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Motu proprio Sacra Tridentina synodus

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Motu proprio · Saint Pie X · 16 juillet 1905

Le saint concile de Trente, ayant en vue les inef­fables tré­sors de grâces que les fidèles retirent de la récep­tion de la très sainte Eucharistie, dit : Le très saint Concile sou­hai­te­rait qu’à chaque messe les fidèles qui y assistent ne se contentent pas de com­mu­nier spi­ri­tuel­le­ment, mais reçoivent encore réel­le­ment le sacre­ment eucha­ris­tique [1]. Ces paroles montrent assez clai­re­ment com­bien l’Eglise désire que tous les fidèles s’ap­prochent chaque jour de ce ban­quet céleste et en retirent des effets plus abon­dants de sanctification.

Volonté du Christ et de l’Eglise

Ces sou­haits sont conformes au désir qui ani­mait Notre-​Seigneur Jésus-​Christ lorsqu’Il a ins­ti­tué ce divin sacre­ment. Il a en effet insis­té Lui-​même, à plu­sieurs reprises et en termes clairs, sur la néces­si­té de se nour­rir sou­vent de sa chair et de boire son sang, par­ti­cu­liè­re­ment lorsqu’Il dit : Ceci est le pain des­cen­du du ciel, ce n’est pas comme la manne que vos pères ont man­gée dans le désert, après quoi ils sont morts : celui qui mange ce pain vivra éter­nel­le­ment (Jn 6, 59). Par cette com­pa­rai­son de la nour­ri­ture angé­lique avec le pain et la manne, les dis­ciples pou­vaient com­prendre aisé­ment que, le pain étant la nour­ri­ture quo­ti­dienne du corps et la manne ayant été l’a­li­ment quo­ti­dien des Hébreux dans le désert, de la même façon l’âme chré­tienne pour­rait se nour­rir chaque jour du pain céleste et en rece­voir un récon­fort. De plus, quand Il nous ordonne de deman­der dans l’Oraison domi­ni­cale notre pain quo­ti­dien, il faut entendre par là, comme presque tous les Pères de l’Eglise l’en­seignent, non pas tant le pain maté­riel, la nour­ri­ture du corps, que le pain eucha­ris­tique qui doit être reçu chaque jour.

Or, Jésus-​Christ et l’Eglise dési­rent que tous les fidèles s’ap­prochent chaque jour du ban­quet sacré, sur­tout afin qu’é­tant unis à Dieu par ce sacre­ment ils en reçoivent la force de répri­mer leurs pas­sions, qu’ils s’y puri­fient des fautes légères qui peuvent se pré­sen­ter chaque jour, et qu’ils puissent évi­ter les fautes graves aux­quelles est expo­sée la fra­gi­li­té humaine : ce n’est donc pas prin­ci­pa­le­ment pour rendre gloire à Dieu, ni comme une sorte de faveur et de récom­pense pour les ver­tus de ceux qui s’en approchent [2]. Aussi le saint Concile de Trente appelle-​t-​il l’Eucharistie l’an­ti­dote qui nous délivre des fautes quo­ti­diennes et nous pré­serve des péchés mor­tels [3].

Evolution historique

Les pre­miers chré­tiens, com­pre­nant bien cette volon­té divine, accou­raient chaque jour au ban­quet de vie et de force. Ils per­sé­vé­raient dans la doc­trine des apôtres, dans la com­mu­nion de la frac­tion du pain (Ac 2, 42). 

La même chose eut lieu dans les siècles sui­vants, comme le rap­portent les saints Pères et les écri­vains ecclé­sias­tiques, au grand pro­fit de la per­fec­tion et de la sainteté.

Cependant la pié­té s’é­tant affai­blie et plus tard sur­tout le venin du jan­sé­nisme s’é­tant répan­du par­tout, on com­men­ça à dis­cu­ter sur les dis­po­si­tions qu’il fal­lait appor­ter pour s’ap­pro­cher de la com­mu­nion fré­quente et quo­ti­dienne ; c’é­tait à qui en récla­me­rait comme néces­saires de plus grandes et de plus difficiles. 

Il en résul­ta que très peu de per­sonnes furent jugées dignes de rece­voir chaque jour la sainte Eucharistie et de pui­ser dans ce sacre­ment si salu­taire des effets plus abon­dants : les autres devaient se conten­ter de com­mu­nier une fois par an, ou tous les mois, ou tout au plus chaque semaine. On en vint même à une sévé­ri­té telle que des caté­go­ries entières de per­sonnes, comme les mar­chands ou les gens mariés, furent exclues de la fré­quen­ta­tion de la sainte Table.

D’autres cepen­dant se jetèrent dans le sen­ti­ment contraire.

