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Lettre encyclique Ingruentium malorum

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Encyclique · Pie XII · 15 septembre 1951

En la fête des Sept Douleurs de la Sainte Vierge Marie, le Pape a envoyé une Encyclique pour invi­ter les fidèles à réci­ter le Rosaire durant le mois d’oc­tobre, aux inten­tions indi­quées dans le document.

Le Pape commence par évoquer les nombreuses manifestations de piété mariale qui ont marqué son Pontificat :

Depuis le moment où Nous avons été éle­vé à la Chaire de Pierre par le des­sein de la divine Providence, Nous n’avons jamais ces­sé, en face des maux qui nous me­nacent, de confier au très puis­sant patro­nage de la Mère de Dieu le sort de la famille humaine, et dans ce but, comme vous le savez, plu­sieurs fois Nous avons écrit des Lettres d’exhortation [1]. Vous connais­sez aus­si, Véné­rables Frères, avec quel zèle et quelle una­ni­mi­té le peu­ple chré­tien a répon­du par­tout à nos invi­ta­tions. C’est ce que les gran­dioses spec­tacles de pié­té à l’égard de la Reine du ciel ont magni­fi­que­ment attes­té, et par-​dessus tout, cette mani­fes­ta­tion de joie uni­ver­selle que nos pro­pres yeux ont pour ain­si dire, contem­plée, quand, sur la Place Saint-​Pierre, entou­ré d’une mul­ti­tude immense de fidèles, Nous avons solen­nel­le­ment pro­cla­mé l’Assomp­tion de la Vierge Marie dans le ciel [2].

Cependant, si le sou­ve­nir de ces choses Nous rem­plit de joie et Nous console par la ferme confiance dans la misé­ri­corde divine, il y a aujourd’hui des motifs de pro­fonde tris­tesse qui Nous pré­oc­cupent et affligent Notre cœur de Père.

Toutefois, le moment présent est encore marqué :
par l’insécurité sur le plan international par la persécution sur le plan religieux.

Vous connais­sez, Vénérables Frères, les tristes con­ditions de notre temps : l’union fra­ter­nelle des nations, bri­sée il y a long­temps, n’a pas encore été par­tout res­taurée ; mais, de toutes parts Nous voyons les cœurs trou­blés par les haines et les riva­li­tés, et les menaces de nou­veaux conflits san­glants pèsent encore sur les peuples. Il s’y ajoute cette vio­lente tem­pête de per­sé­cu­tions qui, dans cer­taines régions pri­vées de liber­té, se déchaîne cruel­le­ment contre l’Eglise, en l’affligeant par une cruelle cam­pagne de sévices et de calom­nies qui va par­fois jus­qu’à répandre le sang des martyrs.

Que d’assauts per­fides sont livrés en ces régions aux âmes de beau­coup de Nos fils, pour qu’ils abjurent la foi de leurs pères et se séparent de l’union avec le Siège Apostolique !

Pie XII s’élève avec violence contre les campagnes qui s’attaquent aux enfants pour les détourner de la voie du bien :

Enfin, Nous ne pou­vons pas­ser sous silence un nou­veau crime sur lequel, avec une immense dou­leur, Nous dési­rons vive­ment appe­ler non seule­ment votre atten­tion, mais aus­si celle de tout le cler­gé, de tous les parents et même celle des auto­ri­tés publiques.

Nous par­lons de cette affreuse cam­pagne que les impies ont par­tout déchaî­née contre les âmes pures des enfants. Non seule­ment on ne res­pecte pas l’innocence de leur âge, mais encore on ose s’attaquer aux fleurs les plus belles du jar­din mys­tique de l’Eglise qui forment l’espoir de la reli­gion et de la socié­té. Si on y réflé­chit, il ne faut pas trop s’étonner de ce que les peuples gémis­sent sous le poids des châ­ti­ments divins et tremblent dans la crainte de cala­mi­tés encore plus graves.

