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Révolution française

Monseigneur Gaume, La révolution, recherches historiques sur l’origine et la propagation du mal en Europe : depuis la Renaissance jusqu’à nos jours (Tome I, Page 46)

Si, arrachant le masque à la Révolution, vous lui demandez : Qui es-tu ? Elle vous dira : « Je suis la haine de tout ordre religieux et social que l’homme n’a pas établi et dans lequel il n’est pas roi et Dieu tout ensemble ; je suis la proclamation des droits de l’homme contre les droits de Dieu. »

Pape Pie IX, Nostis et nobiscum (Encyclique)

La Révolution est inspirée par Satan lui-même ; son but est de détruire de fond en comble l’édifice du christianisme et de reconstruire sur ses ruines l’ordre social du paganisme.

Monseigneur de Ségur, Le Sacré-Cœur de Jésus (Page 50)

Satan allait susciter Voltaire, Rousseau, la Franc-Maçonnerie, l’athéisme philosophique, enfin la Révolution proprement dite, c’est-à-dire la grande Révolte de la société contre l’Église, de l’homme contre le Fils de l’homme, de la terre contre le Ciel.

Joseph de Maistre, Considérations sur la France (Chapitre V)

Il y a dans la Révolution française un caractère satanique qui la distingue de tout ce qu’on a vu, et peut-être de tout ce qu’on verra.

Monseigneur Fèvre, Préface de l’Histoire universelle de l’Église catholique de l’abbé Rohrbacher

La Révolution nie Dieu et affirme l’homme. L’homme, affublé du triple droit de penser, de dire et de faire, ce qu’il juge vrai, bon et utile, l’homme est le Dieu de la terre. […] La Révolution à tous les degrés est athée et doit l’être ; elle veut tuer Dieu, c’est-à-dire ceux qui y croient pour établir ce qui lui plaît d’appeler « le bonheur sur la terre ».

Thomas Molnar, La Contre-Révolution (Page 20)

La génération des Diderot, Rousseau, d’Holbach, d’Alembert et Condillac, écrivait la plupart du temps sous l’empire d’une volonté démoniaque : d’un côté ses représentants prônaient ouvertement la destruction de toute structure sociale et de toute forme de moralité sans distinction ; de l’autre ils élaboraient une sorte de mathématique sociale, éloignée de la réalité, d’après laquelle la nouvelle humanité devait être reconstruite. Si l’on étudie les révolutions qui ont suivi jusqu’à nos jours, on découvre que pour des situations historiques extrêmement variées, les revendications des idéologues révolutionnaires, depuis les philosophes, jusqu’à nos gauchistes d’aujourd’hui, sont identiques dans l’inspiration comme dans le détail. Ils ont élaboré un système abstrait dans l’espoir de l’imposer à la société avec une certaine prédisposition idéologique, ce que Gibbon a appelé une attitude fondamentale, une liberté critique.

Monseigneur Bougaud, Le christianisme et les temps présent (Tome IV, Partie 3)

La Révolution n’est pas née de l’Évangile ; Elle est née contre l’Évangile, des passions que réprouve l’Évangile. Elle en est la contradiction et la haine. […] L’Église a condamné vingt fois la Révolution ; elle la condamnera jusqu’à la fin. Entre l’Église et la Révolution il n’y a point moyen de s’entendre. Ou l’Église tuera la Révolution, ou la Révolution tuera l’Église. C’est un duel à mort. Qu’est-ce donc que la Révolution ? D’abord la Révolution est une idée ; sans cela elle n’agiterait pas le monde. Ensuite c’est une idée opposée à la doctrine formelle de l’Église ; c’est une hérésie comme l’arianisme, le pélagianisme ; qui aura son cours comme ces grandes hérésies ; qui fera peut-être plus de mal, parce qu’elle s’attaque aux fondements même des sociétés ; mais qui disparaîtra comme ces hérésies sous les foutres toutes-puissantes de l’Église. Dans l’évolution complète complète de l’idée révolutionnaire, il y a trois degrés successifs. Il y a le libéralisme : la doctrine de ceux qui, par bon sens ou par timidité, s’arrêtent à mi-chemin. Il y a ensuite le radicalisme, qui nous menace en ce moment : la doctrine de ceux qui, par passion ou par logique, iront jusqu’au bout. Et enfin il y a le socialisme qui affirme timidement et attend l’avenir. Et, en dépit de toutes les dénégations, les trois ne font qu’un. Le premier engendre le second, qui engendre le troisième.

Chanoine Alphonse Roul, L’Église catholique et le droit commun

Les principes de la Révolution desserviront toujours et partout les intérêts de l’Église, parce que la lutte contre l’Église catholique, apostolique et romaine est la raison d’être et l’essence même de la Révolution. Leur opposition n’est pas accidentelle, due aux circonstances, aux lieux, aux contingences d’un moment. Ce sont des ennemis essentiels. On a dit : « L’Église est le bien absolu. La Révolution est le mal absolu. » C’est vrai autant que cela peut l’être. Car l’Église, c’est Jésus-Christ. Et la Révolution, c’est Satan.

Antoine Blanc de Saint-Bonnet, L’infaillibilité

Et qu’est-ce, d’ailleurs, que la Révolution, sinon le droit de l’homme affranchi du contrôle de Dieu ? Et qu’est-ce qu’un tel droit, sinon le retour à la barbarie ? […] La Révolution est la dernière barbarie.

Jean Ousset, Pour qu’Il règne

Haine contre Dieu, Son Christ, Son Église ; haine contre les prêtres ; les caractères sataniques de la Révolution, portant ne s’arrêtent pas là. […] Avilir, corrompre, anéantir cette humanité jusqu’où le Fils de Dieu voulut descendre, telle est la frénésie démoniaque. D’où un incoercible besoin de détruire et de corrompre. Destruction morale, destruction intellectuelle, destruction politique et sociale, destruction physique pure et simple de la vie corporelle elle-même. Encore une fois, caractère satanique, mais n’est-ce pas là le caractère même de la Révolution ?

Adrien Arcand, Du communisme au mondialisme

On a cru que les « immortels principes » de la Révolution Française n’avaient pour objet très humanitaire que de libérer l’humanité des chaînes dont l’avaient emprisonnée la tyrannie des rois, les restrictions religieuses, l’ordre des hiérarchies, les disciplines de la tradition, le vieux code d’honneur, les réglementations d’une longue jurisprudence. C’est ce que la propagande a chanté sur tous les tons, avec un interminable obligato de lieux communs et d’âneries débitées par des soi-disant philosophes, moralistes et économistes. Mais ceux qui avaient concocté les terribles poisons, les sophismes destructeurs, les « immortels principes » n’ont jamais caché, dans leur correspondance et leurs conversations intimes, le but réel qu’ils voulaient atteindre. Les lettres de Voltaire, d’Alembert, Condorcet, Diderot et autre « gloires » du modernisme matérialiste, sont unanimes sur un point, le plus important de tous. Leur œuvre entière, leurs efforts opiniâtres et tenaces visaient d’abord et, avant tout, suivant leurs propres aveux, à « écraser l’Infâme », Et d’après leurs explications très claires, « l’Infâme » c’est le Christ et Son œuvre sur la terre. Les « principes » de la Révolution française, qu’on devait semer sur toute la terre, étaient pour eux l’arme avec laquelle on devait « écraser l’Infâme »

Pierre Chateau-Jobert, Doctrine d’action contrerévolutionnaire (Page 15)

On entend par Révolution une négation de toutes les valeurs d’Être. […] Tout ce qui va à l’encontre de la dignité de l’homme et porte préjudice à ses vrais droits ou à l’accomplissement de ses devoirs, est l’expression d’une révolte contre l’ordre naturel ; c’est la Révolution.

