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Assomption

Jacques de Voragine, La Légende dorée

Observons que la glorieuse vierge Marie fut transportée et élevée au ciel intégralement, honorablement, joyeusement et, excellemment. Premièrement : Elle fut transportée intégralement en corps et en âme, selon une pieuse croyance de l’Église. Un grand nombre de saints ne se contentent pas de l’avancer, mais ils s’attachent à en donner une quantité de preuves. Voici celle de saint Bernard : « Dieu s’est plu singulièrement à honorer les corps des saints. Ainsi, il a rendu les dépouilles de saint Pierre et de saint Jacques tellement vénérables, et il les a décorées d’honneurs si étonnants, qu’il a choisi, pour leur rendre des hommages, un lieu vers lequel accourt le monde entier. Si donc on disait que le corps de Marie fût sur la terre sans que la dévotion des fidèles s’y portât avec affluence, et que ce, lieu ne jouit d’aucun honneur, on pourrait croire que J.-C. ne se serait point intéressé à la gloire de sa mère, quand il honore ainsi sur la terre les corps des autres saints. » Saint Jérôme avance de son côté que la sainte Vierge monta au ciel le 18 des calendes de septembre. Quant à l’assomption corporelle de Marie, il dit que l’Église se contente de rester en suspens sans se prononcer. Plus loin, il s’attache à en prouver la croyance de cette manière : « S’il en est qui disent que dans ceux dont la résurrection a coïncidé avec celle de J.-C., la résurrection soit accomplie pour toujours à leur égard, et s’il en est un certain nombre qui croient que saint Jean, le gardien de la sainte Vierge, jouisse du bonheur du ciel avec J.-C. et dans sa chair qui a été glorifiée, à plus forte raison doit-on le croire de la mère du Sauveur ? Car celui qui a dit : « Honore ton père et ta mère », et qui, a dit encore : « Je ne suis pas venu détruire la loi, mais l’accomplir » ; celui-là, certainement, a honoré sa mère, et ce n’est pas pour nous le sujet d’une ombre de doute. » Saint Augustin ne l’affirme pas seulement, mais il en donne trois preuves. La première, c’est que la chair de J. C. et celle de la Vierge ne font qu’une : « Puisque, dit-il, la nature humaine est condamnée à la pourriture et aux vers, et que d’ailleurs J.-C. ne fut pas exposé à cet outrage, la nature de Marie en est donc exempte, car dans elle, J.-C. a pris la sienne. » La seconde raison qu’il en donne est tirée de la dignité de son corps « C’est, dit-il, le trône de Dieu, le lit nuptial du Seigneur, le tabernacle de J.-C. doit être où il est lui-même. Il est plus digne de conserver ce trésor dans le ciel que sur la terre. » La troisième raison, c’est la parfaite intégrité de sa chair virginale. Voici ses paroles : « Réjouissez-vous, ô Marie, d’une joie ineffable, dans votre corps et dans votre âme, en J.-C. votre propre fils, avec votre propre fils et par votre propre fils : La peine de la corruption n’est pas le partage de celle qui n’a pas éprouvé de corruption dans son intégrité ; quand elle a engendré son divin fils. Toujours elle sera à l’abri de la corruption, celle qui a été comblée de tant de grâces ; il faut qu’elle vive dans toute l’intégrité de sa nature, celle qui a mis au monde l’auteur de la perfection et de la plénitude dans la vie ; il faut qu’elle demeure auprès de celui qu’elle a porté dans ses entrailles ; il faut qu’elle soit à côté de celui qu’elle a engendré, qu’elle a réchauffé, qu’elle a nourri. C’est Marie, c’est la mère de Dieu, c’est la nourrice, c’est la servante de Dieu. Je n’oserais penser autrement, et ce serait présomption de ma part de dire autre chose. » Secondement : elle fut transportée au ciel au milieu de la joie. Gérard, évêque et martyr, dit à ce propos : « En ce jour, les cieux ont reçu la bienheureuse Vierge avec joie. Les Anges se réjouissent, les Archanges jubilent, les Trônes s’animent, les Dominations la célèbrent dans les cantiques, les Principautés ; unissent leurs voix, les Puissances accompagnent de leurs instruments de musique, les Chérubins et les Séraphins entonnent des hymnes. Tous la conduisent jusqu’au souverain tribunal de la