Chanoine Coubé, Du champs de bataille au ciel (Page 68)
Ajouter à
Rougir d’une faute, d’une faiblesse, c’est très naturel et c’est l’indice d’une âme droite et sensée. Mais rougir d’une bonne action ou d’un titre d’honneur, c’est une folie greffée sur une lacheté. Et c’est pourtant le péché qui règne en maître, surtout dans les milieux populaires. C’est le plus idiot et le plus vil des sentiments, mais c’est le plus tyrannique. Aussi un des meilleurs signes d’une sérieuse conversion, c’est la victoire sur le respect humain.
Saint Vincent de Paul, Maximes spirituelles (Page 76)
Ajouter à
Il vaudrait mieux être jeté pieds et mains liés dans le feu, que d’agir dans la vue de plaire aux hommes.
Saint curé d’Ars, Sermon (Deuxième dimanche de l’avent)
Ajouter à
Rien de plus glorieux et de plus honorable pour un chrétien que de porter le nom sublime d’enfant de Dieu, de frère de Jésus-Christ. Mais aussi rien n’est plus infâme que d’avoir honte de le manifester autant de fois que l’occasion s’en présente. […] Mais, où trouvons-nous une lâcheté plus criminelle et une abomination plus détestable que la nôtre : que, faisant profession de croire en Jésus-Christ ; que, nous étant engagés par les serments les plus sacrés à marcher sur ses traces, à soutenir ses intérêts et sa gloire, aux dépens même de notre vie, nous soyons si lâches, qu’à la première, occasion nous violions les promesses que nous lui avons faites sur les fonts sacrés du Baptême. Ah ! Malheureux, que faisons-nous ? Qui est Celui que nous renions ? Hélas ! Nous abandonnons notre Dieu, notre Sauveur, pour nous ranger parmi les esclaves du démon qui nous trompe et qui ne cherche que notre perte et notre malheur éternel. Oh ! Maudit respect humain ! Que tu entraînes d’âmes dans les enfers ! […] Qui sont donc ceux qui se rendent coupables de respect humain ? Écoutez-moi un instant, et vous allez le savoir. D’abord, je vous dirai avec saint Bernard que, de quelque côté que nous considérions le respect humain, qui est la honte de remplir ses devoirs de religion à cause du monde, tout nous démontre en lui le mépris de Dieu et de ses grâces et l’aveuglement de l’âme. Je dis que la honte de faire le bien, de crainte d’être méprisé ou raillé de la part de quelques malheureux impies, ou de quelques ignorants, est un mépris affreux que nous faisons de la présence du bon Dieu devant lequel nous sommes et qui pourrait à l’heure même nous jeter en enfer. Pourquoi est-ce que ces mauvais chrétiens vous raillent et tournent en ridicule votre dévotion ? Hélas ! En voici la véritable raison : c’est que n’ayant pas la force de faire ce que vous faites, ils vous en veulent de ce que vous réveillez les remords de leur conscience ; mais, soyez bien sûrs que dans le cœur ils ne vous méprisent pas, au contraire, ils vous estiment beaucoup. S’ils ont un bon conseil à prendre, ou à demander une grâce auprès du bon Dieu, ce n’est pas à ceux qui font comme eux qu’ils auront recours, mais à ceux qu’ils ont raillés, du moins en paroles. Vous avez honte, mon ami, de servir le bon Dieu, par crainte d’être méprisé ? Mais, mon ami, regardez donc Celui qui est mort sur cette croix ; demandez-lui donc s’il a eu honte d’être méprisé, et de mourir de la manière la plus honteuse sur cette croix infâme. Ah ! Ingrats que nous sommes envers Dieu, qui semble trouver sa gloire à faire publier de siècle en siècle qu’il nous choisit pour ses enfants. Ô mon Dieu ! Que l’homme est aveugle et méprisable de craindre un misérable qu’en-dira-t-on, et de ne pas craindre d’offenser un Dieu si bon. Je dis encore que le respect humain nous fait mépriser toutes les grâces que le bon Dieu nous a méritées par sa mort et sa passion. Oui, par le respect humain, nous anéantissons toutes les grâces que le bon Dieu nous avait destinées pour nous sauver. Oh ! Maudit respect humain ! Que tu entraînes d’âmes en enfer ! […] Si vous craigniez le monde, il ne fallait pas vous faire chrétien. Vous saviez bien que sur les fonts sacrés du baptême, vous prêtiez serment en présence de Jésus-Christ même ; que vous renonciez au démon et au monde ; que vous vous engagiez à suivre Jésus-Christ portant sa croix, chargé d’opprobres et de mépris. Si vous craignez le monde, eh bien ! renoncez a votre baptême et donnez-vous à ce monde à qui vous craignez tant de déplaire. Mais, me direz-vous, quand est-ce que nous agissons