C’est pourquoi, plus que jamais, il faut se tourner vers le ciel :

Cependant, la consi­dé­ra­tion d’une situa­tion aus­si lourde de menaces ne doit point nous abattre, Vénérables Frères. Souvenez-​vous de la parole divine : « Demandez et l’on vous don­ne­ra, frap­pez et l’on vous ouvri­ra » [3]. Elevez avec une plus grande confiance, spon­ta­né­ment, votre cœur vers la Mère de Dieu, en qui le peuple chré­tien a tou­jours cher­ché refuge au moment du dan­ger, puisqu’elle a été éta­blie la cause du salut pour tout le genre humain [4].

Le mois d’octobre consacré à la dévotion du Rosaire nous offre des occasions nouvelles de prier la Sainte Vierge :

Aussi, ce n’est pas sans une joyeuse attente et une espé­rance renou­ve­lée que nous voyons reve­nir le mois d’octobre, pen­dant lequel les fidèles aiment à accou­rir plus sou­vent devant les autels pour implo­rer les secours de Marie par les prières du Saint Rosaire. Cette prière, Vénérables Frères, Nous dési­rons que cette année, elle soit faite avec une plus grande fer­veur, comme le réclame l’aggravation de nos besoins. Nous connais­sons bien son effi­ca­ci­té et sa puis­sance pour obte­nir l’aide mater­nelle de la Vierge. Sans doute, il n’y a point que cet unique moyen pour obte­nir ce secours ; cepen­dant, Nous esti­mons que le saint Rosaire est le moyen le plus effi­cace et le meilleur d’y par­ve­nir, si l’on consi­dère son ori­gine plus céleste qu’humaine et sa rai­son d’être. Quelles prières, en effet, sont plus indi­quées et plus belles que l’Oraison domi­ni­cale et la Salutation angé­lique, qui for­ment comme les fleurs dont se com­pose cette mys­tique cou­ronne ? La médi­ta­tion des saints mys­tères s’ajoutant ensuite à la réci­ta­tion de ces prières four­nit à tous, même aux plus simples et aux moins ins­truits, une manière facile et à leur por­tée de nour­rir et de for­ti­fier leur foi. Et, en fait, en la médi­ta­tion fré­quente des mys­tères, l’âme puise, et insen­si­ble­ment absorbe le sens des ver­tus qu’ils ren­ferment ; elle s’enflamme de l’espérance des biens immor­tels, et elle est for­te­ment et sua­ve­ment entraî­née à suivre les traces du Christ et de sa Mère. Même la répéti­tion de ces mêmes for­mules, loin de rendre cette prière inu­tile et ennuyeuse, pos­sède une admi­rable ver­tu que ré­vèle l’expérience, pour exci­ter la confiance dans la prière, et faire comme une douce vio­lence au Cœur mater­nel de Marie.

Le Pape exhorte les évêques afin qu’on organise des prières spéciales dans tous les diocèses du monde :

Efforcez-​vous, Vénérables Frères, d’obtenir qu’à l’oc­casion du mois d’octobre pro­chain, les fidèles accomplis­sent avec tout l’amour pos­sible le grand devoir de prière, et qu’ils aient pour le saint Rosaire une estime et une pra­tique tou­jours plus grandes. Que par vos soins, le peuple chré­tien soit ame­né à en com­prendre davan­tage l’excel­lence, la valeur et l’efficacité.

Le Souverain Pontife recommande surtout la récitation du Rosaire au sein des foyers.