Cardinal Pie, Lettre à M. de l’Estoile (12 juillet 1846)

La Révolution est satanique dans son essence.

Monseigneur Gaume, La situation, douleurs, dangers, devoirs, consolation des catholiques dans les temps actuels (Page 58)

Pour le catholique, la Révolution n’est pas un fait, comme tout autre fait : c’est un châtiment. Nos raisons de craindre sont moins dans ce que nous voyons que dans ce que nous croyons. Comme l’aimant attire le fer, le crime attire le châtiment. Entre le crime et le châtiment existe la même proportion qu’entre la cause et l’effet. Seul le repentir peut sauver le coupable. Ces axiomes du monde moral sont pour nous plus certains que les axiomes de la géométrie. Promenez maintenant vos regards sur une carte d’Europe. Voyez si vous trouvez une nation baptisée qui, depuis quatre siècles, ne soit coupable de schisme, d’hérésie, de spoliation, de persécutions atroces, d’indifférence et de blasphèmes sans exemple et sans nom, dans l’histoire des âges antérieurs. Dépouiller l’Église, enchaîner l’Église, souffleter l’Église : ces trois mots ne résument-ils pas, dans ses rapports généraux, la vie des filles bien nées à l’égard de leur mère ? En principe ou en fait, toutes sont coupables d’insurrection permanente contre le Christianisme. Sont-elles repentantes ? Interrogez leurs actes ; écoutez ce qui se dit ; voyez ce qui se passe !

Albert Pike, Très Puissant Souverain Grand Commandeur ad vitam du Rite écossais ancien et accepté,

Quand Louis XVI fut exécuté, la moitié du travail était faite et donc, à partir de ce moment, l’armée du temple devait diriger tous ses efforts contre la papauté.

Monseigneur Charles Freppel, La révolution française à l’occasion du centenaire

La Révolution, c’est la société déchristianisée ; c’est le Christ refoulé au fond de la conscience individuelle. Banni de tout ce qui est public, de tout ce qui est social ; banni de l’État, qui ne cherche plus dans son autorité la consécration de la sienne propre ; banni des lois, dont sa loi n’est plus la règle souveraine ; banni de la famille, constituée en dehors de sa bénédiction ; banni de l’école, où son enseignement n’est plus l’âme de l’éducation ; banni de la science, où il n’obtient plus pour tout hommage qu’une sorte de neutralité non moins injurieuse que la contradiction ; banni de partout, si ce n’est peut-être d’un coin de l’âme où l’on consent à lui laisser un reste de domination. La Révolution, c’est la nation chrétienne débaptisée, répudiant sa foi historique, traditionnelle, et cherchant à se reconstruire, en dehors de l’Évangile, sur les bases de la raison pure, devenue la source unique du droit et la seule règle du devoir. Une société n’ayant plus d’autre guide que les lumières naturelles de l’intelligence, isolées de la Révélation, ni d’autre fin que le bien-être de l’homme en ce monde, abstraction faite de ses fins supérieures, divines, voilà dans son idée essentielle, fondamentale, la doctrine de la Révolution.

Monseigneur Henri Delassus, Le problème de l’heure présente

La terre n’a encore rien vu de plus foncièrement mauvais que la Révolution. Elle ne vient pas d’une passion quelconque, mais de l’orgueil, principe de tout mal, alors surtout qu’il s’élève contre Dieu ; elle n’est pas une erreur, mais l’erreur radicale, celle qui emporte Dieu lui-même, fondement de toute vérité et de tout bien ; elle n’est pas un mal, mais le mal ; elle est, comme on l’a si bien dit, satanique en son essence. C’est Lucifer voulant subjuguer le genre humain, comme il a subjugué par milliers les cohortes angéliques.

Louis Pauwels, Les dernières chaînes

Un des vices majeurs de notre époque est ce que Montherlant appelait « le jeunisme ». Dans notre société moderne, tout est fait pour prolonger indéfiniment la jeunesse, alors que la jeunesse est un âge transitoire, qui doit être dépassé. C’est une complète inversion des valeurs. La Révolution française est exemplaire à cet égard. Parmi les principaux acteurs, la moyenne d’âge était de 27-28 ans ; Robespierre et Danton avaient à peine dépassé la trentaine. Quelle succession explosive d’excès et d’incohérences… que de fureur criminelle, d’hystérie incendiaire, de convulsions pathologiques ! La jeunesse est l’âge de toutes les sottises et de toutes les exactions ; rien n’est plus étranger à la sagesse que la jeunesse.

Abbé Charles Maignen, La souveraineté du peuple est une hérésie

La Révolution n’est que la tentative d’organisation du monde sans Dieu et contre Dieu. C’est l’hérésie totale. […] Il faut que les catholiques apprennent à haïr la Révolution ; il faut la leur montrer sous son vrai jour, avec ses hontes, ses infamies et ses crimes.

Edgar Quinet, La Révolution (Tome I, Pages 382-383)