par respect humain ? Mon ami, écoutez-moi bien. C’est un jour que vous étiez à la foire, ou dans une auberge où l’on mangeait de la viande un jour défendu et que l’un vous pria d’en manger ; que, vous contentant de baisser les yeux et de rougir, au lieu de dire que vous étiez chrétien, que votre religion vous le défendait, vous en mangeâtes comme les autres, en disant : Si je ne fais pas comme les autres, on se moquera de moi. – On vous raillera, mon ami. Ah ! certes, c’est bien dommage ! – Eh ! me direz-vous, je ferai bien plus de mal, en étant la cause de toutes les mauvaises raisons que l’on dira contre la religion, que j’en ferais en mangeant de la viande. – Dites-moi, mon ami, vous ferez plus de mal ? Si les martyrs avaient craint tous ces blasphèmes, tous ces jurements, alors ils auraient donc tous renoncé à leur religion ? C’est tant pis pour ceux qui font mal. Hélas ! Disons mieux : ce n’est pas assez que les autres malheureux aient crucifié Jésus-Christ par leur mauvaise vie ; il faut encore vous unir à eux pour faire souffrir Jésus-Christ davantage ? Vous craignez d’être raillé ? Ah ! Malheureux, regardez Jésus-Christ sur la croix, et vous verrez ce qu’il a fait pour vous. Vous ne savez pas quand vous avez renié Jésus-Christ ? C’est un jour qu’étant avec deux ou trois personnes, il semblait que vous n’aviez point de mains, ou que vous ne saviez pas faire le signe de la croix, et que vous regardiez si l’on avait les yeux sur vous, et que vous vous êtes contenté de dire votre Benedicite ou vos grâces dans votre cœur, ou bien que vous allâtes dans un coin pour les dire. C’est lorsque, passant vers une croix, vous fîtes semblant, de ne pas la voir, ou bien vous disiez que ce n’est pas pour nous que le bon Dieu est mort. Vous ne savez pas quand vous avez eu du respect humain ? C’est un jour, que, vous trouvant dans une société, où l’on disait de sales paroles contre la sainte vertu de pureté, ou contre la religion, vous n’osâtes pas reprendre ces personnes, et bien plus, dans la crainte que l’on vous raille, vous en avez souri. – Mais, me direz-vous, l’on est bien forcé, sans quoi l’on serait trop souvent raillé. – Vous craignez, mon ami, d’être raillé ? Ce fut bien aussi cette crainte qui porta saint Pierre à renier son divin Maître ; mais cela n’empêcha pas qu’il commit un gros péché qu’il pleura toute sa vie. […] Combien de fois ce maudit respect humain vous a empêché d’assister au catéchisme, à la prière du soir ! Combien de fois, étant chez vous et faisant quelques prières ou quelques lectures de piété, vous êtes-vous caché voyant venir quelqu’un ! Combien de fois le respect humain vous a fait violer la loi du jeûne ou de l’abstinence, et n’oser pas dire que vous jeûniez, ou que vous ne faisiez pas gras ! Combien de fois vous n’avez pas osé dire votre Angelus devant le monde, ou vous vous êtes contenté de le dire dans votre coeur, ou vous êtes sorti pour le dire dehors ! Combien de fois vous n’avez point fait de prières le matin ou le soir, parce que vous vous êtes trouvé avec des personnes qui n’en faisaient point ; et tout cela, de crainte que l’on ne se moquât de vous ! Allez, pauvre esclave du monde, attendez l’enfer où vous serez précipité ; vous aurez bien le temps de regretter le bien que le monde vous a empêché de faire. […] Savez-vous pourquoi les autres vous raillent ? C’est qu’ils voient que vous les craignez et qu’un rien vous fait rougir. Ce n’est pas votre piété qu’ils raillent, mais seulement votre inconstance et, votre lâcheté à suivre votre chef. Voyez les gens du monde : avec quelle audace ils suivent leur chef ! Ne se font-ils pas gloire d’être libertins, ivrognes, adroits, vindicatifs ? Voyez un impudique : craint-il de vomir ses saletés devant le monde ? Pourquoi cela ? C’est parce qu’ils sont contraints à suivre leur maître qui est le monde ; ils ne pensent et ne cherchent qu’à lui plaire ; ils ont beau souffrir, rien ne peut les arrêter. Voilà, ce que vous feriez, si vous vouliez en faire autant. Vous ne craindriez ni le monde ni le démon ; vous ne chercheriez et ne voudriez que ce qui pourrait plaire à votre Maitre, qui est Dieu lui-même. Convenez avec moi que les mondains sont beaucoup plus constants à tous les sacrifices qu’ils font pour plaire à leur maître, qui est le monde, que nous, à faire ce que nous devons pour plaire à notre Maître, qui est notre Dieu.
