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Fideon

Virginité perpétuelle

Saint Grégoire de Nysse, Sur la Virginité

Une telle vie doit donc être estimée plus que tout, du moins par les gens sensés, puisqu’elle l’emporte sur la puissance de la mort. En effet la procréation corporelle – que personne ne se choque de mon discours – n’est pas plus principe de vie que de mort pour les hommes, car la corruptibilité commence avec la génération, mais ceux qui ont rompu avec elle ont fixé en eux-mêmes par la virginité une limite à la mort, l’empêchant d’avancer plus loin par leur entremise : ils se sont placés eux-mêmes comme une frontière entre la vie et la mort, et ont contenu celle-ci dans sa poussée en avant. Si donc la mort ne peut passer outre à la virginité, mais trouve là son terme et sa dissolution, il est clairement démontré que la virginité l’emporte sur la mort et qu’on a raison de dire exempt de corruption le corps qui n’a pas travaillé au service de la vie corruptible, et qui n’a pas accepté de devenir l’instrument d’une succession mortelle. Par ce corps en effet, a été interrompue la série continue de corruption et de mort qui s’étend dans tout l’intervalle entre le premier homme et la vie de celui qui pratique la virginité, car il n’était pas possible que la mort un jour restât inactive tant que la génération humaine demeurerait active par le mariage. Mais la mort, qui cheminait avec toutes les générations antérieures et qui accompagne dans leur traversée ceux qui arrivent à chaque instant dans la vie, a trouvé dans la virginité une borne à son action qu’il lui est impossible de dépasser : de même en effet que dans le cas de Marie, Mère de Dieu, quand la mort, après avoir régné d’Adam jusqu’à elle, s’approcha d’elle aussi, et qu’en heurtant contre le fruit de sa virginité comme sur un rocher, elle se brisa sur elle, ainsi en toute âme qui dépasse la vie charnelle par la virginité, le pouvoir de la mort se brise et se dissout en quelque manière, faute d’avoir où enfoncer son aiguillon. C’est que le feu, si on ne lui jette du bois, du chaume, de la balle ou quelque autre matière combustible, n’est pas de nature à s’entretenir sur lui-même. Ainsi la puissance de la mort non plus n’exercera pas son activité, si le mariage ne lui en fournit la matière et ne lui prépare des gens destinés à mourir, tels des condamnés.

Saint Pierre Chrysologue, Sermon 117

Où sont ceux qui pensent que la conception et l’enfantement virginaux de son enfant peuvent être comparés à ceux d’une autre femme ? Car ce dernier cas procède de la terre alors que celui de la Vierge procède du ciel. Le premier illustre le pouvoir divin, le second la faiblesse humaine. L’un a lieu dans un corps sujet aux passions ; l’autre dans la tranquillité de l’Esprit divin et dans la paix du corps humain. Le sang était immobile et la chair étonnée ; ses membres étaient au repos et son sein tout entier comme endormi durant la visite du Très-Haut, jusqu’à ce que l’Auteur de la chair se revête de la chair et jusqu’à ce que Celui qui ne devait pas seulement rendre la terre à l’homme mais aussi lui donner le ciel, puisse devenir un homme du ciel. La Vierge conçoit, la Vierge enfante son fils et demeure vierge.

Saint François de Sales, Sermon pour la veille de Noël (24 décembre 1613)

Notre-Dame porte en son nom la signification d’étoile de mer ou d’étoile matinière. « Étoile de mer », c’est l’étoile du pôle vers laquelle tend toujours l’aiguille marine ; c’est par elle que les nochers sont conduits sur mer et qu’ils peuvent connaître où tendent leurs navigations. Chacun sait que les anciens Pères de l’Église, les Patriarches et les Prophètes ont tous regardé cette étoile polaire et dressé leur navigation à sa faveur. Ça a toujours été le nord de tous les nochers qui ont navigué sur les ondes de la mer de ce misérable monde, pour s’empêcher des naufrages ordinaires des navigations des mondains. La très sacrée Vierge est aussi cette étoile matinière (Cf. Nb., XXIV, 17) qui nous apporte les gracieuses nouvelles de la venue du vrai Soleil (Lc., I, 78). Tous les Prophètes ont su que la Vierge concevrait et enfanterait un enfant (Is., VII, 14) qui serait Dieu et homme tout ensemble ; elle concevrait, mais par la vertu du Saint-Esprit (Lc., I, 35) ; elle concevrait son Fils virginalement et l’enfanterait de même virginalement. Quelle apparence, je vous prie, y a-t-il que Notre-Seigneur dût violer l’intégrité de sa Mère, lui qui ne l’avait choisie sinon parce qu’elle était vierge ? Lui qui était la pureté même eût-il pu diminuer ou entacher la pureté de sa très sainte Mère ? Notre-Seigneur est engendré et produit virginalement de toute éternité du sein de son Père céleste ; car si bien il prend la même divinité de son Père éternel, il ne la divise pourtant pas, mais demeure un même Dieu avec lui. La très sainte Vierge produit son Fils Notre-Seigneur virginalement en terre comme il fut produit de son Père éternellement au Ciel, avec cette différence néanmoins, qu’elle le produit de son sein et non pas dans son sein, car dès qu’il en fut sorti il n’y rentra plus ; mais son Père céleste l’a produit de son sein et en son sein, car il y demeurera éternellement.

