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Suicide

Saint Augustin, La Cité de Dieu (Livre I, Chapitre 21)

Ils sont peut-être dignes d’admiration pour la grandeur de leur âme ; ils ne sont pas dignes de louanges pour l’authenticité de leur sagesse. D’ailleurs, si on consulte plus attentivement la raison, on ne pourra même pas parler de grandeur d’âme, quand, incapable de supporter la dureté de la vie, ou les péchés d’autrui, on en vient à se suicider. […] Quiconque se tue lui-même est convaincu du crime d’homicide.

Monseigneur Victor Heylen, De justitia et jure (Page 576)

Dieu concède la vie pour que l’homme vive, et qu’en vivant il se perfectionne non pour qu’il se tue selon son gré et lâchement.

Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique (IIa IIae Question 64 Article 5)

L’homme est constitué le maître de lui-même par le libre arbitre. C’est pourquoi il peut licitement disposer de lui relativement à ce qui regarde cette vie qui est régie par le libre arbitre. Mais le passage de cette vie à une autre meilleure ne dépend pas de la liberté humaine ; c’est au contraire une chose soumise à la puissance divine. Il n’est donc pas permis à l’homme de se suicider pour passer à une vie meilleure, ni pour échapper aux misères de celle-ci ; parce que la mort est le plus grand des maux de cette vie et le plus terrible. Par conséquent se donner la mort pour se délivrer des peines de cette vie, c’est recourir à un plus grand mal pour en éviter un moindre. Il n’est pas non plus permis de se tuer pour un péché qu’on a commis ; soit parce qu’on se cause le plus grand tort en se privant du temps nécessaire pour faire pénitence ; soit parce qu’il n’est permis de tuer un malfaiteur que d’après le jugement de la puissance publique. Pareillement il n’est pas permis à une femme de se tuer pour empêcher qu’on abuse d’elle ; parce qu’on ne doit pas commettre contre soi le plus grand crime, qui est le suicide, pour empêcher le crime d’un autre qui est moindre. Car la femme n’est pas coupable si on abuse d’elle par violence et qu’elle n’y consente pas ; parce que le corps n’est souillé que du consentement de l’âme. D’ailleurs il est constant que la fornication ou l’adultère est un péché moindre que l’homicide et surtout que le suicide. Enfin il n’est permis à personne de se tuer à cause de la crainte qu’il y a de consentir au péché, parce qu’on ne doit pas faire le mal pour qu’il en arrive du bien, ou pour éviter des maux, surtout des maux qui sont moindres et plus incertains. Car on ne sait si on consentira au péché à l’avenir, puisque Dieu peut délivrer l’homme du péché, quelle que soit la tentation qui vienne l’assaillir.

Premier concile de Braga (Canon 33)

On ne donnera point la sépulture ecclésiastique, c’est-à-dire celle qui se fait au chant des psaumes, à ceux qui se seront tués eux-mêmes, soit en s’empoisonnant, soit en se précipitant, soit en se pendant, ou de quelque autre manière, ni à ceux qui auront été punis de mort pour leurs crimes. On en fera pas non plus mémoire d’eux dans l’oblation.

Adolphe Tanquerey, Synopsis theologiae moralis et pastoralis (Pages 126-127)

Celui qui spontanément, met fin à sa vie, perd de ce fait non seulement un bien présent, mais nombre de bien ultérieurs. A) La vie est le plus grand bien dont nous puissions jour en cette vie : elle est la condition à défaut de laquelle nous ne pouvons jouer d’autres biens ; aussi longtemps que nous vivons, nous pouvons acquérir non seulement des biens extérieurs, mais aussi intérieurs, par exemple la science, la vertu, des mérites ; or, en quittant spontanément la vie, nous nous privons de tous ces biens. B) De plus, aussi longtemps que nous gardons notre vie intacte, même si nous sommes opprimés par de nombreuses misères et submergés de vices, il reste l’espoir que, par un changement des circonstances ou une réforme des mœurs, le succès nous sourie et que nous rachetions les fautes de notre vie passée par une digne satisfaction et la pratique des vertus ; si au contraire nous nous suicidons, tout espoir s’évanouit et il ne nous reste plus qu’à expier nos fautes par une peine proportionnée. C) Gravée dans notre nature est l’obligation de cultiver par un effort viril les dons reçu de Dieu : facultés physiques, mentales et morales ; plus cette évolution est parfaite, plus grande est notre félicité, puisque par l’exercice légitime et progressif de nos facultés, nous nous rapprochons de notre fin dernière ; au contraire, si notre vie est coupée prématurément, l’homme, desséché tel une fleur, se fane avant d’avoir atteint le degré de perfectionnement auquel il était destiné.