Ce fut partout la même discipline dans le carnage. Le 2 septembre, les quatre voitures remplies de prêtres, parties de la mairie et laissées toutes ouvertes, servirent à allécher les égorgeurs. Quand ce premier sang fut versé, la soif s’alluma. Les portes des prisons s’ouvrent d’elles-mêmes. Nul besoin de les forcer. Les guichetiers, avertis, s’empressent; ils allument des torches, ils conduisent eux-mêmes une poignée de meurtriers ; ceux-ci se jettent sur les prisonniers qu’ils rencontrent d’abord. Cela fut accordé à la première fureur, à l’Abbaye et aux Carmes. Mais presque aussitôt, un simulacre de tribunal se forme aux vestibules des prisons ; les registres d’écrou sont apportés. Un homme en écharpe préside ; il se trouve autour de lui des inconnus qui se disent les juges. Les prisonniers sont amenés, l’un après l’autre, escortés par des gardes. Ils comparaissent un moment; les tueurs, les bras retroussés à côté des juges, attendent, pressent la sentence. D’abord ils tuèrent d’un seul coup de coutelas, de pique ou de bûche ; puis ils voulurent savourer le meurtre et il y eut, entre les bourreaux et les victimes, une certaine émulation. Les premiers cherchaient le moyen de tuer lentement et de faire sentir la mort; les autres cherchaient à s’attirer la mort la plus rapide. Cependant on avait apporté des bancs pour assister en spectateurs au carnage. Quand la fatigue commença, les meurtriers se reposèrent. Ils eurent faim, ils mangèrent tranquillement… La fureur ne les empêchait pas de penser au salaire, quand ils auraient fourni l’ouvrage. De temps en temps, pris de scrupules ils allaient demander l’autorisation de prendre les souliers de ceux qu’ils avaient tués : l’autorité ne manquait pas de la leur accorder comme la chose la plus juste. Car, à deux pas des égorgeurs, au milieu de la Vapeur du sang, siégeaient quelquefois des administrateurs ; ils continuaient imperturbablement à expédier les affaires civiles dans ces bureaux d’égorgement. Tels furent les massacres à l’Abbaye, aux Carmes, à la Force, à la Conciergerie, à Bicêtre, dans les huit prisons de Paris. Après ce qu’on pouvait encore appeler la surprise de la première heure, ils recommencèrent le lendemain avec plus de sécurité, puis le surlendemain, pendant quatre jours. Ou plutôt, il n’y eut aucun intervalle ; la seule différence du jour à la nuit, c’est qu’on illuminait les cours pendant la nuit, pour voir clair dans cet abattoir. Car jamais les égorgeurs ne cherchèrent à se cacher dans les ténèbres. Au contraire, ils allumaient des lampions près des cadavres, pour que l’on vit à la fois l’ouvrage et l’ouvrier.

Monseigneur de Ségur, La révolution expliquée aux jeunes gens

Les peuples qui écoutent la Révolution sont bientôt punis par où ils pèchent ; si les villes s’embellissent, si les chemins de fer se multiplient, si l’industrie prospère (ce qui n’est pas, répétons-le bien haut, le fait de la Révolution, mais le simple résultat d’un progrès naturel), la misère publique augmente partout, la joie s’en va, tout se matérialise, les impôts se décuplent, toutes les libertés disparaissent ; au nom de la liberté, on revient peu à peu au brutal esclavage païen ; au nom de la civilisation, on perd tous les fruits des conquêtes du christianisme sur la barbarie ; au nom de la loi, une autorité sans frein et sans contrôle nous impose tous ses caprices, et voilà le progrès !

Léon Daudet, Deux idoles sanguinaires, la Révolution et Napoléon

La Révolution est d’abord une guerre de religion, la guerre de l’athéisme matérialiste contre l’Église romaine, à laquelle présida et préluda l’Encyclopédie de Voltaire – « écrasons l’Infâme » -, de Diderot (La Religieuse), et de d’Alembert, jointe au naturisme de Jean-Jacques Rousseau, aux thèses et considérations de Condillac et d’Helvétius, aux parlotes du salon d’Holbach, aux débuts de la maçonnerie mondaine et des sociétés de pensée, récemment signalées par Cochin, telle fut la première origine des clubs, où se croisent et se mêlent toutes les formes de l’antichristianisme et de l’irréligion dans son ensemble. Clubs philosophiques et politiques, qui l’emporteront au sein des assemblées – le club breton donnera naissance aux jacobins – et accéléreront le passage de la discussion à l’action, du principe de la souveraineté populaire à la tyrannie des masses, c’est-à-dire de la tourbe, et aux horreurs des massacres et de la guillotine en permanence. Il fallut environ cinquante ans pour que cette transformation s’accomplit suivant un processus pathologique qui vaut pour les corps sociaux (Balzac en a fait la remarque) comme pour le corps humain et atteste la conjonction profonde de l’organique et du spirituel. Ce qui fait l’importance de cette guerre de religion, c’est la compression par le clergé et la noblesse, l’un et l’autre aveugles, de ce Tiers État, représentant de la bourgeoisie et de l’artisanat, de l’immense classe moyenne, qui n’étant rien – suivant un mot fameux – veut être illico tout. La tension, comme il arrive, s’était aggravée brusquement et, aux États Généraux de 1789, la Constituante était déjà dans les esprits, d’où sortirent logiquement, ou peut-être automatiquement, la Législative, puis la Convention, élue au suffrage universel. Mais un puissant élément de trouble agit en même temps que l’Évangile matérialiste et que la sentimentalité aberrante de Rousseau. Je veux parler de l’intrigue de Cour menée contre la monarchie des Bourbons, le roi Louis XVI et la reine Marie-Antoinette, par la faction du Palais d’Orléans, Philippe d’Orléans, par la suite Philippe-Égalité ; et son mauvais et pervers conseiller Choderlos de Laclos, demeuré dans l’ombre jusqu’à ces derniers temps et aux travaux de M. Dard. Cette intrigue avait pour objet l’arrivée au pouvoir dudit Philippe et de la clique d’hommes et de femmes qui constituait son entourage, deux intrigantes comme Mme de Genlis (le salon de Bellechasse, où figurait déjà Barère) et Mme de Buffon. Il peut se trouver que les Cours soient la perdition des souverains dont elles faussent le jugement, quand elles ne leur masquent pas la vérité. Cela, le roi Louis XI l’avait compris, mais il arriva à ses successeurs de l’oublier. De même leurs légats et cardinaux empêchèrent les papes du XVIè de voir venir Luther et la Réforme : « Ce n’est rien, Votre Sainteté, qu’un moine crasseux. » Or le moine crasseux fendit l’Église en deux. Le duc d’Orléans détestait la reine Marie-Antoinette, sans doute pour l’avoir trop désirée. Il était ardemment anglophile et fut portraituré par Reynolds. Il faisait de fréquents séjours à Londres, s’était lié avec le dauphin d’Angleterre. Laclos attisait ses ambitions, lui procurait des liaisons dangereuses, selon le titre de son fameux ouvrage, où une certaine science tactique s’impose aux jeux de l’amour et de la cruauté. Par ses boutiques du Palais Royal, où s’installèrent, avec son agrément, le jeu et la prostitution, s’ajoutant à ses immenses revenus, ce prince devint patron de bordel, comme on dit en argot, « tôlier » avec les sentiments abjects d’un tel personnage, greffés sur de bonnes et séduisantes manières. Nous ne connaissons pas encore le fond de ses agissements. Quand, on perquisitionna au Palais Royal, lors de sa déchéance politique, on trouva chez Philippe-Égalité un bric-à-brac de débauche et de sadisme qui ne laissait aucun doute sur ses occupations habituelles. Il était, comme son aïeul le régent, un dégénéré, mais le régent était un érotique aimable et courtois, alors que son descendant était, de degré en degré, devenu infâme et capable, avec son Laclos, des pires combinaisons pour aboutir au pouvoir. Ces deux lascars, le patron et le secrétaire, formaient un complot en permanence et que laissa faire le débonnaire Louis XVI, au lieu de les livrer au bourreau.