Jugeant que la com­mu­nion quo­ti­dienne est de pré­cepte divin, pour qu’au­cun jour ne se pas­sât sans qu’on reçût la sainte Communion, ils étaient d’a­vis, entre autres choses contraires à la cou­tume de l’Eglise, qu’il fal­lait rece­voir la sainte Eucharistie même le Vendredi saint et ils la dis­tri­buaient ce jour-là.

Le Saint-​Siège sur ce point ne man­qua pas à son devoir.

En effet, dans un décret de cette sainte Congrégation qui com­mence ain­si : Cum ad aures, du 12 février 1679, décret approu­vé par le pape Innocent XI, elle condam­na les erreurs de ce genre et répri­ma les abus, décla­rant en même temps que toutes les classes de per­sonnes, y com­pris les mar­chands et les gens mariés, pou­vaient être admises à la com­mu­nion fré­quente, sui­vant la pié­té de cha­cun et le juge­ment du confesseur.

Puis, le 7 décembre 1690, par le décret Sanctissimus Dominus nos­ter, le pape Alexandre VIII condam­nait la pro­po­si­tion de Baïus, qui récla­mait le plus pur amour de Dieu sans aucun mélange de défauts de la part de ceux qui vou­laient s’ap­pro­cher de la sainte Table.

Toutefois, le venin du jan­sé­nisme qui s’é­tait intro­duit même par­mi les bons, sous pré­texte d’hon­neur et de véné­ra­tion dus à l’Eucharistie, ne dis­pa­rut pas complètement.

Discussions sur les dispositions nécessaires pour recevoir fréquemment la communion

Même après les décla­ra­tions du Saint-​Siège, les dis­cus­sions sur les dis­po­si­tions qu’il faut avoir pour bien rece­voir fré­quem­ment la sainte Communion ont conti­nué ; il arri­va que cer­tains théo­lo­giens, même de bonne marque, ont pen­sé qu’il ne fal­lait per­mettre la com­mu­nion fré­quente que rare­ment et sous de nom­breuses conditions.

D’autre part il ne man­qua pas d’hommes savants et pieux qui faci­li­tèrent cet usage salu­taire et si agréable à Dieu, et qui ensei­gnèrent, en s’ap­puyant sur les Pères, qu’il n’y a aucun pré­cepte de l’Eglise récla­mant de ceux qui font la com­mu­nion quo­ti­dienne des dis­po­si­tions plus grandes que celles deman­dées pour la com­mu­nion heb­do­ma­daire et men­suelle ; quant aux fruits qu’on en retire, ils sont bien plus abon­dants dans la com­mu­nion quo­ti­dienne que dans la com­mu­nion heb­do­ma­daire ou mensuelle.

Les dis­cus­sions sur ce sujet ont aug­men­té de nos jours et n’ont pas été sans une cer­taine aigreur ; elles ont por­té le trouble dans l’es­prit des confes­seurs et la conscience des fidèles, au grand détri­ment de la pié­té et de la fer­veur chré­tienne. C’est pour­quoi des hommes très remar­quables et des pas­teurs d’âmes ont adres­sé des sup­pliques ardentes à Notre Saint-​Père le Pape Pie X afin qu’il dai­gnât, dans son auto­ri­té suprême, tran­cher la ques­tion des dis­po­si­tions qu’il faut avoir pour rece­voir tous les jours l’Eucharistie, de telle sorte que cette cou­tume, très salu­taire et très agréable à Dieu, non seule­ment n’aille pas en s’af­fai­blis­sant par­mi les fidèles, mais qu’au contraire elle gran­disse et se répande par­tout, de nos jours sur­tout où la reli­gion et la foi catho­liques sont atta­quées de toutes parts et où l’a­mour de Dieu et la vraie pié­té laissent beau­coup à désirer.

Aussi Sa Sainteté, dans la sol­li­ci­tude et le zèle qui l’a­niment, ayant gran­de­ment à cœur que le peuple chré­tien soit pous­sé à com­mu­nier très fré­quem­ment et même tous les jours, et qu’il jouisse ain­si des fruits les plus abon­dants, a char­gé cette sainte Congrégation d’exa­mi­ner et de défi­nir la sus­dite question.

Décision romaine

La sainte Congrégation du Concile, dans sa séance géné­rale du 16 décembre 1905, a sou­mis cette ques­tion à un exa­men très atten­tif et, après avoir pesé avec une matu­ri­té dili­gente les rai­sons appor­tées de part et d’autre, elle a éta­bli et décré­té ce qui suit :

