La définition infaillible de Pie IX a fait de l’Immaculée Conception un article de foi. Le pape y déclare qu’en aucun instant de son existence Marie n’a été soumise à la domination du péché et que, par un effet anticipé de la Rédemption par le Christ, une faveur particulière de Dieu l’a préservée de la souillure du péché originel. [1]
N.B. : Les notes doctrinales et historiques par l’abbé Alphonse David sont dans l’édition Bonne Presse de 1953, avec Nihil obstat : Paris 8 octobre 1953 et Imprimatur : Paris 12 octobre 1953, Michel Potevin, v.g.
- Résumé par Gervais Dumeige, S. J., La foi catholique, 1960[↩]
- De ces paroles, nombre de théologiens tirent argument pour affirmer que la grâce, en Marie, dès sa Conception Immaculée (grâce initiale), fut plus grande. non seulement que la grâce de chacun des anges et des saints à son terme (grâce finale), mais encore que cette même grâce finale de tous les anges et de tous les saints pris ensemble. (Voir GARRIGOU-LAGRANGE, O. P. : Mariologie, la Mère du Sauveur et notre vie intérieure, p. 67 et suiv. Edit. de l’Abeille, 1941.[↩]
- En Orient, la fête commença d’exister au moins dès la fin du VIIe siècle à la date du 9 décembre, sous les noms de l’Annonce de la Conception de la Mère de Dieu, puis de Conception de la Mère de Dieu, avec pour thème principal dans la liturgie et les homélies Marie conçue immaculée. En Occident, elle apparaît successivement à différentes dates (9 ou 8 décembre ; mai), en Italie méridionale (IXe s.) ; en Irlande (IXe et Xe s.) ; en Angleterre et en Espagne (XIe s.) ; en Normandie et à Lyon et dans de nombreux diocèses de France et en Allemagne (XIIes.)… Fin du XIVe et début du XVe siècle on peut dire que la fête était presque universellement célébrée. Les Papes d’abord l’autorisèrent, puis y participèrent pendant leur séjour à Avignon (1309–1377) et à leur retour à Rome, et enfin l’adoptèrent (XIVe, s.). Par la Bulle Commissi nobis (6 décembre 1708), le Pape Clément XI l’imposa à toute l’Eglise : « Par l’autorité apostolique et la teneur des présentes, Nous décrétons, ordonnons et mandons que la fête de la Conception de la Bienheureuse Vierge Marie Immaculée soit désormais observée et célébrée en tous lieux, comme les autres fêtes de précepte, par tous les fidèles de l’un et l’autre sexes, et qu’elle soit insérée au nombre des fêtes qu’on est tenu d’observer. »[↩]
- Du Pape Sixte IV (1471–1484) datent les premiers documents solennels des Papes en faveur de la fête et de la doctrine de l’Immaculée Conception.
Le 29 avril 1476, par sa Constitution Cum praeexcelsa, le Pape Sixte IV approuva et recommanda l’office propre de la Conception composé par le Frère mineur Léonard de Nogarole et le 4 octobre 1480, par le Bref Libenter ad ea un autre office du Franciscain Bernardin de Busti. Enfin, en 1482 et 1483, par la Bulle Grave nimis, Sixte IV portait des censures contre ceux qui accusaient d’hérésie les tenants de la Conception Immaculée et de sa fête.