Alexandre Soljenitsyne, Discours de Vendée

La Révolution française s’est déroulée au nom d’un slogan intrinsèquement contradictoire et irréalisable : liberté, égalité, fraternité. Mais dans la vie sociale, liberté et égalité tendent à s’exclure mutuellement, sont antagoniques l’une de l’autre ! La liberté détruit l’égalité sociale — c’est même là un des rôles de la liberté —, tandis que l’égalité restreint la liberté, car, autrement, on ne saurait y atteindre. Quant à la fraternité, elle n’est pas de leur famille. Ce n’est qu’un aventureux ajout au slogan et ce ne sont pas des dispositions sociales qui peuvent faire la véritable fraternité. Elle est d’ordre spirituel.

Jean Dumont, Pourquoi nous ne célébrerons pas 1789

La Révolution avait pour devise la Liberté ou la Mort, tel qu’on peut le lire sur les en-têtes courants et sur les plaques émaillées de ses dignitaires. Ayant très vite cessé d’être la liberté, il ne lui restait, en effet, qu’à être la mort. Pas seulement la mort des ruisseaux de sang sous la guillotine et des monceaux de cendres humaines du génocide vendéen, mort ignominieuse pourtant réparable par la montée de nouvelles générations. Mais la mort s’étendant aussi d’avance, à ces nouvelles générations jusqu’aux dernières, les nôtres. La mort à la fois nationale, spirituelle et biologique. La mort de l’identité française et la mort de la foi faisant cortège à la mort de la vie, pour qu’il ne nous reste plus aucun espoir. Sauf si, Dieu aidant, se produit enfin la « correction profonde » des « attitudes » trois fois mortelles héritées de la Révolution.

Marquis de La Tour du Pin, La Question juive et la Révolution sociale

La Révolution avait ainsi conduit le peuple Juif à la conquête du droit religieux en laïcisant, la société ; elle l’avait conduit à la conquête du terrain politique en faisant table rase du droit historique ; la conquête du terrain économique restait à faire. Ce fut l’œuvre de ce siècle, grâce à une économie politique nouvelle qui se qualifia d’orthodoxe et de scientifique, avec cet aplomb dans le sarcasme qui est bien caractéristique de l’esprit juif. Les docteurs de cette orthodoxie furent des dynasties de Protestants, comme les Say, ou de Libres-penseurs ; leur libéralisme de commande fit plus de dupes encore chez les Catholiques que n’en avaient fait le libéralisme religieux et le libéralisme politique dont il procédait ; on l’enseigna en France jusque dans les Universités catholiques, et ce fut vraiment là un beau triomphe pour ses inspirateurs. Il ne fut d’ailleurs pas purement platonique ; le travail frustré de ses droits, la propriété détournée de ses devoirs, fournirent un champ sans limites à la spéculation qui les guettait pour les dépouiller. On sait où sont passées ces dépouilles ; mais on n’en rapproche pas assez le développement du socialisme contemporain. Pourtant quand deux phénomènes sont et se maintiennent ainsi parallèles, il est probable qu’ils sont connexes et procèdent d’un principe commun, quoique leurs manifestations semblent inverses. Ce principe commun c’est l’individualisme, c’est-à-dire la doctrine qui affranchit l’individu de tout lien avec la société autre que ceux de l’État. Dès lors l’exagération de ceux-ci devient inévitable, et l’on se trouve bien en présence de l’antique doctrine juive, qui ne faisait de l’homme que l’usufruitier passager de la terre, au lieu de voir dans celle-ci le prolongement du foyer et le support de la famille.

Édouard Drumont, Libre Parole (25 septembre 1905)

Les plus enthousiastes de la Révolution française n’ont jamais caché que c’était dans les Loges, dans les réunions des Illuminés que les plans du grand bouleversement social avaient été arrêtés. Pourquoi Taine laissait-il systématiquement cet élément de côté ? J’ai eu l’explication de ce mutisme, évidemment voulu de la part d’un historien aussi perspicace que Taine, par un diplomate éminent, qui était le voisin de Taine, en Savoie, qui causait, chaque jour, longuement avec lui. Taine reconnut très loyalement devant lui qu’il savait parfaitement à quoi s’en tenir sur le rôle considérable de la Franc-Maçonnerie dans la Révolution, qu’il ne se dissimulait pas que le silence sur ce point était un trou énorme dans son œuvre ; mais il ajouta qu’il n’avait pas osé, qu’il avait eu peur des vengeances de la Maçonnerie… On peut être un des plus puissants penseurs de son siècle et ne pas avoir le courage de Bidegain qui circule paisiblement à travers les rues, après avoir porté aux Francs-Maçons un coup qui leur a été douloureux.

Oswald Spengler, Le Déclin de l’Occident (Tome II, Page 419)

Les fanatiques jacobins de la liberté et de l’égalité ont livré la France, depuis le Directoire, pour toujours à la domination alternative de l’armée et de la bourse, et chaque révolte socialiste fraye la voie au capitalisme.

