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Allocution aux Jurisconsultes catholiques français

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Allocution · Saint Pie X · 15 novembre 1904

Très chers fils,

Bien douce, Très Chers Fils, est la joie que Nous res­sen­tons de votre pré­sence. Nous savons com­bien vous vous dis­tin­guez à la fois par vos émi­nentes ver­tus, par l’é­ten­due de vos connais­sances et par votre com­pé­tence, sur­tout dans les sciences juri­diques et légales. Vous venez de Nous adres­ser des paroles qui ont reten­ti bien agréa­ble­ment dans Notre âme : d’une part, cet expo­sé si lumi­neux que Nous a fait des ori­gines de votre Société le véné­rable évêque de Montpellier ; de l’autre, ces cha­leu­reux accents de foi, de dévoue­ment, de saint cou­rage sor­tis de la bouche du très dis­tin­gué séna­teur, votre président.

Il n’est que trop mani­feste pour tous où tendent, depuis bien long­temps, les impies pro­jets et le but final des enne­mis de l’Église catho­lique. Ce qu’ils vou­draient, c’est éteindre la foi du peuple chré­tien en y semant leurs néga­tions et les doutes de leur incré­du­li­té ; c’est étouf­fer par l’indifférence tout sen­ti­ment de géné­ro­si­té ; c’est éloi­gner les peuples de cette chaire de véri­té et les sous­traire à l’obéissance du Vicaire de Jésus-​Christ, afin de les faire ser­vir à l’exécution de leurs téné­breux desseins.

On ne sau­rait, sans nul doute, rien ima­gi­ner de plus funeste, soit aux inté­rêts de la reli­gion, soit au véri­table bien-​être des peuples, alors que l’Église, avec ses doc­trines et ses ensei­gne­ments, avec sa morale, ses lois et les innom­brables moyens de sanc­ti­fi­ca­tion dont elle dis­pose, pro­cure non seule­ment l’éternel salut de cha­cun de ses fidèles enfants, mais encore le bien tem­po­rel des socié­tés, qu’en vain on cher­che­rait en dehors de Dieu et de sa providence.

Dès lors, qui pour­rait appré­cier à toute sa valeur le mérite de ces hommes bénis, qui, pour mieux obéir au pré­cepte de Dieu ordon­nant à chaque homme de s’intéresser à son pro­chain – Et man­da­vit illis uni­cuique de proxi­mo suo, [1] – s’unissent par des liens spé­ciaux, afin de s’opposer plus effi­ca­ce­ment à cette ligue infer­nale, de faire res­plen­dir avec plus d’éclat sur les peuples le soleil de la véri­té et d’y semer plus abon­dam­ment les germes de l’amour et de la vertu ?

C’est pour­quoi, Nos Très Chers Fils, Nous vous féli­ci­tons de tout cœur et Nous féli­ci­tons tous les membres de votre Société qui, depuis trente ans, se dévoue à cette double fin. Vous com­bat­tez les bons com­bats, en défen­dant, soit dans vos rela­tions pri­vées, soit en public, devant les tri­bu­naux, les droits de Dieu et de l’Église, la pro­prié­té et la liber­té de ses fils ; vous oppo­sez une bar­rière à l’im­pié­té, qui pré­tend sup­pri­mer les noms mêmes de Dieu, de son Église et de ceux qui en pro­clament les lois saintes et les préceptes.

Nous vous féli­ci­tons de plus, ô géné­reux cham­pions de la bonne cause, de ce que, recon­nais­sant les devoirs que vous impose le rang dis­tin­gué qui vous a été dépar­ti dans la socié­té, vous exer­cez de fait une puis­sante influence sur le peuple, que votre exemple retient dans l’u­nion avec le Christ et son Église.

Nous vous féli­ci­tons, auxi­liaires et pro­tec­teurs fidèles des reli­gieux et des pas­teurs des âmes. Vous voyant ain­si à leurs cotés aux heures de com­bat, ils sentent dou­bler leurs forces et, grâce à votre élo­quence, se mul­ti­plier au cen­tuple les fruits de leur ministère.

Soyez donc féli­ci­tés, glo­rieux défen­seurs des per­sé­cu­tés et des oppri­més ; les prières de tant d’âmes recon­nais­santes qui ont été l’objet de votre zèle vous obtien­dront du ciel, soyez-​en sûrs, les plus pré­cieuses bénédictions.

Sans doute, et Nous ne pou­vons l’ignorer, habi­tués en chré­tiens fer­vents à rem­plir scru­pu­leu­se­ment vos devoirs envers Dieu et envers les hommes, riches de tous les mérites que Nous venons de rap­pe­ler, vous n’ambitionnez pas que la reli­gion vous féli­cite et vous décerne des éloges. Vous aimez, au contraire, à vous redire ces paroles que Jésus-​Christ a lui-​même sug­gé­rées à ses apôtres : « Nous sommes des ser­vi­teurs inutiles : nous n’avons fait que notre devoir. Servi inutiles sumus, quod debui­mus facere feci­mus. » (Lc 17, 10).

Mais si vous récu­sez les éloges de la reli­gion, agréez du moins ceux de votre patrie, qui voit en vous le prin­cipe de son salut. Agréez ceux du Pasteur suprême des âmes, qui appré­cie hau­te­ment votre ver­tu, vos tra­vaux, vos sacri­fices et qui déjà entre­voit les heu­reux résul­tats pour le calme et la paix de l’Église.

Lors du cata­clysme du déluge uni­ver­sel, Dieu a conser­vé dans la famille de Noé le germe de la résur­rec­tion du genre humain. Vous êtes les dépo­si­taires d’un germe ana­logue. Par vous, la géné­ra­tion future sera appe­lée du nom du Seigneur : Annuntiabitur Domino gene­ra­tio ven­tu­ra (Ps 21, 32). Par vous, cette géné­ra­tion vivra pour Dieu et le ser­vi­ra. Daigne le Tout-​Puissant exau­cer au plus tôt Notre vœu ! En atten­dant, comme gage de cette céleste faveur et de Notre par­ti­cu­lière affec­tion, Nous vous accor­dons à tous, ici pré­sents, à tous les membres de votre Société, à vos parents et à vos amis, la Bénédiction apostolique.

Notes de bas de page
  1. « Et Il a don­né à cha­cun d’eux des ordres au sujet de son pro­chain. » (Si 17, 12.) []