Consalvi