Après Sixte IV, les Actes pontificaux en faveur de l’Immaculée Conception se multiplient : « A part ceux qui régnèrent très peu de temps, les vingt-cinq Papes qui gouvernèrent l’Eglise pendant cette période d’environ deux siècles (1486–1667) ont presque tous manifesté leur dévotion envers la Vierge Immaculée par des actes en sa faveur ; actes très nombreux, dont on trouve l’énumération détaillée dans une Bulle, Mulierem pulchram, que Benoît XIV avait fait préparer, mais qui ne fut pas publiée. » (X. LE BACHELET, Diction. de théol. cath., t. VII, col. 1164.) Dans ces conditions, on s’explique mal la remarque de G. Herzog : « Quand on parcourt la série des Actes pontificaux relatifs à la Conception de la Vierge, la première impression qu’on éprouve c’est celle de la stupéfaction. Ce qu’un Pape fait, l’autre le défait ; le travail de la veille est détruit le lendemain : on se trouve en présence de la toile de Pénélope. » (Cité par LE BACHELET, art. cit., col. 1188.) [↩]
- Décret de la Sacrée Congrégation des Rites du 30 septembre 1847.[↩]
- On voit la différence. Sanctification, c’est-à-dire l’union à Dieu par la grâce, et Conception Immaculée ne sont pas synonymes : saint Jean-Baptiste a été sanctifié avant sa naissance ; il n’est pas immaculé dans la conception. Les deux expressions ne signifieraient la même chose qu’à la condition de spécifier que Marie a été sanctifiée dès le premier instant de sa Conception. Et telle n’était pas l’intention de ceux qui parlaient de la sanctification de Marie, plutôt que de sa Conception Immaculée. Déjà, dès le XIIIe, siècle, ceux qui ne croyaient pas pouvoir souscrire à la Conception Immaculée de Marie, à cause de l’universalité de la Rédemption, avaient réduit la fête de la Conception à l’idée de la sanctification. Selon leur interprétation, on célébrait la sanctification de Marie au jour de sa Conception, dans l’ignorance où l’on était du moment précis de cette sanctification. (Voir : S. THOMAS. Somme Théol., III. q. 27, art. 2, ad 3.[↩]
- Pour sauver le principe de la Rédemption de tous les hommes par le Christ, d’aucuns imaginaient, en effet, un premier instant où Marie avait été conçue avec le péché, et un second instant immédiat où elle avait été sanctifiée. C’est en ce sens, pensaient-ils, qu’on peut prêcher et fêter l’Immaculée Conception : le second instant suivant immédiatement le premier, on ne distinguerait pas dans la pratique. En réalité, c’était nier le privilège de l’Immaculée Conception tel que le conçoit l’Eglise : Marie n’a jamais existé avec le péché.[↩]
- Constitution Sollicitudo omnium ecclesiarum du 8 décembre 1661. Avec Sixte IV et jusqu’à la définition dogmatique (1854), Alexandre VII est un des trois Papes qui ont le plus fait pour l’Immaculée Conception : Sixte IV a approuvé officiellement la fête (1476) ; Alexandre VII en a déterminé l’objet propre : l’Immaculée Conception (1661) Clément XI a étendu la fête à l’Eglise universelle (1708).[↩]
- Voir note 3.[↩]
- En 1659, le roi d’Espagne, Philippe IV, avait envoyé à Rome, Louis Crespi de Borgia, évêque de Plasencia, avec mission de solliciter du Pape une déclaration sur l’objet propre du culte de la Conception de Marie, c’est-à-dire, sur sa Conception même exempte du péché originel, et non sur sa sanctification.[↩]
- Voir note 3.[↩]
- Constitution Sanctissimus du 12 septembre 1617. Paul V ordonnait entre autres » de ne plus se permettre à l’avenir, dans les prédications, les leçons, les conclusions et autres actes de toute nature, d’affirmer publiquement, jusqu’à définition ou dérogation de la part de Sa Sainteté ou du Siège apostolique, que la Bienheureuse Vierge a été conçue dans le péché originel ».[↩]
- Constitution Sanctissimus du 4 juin 1622. Grégoire XV étendait la défense portée par son prédécesseur Paul V aux sermons et aux écrits privés et donnait l’ordre de fêter la Conception de Marie, comme l’Eglise romaine, c’est‑à‑dire « de ne pas employer d’autre terme que celui de Conception à la messe et dans l’office divin, public ou privé.[↩]
- Célèbre entre toutes est la décision prise par la Sorbonne le 3 mars 1496. Par cette décision, elle décrétait que tous ceux qui se présentaient aux grades de l’Université devaient s’engager par serment à défendre l’Immaculée Conception de Marie. Ce à quoi elle tint rigoureusement dans la suite.[↩]