Jean Sévillia, Historiquement correct

1789-1799 : une décennie de violence Interrogés sur ce qui symbolise le mieux la Révolution, les Français d’aujourd’hui, à une écrasante majorité, répondent que ce sont les droits de l’homme. Adoptée par l’Assemblée le 26 août 1789, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, inspirée par la Déclaration d’indépendance américaine de 1776, est fille des Lumières. Elle exalte les droits naturels (un thème de l’Encyclopédie), prône la séparation des pouvoirs (c’est du Montesquieu), exprime la théorie de la volonté générale (inventée par Rousseau) et substitue à la morale chrétienne une morale laïque (c’est du Voltaire). « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits », certifie l’article premier. Glissons sur l’antinomie conceptuelle naguère soulignée par Soljenitsyne : les hommes n’étant pas dotés des mêmes capacités, s’ils sont libres, ils ne seront pas égaux, et s’ils sont égaux, c’est qu’ils ne sont pas libres. En dehors de cette pétition de principe, la Déclaration proclame des droits positifs : liberté individuelle, liberté d’opinion, droit de propriété, droit à la sûreté, droit de résister à l’oppression. Or tous ces droits, sans exception, vont être violés entre 1789 et 1799. Les pouvoirs publics ont montré moins d’empressement, en 1993, qu’ils n’en avaient mis, en 1989, à célébrer le bicentenaire de la Révolution. On le comprend. Qui aurait osé commémorer la Terreur ? Mais le problème reste entier. Comment démêler 1793 de 1789 ? Les manuels scolaires distinguent trois phases de la Terreur : une première crise avec les massacres de septembre 1792, une deuxième qui débute avec la loi des suspects de septembre 1793, une troisième avec la Grande Terreur ordonnée par Robespierre (juin-juillet 1794). Avant 1792 et après 1794, la Terreur est inconnue. Or l’analyse historique prouve que la Terreur constitue l’épanouissement d’une politique qui l’a précédée, et qui s’est poursuivie bien au-delà de la chute de Robespierre. « La Révolution française est un bloc », disait Clemenceau. Dans ce bloc, on cherche en vain le respect de la loi, le culte des libertés, les valeurs de concertation et le sens du dialogue démocratique dont on assure imperturbablement qu’ils sont nés à cette époque. Les États généraux, convoqués par Louis XVI en août 1788, s’ouvrent à Versailles le 5 mai 1789. Au départ, chacun des trois ordres (clergé, noblesse et tiers état) se réunit séparément. Mais le Tiers, sous la pression de sa minorité activiste, se déclare le mandataire de toute la population. Le 17 juin, il se proclame Assemblée nationale. Le 20 juin (serment du Jeu de paume), les députés du Tiers jurent de ne se séparer qu’après avoir donné une constitution à la France. Louis XVI résiste. Le 23 juin, au cours d’une assemblée plénière, le roi ordonne aux états de siéger par ordre. Après qu’il a quitté la salle où se tenait la séance, la noblesse et une partie du clergé se retirent. Les représentants du Tiers, eux, restent sur place : « Nous sommes ici par la volonté du peuple, rugit Mirabeau, et nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes. » Les baïonnettes ne viendront pas, car le roi transige. Le 27 juin, il demande au clergé et à la noblesse de se réunir avec le tiers état. Née d’un coup de force, la révolution politique est faite : la souveraineté ne réside plus dans le monarque, mais dans l’Assemblée nationale. Dans la pratique, cette Assemblée est dominée par des bourgeois ou des nobles. Le peuple, dont Mirabeau se targue, n’a pas donné son avis. « De mai à juillet 1789, constate Jean Tulard, la Révolution bascule dans la violence. Le dérapage dans le sang ne date pas de 1792, mais de l’été 89 » L’effondrement de l’autorité et les difficultés d’approvisionnement de la capitale (la récolte de 1788 a été catastrophique) provoquent une atmosphère tendue. Très vite, la situation vire à l’émeute. Le 14 juillet, contrairement à la légende des manuels, la Bastille n’est pas prise par une foule spontanément mobilisée. L’opération est menée par une bande d’agitateurs à la recherche de fusils et de munitions, entrés par la porte que leur a ouverte le gouverneur Launay. En guise de remerciement, celui-ci est assassiné. De la vieille forteresse – que l’administration royale voulait déjà démolir – sont extraits, en fait de victimes de l’absolutisme, sept prisonniers : quatre faussaires, un libertin et deux fous. La légende a fait de cette péripétie un haut fait d’armes. Michel Vovelle, historien marxiste, convient qu’il s’agit d’une « interprétation symbolique des faits ». Quelques heures plus tard, le prévôt des marchands, Flesselles, est abattu à la sortie de l’Hôtel de Ville. Son corps est dépecé et sa tête est promenée au bout d’une pique, en compagnie de celle de Launay. Le 22 juillet, c’est au tour de Bertier de Sauvigny, intendant de Paris, et de son beau-père, Foulon, d’être massacrés. Les émeutiers leur arrachent les viscères, brandissent leur cœur en triomphe et plantent leur tête au bout d’une pique. À l’Assemblée, Lally-Tollendal s’émouvant devant ces abominations, Barnave réplique : « On veut nous attendrir, messieurs, en faveur du sang qui a été versé hier à Paris. Ce sang était-il donc si pur ? » À Strasbourg, Dijon, Nantes et Bordeaux, des groupes insurrectionnels chassent les autorités municipales. À Paris aussi, à Paris surtout. Pendant les années qui vont suivre, l’Hôtel de Ville exercera un constant chantage sur l’Assemblée, dans le sens de la surenchère. Manipulation des députés, pression des clubs, menace de la rue : le mécanisme révolutionnaire est lancé. « Il n’y a plus de roi, plus de parlement, plus d’armée, plus de police », observe un contemporain. Pendant la Grande Peur, des paysans excités par des agents révolutionnaires s’arment pour repousser des brigands imaginaires. Ils s’attaquent alors aux intendants, aux percepteurs, aux fonctionnaires, brûlant des châteaux – parfois avec leurs occupants. Au cours de la nuit du 4 août 1789, dans une ambiance exaltée mais au cours d’une manœuvre préparée (« cette séance du 4 août était ménagée depuis un mois », remarque le comte d’Antraigues), l’Assemblée décide la « fin des privilèges ». Encore un temps fort de la rhétorique révolutionnaire, nourri par l’évolution sémantique. Car ce n’est pas seulement l’égalité devant la loi, réforme que Louis XVI n’avait pu réaliser, qui est adoptée. En quelques heures, ce sont tous les statuts particuliers, ces franchises, libertés, coutumes et lois privées (lex privata, privilège) qui particularisaient la société d’Ancien Régime, qui sont abolis. Un coup de rabot législatif aplanit la condition des Français, à quelque milieu qu’ils appartiennent : la révolution sociale est faite. Alors que la constitution est en cours d’élaboration, l’aval de Louis XVI reste nécessaire. En septembre 1789, les modérés pour qui la Révolution est terminée échouent à faire accorder au roi un veto absolu. Seul un veto suspensif est adopté. La stabilisation du mouvement qui s’est mis en marche s’avère impossible. Les 5 et 6 octobre 1789 – initiative qui, une fois de plus, n’a rien de spontané –, la foule se déplace à Versailles. Des gardes du corps du roi sont tués, leur tête est portée au bout d’une pique. C’est un nouveau coup de force. Le roi, qui n’est plus libre, est conduit aux Tuileries. L’Assemblée s’installe dans la capitale. Depuis le 23 juin, le roi et l’Assemblée, ces deux pôles du pouvoir, se faisaient face. Ils sont désormais surveillés par un troisième pouvoir, apparu le 14 juillet : l’émeute. Au cours de ce mois d’octobre 1789, la municipalité parisienne établit un comité de recherche chargé de traquer les conspirateurs, et le Dr Guillotin présente une invention de son cru, appelée à un grand avenir. 