Didyme l’Aveugle, Traité du Saint-Esprit

Cela nous aide à comprendre les termes « premier né » et « fils unique » lorsque l’Évangéliste dit que Marie est restée toujours vierge « depuis qu’elle enfanta son fils premier né » (Matthieu I, 25) ; car Marie, qui doit être honorée et louée plus que tous les autres, n’a du ni se marier à quelqu’un autre, ni devenir la Mère de quelqu’un d’autre, mais même après l’accouchement elle resta toujours et pour toujours une vierge immaculée.

Tertullien, La chair du Christ

Il ne convenait pas que le Fils de Dieu naquit d’une semence humaine, de crainte qu’entièrement fils de l’homme, il ne fut pas également fils de Dieu et n’eut rien eu de plus en lui que Salomon ou que Jonas […]. Pour être en même temps fils de l’homme, c’était sa chair, et elle seulement, qu’il devait prendre de la chair de l’homme, sans la semence de l’homme. En effet la semence de l’homme était superflue pour qui avait en soi la semence de Dieu. Ainsi, de même qu’avant de naître d’une vierge, il a pu avoir Dieu pour père sans avoir une mère humaine, de même, en naissant de la Vierge, il a pu avoir une mère humaine sans avoir de père humain.

Jean-Christian Petitfils, Jésus

La conception virginale était aussi peu crédible à l’époque qu’aujourd’hui. Elle allait à contre-courant du contexte culturel du Premier Testament, où la virginité était perçue de manière négative. C’est la raison pour laquelle on a longtemps considéré que le vœu perpétuel de virginité prononcé par Marie, tel qu’il découle du texte de Luc, était incompatible avec la mentalité juive, cantonnant la femme dans son rôle de procréateur. On avait de bonnes raisons de penser qu’il s’agissait là d’une invention tardive, jusqu’au jour où, sur un rouleau de Qumrân, on trouva mention de ces vœux de continence, pour des raisons d’oblation religieuse, même à l’intérieur du mariage. Ce texte réagissait à certains excès, ce qui laisse entendre que les cas n’étaient pas si rares : Si une jeune fille a fait un vœu de virginité sans que son père en soit averti, il peut la relever de son vœu. Dans le cas inverse, lui et sa fille sont tenus par ce vœu. Si une femme mariée a prononcé un tel vœu sans que si mari le sache, il peut déclarer ce vœu nul. Si toutefois il est d’accord avec une telle mesure, les deux sont dans l’obligation de le garder.

Premier concile de Latran

Si quelqu’un ne confesse pas qu’elle a, dans les derniers temps, conçu du Saint-Esprit sans semence et enfanté sans corruption, sa virginité demeurant inaltérable aussi après l’enfantement, qu’il soit condamné.

Saint Augustin, Sermon 186

Réjouissons-nous,mes frères ; que les peuples tressaillent de bonheur et d’allégresse. Ce n’est pas ce soleil visible, mais son invisible Créateur qui a fait pour nous de ce jour un jour sacré ; quand devenu visible pour l’amour de nous, l’invisible Créateur de sa mère est né de son sein fécond sans aucune atteinte à sa pureté virginale ; car elle est restée Vierge en concevant son Fils, Vierge en l’enfantant, Vierge en le portant, Vierge en le nourrissant de son sein, Vierge toujours.

Saint Athanase d’Alexandrie

Par conséquent, il convient que quiconque nie que le Fils procède du Père par nature et selon Son essence, nie aussi qu’Il se soit revêtu par l’intermédiaire de Marie toujours vierge d’une chair humaine ; en effet, chacune de ces deux vérités sans l’autre ne serait d’aucun profit aux hommes : que le Verbe ne soit pas le vrai et naturel Fils de Dieu ou que la chair qu’il a assumée ne soit pas véritablement humaine.

Saint Epiphane de Salamine, Ancoratus

le Fils de Dieu s’est incarné c’est-à-dire a été engendré parfaitement de sainte Marie, la toujours vierge, par le Saint-Esprit.

Saint Jérôme, Contre Helvidius sur la virginité perpétuelle de sainte Marie

Nous croyons que Dieu est né d’une vierge, parce que nous le lisons. Nous ne croyons pas que Marie se soit mariée après l’enfantement de son Fils, parce que nous ne le lisons pas. […] Tu dis que Marie n’est pas restée vierge. Moi, je dis plus, de mon côté, je dis que Joseph est resté vierge, par Marie, afin que d’un mariage virginal naquît un fils vierge.