Adolphe Tanquerey, Précis de théologie ascétique et mystique (Page 327)
Ajouter à
L’obstacle du respect humain, qui nous rend esclaves des autres, en nous faisant craindre leurs critiques ou leurs railleries ; on le combat en se disant que ce qui compte, c’est le jugement de Dieu, toujours sage, et non celui des hommes, toujours faillible.
Monseigneur de Ségur, La confirmation
Ajouter à
La grâce de la Confirmation est à l’extrême opposé de cette ignoble faiblesse qu’on appelle le respect humain. Le respect humain, c’est la peur de paraître chrétien, de paraître bon, pieux, obéissant. Ceux qui se laissent dominer par le respect humain sont de misérables petits lâches, qui sacrifient leur conscience à la peur d’une moquerie, d’un coup, quelquefois même d’un simple sourire. Ils ont peur de tout et de tous. Ils ont peur qu’on les voie faire leurs prières; ils ont peur qu’on les surprenne à genoux devant Dieu ; comme si prier n’était pas le premier devoir, le premier honneur d’un homme sur la terre ! Comme si la prière n’était pas ce qui distingue souverainement l’homme de la bête ! Ils n’osent pas faire maigre en public; enfin ils n’osent pas dire qu’ils vont à confesse et qu’ils communient. Ils rougissent de Jésus-Christ, de la foi, de la pureté, de ce qu’il y a de plus grand et de plus excellent au monde. Que c’est misérable !
Mgr Gaume, Judith et Esther
Ajouter à
Holoferne commanda qu’on fît entrer Judith dans la tente, où étaient ses trésors et qu’elle y demeurât. « Vous serez nourrie, ajouta-t-il, des mets de ma table ». Judith lui répondit : « Je ne pourrai pas manger des choses que vous ordonnez qu’on me donne, parce que j’offenserais mon Dieu. Je mangerai de ce que j’ai apporté avec moi ». Grande leçon qui condamne hautement les esclaves du respect humain !
François-Josaphat Moreau, Les forces morales du soldat chrétien (Pages 45-48)
Ajouter à
Entre tous les vices issus de l’orgueil, le respect humain est le plus avilissant : c’est le plus opposé au courage qui devrait être l’apanage du Français, au caractère du soldat, à l’honneur du chrétien, car il est avant tout une lâcheté et une vilenie. Le respect humain est la peur de faire son devoir, par crainte du jugement d’autrui. Parce qu’on est dans un milieu où l’on s’amuse, on jouit comme les autres c’est l’histoire de tant de jeunes gens ! – Parce qu’on fréquente des hommes sans religion, on va jusqu’à cacher la sienne – Dieu sait si c’est fréquent ! On finit ainsi par perdre le sentiment de sa propre noblesse et de sa dignité, en se mettant à la remorque de l’opinion, en cédant aux préjugés de gens que l’on n’estime pas. Celui qui sacrifie au respect humain sent sa lâcheté, le respect humain sa faiblesse, il se méprise soi-même encore plus qu’il ne méprise les autres, se rendant compte que leur puissance d’attraction vient uniquement de son propre manque de courage. Quel motif peut bien pousser un homme qui se respecte, qui doit avoir conscience de ce qu’il est, de ce qu’il vaut, à se diminuer ainsi lorsqu’il refuse de faire au grand jour son devoir, ou se contraint à l’accomplir en cachette ? Car, tout en reconnaissant le bienfondé des reproches de sa conscience, il veut essayer de se couvrir lui-même, il s’efforce, pour cela, de se payer de raisons qui n’en sont pas. Il faut être de son temps, dira-t-il, il ne faut pas se singulariser ! Belle logique ! Appuyé sur elle, il n’est pas de folies, pas de crimes qu’on évitera dans un milieu de fous ou de criminels. Pas un devoir qui tienne devant un tel principe. C’est le raisonnement du chef qui, au lieu de garder en main sa troupe prise de panique, suivrait le mouvement, précéderait les fuyards… pour demeurer à leur tête ! Dans un monde d’aigrefins on deviendra malhonnête pour ne pas se singulariser. On perd sa vertu, sa santé, pour rester au niveau des débauchés que l’on fréquente. On renie sa foi, on la bafoue pour être à l’unisson d’un cercle où l’on tient à garder sa place. Il faut bien le reconnaître : tout homme de devoir, de nos jours, risque, à un moment ou à un autre, de se singulariser. Aussi bien, si ne pas se distinguer devient la règle de la vie, le devoir, peu à peu, disparaîtra. Un mot possible ou un sourire problématique fera reculer ! Est-ce digne d’un homme, à plus forte raison d’un soldat ? Là encore, l’orgueil égare. Les premiers à mépriser le lâche atteint de la maladie du respect humain sont justement ceux dont il a peur ; car, forts de sa faiblesse, ils ne sauraient l’estimer. Plus encore que