Saint Augustin, De Patientia (Livre XIII, Chapitre 10)

Incontestablement, celui qui se tue lui-même est pire parce que nul n’est plus proche d’un autre homme que lui-même.

Dictionnaire de théologie catholique

Les exemples tirés de l’Écriture Sainte ne prouvent aucunement la légitimité du suicide. Livre inspiré, l’Écriture n’en demeure pas moins, en certaines de ses parties, livre historique ; elle rapporte des faits, en soi défectueux, sans pour autant les approuver : tel, par exemple, le sacrifice que Jephté fit de sa propre fille. Si, dans le cas de Razias, elle paraît accorder quelque louange, c’est pour exalter le sentiment qui animait ce guerrier beaucoup plus que pour approuver son acte. Il fallait, en effet, un singulier courage à Razias pour se donner la mort dans les circonstances que rapporte le 2ème Livre des Machabées. C’est un courage humain, héroïsme humain, si l’on veut, mais non pas un héroïsme surnaturel : « Si l’on se donne la mort, dit saint Thomas, à ce propos, pour évier des peines et des châtiments, il y a en cela une apparence de force (c’est pour cela que quelques-uns qui se sont tués estiment faire un acte de courage et de ce nombre fut Razias) ; cependant cette force n’est pas la vertu. » De tels actes sont de tous temps et se produisent sous toutes les latitudes : qu’on songe au hara-kiri japonais. Si le suicide était voulu pour lui-même, comme la parole stoïcienne semble l’autoriser, loin d’être un acte de force, il serait un acte de lâcheté ou d’orgueil. Autre chose est de ne pas craindre la mort, quand les circonstances nous font un devoir de l’accepter, autre chose est de rechercher la mort pour elle-même, quel que soit le motif qui nous y incite. Il faut être prêt à souffrir les injustices et les persécutions dont on pourrait devenir l’objet à cause du Christ, mais la recherche spontané de la mort violente ne saurait constituer un martyre, car on n’a pas le droit de fournir aux autres une occasion prochaine d’injustice.

Code de droit canonique de 1917 (Canon 985)

Sont irréguliers par délit ceux qui se sont mutilés eux-mêmes ou ont mutilé les autres, ou ont essayé de se suicider.

Joaquín Torres Asensio, Le droit des catholiques de se défendre

Le martyr est le chemin le plus court du ciel, comme le suicide est le plus court de l’enfer.

Jean Vaquié, Abrégé de Démonologie

Pendant toute la durée du « jour de l’homme », c’est-à-dire jusqu’à la fin des temps, le prince de ce monde va mener, contre l’humanité, un combat à la fois collectif et individuel. Collectivement, il va s’attaquer aux institutions temporelles et spirituelles, soit en infestant celles qui existent en dehors de lui, soit en créant des organismes dont il sera le fondateur et le maître. Individuellement, il va investir chaque homme pris en particulier, tournant autour de lui sans lui laisser de trêve. C’est cette forme individuelle de la bataille que nous allons observer maintenant. Voilà donc les hommes et les démons face à face dans d’innombrables combats singuliers. Mais les adversaires sont très dissemblables. Les démons sont des esprits simples, autrefois limpides et maintenant troubles. Les hommes au contraire sont composés de deux substances, l’une charnelle qui n’est qu’une forme spéciale de la matière, l’autre spirituelle, analogue à celle des anges. Chaque combat singulier va mettre aux prises un attaquant, c’est-à-dire un ou plusieurs démons, et un attaqué, c’est-à-dire un homme, qu’il soit encore indemne ou qu’il soit déjà blessé. Voyons d’abord le comportement du démon attaquant. Va-t-il s’en prendre de préférence au corps ou à l’âme ? Dieu ne lui a pas donné de pouvoir direct sur le corps humain. Selon les lois naturelles, un démon ne peut pas tuer un homme. Mais il peut le mettre progressivement dans un état de déchéance qui entraînera la mort. C’est ainsi, par exemple, qu’il peut lui suggérer de se suicider. Tout le monde sait qu’il y parvient souvent.

Gilbert Keith Chesterton*, *Orthodoxie

Un suicidé est manifestement l’opposé d’un martyr. Le martyr est un homme qui tient tellement à une chose en dehors de lui-même qu’il en oublie sa propre vie. Un suicidé est un homme qui se soucie tellement peu de ce qui est en dehors de lui qu’il veut voir la fin de tout. L’un veut que quelque chose commence ; l’autre veut que tout finisse. En d’autres termes, le martyr est noble, justement parce qu’il confesse ce dernier lien avec la vie. Renoncerait-il au monde, haïrait-il toute l’humanité, il place son cœur en dehors de lui-même. Il meurt afin que vive quelque chose. Le suicidé est ignoble parce qu’il n’a pas cette attache avec ce qui est ; il n’est qu’un destructeur ; spirituellement, il détruit l’univers.