  • I. La com­mu­nion fré­quente et quo­ti­dienne, étant sou­ve­rai­ne­ment dési­rée par Notre-​Seigneur Jésus-​Christ et par l’Eglise catho­lique, doit être ren­due acces­sible à tous les fidèles chré­tiens de quelque classe et de quelque condi­tion qu’ils soient, en sorte que nul, s’il est en état de grâce et s’il s’ap­proche de la sainte Table avec une inten­tion droite, ne puisse en être écarté.
  • II. L’intention droite consiste à s’ap­pro­cher de la sainte Table, non par habi­tude, ou par vani­té, ou pour des rai­sons humaines, mais pour satis­faire à la volon­té de Dieu, s’u­nir à Lui plus inti­me­ment par la cha­ri­té et, grâce à ce divin remède, com­battre ses défauts et ses infirmités.
  • III. Bien qu’il soit très dési­rable que ceux qui usent de la com­mu­nion fré­quente et quo­ti­dienne soient exempts de péchés véniels au moins déli­bé­rés et qu’ils n’y aient aucune affec­tion, il suf­fit néan­moins qu’ils n’aient aucune faute mor­telle, avec le ferme pro­pos de ne plus pécher à l’a­ve­nir : étant don­né ce ferme pro­pos sin­cère de l’âme, il n’est pas pos­sible que ceux qui com­mu­nient chaque jour ne se cor­rigent pas éga­le­ment des péchés véniels et peu à peu de leur affec­tion à ces péchés.
  • IV. Quoique les sacre­ments de la nou­velle loi pro­duisent leur effet ex opere ope­ra­to (par eux-​mêmes), cet effet néan­moins est d’au­tant plus grand que les dis­po­si­tions de ceux qui les reçoivent sont plus par­faites. Il faut donc veiller à faire pré­cé­der la sainte com­mu­nion d’une pré­pa­ra­tion dili­gente et à la faire suivre d’une action de grâces conve­nable, sui­vant les forces, la condi­tion et les devoirs de chacun.
  • V. Afin que la com­mu­nion fré­quente et quo­ti­dienne se fasse avec plus de pru­dence et un plus grand mérite, il importe de deman­der conseil à son confes­seur. Que les confes­seurs cepen­dant se gardent de pri­ver de la com­mu­nion fré­quente et quo­ti­dienne une per­sonne qui est en état de grâce et qui s’en approche avec une inten­tion droite.
  • VI. Comme il est évident que la com­mu­nion fré­quente et quo­ti­dienne aug­mente l’u­nion avec Jésus-​Christ, ali­mente avec plus de force la vie spi­ri­tuelle, embel­lit l’âme des plus abon­dantes ver­tus et nous donne un gage encore plus ferme de la vie éter­nelle, les curés, les confes­seurs et les pré­di­ca­teurs, sui­vant la doc­trine approu­vée du Catéchisme romain (part. II, chap. LXIII), devront exhor­ter, dans de fré­quents avis et avec un zèle empres­sé, le peuple chré­tien à cette pra­tique si pieuse et si salutaire.
  • VII. La com­mu­nion fré­quente et quo­ti­dienne doit être favo­ri­sée spé­cia­le­ment dans les Instituts reli­gieux de toutes caté­go­ries ; néan­moins, on y obser­ve­ra le décret Quemadmodum du 17 décembre 1890, ren­du par la sainte Congrégation des évêques et régu­liers. Elle doit être encou­ra­gée aus­si d’une façon toute spé­ciale dans les sémi­naires dont les élèves se consacrent au ser­vice de l’au­tel, comme aus­si dans tous les autres col­lèges chrétiens.
  • VIII. S’il y a des Instituts soit à vœux solen­nels, soit à vœux simples, dont les règles, les consti­tu­tions ou aus­si les calen­driers fixent et imposent des com­mu­nions à des jours déter­mi­nés, il faut don­ner à ces règles une valeur pure­ment « direc­tive », mais non « pré­cep­tive ». Le nombre des com­mu­nions pres­crit y doit être consi­dé­ré comme un « mini­mum » pour la pié­té des reli­gieux. Par, consé­quent, ils seront tou­jours libres d’al­ler à la sainte Table plus fré­quem­ment et même tous les jours, selon les indi­ca­tions don­nées plus haut. Afin que les reli­gieux de l’un et l’autre sexe puissent connaître exac­te­ment les dis­po­si­tions du pré­sent décret, les supé­rieurs de chaque mai­son auront soin de le faire lire chaque année dans la com­mu­nau­té en langue vul­gaire pen­dant l’oc­tave de la fête du saint Sacrement.
  • IX. Enfin, après la pro­mul­ga­tion de ce décret, les écri­vains ecclé­sias­tiques auront soin de s’abs­te­nir de toute dis­cus­sion liti­gieuse tou­chant les dis­po­si­tions qu’il faut appor­ter à la com­mu­nion fré­quente et quotidienne.

Donné à Rome, le 16 juillet 1905.

Vincent, card. év. de Palestrina, Préfet.
Cajetan de Lai, secré­taire.

Source : Actes de S.S. Pie X, tome 2, La Bonne Presse – AAS, vol. XXXVIII (1905–06), pp. 8–10.

Notes de bas de page
  1. ses­sion 22, chap. VI[]
  2. s. Augustin, ser­mon LVII sur saint Matthieu, De l’Oraison domi­ni­cale V, 7[]
  3. ses­sion 13, chap. II[]