l’opinion d’autrui, la conscience parle ; elle qualifie, avec une juste sévérité, celui que les « idées » de son milieu empêchent d’accomplir son devoir. Le respect humain est d’autant plus grave que c’est une faiblesse dont il est très difficile de se débarrasser. Tel passerait sans hésiter sous le feu d’une batterie ennemie qui n’affrontera pas une raillerie. Chaque jour augmente la difficulté de changer d’attitude, de rentrer dans le droit chemin du devoir et de l’honneur. On commence par céder sur des actes sans grande portée, avec de fausses raisons que l’on se dit excellentes, et, peu à peu, on arrive à omettre son devoir dans des choses d’une importance capitale. Rien n’avilit davantage l’âme que cette absence du courage le plus élémentaire. Rien ne fausse autant la conscience, parce que le dégoût que l’on ressent vite de soi-même finit par faire naître l’hypocrisie. Que l’on refuse de défendre ses amis, que l’on joue l’incroyant ou le débauché, ou quelque autre rôle, ce n’est qu’une comédie puisqu’on est hors de la réalité des sentiments vrais, puisqu’on agit pour la galerie. C’est une honte foncière qui souille plus que les autres faiblesses de la nature et n’a pas, comme elles, un semblant d’excuse. Un soldat, un Français, un chrétien doit se montrer tel qu’il est, avoir le courage de ses opinions. Il n’est pas question, pour vaincre le respect humain, de se livrer à des manifestations intempestives : le devoir n’est pas là ! Mais la conscience commande de ne pas cacher ce qu’on est au fond de soi-même, de faire dans toutes les circonstances, et pas seulement au moment du danger, tout ce que l’amplitude du devoir exige. Avec la volonté bien arrêtée d’agir selon son idéal ; la résolution inébranlable de ne jamais céder à l’opinion d’autrui, alors qu’il s’agit du devoir ; le sentiment profond de son honneur personnel, on ne tombe pas dans le respect humain. Un homme loyal réfléchit pour connaître son devoir, il l’accepte avec toute son âme, il n’a donc pas honte de l’accomplir et ne craint pas les sacrifices passagers d’amour propre qu’il lui imposera. Il va la tête haute ; il ne rougit pas devant les hommes de la volonté de Dieu, de son devoir, et Dieu ne rougira pas de lui au jour du Jugement.
Mgr Ricard, Les chefs-d’oeuvre oratoires de l’abbé Combalot
Ajouter à
Qu’est-ce autre chose, le respect humain, sinon le désespoir de la lâcheté : la servitude de la lâcheté, ce vice des âmes faibles et timides ; l’anéantissement du moi, de la personnalité ? Sorte de panthéisme individuel, le respect humain fait de l’homme une machine. Tyran des lâches, il fait un signe, on cède : il dit oui, on répond oui ; non, c’est non. Comme des signaux aveugles et muets, on reçoit le mot d’ordre de l’impiété, et on le transmet. On n’est plus qu’un automate. Combien, dans cette ville, de jeunes gens qui sont persuadés de la vérité de la doctrine catholique, et qui croiraient, s’il ne fallait publiquement mettre sa conscience en harmonie avec la foi ! Combien d’hommes qui ont la foi et qui rougissent de la confesser publiquement ! On désavoue sa religion, parce qu’on a perdu sa liberté. Ô respect humain, ô épouvantail, ô fantôme, que d’âmes tu entraines à la perte !
Bienheureux Claude La Colombière, Écrits spirituels (Page 141)
Ajouter à
Si nous ne sommes sur nos gardes, nous perdons presque toute la vie par le désir de plaire aux hommes. Quelle obligation leur avons-nous, quel bien est-ce que nous en attendons ? Nous sommes en cela plus malheureux et plus misérables que ceux qui travaillent pour gagner de l’argent. Mais quelle est mon erreur ! Ces hommes que je crains follement dans la religion s’attendent à me voir pratiquer tout le bien que j’appréhende de faire à leur vue ; et ils me traitent de fou et d’insensé, quand j’y manque ; ils le savent que c’est pour être vertueux, dévot et mortifié, que je me suis retiré du monde ; et ils voient que je ne le suis pas. Voilà un extravagant, disent-ils, qui s’éloigne de sa fin ; s’il voulait vivre de la sorte, que n’est-il resté dans le monde, où il aurait pu être sans crime ce qu’il est avec danger de se perdre dans la Religion. C’est ce que jugent de moi ceux dont je crains les jugements. Ne suis-je pas bien misérable, mon Dieu, de vous déplaire et ne plaire pas aux hommes ? Si j’en faisais autant pour vous, vous me jugeriez favorablement, et les hommes n’auraient pas les mépris qu’ils ont de ma conduite ; car enfin, tout homme de bon sens estime la vertu, voulût-il ne la pratiquer pas.