1789 : débuts de la politique antireligieuse C’est la Constituante qui fait table rase du passé, et non les assemblées qui lui succéderont. Les parlements et les états provinciaux sont supprimés ; les départements sont dessinés ; les communes prennent la place des paroisses ; l’égalité successorale est instituée ; les poids et mesures sont uniformisés ; la noblesse est abolie ; les assignats sont créés. Une œuvre considérable, où le pire côtoie le meilleur, et où ressurgissent des mesures préparées par les administrateurs de l’Ancien Régime. Le 14 juillet 1790, au cours de la fête de la Fédération, Louis XVI prête serment à la Constitution. Mais lors de cette journée que les manuels scolaires présentent comme la fondation de l’unité française, la personne du roi est applaudie, particulièrement par les provinciaux : la légitimité royale n’est pas morte. Ceux qui louent sans nuances l’action de la Constituante négligent toutefois de rappeler que cette Assemblée a posé les prémices d’une politique qui va connaître des développements tragiques. Le 11 août 1789, la dîme, qui permettait à l’Église d’assurer sa mission sociale dans les écoles et les hôpitaux, est supprimée. Le 28 octobre 1789, l’Assemblée suspend autoritairement le recrutement monastique. Le 2 novembre 1789, les biens ecclésiastiques sont saisis. Le 13 février 1790, les vœux monastiques sont interdits et les ordres contemplatifs supprimés. Le 23 février 1790, l’Assemblée décide que ses décrets seront dorénavant lus en chaire par les curés. Le 17 mars 1790, les biens d’Église, déclarés biens nationaux, sont mis en vente. Le 12 juillet 1790, la constitution civile du clergé est adoptée. La France est divisée en 83 diocèses (un par département), le clergé devenant le salarié de la nation. Les curés et les évêques sont élus – ces derniers ayant seulement à notifier leur élection au pape. Ce texte n’est pas même d’inspiration gallicane : il vise à édifier une religion d’État, en rupture avec Rome. C’est donc bien avant la Terreur, dès la Constituante, que la Révolution engage la bataille contre le catholicisme. Pour la première fois dans l’histoire de France (dans certaines régions, pour la première fois depuis les guerres de Religion), les catholiques, qui constituent 95 % de la population, sont marginalisés dans leur propre pays. Cette conséquence paroxystique de la pensée des Lumières constitue un bouleversement considérable. « La rupture révolutionnaire la plus profonde, estime François Furet, est celle de l’unité catholique des Français, qui ne sera officiellement consommée qu’un siècle plus tard, avec la séparation de l’Église et de l’État. » La Constitution civile du clergé est contraire à l’esprit et à la lettre du serment que le roi a prononcé lors de son sacre. Avant de se déterminer sur le décret, Louis XVI attend l’avis du pape. Mais la réaction pontificale tarde. Le 24 août 1790, à contrecœur, le roi promulgue le texte. Dans le clergé français, l’émotion est immense. Prélats ou prêtres multiplient les protestations. Le 27 novembre 1790, l’Assemblée riposte en obligeant tous les évêques et les prêtres, sous peine d’être destitués, à prêter serment à la Constitution civile. De nouveau, l’accord du roi est nécessaire : le 26 décembre, la mort dans l’âme, Louis XVI signe le décret. En mars 1791, le verdict pontifical tombe : Pie VI condamne le statut imposé au clergé par la Constituante. Engendrant un climat de préguerre civile, ces incidents poussent le roi à fuir, en juin 1791, pour rejoindre des troupes fidèles. Arrêté à Varennes, Louis XVI est ramené de force dans la capitale. S’il conserve sa fonction, c’est que les constituants ont besoin de lui : le pays ne veut pas de la République. Le 14 septembre 1791, la Constitution entre en vigueur, reconnaissant deux sources de légitimité, le roi et l’Assemblée. Le 1er octobre 1791, la Constituante cède la place à la Législative. Au sein de l’Assemblée, la lutte des factions prend une tournure décisive. Dorénavant, la rivalité des partis – on les appelle les clubs – sera l’un des moteurs de la Révolution. Assis à la droite du président se tiennent les Feuillants, modérés qui aspirent à mettre un terme à la Révolution. Siégeant à gauche de l’Assemblée, les Jacobins et les Girondins brûlent au contraire d’accentuer les bouleversements politiques et sociaux. Au centre, le Marais vote au gré des circonstances. Les notions de droite et de gauche ont fait leur apparition. En vertu d’une logique qui se rencontrera souvent – le « sinistrisme immanent » dont parlait Albert Thibaudet –, ce sont les plus radicaux qui l’emportent. Cette règle se vérifie immédiatement à propos de deux lois qui inaugurent la catégorie de « suspect », en y rangeant la noblesse et le clergé. En l’attente de jours meilleurs, les aristocrates ont été de plus en plus nombreux, depuis 1789, à se mettre à l’abri à l’étranger. Le 9 novembre 1791, un décret de la Législative force les émigrés à revenir dans un délai de deux mois ; à défaut, ils seront considérés comme criminels et leurs biens seront confisqués. Le 29 novembre 1791, un second décret déclare suspect tout prêtre non jureur, et le prive de son traitement. Sur cent trente évêques, quatre seulement ont reconnu la Constitution civile du clergé. Sur 130 000 prêtres, plus de 100 000 ont refusé le serment ou se sont rétractés quand ils ont connu la position du pape. Sanctionnés par l’État, les non-jureurs sont considérés comme des rebelles. Désavoués par Pie VI, les 30 000 jureurs deviennent schismatiques ; 4 000 d’entre eux, ayant agi par conviction, quitteront l’état ecclésiastique. Les autres ont cédé à la peur, à la crainte de la misère ou à la volonté de ne pas abandonner leurs fidèles. En 1801, avant la signature du Concordat, il ne restera que 6 000 des 30 000 prêtres jureurs de 1791. Le 27 mai 1792, un décret de la Législative ordonne la déportation des prêtres réfractaires dénoncés par « vingt citoyens actifs d’un même canton ». À ces lois iniques, usant de son droit constitutionnel, Louis XVI oppose son veto. Mais ce faisant, il devient suspect à son tour : le mécanisme révolutionnaire ne connaît pas la marche arrière. 