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Nouvelle Ève

Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésie

Parallèlement au Seigneur, on trouve aussi la Vierge Marie obéissante, lorsqu’elle dit : Voici ta servante, Seigneur ; qu’il me soit fait selon Ta Parole (Lc 1,38). Ève, au contraire, avait été désobéissante : elle avait désobéi, alors qu’elle était encore vierge. Car, de même qu’Ève, ayant pour époux Adam, et cependant encore vierge – car ils étaient nus tous les deux dans le paradis et n’en avaient point honte (Gn 2,25), parce que, créés peu auparavant, ils n’avaient pas de notion de la procréation : il leur fallait d’abord grandir , et seulement ensuite se multiplier (Gn 1,28) – de même donc qu’Ève, en désobéissant, devint cause de mort pour elle-même et pour tout le genre humain, de même Marie, ayant pour époux celui qui lui avait été destiné par avance, et cependant Vierge, devint, en obéissant, cause de salut (cf. He 5,9) pour elle-même et pour tout le genre humain. C’est pour cette raison que la Loi donne à celle qui est fiancée à un homme, bien qu’elle soit encore vierge, le nom d’épouse de celui qui l’a prise pour fiancée (Dt 22,23-24), signifiant de la sorte le retournement qui s’opère de Marie à Ève. Car ce qui a été lié ne peut être délié que si l’on refait en sens inverse les boucles du nœud.

Tertullien, La chair du Christ

Ève avait cru le serpent, Marie a eu créance à ce que lui a annoncé Gabriel ; le crime que l’une avait commis en croyant, l’autre en croyant aussi l’a effacé. Mais Eve n’a point conçu par la force de la parole du démon. Toutefois je me trompe, elle a conçu, car la parole du démon lui a été comme une semence de malédiction, qui l’a réduite à être soumise à la puissance de l’homme, et à enfanter dans le travail et dans les douleurs : enfin elle a mis au monde un fils qui a eu la malice d’un démon, puisqu’il a été le meurtrier de son frère ; Marie au contraire a engendré un fils qui devait sauver un jour Israël, son frère selon la chair, après que cet ingrat lui aurait donné le coup de la mort. Ainsi Dieu a mis son Verbe dans le sein de Marie, ce bon frère qui devait effacer la mémoire d’un si mauvais frère ; et il fallait que Jésus-Christ sortît pour le salut de l’homme du sein d’une femme, où le premier homme qui a été conçu après la condamnation de la nature humaine était entré.

Saint Cyrille de Jérusalem, Catéchèses

Car la mort était venue par Ève encore vierge, il convenait que la vie revînt par une vierge.

Saint Augustin, Du combat chrétien

Mais l’Esprit-Saint n’est pas né d’une colombe, comme Jésus-Christ est né d’une femme ; en voici la raison : l’Esprit-Saint n’était pas venu pour affranchir les colombes, mais pour faire connaître aux hommes l’innocence et l’amour spirituel dont la colombe est le symbole. Or, Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui était venu pour sauver l’humanité, n’a pas dédaigné les hommes, puisqu’il s’est fait homme, ni les femmes, puisqu’il est né de la femme. Voyez encore cet admirable mystère ; la mort nous était venue par la femme, c’est par la femme que la vie devait nous être rendue.

Saint Justin de Naplouse, Dialogue avec Tryphon

La désobéissance dont le diable avait été le principe prit fin de la même façon qu’elle avait commencé. Vierge encore et sans corruption, Ève reçut dans son cœur la parole du serpent et, par là, enfanta la désobéissance et la mort. Mais Marie, la Vierge, l’âme pleine de foi et d’allégresse, répondit à l’ange qui lui annonçait l’heureux message : Qu’il me soit fait selon votre parole ! C’est d’elle qu’est né Celui par qui Dieu renverse le serpent, ainsi que les anges et les hommes qui lui ressemblent, tandis qu’il délivre de la mort ceux qui font pénitence de leurs fautes et qui croient en lui.

Saint Irénée de Lyon, Démonstration de l’enseignement apostolique

Or, d’où provenait la substance du premier homme ? De la volonté et de la sagesse de Dieu et d’une terre vierge : « car Dieu n’avait pas encore fait pleuvoir », dit l’Écriture, avant que l’homme fut fait, « et il n’y avait pas encore d’homme pour travailler la terre (Jn 1,14) ». C’est donc tandis qu’elle était encore vierge que « Dieu prit du limon de la terre et en modela l’homme (Gn 2,5) » pour qu’il fut le point de départ de l’humanité. Comme c’était cet homme même qu’il récapitulait en lui, le Seigneur reçut donc une chair formée selon la même « économie » que celle d’Adam, en naissant d’une Vierge par la volonté et la sagesse de Dieu, afin de montrer lui aussi une chair formée d’une manière semblable à celle d’Adam et de se faire cet homme même dont il est écrit qu’il était, à l’origine, à l’image et à la ressemblance de Dieu. Car  il fallait qu’Adam fut récapitulé dans le Christ, afin que ce qui était mortel fut englouti par l’immortalité, et il fallait qu’Ève le fut aussi en Marie, afin qu’une Vierge, en se faisant l’avocate d’une vierge, détruisit la désobéissance d’une vierge par l’obéissance d’une Vierge.

Jacques-Bénigne Bossuet, Élévations sur les Mystères, méditations et autres textes

Ô Dieu ! quelle abondance de miséricorde, et que les sujets d’espérance se multiplient devant nous ! puisqu’en même temps qu’un homme et une femme perdaient le genre humain, Dieu, qui avait daigné prédestiner un autre homme et une autre femme pour les relever, a désigné cet homme et cette femme jusque dans ceux qui nous donnaient la mort ! Jésus-Christ est le nouvel Adam : Marie est la nouvelle Ève. Ève est appelée « mère des vivants », même après sa chute, comme l’ont remarqué les saints docteurs, et lorsque, à dire le vrai, elle devait plutôt être appelée la mère des morts. Mais elle reçoit ce nom dans la figure de la sainte Vierge, qui n’est pas moins la nouvelle Ève, que Jésus-Christ le nouvel Adam. Tout convient à ce grand dessein de la bonté divine. Un ange de ténèbres intervient dans notre chute : Dieu prédestine un ange de lumières, qui devait intervenir dans notre réparation. L’ange de ténèbres parle à Ève encore vierge : l’ange de lumières parle à Marie qui le demeura toujours. Ève écouta le tentateur et lui obéit ; Marie écouta aussi l’ange du salut et lui obéit. La perte du genre humain qui se devait consommer en Adam commença par Ève : en Marie commence aussi notre délivrance, elle y a la même part qu’Ève a eue à notre malheur, comme Jésus-Christ y a la même part qu’Adam avait eue à notre perte. Tout ce qui nous a perdus se change en mieux. Je vois paraître un nouvel Adam, une nouvelle Ève, un nouvel ange : il y a aussi un nouvel arbre, qui sera celui de la croix, et un nouveau fruit sur cet arbre, qui détruira tout le mal que le fruit défendu avait causé. Ainsi l’ordre de notre réparation est tracé dans celui de notre chute : tous les noms malheureux sont changés en bien pour nous ; et tout ce qui avait été employé pour nous perdre, par un retour admirable de la divine miséricorde, se tourne en notre faveur.