Mais c’est sur­tout au sein de la famille que Nous dé­sirons que cette réci­ta­tion du saint Rosaire se répande par­tout, qu’elle soit reli­gieu­se­ment obser­vée et qu’elle se déve­loppe tou­jours davan­tage. Car on cher­che­ra en vain à conso­li­der les bases ébran­lées de la socié­té civile, si la socié­té domes­tique, prin­cipe et fon­de­ment de la com­munauté humaine, ne repose pas sur les lois de l’Evan­gile. Pour atteindre un but aus­si dif­fi­cile, Nous affir­mons qu’il n’y a pas de moyen plus apte que la réci­ta­tion habi­tuelle du Rosaire en famille. Quel spec­tacle tou­chant et infi­ni­ment agréable au Seigneur, lorsqu’à la tom­bée du jour, dans la mai­son chré­tienne, on entend réson­ner le bruit des louanges répé­tées de la Reine du Ciel. A ce moment, cette prière com­mune ras­semble devant l’image de la Vierge, dans une admi­rable union des cœurs, les parents et les enfants, reve­nus du tra­vail du jour ; elle les unit pieu­se­ment aux défunts ; enfin elle les joint tous plus étroi­te­ment, dans une très douce chaîne d’amour, à la Très Sainte Vierge, qui, comme une Mère très aimante, sera pré­sente au milieu de ses enfants, et fera des­cendre sur eux avec abon­dance les dons de la con­corde et de la paix fami­liale. Alors, la mai­son de la fa­mille chré­tienne, sem­blable à celle de Nazareth, devien­dra sur terre une demeure de sain­te­té et comme un temple, où le saint Rosaire, non seule­ment sera une magni­fique prière qui, tous les jours ira réjouir le ciel, mais consti­tuera encore une école très effi­cace de vie chré­tienne. Car la consi­dé­ra­tion des divins mys­tères de la Ré­demption por­te­ra les grandes per­sonnes à vivre les yeux fixés sur les exemples admi­rables de la vie de Jé­sus et de Marie, qu’elles met­tront en pra­tique chaque jour dans leur vie ; à trou­ver dans ces exemples un ré­confort au milieu des adver­si­tés, et une leçon pour tendre vers les tré­sors célestes où « les voleurs n’approchent pas et où les mites ne rongent pas » [5]. Les enfants, de leur côté, appren­dront de cette façon les prin­ci­paux mys­tères de la foi, et ain­si, dans leurs âmes pures ger­me­ra comme spon­ta­né­ment l’amour envers notre très doux Rédempteur, et la vue de leurs parents age­nouillés devant la majes­té divine leur ensei­gne­ra dès leurs plus tendres années quelle est la valeur de la prière faite en commun.

C’est grâce à la force de la prière que le monde retrouvera la paix :

Nous n’avons donc aucune hési­ta­tion à affir­mer de nou­veau publi­que­ment quelle espé­rance Nous pla­çons dans le Rosaire pour la gué­ri­son des maux qui affligent no­tre siècle. Ce n’est ni par la force, ni par les armes, ni par la puis­sance humaine, mais par le secours divin obte­nu grâce à cette prière que l’Eglise, forte comme David avec sa fronde, pour­ra affron­ter sans trem­bler l’ennemi infer­nal. Elle peut lui répé­ter les paroles du jeune ber­ger à Go­liath : « Tu viens vers moi avec l’épée, la lance et le bou­clier, mais moi, je viens vers toi au nom du Seigneur des armées… et toute cette mul­ti­tude sau­ra que le Sei­gneur ne sauve pas par le glaive et la lance » (I Rois, XVII, 44–49.).

C’est pour­quoi, Vénérables Frères, Nous sou­hai­tons ardem­ment que tous les fidèles, dociles à votre exemple et à votre parole, répondent avec ardeur à Nos pater­nelles exhor­ta­tions, en unis­sant leurs âmes et leurs voix dans un même élan de cha­ri­té. A mesure que gran­dissent les maux et les assauts des méchants, il faut que gran­disse éga­le­ment le zèle de tous les bons. Qu’ils s’effor­cent donc d’obtenir de notre Mère très aimante, spé­cia­le­ment par cette prière qu’elle aime tant, que le monde et l’Eglise voient bien­tôt luire des jours meilleurs !