1792 : la Révolution déclare la guerre à l’Europe À la tribune de l’Assemblée, les orateurs invectivent les monarques étrangers, accusés de vouloir écraser la Révolution. En réalité, même s’ils redoutent la contagion des idées jacobines, les souverains déterminent leur politique en fonction de leurs intérêts nationaux. La Prusse et la Russie, rêvant de se partager la Pologne, sont trop contentes de voir la France paralysée. L’Angleterre savoure sa revanche de l’aide apportée naguère par Paris aux insurgents américains. Le traité d’alliance de 1756 entre la France et l’Autriche étant toujours en vigueur, Louis XVI et Marie-Antoinette correspondent avec Vienne. Mais Joseph II et son successeur Léopold II, tous deux frères de la reine, ne sont en rien décidés à recourir aux armes pour la secourir. Le 20 avril 1792, la Législative déclare la guerre « au roi de Bohême et de Hongrie », François Ier, qui vient d’accéder au trône des Habsbourg. La France s’engage dans un conflit qui durera vingt-trois ans, et s’achèvera par la défaite de Waterloo et l’occupation du pays. La Prusse combattra avec l’Autriche, mais dans le double but d’obtenir des agrandissements territoriaux et de détourner Vienne de la Pologne. L’Angleterre, qui soudoie Danton, entrera dans l’arène uniquement quand la Belgique et la Hollande, ses voies d’accès sur le continent, seront menacées par les Français. En dépit d’une légende bien installée, jamais on ne verra d’entente des rois contre la France révolutionnaire. Si Jacobins et Girondins ont désiré l’affrontement, c’est par réflexe idéologique. « Il faut déclarer la guerre aux rois et la paix aux nations », lance Merlin de Thionville. C’est ensuite pour forcer Louis XVI à prendre parti pour la Révolution. « La Législative, rappelle François Furet, a voulu le conflit avec l’Europe pour des raisons de politique intérieure : là-dessus, tous les historiens sont d’accord. » L’armée est désorganisée : les deux tiers des 9 000 officiers de 1789 ont émigré. Il faut recruter des troupes. L’épopée patriotique de l’an II ? Encore un mythe. Parmi la population, aucun enthousiasme ne se manifeste. Ce ne sont pas des volontaires qui vont se battre, mais les hommes désignés au sein de chaque commune. Un nombre considérable choisit l’insoumission ou la désertion. Pierre Gaxotte rapporte qu’en 1794, sur 1 200 000 mobilisés, on recense 800 000 déserteurs. D’ailleurs, les premières batailles sont désastreuses. Des régiments entiers passent à l’ennemi. Le général Dillon, qui veut enrayer la débandade, est tué par ses propres soldats. Le 11 juillet 1792, l’Assemblée est contrainte de déclarer « la patrie en danger ». À Paris, cependant, les événements se précipitent. Le 13 juin 1792, le roi remplace le ministère girondin par un cabinet modéré. Il vient de poser son veto au décret déportant les prêtres réfractaires ainsi qu’à un autre décret créant, aux portes de la capitale, un camp de fédérés dévoués à la Révolution. Dans les deux cas, il n’a fait qu’user de ses prérogatives constitutionnelles. Les radicaux décident pourtant de lui forcer la main. Le 20 juin, les Tuileries sont envahies, les manifestants pénétrant dans les appartements royaux. Louis XVI trinque avec les émeutiers et coiffe le bonnet rouge. Mais il ne fléchit pas. Le 1er août, Paris prend connaissance du manifeste dans lequel le duc de Brunswick, chef des armées austro prussiennes, menace les habitants de la capitale des pires châtiments s’ils ne se soumettent pas. Le texte a été rédigé par un émigré. Au lieu de sauver le roi, cette provocation va le perdre. En ville, la tension est à son comble. Le 10 août, les Tuileries sont prises d’assaut par les fédérés et les membres des sections révolutionnaires. Louis XVI et sa famille se réfugient à l’Assemblée. Répugnant à faire couler le sang, le roi ordonne aux gardes suisses de n’opposer aucune résistance. Avec deux cents gentilshommes venus prêter leur épée et avec les domestiques du château, ils sont massacrés. À la fin de la journée, on relève huit cents cadavres. À l’Hôtel de Ville, la municipalité est chassée par une Commune insurrectionnelle qui dicte ses conditions : élection d’une nouvelle Assemblée, déchéance du roi. Aux termes de la Constitution de 1791, ces mesures sont illégales. Mais les 240 députés présents (sur 745) capitulent devant l’émeute. Le 12 août, la famille royale est enfermée au Temple. La Commune remplit les prisons de suspects, institue un tribunal populaire, décide l’arrestation des « empoisonneurs de l’opinion publique, tels que les auteurs des journaux contre-révolutionnaires », traque les prêtres réfractaires. Le 26 août, la Législative rend effectif le décret auquel Louis XVI avait opposé son veto, en l’aggravant : tout prêtre ayant refusé la Constitution civile du clergé doit abandonner le pays « dans le délai de quinze jours ». Bannis de leur patrie, 45 000 ecclésiastiques français (45 % des réfractaires) s’exilent aux quatre coins de l’Europe, voire en Amérique. Environ 30 000 prêtres (30 % des réfractaires) entrent dans la clandestinité. 4 000 sont arrêtés et déportés sur les pontons de Rochefort ou en Guyane, d’où une poignée seulement reviendra. À la fin du mois d’août 1792, à Paris, 2 600 personnes sont détenues, réparties dans neuf prisons. La fièvre secoue toujours la ville, entretenue par les sections de la Commune. Une rumeur circule : des comploteurs royalistes s’apprêteraient à distribuer des armes aux prisonniers de droit commun. Le 2 septembre, le tocsin sonné pour appeler les Parisiens à s’enrôler (la place de Verdun vient de se rendre) agit comme un signal. Les semeurs de troubles se précipitent vers les prisons. Après un pseudo jugement, qui, selon les calculs de Frédéric Bluche, dure en moyenne quarante-cinq secondes par accusé, les prêtres réfractaires internés à l’Abbaye et aux Carmes sont exécutés. Les tueurs envahissent ensuite la Conciergerie, le Châtelet, la Force ; le lendemain, Saint-Firmin, Saint Bernard, Bicêtre et la Salpêtrière. Le 4 septembre au soir, le carnage prend fin. Au total, près de 1 400 détenus ont été massacrés, soit la moitié des effectifs des prisons parisiennes. Parmi les victimes, on compte 220 ecclésiastiques, 150 gardes suisses ou gardes du palais rescapés du 10 Août, une centaine d’aristocrates, une cinquantaine de « suspects » divers, mais aussi plus de 800 escrocs, faux-monnayeurs, criminels ou fous, condamnés de droit commun à qui aucune arrière-pensée politique ne peut être prêtée. Les massacres de Septembre représentent un accès de folie dont Frédéric Bluche a mis en lumière la préméditation, favorisée par la presse révolutionnaire et par les autorités gouvernementales et municipales. Plus tard, Danton avouera qu’il voulait frapper Paris de terreur et réduire les modérés au silence. La surenchère des factions révolutionnaires Alors que la nouvelle Assemblée commence à siéger sans que les élections soient terminées, l’annonce de la victoire des Français contre Brunswick parvient à Paris. Cette mythique bataille de Valmy (20 septembre 1792) n’a constitué qu’une canonnade sur laquelle pèsera toujours une énigme : pourquoi les Prussiens se sont-ils retirés sans combattre ? Elle insuffle néanmoins un regain d’énergie aux partis avancés. Les élections à la Convention, pour une population de 28 millions de Français, se déroulent sur la base d’un corps électoral de 7,5 millions de personnes. Les citoyens soupçonnés d’incivisme sont exclus du scrutin, qui a lieu à voix haute. En raison de ce climat de terreur, 700 000 électeurs seulement participent au suffrage. La Convention ne peut donc être considérée comme le reflet du pays. Le 21 septembre 1792, les 300 députés déjà élus et présents (l’Assemblée au complet en comptera 903) décrètent l’abolition de la royauté et proclament la République. Ce nouveau coup de force résulte du viol par une minorité de la Constitution de 1791, officiellement toujours en vigueur. À l’Assemblée, les luttes internes redoublent de vigueur. Une fois les Feuillants éliminés, les Girondins se retrouvent face à plus radicaux qu’eux, les Montagnards, qui eux-mêmes s’efforcent de ne pas être débordés par la Commune. Dialectique qui se complique de la césure entre provinciaux (les Girondins) et Parisiens (les Montagnards). Chaque faction, persuadée d’incarner le peuple alors qu’elle ne représente qu’une