- Les circonstances historiques soulignent la valeur de cette interprétation de la pensée du Concile de Trente (1546). Le texte primitif sur l’universelle transmission du péché originel, sans correctif, aurait pu laisser des doutes sur la Conception Immaculée de Marie. Dans les débats qu’il occasionna, plus des deux tiers des membres de l’Assemblée, à commencer par son premier président, le cardinal del Monte, proposèrent différentes additions pour qu’il apparût bien qu’il n’y incluaient pas la Sainte Vierge. Le correctif adopté ne constitue pas néanmoins une définition par le biais : les Pères du Concile avaient déclaré qu’ils ne voulaient pas aborder ce problème.[↩]
- Ces lignes indiquent parfaitement le rôle de l’Eglise elle ne crée pas la Tradition, dans laquelle, comme dans l’Ecriture, sont contenues les vérités révélées par Dieu : « Elle n’y change jamais rien, n’en retranche jamais rien, n’y ajoute jamais rien. » Elle en donne le sens authentique dans des formules plus précises : « De manière que ces anciens dogmes de la céleste doctrine reçoivent l’évidence, la lumière, la distinction, tout en gardant leur plénitude, leur intégrité, leur caractère propre. »[↩]
- On n’en finirait pas de donner les multiples opinions des commentateurs sur le protévangile. Dégageons seulement l’idée générale qui importe ici : « La femme de la Genèse et son lignage désignent, à tout le moins principalement, Marie et son divin Fils, l’inimitié annoncée et voulue efficacement par Dieu se présente comme commune à l’un et à l’autre ; elle sera pour la Mère comme pour le Fils, complète, absolue. C’est là ce qui donne au plan de revanche divin toute sa signification et toute sa portée ; au groupe des vaincus, Adam et Eve, est substitué le groupe des vainqueurs, qui se compose aussi d’un homme et d’une femme. La première, Eve, repentante et relevée, a repris, il est vrai, les hostilités contre le serpent ; mais dans cette femme d’abord vaincue et n’ayant pas retrouvé l’innocence originelle, la revanche ne peut être que partielle et relative ; il n’y aura de revanche totale et absolue, que le jour où l’Eve primitive, celle qui sortit toute pure des mains du Créateur, revivra pour ainsi dire en une autre elle-même et se retrouvera près du nouvel Adam pour la lutte suprême. » (X.-M. LE BACHELET, Dict. de théol. cath., t. VII, col 859.)
A bien noter aussi la rédaction de la Bulle de Pie IX. Le texte « contient deux phrases nettement distinctes : une première, narrative, où l’on attribue aux Pères et aux écrivains ecclésiastiques le susdit enseignement, docuere (ils ont enseigné) ; une seconde déductive, quocirca (c’est pourquoi) où les Pères ne sont plus directement en scène ; ce sont les rédacteurs de la Bulle et Pie IX avec eux, qui, partant des enseignements des Pères comme fournissant le principe, tirent la conséquence et font l’application ». (LE BACHELET, art. cité, col. 860.[↩]
- Avec le protévangile, la double salutation de Gabriel et d’Elisabeth est la seconde preuve de la Sainte Ecriture, apportée par les théologiens en faveur de l’Immaculée Conception. Mais, comme la première, elle vaut surtout par la Tradition qui l’a interprétée en ce sens. Autrement dit, cette double salutation ne suffirait-elle pas, à la considérer indépendamment, à prouver le privilège : mais elle le prouve si l’on tient compte de l’interprétation des Pères. Pour eux, Jésus et Marie sont unis dans la même bénédiction divine et la plénitude de grâce ne se trouve pas en Marie seulement au moment où elle devient Mère ; elle existe en elle depuis toujours comme condition préalable à sa maternité divine et à son rôle. Il est remarquable que la Bulle Ineffabilis présente ces deux textes, le protévangile et la salutation, dans la preuve de la Tradition, seule directement invoquée par Pie IX. « Dans la Bulle qui contient la définition du mystère, Pie IX n’insista pas sur les témoignages de l’Ecriture comme s’ils formaient un argument à part ; mais il les lie, si je puis parler ainsi, aux témoignages des Pères qui en ont déterminé le sens. » (MGR MALOU : l’Immaculée Conception, 1857, t. 1, p.246.[↩]