Saint Jean Damascène, Homélie sur la Dormition

N’est-ce point toi, qui conçus virginalement et restas toujours vierge ? Qu’Ézéchiel le tout divin s’avance, et qu’il montre la porte fermée, franchie par le Seigneur sans être ouverte, telle qu’il l’a annoncée prophétiquement ; qu’il montre l’accomplissement de ses dires. C’est toi qu’il désignera certainement, toi en qui Dieu le prince universel a passé et a pris chair, sans ouvrir la porte de la virginité. Oui, le sceau virginal demeure et persiste à jamais.

Pape Sixte IV, Cum praeexcelsa (Constitution)

Lorsque nous scrutons, en recherchant avec une dévote considération, les marques insurpassables des mérites grâce auxquels la reine des cieux, la glorieuse Marie mère de Dieu, portée dans les hauteurs du ciel, resplendit parmi les astres comme l’étoile du matin […] nous jugeons qu’il est digne, ou plutôt qu’il est dû, d’inviter tous les fidèles du Christ, pour le pardon et la rémission de leurs péchés, à rendre grâces et louanges au Dieu tout-puissant pour l’admirable conception de la Vierge immaculée. Sa providence, considérant de toute éternité l’humilité de cette Vierge, voulant réconcilier avec son Créateur la nature humaine assujettie à la mort par la chute du premier homme, en a fait la demeure de son Fils unique en la préparant par le Saint Esprit ; d’elle il a pu prendre la chair de notre condition mortelle pour racheter son peuple, cependant qu’elle demeurait vierge après son enfantement.

Catéchisme du concile de Trente (Chapitre 4)

Mais si la conception du Sauveur est au-dessus de toutes les lois de la nature, sa naissance ne l’est pas moins ; elle est divine. Et ce qui est absolument prodigieux, ce qui dépasse toute pensée et toute parole, c’est qu’il est né de sa Mère qui est demeurée toujours Vierge. De même que plus tard Il sortit de son tombeau, sans briser le sceau qui Le tenait fermé, de même qu’il entra, les portes fermées, dans la maison où étaient ses disciples, de même encore – pour prendre nos comparaisons dans les phénomènes ordinaires – que les rayons du soleil traversent le verre sans le briser ni l’endommager, ainsi, mais d’une manière beaucoup plus merveilleuse, Jésus-Christ naquit de sa Mère qui conserva le privilège de la Virginité.

Jacques-Bénigne Bossuet, Élévations sur les Mystères, méditations et autres textes

Pourquoi, saint évangéliste, avez-vous dit ces paroles : Et non cognoseebat eam donec peperit : « Et il ne l’avait pas connue, quand elle enfanta son fils premier né » ? Que ne disiez-vous plutôt qu’il ne la connut jamais, et qu’elle fut vierge perpétuelle ? Les évangélistes disent ce que Dieu leur met à la bouche. Saint Matthieu avait ordre d’expliquer précisément ce qui regardait l’enfantement virginal, et l’accomplissement de la prophétie d’Isaïe, qui portait qu’« une vierge concevrait et enfanterait un fils ». Au reste, on ne peut penser sans horreur, que ce sein virginal où le Saint-Esprit avait opéré, dont Jésus-Christ avait fait son temple, ait jamais pu être souillé, ni que Joseph, ni que Marie même, aient pu cesser de le respecter. Avant sa conception et son enfantement, elle avait dit en général : « Je ne connais point d’homme » : saint Joseph était entré dans ce dessein, et y avoir manqué après un enfantement si miraculeux, c’eût été un sacrilège indigne d’eux et une profanation indigne de Jésus-Christ même. Les frères de Jésus mentionnés dans l’Évangile, et saint Jacques qu’on appela frère du Seigneur, constamment ne l’étaient que par la parenté, comme on parlait en ce temps : et la sainte tradition ne l’a jamais entendu d’une autre sorte. Qui a jamais seulement pensé, parmi les chrétiens, que Jésus ne fût pas le fils unique de Marie, comme de Dieu ? Si (ce qui est abominable à penser) il n’eût pas été son fils unique, lui aurait-il, en la quittant, donné un fils d’adoption ? Et quand il dit à saint Jean : « Voilà votre mère » ; et à elle : « Voilà votre fils », ne montre-t-il pas qu’il suppléait par une espèce d’adoption, ce qui allait manquer à la nature ? Loin de la pensée des chrétiens le blasphème de Jovinien, qui a été l’exécration de toute l’Église ; Dieu a marqué aux évangélistes ce qu’ils devaient précisément écrire, et ce qu’il voulait qu’on réservât à la tradition de son Église, pour l’expliquer davantage. Apprenons de là qu’il faut penser de Marie tout ce qu’il y a de plus digne et d’elle et de Jésus-Christ, quand même l’Écriture ne l’aurait pas toujours voulu exprimer avec la dernière précision et netteté, et qu’il aurait plu à Dieu le laisser expliquer à fond à la tradition de son Église, qui a fait un article de foi de la perpétuelle virginité de Marie.