divine Majesté. » Troisièmement : elle fut élevée au ciel au milieu de grands honneurs. Jésus lui-même et la milice céleste vinrent au-devant d’elle. « Qui pourrait s’imaginer, dit saint Jérôme, quelle fut la gloire dont la Reine du monde fut environnée lors de son passage ? Quel respect affectueux ! Quelle multitude de légions célestes allant à sa rencontre ! Qu’ils étaient beaux les cantiques qui l’accompagnèrent jusqu’à son trône ! Quelle majesté, quelle grandeur dans les divins embrassements de son Fils qui la reçoit et l’élève au-dessus de toutes les créatures ! » « Il est à croire, dit ailleurs le même Père, gaze la milice des cieux alla en triomphe au devant de la mère de Dieu, et qu’elle l’environna d’une immense lumière, qu’elle la conduisit en chantant ses louanges et des cantiques jusqu’au trône de Dieu. La milice de la Jérusalem céleste tressaille d’une joie ineffable : elle est fière de tant d’amour et de reconnaissance. Cette fête ; qui n’arrive qu’une fois pour nous dans le cours de l’année, ne doit point avoir eu de terme dans les cieux. On croit encore que le Sauveur vint au-devant d’elle de sa personne, dans cette fête, et qu’il la fit asseoir plein de joie auprès de lui sur le trône. Autrement il n’eût point accompli ce que lui-même a ordonné par cette loi : « Honore ton père et ta mère. » Quatrièmement : Elle fut reçue avec magnificence. « C’est le jour, dit saint Jérôme, où la mère sans souillure : la Vierge s’avança jusqu’à son trône élevé, où elle s’assit glorieuse auprès de J.-C. » Voici comment le bienheureux Gérard montre en ses homélies à quel degré de gloire et d’honneur elle fut élevée : « N.-S. J.-C. a pu seul la grandir comme il l’a fait pour qu’elle reçût de la majesté elle-même la louange et l’honneur à toujours. Elle est environnée des chœurs angéliques, entourée des troupes archangéliques, accompagnée des Trônes pleins d’allégresse, au milieu de l’enthousiasme des Dominations ; les Principautés la vénèrent : les Puissances lui applaudissent : elle est honorée parles Vertus, chantée par les Chérubins et louée par les hymnes des Séraphins. La très ineffable Trinité lui applaudit elle-même avec des transports qui n’ont point de fin, et la grâce dont elle l’inonde tout entière fait que tous ne pensent qu’à cette Reine. L’illustre compagnie des Apôtres l’élève au-dessus de toute louange, la multitude des martyrs est toute en suppliante autour d’une si grande Maîtresse : l’innombrable armée des confesseurs lui adresse des chants magnifiques, le chœur, des Vierges aux vêtements blancs célèbre sa gloire avec des accents ineffables : L’enfer lui-même hurle de rage, et les démons insolents l’acclament » (Saint Pierre Damien, op. XXXIV).

Saint Jean Damascène, Homélie sur la Dormition

Voilà pourquoi ton corps sacré et sans tache était livré à son saint tombeau. Les anges le précédaient, l’entouraient en cercle, le suivaient ; que ne faisaient-ils pour servir dignement la mère de leur Seigneur ? Les Apôtres et l’Église en sa plénitude chantaient des hymnes divins et jouaient des instruments au souffle de l’Esprit, en disant : Nous nous rassasierons des biens de ta maison, ton peuple est saint, admirable de justice (Ps 65,6) » ; et encore: « Le Très-Haut a sanctifié sa demeure (Ps 46,5) ». « Montagne de Dieu, montagne d’abondance, la montagne que Dieu a bien voulu habiter ! (Ps 68,16-17) ». Les Apôtres ensemble te portèrent sur leurs épaules, toi l’arche véritable, comme autrefois les prêtres l’arche figurative, et te déposèrent au tombeau : alors, par lui, comme par un autre Jourdain, ils te firent parvenir à la vraie Terre promise (Jos 3,6 Jos 11 Jos 3,14), je veux dire à « la Jérusalem d’en haut », mère de tous les croyants, « dont Dieu est l’architecte et le constructeur (He 11,10) ». Car ton âme assurément n’est pas descendue « dans l’Hadès », mais bien plus, ta chair elle-même « n’a pas vu la corruption (Ac 2,31) ». Ton corps sans souillure et très pur ne fut pas abandonné à la terre: mais aux demeures royales des cieux tu fus emportée, toi, la reine, la Souveraine, la maîtresse, la Mère de Dieu, la vraie Théotokos.