Pie XII énumère les grandes intentions pour lesquelles il convient de prier :

Que la très puis­sante Mère de Dieu, émue par les prières de tant de ses fils nous obtienne de son Fils unique, nous l’en prions tous

  • que tous ceux qui sont mal­heu­reu­se­ment éloi­gnés du che­min de la véri­té et de la ver­tu y reviennent convertis ;
  • que les haines et les riva­li­tés qui sont les sources de la dis­corde et de toutes sortes de misères s’apaisent ;
  • qu’une paix juste, vraie et sin­cère revienne luire sur les indi­vi­dus, les peuples et les nations ;
  • que fina­le­ment on recon­naisse, comme il est juste, les droits de l’Eglise, et qu’alors l’influence bien­faisante qui en émane, péné­trant sans obs­tacle dans le cœur des hommes, par­mi les classes so­ciales et les artères mêmes de la vie publique, unisse fra­ter­nel­le­ment tous les peuples entre eux et les mène à cette pros­pé­ri­té qui règle, assure et coor­donne les droits et les devoirs de cha­cun sans nuire à per­sonne, et s’affirme chaque jour davan­tage par une mutuelle collaboration.

N’oubliez pas, (Vénérables Frères, et chers fils, en dérou­lant les cou­ronnes fleu­ries de vos prières, n’oubliez pas ceux qui lan­guissent misé­ra­ble­ment en cap­ti­vi­té, dans les pri­sons et les camps de concen­tra­tion. Parmi eux on trouve, vous le savez, jusqu’à des évêques, éloi­gnés de leur siège uni­que­ment pour avoir héroï­que­ment défen­du les droits sacrés de Dieu et de l’Eglise, des fils, des pères et mères de famille, arra­chés au foyer domes­tique et condam­nés à mener au loin une vie mal­heu­reuse dans une terre étran­gère, sous des cieux inconnus.

Comme Nous-​même Nous les entou­rons d’un amour tout spé­cial, de même vous aus­si, sous l’empire de cette cha­ri­té fra­ter­nelle, qui naît de la reli­gion chré­tienne, unissez-​vous à Nos prières devant l’autel de la Vierge, Mère de Dieu, et recommandez-​les à son Cœur maternel.

Soyez assu­rés qu’elle-même adou­ci­ra leurs souffran­ces, ravi­ve­ra dans leurs cœurs l’espérance du bon­heur éter­nel, et qu’elle ne man­que­ra pas, comme Nous le croyons fer­me­ment, d’abréger le cours de tant de misères.

En terminant, le Pape insiste encore pour que tous unissent leurs prières afin d’obtenir de Dieu la grâce de la paix :

Et main­te­nant, confiant à votre zèle ardent, Véné­rables Frères, le soin de por­ter à la connais­sance de votre cler­gé et de vos fidèles, de la façon qui vous paraî­tra la meilleure, Notre pater­nelle exhor­ta­tion ; ayant éga­le­ment la cer­ti­tude que Nos fils dis­per­sés par­tout sur la terre répon­dront volon­tiers à Notre appel ; à vous tous, au trou­peau confié à cha­cun d’entre vous, à ceux, en par­ti­cu­lier qui, pen­dant ce mois d’octobre, réci­te­ront le Rosaire selon les inten­tions que Nous venons de rap­pe­ler, Nous accor­dons de grand cœur la Bénédiction apostolique.

Source : Documents pon­ti­fi­caux de sa Sainteté Pie XII, année 1951, Edition Saint-​Augustin Saint-​Maurice – D’après le texte latin des A. A. S., XXXXIII, 1951, p. 577.

Notes de bas de page
  1. On lira : Encyclique Communium inter­pretes dolo­rum, 15 avril 1945 ; Encyclique Auspicia Quædam, 1er mai 1948 (Documents Pontificaux 1948, p. 172) ; Encyclique Mirabile Illud, 6 décembre 1950 (Documents Pontificaux 1950, p. 574).[]
  2. Le 1er novembre 1950, Pie XII défi­nis­sait solen­nel­le­ment le dogme de l’Assomption de la Sainte Vierge Marie (cf. Documents Pontificaux 1950, p. 480 et sq.) []
  3. Luc, XI, 9.[]
  4. S. Irénée, Adv. Hær., III, 22 ; (M. G. VII, 959).[]
  5. Luc, XII, 33.[]