- Référence à la parole de saint Augustin, qui après avoir rejeté les assertions de Pélage sur certains personnages qui auraient vécu absolument sans aucun péché, ajoute « exception faite pour la Sainte Vierge, dont je ne veux pas qu’il soit aucunement question quand il s’agit de péchés, et cela pour l’honneur du Seigneur : qu’elle ait, en effet, reçu une grâce surabondante pour remporter une victoire absolue sur le péché, nous le savons de ce qu’elle a mérité de concevoir et d’enfanter Celui qui fut incontestablement sans péché ». (De la nature et de la grâce. C. XXXVI, P. L., t. XLIV, col. 267.) Même si saint Augustin ne parle ici que des péchés personnels, il n’en affirme pas moins que Marie est exempte de tout péché, pour l’honneur du Seigneur et le péché originel en Marie ne porterait pas moins atteinte à l’honneur du Seigneur.[↩]
- Nombre de ces expressions des paragraphes 6 et 8 ont été reprises par Pie XII dans son Encyclique Fulgens Corona du 8 septembre 1953.[↩]
- Les demandes des évêques en faveur d’une définition dogmatique remontent au moins au début du XVe siècle, comme on peut le voir Par le Concile de Bâle (1439). Pour ce qui est des chefs d’Etat, dès le début du XVIIe siècle, Philippe II, roi d’Espagne, commence auprès du Saint-Siège des démarches, appuyées ensuite par le roi de Pologne Sigismond III, en vue d’obtenir la définition du privilège. On sait que l’Espagne, civile et religieuse, fut toujours à l’avant-garde pour la promotion du culte de l’Immaculée Conception.[↩]
- C’est ainsi qu’en 1840, 10 archevêques français, ceux de Cambrai, Albi, Besançon, Bordeaux, Sens, Avignon, Auch, Reims, Bourges et Lyon et 41 de leurs évêques suffragants signèrent et adressèrent au Pape Grégoire XVI une lettre collective en faveur de la définition. De 1843 à 1845, le même Pape reçut des évêques d’autres pays une quarantaine de suppliques semblables. La Manifestation de la Médaille miraculeuse, rue du Bac (1830), et la conversion d’Alphonse Ratisbonne (1842), à Saint-André delle Fratte, n’avaient pas été étrangères à ce déclenchement de nouvelles pétitions. Le Pape Grégoire XVI, malgré sa dévotion à l’Immaculée – il se déclarait prêt à verser son sang jusqu’à la dernière goutte pour attester et sceller ce glorieux privilège – ne jugea pas devoir donner suite à ces demandes, par raison d’opportunité, à cause de la réticence de certains pays Allemagne, Angleterre, Irlande…[↩]
- Dès le début du pontificat de Pie IX, une centaine de nouvelles suppliques continuèrent de parvenir à Rome, dont 70 de prélats italiens, 11 des Etats pontificaux, et 1 de Ferdinand II, roi des Deux-Siciles.[↩]
- Cette Congrégation antépréparatoire, composée de 8 cardinaux et 5 consulteurs, fut nommée par Pie IX, pendant son séjour à Gaète, le 6 décembre 1848. Elle se tint à Naples, le 22 décembre, sous la présidence du cardinal Lambruschini. Tous se prononcèrent en faveur de la définition ; mais l’unanimité ne se fit pas sur le mode à choisir de la définir.[↩]
- Cette consulte de théologiens fut instituée par Pie IX, le 1 juin 1848. Elle se composait de 20 membres : prélats de Congrégations romaines, religieux de divers Ordres, quelques maîtres en renom. Trois seulement furent défavorables à la définition. En 1850 et 1851, successivement 3, puis 6 leur furent adjoints, dont un seul se prononça contre la définition.[↩]
- Encyclique Ubi Primum que la Congrégation, tenue à Naples, avait suggérée au Pape Pie IX.[↩]
- Sur les 603 réponses de cette sorte de Concile « par écrit », comme on a nommé ce référendum, 546 évêques, un peu plus des neuf dixièmes, se prononcèrent expressément pour la définition. Les autres s’y opposèrent, surtout pour des questions d’opportunité. Seuls 4 ou 5 évêques se prononcèrent catégoriquement contre toute définition dogmatique.[↩]
- Voir notes 22 et 23 pour les réponses de la Congrégation cardinalice et celles de la consulte des théologiens.[↩]
- Pie IX tint ce Consistoire secret le 1 décembre 1854.[↩]
- Nous soulignons dans la Bulle ce qui est la définition dogmatique proprement dite, qui seule est garantie par l’infaillibilité du Pape et exige notre foi.[↩]