Pape Pie XII, Munificentissimus Deus (Constitution apostolique)

Dans les livres liturgiques où l’on trouve la fête, soit de la Dormition, soit de l’Assomption de Sainte Marie, il y a des expressions en quelque sorte concordantes pour attester que lorsque la Sainte Vierge, Mère de Dieu, quitta cet exil pour les demeures éternelles, il arriva pour son corps sacré, par une disposition de la divine Providence, ce qui était en harmonie avec sa dignité de Mère du Verbe incarné, et avec les autres privilèges qui lui avaient été accordés. Ces expressions, pour en donner un remarquable exemple, se lisent dans le Sacramentaire, que Notre prédécesseur d’immortelle mémoire, Adrien I, envoya à l’empereur Charlemagne. Il y est dit, en effet : « Vénérable est pour nous, Seigneur, la fête de ce jour, en lequel la Sainte Mère de Dieu subit la mort temporelle, mais cependant ne put être humiliée par les liens de la mort, elle qui engendra de sa chair, ton Fils, Notre-Seigneur ». Ce qu’indique dans sa sobriété verbale habituelle la liturgie romaine, est exprimé avec plus de détails et de clarté dans les autres livres de l’ancienne liturgie, tant orientale qu’occidentale. Le Sacramentaire Gallican, pour apporter un seul exemple, qualifie ce privilège de Marie d’inexplicable mystère, d’autant plus admirable qu’il est exceptionnel parmi les hommes, par l’Assomption de la Vierge. Et, dans la liturgie byzantine, l’Assomption corporelle de la Vierge Marie est reliée plus d’une fois, non seulement à la dignité de Mère de Dieu, mais encore à ses autres privilèges, à un titre particulier à sa maternité virginale, faveur qu’elle doit à un singulier dessein de la divine Providence : « Dieu, le Roi de l’univers, t’a accordé des choses qui dépassent la nature, car, de même qu’il te garda vierge lorsque tu enfantas, de même il préserva ton corps de la corruption du tombeau et le glorifia par une divine translation ». […] Vu que la liturgie catholique n’engendre pas la foi catholique, mais plutôt en est la conséquence, et que, comme les fruits d’un arbre, en proviennent les rites du culte sacré, les Saints Pères et les grands Docteurs, à cause de cela même, n’y puisèrent pas cette doctrine comme d’une source première dans les homélies et discours qu’ils adressaient au peuple ; mais ils en parlaient plutôt comme d’une chose déjà connue des fidèles et par eux acceptée. Ils l’ont mise en plus grande lumière. Ils en ont exposé le fait et le sens par des raisons plus profondes, mettant surtout en un jour plus lumineux ce que les livres liturgiques très souvent touchaient brièvement et succinctement : à savoir que cette fête rappelait non seulement qu’il n’y eut aucune corruption du corps inanimé de la Bienheureuse Vierge Marie, mais encore son triomphe remporté sur la mort et sa « glorification » céleste, à l’exemple de son Fils unique Jésus-Christ. C’est pourquoi saint Jean Damascène, qui demeure parmi tant d’autres, le héraut par excellence de cette vérité dans la tradition, lorsqu’il compare l’Assomption corporelle de l’auguste Mère de Dieu avec tous les autres dons et privilèges, proclame avec une puissante éloquence : « Il fallait que Celle qui avait conservé sans tache sa virginité dans l’enfantement, conservât son corps sans corruption même après la mort. Il fallait que Celle qui avait porté le Créateur comme enfant dans son sein, demeurât dans les divins tabernacles. Il fallait que l’Épouse que le Père s’était unie habitât le séjour du ciel. Il fallait que Celle qui avait vu son Fils sur la croix et avait échappé au glaive de douleur en le mettant au monde, l’avait reçu en son sein, le contemplât encore siégeant avec son Père. Il fallait que la Mère de Dieu possédât tout ce qui appartient à son Fils et qu’elle fût honorée par toute créature comme la Mère de Dieu et sa servante ». Cette voix de saint Jean Damascène répond fidèlement à celle des autres qui soutiennent la même doctrine. Car on trouve des déclarations non moins claires et exactes dans tous ces discours que les Pères de la même époque ou de la précédente ont tenus généralement à l’occasion de cette fête. C’est pourquoi, pour en venir à d’autres exemples, saint Germain de Constantinople estimait que l’incorruption du corps de la Vierge Marie, Mère de Dieu, et son élévation au ciel, non seulement convenaient à sa maternité divine, mais encore à la sainteté particulière de son corps virginal : « Tu apparais, comme il est écrit, en splendeur ; et ton corps virginal est entièrement saint, entièrement chaste, entièrement la demeure de Dieu ; de sorte que, de ce fait, il est ensuite exempt de tomber en poussière ; transformé dans son humanité en une sublime vie d’incorruptibilité, vivant lui-même et très glorieux, intact, et participant de la vie parfaite ». Un autre écrivain des plus anciens déclare : « À titre donc de très glorieuse Mère du Christ, le Sauveur notre Dieu, Auteur de la vie et de l’immortalité, elle est vivifiée, dans une incorruptibilité éternelle de son corps, par Celui-là même qui l’a ressuscitée du tombeau et l’a élevée jusqu’à lui, comme lui seul la connaît ». […] Pour Nous en tenir à quelques citations qui sont sur ce sujet le plus souvent employées, il y a des orateurs qui citent la parole du psalmiste : « Lève-toi, Seigneur, au lieu de ton repos, toi et l’arche de ta majesté » ; et ils envisagent l’ »Arche d’alliance » faite de bois incorruptible et placée dans le temple de Dieu, comme une image du corps très pur de la Vierge Marie, gardé exempt de toute corruption du sépulcre et élevé à une telle gloire dans le ciel. De la même façon, en traitant de cette question, ils décrivent la Reine entrant triomphalement dans la cour des cieux et siégeant à la droite du divin Rédempteur ; ainsi ils présentent l’Épouse du Cantique « qui monte du désert comme une colonne de fumée exhalant la myrrhe et l’encens » pour ceindre la couronne. Ils proposent ce qui précède comme des images de cette Reine du ciel, cette Épouse céleste qui, en union avec son Époux divin, est élevée à la cour des cieux. Et de plus, les Docteurs scolastiques, non seulement dans les diverses figures de l’Ancien Testament, mais aussi dans cette Femme revêtue de soleil que contempla l’Apôtre Jean dans l’île de Patmos, ont vu l’indication de l’Assomption de la Vierge Mère de Dieu. De même, des passages du Nouveau Testament, ils ont proposé avec un soin particulier à leur considération ces mots : « Salut pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes », alors qu’ils voyaient dans le mystère de l’Assomption le complément de cette surabondante grâce accordée à la Bienheureuse Vierge, et cette bénédiction unique en opposition avec la malédiction d’Eve. C’est pourquoi, au début de la théologie scolastique, cet homme très pieux, Amédée, évêque de Lausanne, affirme que la chair de la Vierge Marie est restée sans corruption — car on ne peut croire que son corps ait vu la corruption — puisqu’il a, en effet, été uni de nouveau à son âme et conjointement avec elle, dans la cour céleste, couronné de la gloire d’En-Haut. « Elle était, en effet, pleine de grâce et bénie entre les femmes. » Seule, elle a mérité de concevoir le vrai Dieu de vrai Dieu, que vierge elle a mis au monde, que vierge, elle a allaité, le pressant sur son sein, et qu’elle a servi en toute chose d’une sainte obéissance. Parmi les saints écrivains qui, à cette époque, se sont servis des textes et de diverses similitudes ou analogies des Saintes Écritures pour illustrer ou confirmer la doctrine de l’Assomption, objet d’une pieuse croyance, le Docteur évangélique saint Antoine de Padoue occupe une place à part. C’est lui, en effet, qui, le jour de l’Assomption, expliquait ces paroles du Prophète Isaïe : « Je glorifierai le lieu où reposent mes pieds », affirma d’une façon certaine que le divin Rédempteur a orné de la plus haute gloire sa Mère très chère, dont il avait pris sa chair d’homme. « Par là, vous savez clairement, dit-il, que la Bienheureuse Vierge dans son corps, où fut le lieu où reposèrent les pieds du Seigneur, a été élevée au ciel. » C’est pourquoi le Psalmiste sacré écrit : « Lève-toi, Seigneur, au lieu de ton repos, toi, et l’arche de ta majesté. » De la même façon, comme il l’affirme lui-même, que Jésus-Christ est ressuscité en triomphant de la mort, et monté à la droite de son Père, ainsi pareillement « est ressuscitée aussi l’Arche de sa sanctification lorsqu’en ce jour, la Vierge Mère a été élevée dans la demeure céleste ». Au moyen âge, alors que la théologie scolastique était dans tout son éclat, saint Albert le Grand, après avoir réuni, pour en établir la preuve, divers arguments fondés sur les Saintes Lettres, les textes de la tradition ancienne et enfin la liturgie et le raisonnement théologique, comme on dit, conclut ainsi : « Pour toutes ces raisons, et ces témoignages qui font autorité, il est clair que la Bienheureuse Mère de Dieu a été élevée en âme et en corps au-dessus des chœurs des anges. Et nous croyons que cela est vrai de toutes façons ». […] Le Docteur angélique, à la suite de son remarquable Maître, bien qu’il n’ait jamais traité expressément la question, chaque fois cependant qu’incidemment il y touche, maintient constamment en union avec l’Église catholique que le corps de Marie a été élevé au ciel avec son âme. À une époque plus tardive de la théologie scolastique, soit au XVe siècle, saint Bernardin de Sienne, reprenant d’une manière générale, et étudiant de nouveau avec soin tout ce que les théologiens du Moyen Age avaient déclaré et discuté sur cette question, ne se contenta pas de rapporter les principales considérations que les docteurs du temps passé avaient proposées, mais il en ajouta de nouvelles. À savoir la ressemblance de la divine Mère et de son divin Fils pour ce qui touche à la noblesse et à la dignité de l’âme et du corps — à cause de cette ressemblance, nous ne pouvons pas même penser que la Reine du Ciel soit séparée du Roi du Ciel — demande que Marie « ne puisse se trouver que là où est le Christ », et, d’autre part, il est conforme à la raison et convenable que de même que pour l’homme, ainsi le corps et l’âme de la femme arrivent à la gloire éternelle dans le ciel ; et, enfin, puisque l’Église n’a jamais recherché les restes de la Bienheureuse Vierge et ne les a jamais proposés au culte du peuple. Il y a là un argument qu’on peut offrir, « comme une preuve sensible ». En des temps plus récents, ces déclarations des Saints Pères et Docteurs que nous avons rapportées furent d’un usage commun. Embrassant cette unanimité des chrétiens dans la tradition des siècles antérieurs, saint Robert Bellarmin s’écrie : « Et qui pourrait croire, je vous prie, que l’arche de la sainteté, la demeure du Verbe, le temple de l’Esprit-Saint se soit écroulé ? Mon âme répugne franchement même à penser que cette chair virginale qui a engendré Dieu, lui a donné le jour, l’a allaité, l’a porté, ou soit tombée en cendres ou ait été livrée à la pâture des vers. » De la même façon, saint François de Sales, après avoir soutenu qu’on ne peut mettre en doute que Jésus-Christ a accompli à la perfection le commandement divin qui prescrit aux fils d’honorer leurs parents, se pose cette question : « Qui est l’enfant qui ne ressuscitast sa bonne mère s’il pouvoit et ne la mist en paradis après qu’elle seroit décédée ? » Et saint Alphonse écrit : « Jésus n’a pas voulu que le corps de Marie se corrompît après sa mort, car c’eût été un objet de honte pour lui si sa chair virginale était tombée en pourriture, cette chair dont lui-même avait pris la sienne. » Mais comme ce mystère, objet de la célébration de cette fête, se trouvait déjà mis en lumière, il ne manqua pas de Docteurs qui, plutôt que de se servir des arguments théologiques qui démontrent qu’il convient absolument et qu’il est logique de croire à l’Assomption au ciel de la Bienheureuse Vierge Marie en son corps, tournaient leur esprit et leur cœur à la foi de l’Église, Épouse mystique du Christ qui n’a ni tache ni ride, et que l’Apôtre appelle « la colonne et la base de la vérité » ; appuyés sur cette foi commune, ils pensaient que l’opinion contraire était téméraire pour ne pas dire hérétique. Du moins, saint Pierre Canisius, comme tant d’autres, après avoir déclaré que le mot même d’Assomption signifie « glorification » non seulement de l’âme, mais encore du corps, et que l’Église, déjà au cours de nombreux siècles, vénère et célèbre avec solennité ce mystère mariai de l’Assomption, remarque ce qui suit : « Ce sentiment prévaut déjà depuis des siècles ; il est ancré au cœur des pieux fidèles et confié ainsi à toute l’Église. Par conséquent, on ne doit pas supporter d’entendre ceux qui nient que le corps de Marie a été élevé dans le ciel, mais on doit les siffler, à l’occasion, comme des gens trop entêtés, et par ailleurs téméraires, et comme des gens imbus d’un esprit plus hérétique que catholique ». […] Nous proclamons, déclarons et définissons que c’est un dogme divinement révélé que Marie, l’Immaculée Mère de Dieu toujours Vierge, à la fin du cours de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste. C’est pourquoi, si quelqu’un — ce qu’à Dieu ne plaise — osait volontairement nier ou mettre en doute ce que Nous avons défini, qu’il sache qu’il a fait complètement défection dans la foi divine et catholique. […] Qu’il ne soit permis à qui que ce soit de détruire ou d’attaquer ou contredire, par une audacieuse témérité, cet écrit de Notre déclaration, décision et définition. Si quelqu’un avait la présomption d’y attenter, qu’il sache qu’il encourrait l’indignation du Dieu Tout-Puissant et des bienheureux apôtres Pierre et Paul.

Bibliographie

  • R. P. Paul Renaudin, La doctrine de l’Assomption de la Très Sainte Vierge