minorité, s’arroge le droit de parler au nom de tous. Et afin de justifier le maintien de leur pouvoir par la contrainte, les activistes inventent des complots, prélude à l’escalade de la répression. Jugé en décembre 1792, Louis XVI est la victime expiatoire de ce processus. En vue de créer l’irréparable, les Montagnards veulent, selon le mot de Danton, « jeter en défi une tête de roi ». Cependant, même parmi les Girondins, ceux qui souhaitent sincèrement sauver le monarque ne peuvent prendre le risque d’apparaître comme des républicains tièdes. Ils osent quand même demander que la sentence soit soumise à la ratification du peuple, mais la proposition est rejetée. Le 18 janvier 1793, la Convention déclare l’accusé coupable, 387 voix se prononçant pour la mort sans condition, 334 pour la détention ou la mort conditionnelle. En vérité, Louis XVI n’a commis d’autre crime que d’exister. « Si Louis peut être l’objet d’un procès, s’indigne Robespierre, il peut toujours être absous ; il peut être innocent : que dis-je ? il est présumé l’être jusqu’à ce qu’il soit jugé ; mais si Louis est absous, si Louis peut être présumé innocent, que devient la Révolution ? » Le 21 janvier 1793, l’exécution du roi introduit une rupture symbolique dans l’histoire de France. Partie à la conquête de l’Europe, la Convention annexe la Belgique et la rive gauche du Rhin. Se sentant en danger, l’Angleterre rejoint la coalition austro-prussienne. Au printemps 1793, les défaites françaises se succèdent. La Belgique est évacuée, Mayence capitule, l’Alsace est envahie, les Anglais occupent Toulon. L’assignat a perdu la moitié de sa valeur. Parmi la population, le mécontentement gronde. Afin de ne pas se laisser dépasser par la Commune, les Montagnards imposent des mesures d’exception. Créé le 28 mars 1793, le tribunal criminel extraordinaire de Paris prononce des sentences sans appel et immédiatement exécutoires. En province et aux armées, des représentants en mission sont chargés de contrôler les autorités. Des comités de surveillance (il y en aura vingt mille dans tout le pays) délivrent des certificats de civisme. Dressant la liste des suspects, ils les interrogent et les font interner. Émigrés et rebelles sont désormais passibles de la peine de mort. Fondé le 6 avril, le Comité de salut public étend son emprise sur tous les organes civils et militaires de l’État, faisant régner une dictature implacable. Le 2 juin 1793, avec l’aide des sections parisiennes, les Montagnards l’emportent sur leurs adversaires : vingt-neuf députés girondins sont arrêtés. En Normandie, dans le Sud-Ouest et le Sud-Est, les Girondins suscitent une insurrection dressée contre la capitale. Aux frontières, la situation n’est pas meilleure : l’Alsace et le Nord sont envahis. En février, 300 000 hommes ont dû être mobilisés. C’est à ce moment que la Vendée prend les armes. Nostalgie de l’Ancien Régime ? Reynald Secher a montré que cette région (qui s’étend au-delà de l’actuel département de la Vendée) n’était pas une province arriérée, soumise aux prêtres et aux nobles. Comme partout, les idées nouvelles y ont pénétré. En 1789, les cahiers de doléances et la réunion des États généraux y ont été reçus avec espoir. En 1790, les Vendéens ont acheté des biens nationaux. Mais l’obligation faite aux prêtres de se soumettre à la Constitution civile du clergé a suscité un malaise qui est allé grandissant, en 1791, et qui a culminé, en 1792, quand les prêtres réfractaires ont été pourchassés. Donnant lieu à d’innombrables incidents, la conscription lancée en 1793 met le feu aux poudres. La révolte vendéenne est un soulèvement populaire : ce sont les paysans qui forcent les nobles à leur servir d’officiers. Les insurgés commencent par aligner les victoires, échouant devant Nantes mais prenant Saumur et Angers. « Détruisez la Vendée », lance Barère à la Convention. Pendant l’été 1793, le Comité de salut public réunit plusieurs armées qui ont pour consigne de ne pas faire de quartier. Franchissant la Loire, les familles vendéennes tentent d’échapper à l’étau qui se resserre sur elles. Les révoltés investissent Le Mans, s’avancent en direction de la Normandie, mais refluent sous le nombre. Le 23 décembre 1793, les débris de l’« armée catholique et royale » sont anéantis à Savenay. « Il n’y a plus de Vendée, annonce Westermann à la Convention : elle est morte sous notre sabre libre. J’ai écrasé les enfants sous les pieds de mes chevaux, massacré les femmes qui n’enfanteront plus de brigands. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher. J’ai tout exterminé. » Ce n’est que le premier acte de la tragédie. À Nantes, Carrier fait régner une terreur atroce, noyant 10 000 innocents dans la Loire. « Nous ferons de la France un cimetière, proclame-t-il, plutôt que de ne pas la régénérer à notre façon. » Afin de prévenir un nouveau soulèvement, les colonnes infernales de Turreau sillonnent le pays. De décembre 1793 à juin 1794, elles massacrent la population, incendient les fermes et les villages, détruisent les récoltes et les troupeaux. D’après les calculs de Reynald Secher, sur 815 000 habitants de la Vendée, 117 000 ont péri, soit une personne sur huit. Un autre historien, Jacques Hussenet, alourdit ces chiffres. Selon lui, entre 1793 et 1796, les guerres de Vendée ont provoqué, dans les deux camps, de 140 000 à 190 000 victimes, entre le cinquième et le quart de la population, localement le tiers ou la moitié. Or, au plus fort de la répression, en 1794, il n’y a plus de danger pour la République. Ni intérieur, puisque les Vendéens ont été militairement écrasés, ni extérieur, les armées françaises ayant accumulé les victoires entre octobre et décembre 1793. Populicide (le mot est de Babeuf) ou génocide ? Quel que soit le terme adéquat, si l’opération de maintien de l’ordre s’est transformée en entreprise exterminatrice, c’est bien pour des raisons idéologiques. Des représentants en mission l’écrivaient au général Haxo : « Il faut que la Vendée soit anéantie parce qu’elle a osé douter des bienfaits de la liberté. » La Terreur à l’ordre du jour Le 24 juin 1793, l’Assemblée adopte une nouvelle Constitution, suspendue le 10 octobre suivant. « Le gouvernement provisoire de la France sera révolutionnaire jusqu’à la paix » : c’est le triomphe du régime d’exception. Le pays se trouve abandonné aux mains du Comité de salut public, qui met « la Terreur à l’ordre du jour ». Le 17 septembre 1793, la loi des Suspects généralise un système fonctionnant déjà. La loi étendant son champ d’accusation à tous ceux qui n’ont pas effectivement attenté à la République, tout Français devient un coupable potentiel. « Vous avez à punir non seulement les traîtres, tonne Saint-Just, mais les indifférents même. Vous avez à punir quiconque est passif dans la République et ne fait rien pour elle. » Le tribunal révolutionnaire siège en permanence. Fouquier-Tinville, l’accusateur public, personnage corrompu et criblé de dettes, décide de la vie et de la mort de ses victimes en fonction de leurs ressources et de leur docilité. Ceux qui attendent d’être jugés et possèdent les moyens de payer sont placés en maison de santé ; quand ils ne paient plus, ils prennent la direction de la prison et de la guillotine. À Lyon, cité révoltée en mai 1793 et matée six mois plus tard, les insurgés sont si nombreux qu’ils sont exécutés au canon. Il faut « réduire la population de plus de moitié », lance le conventionnel Jean Bon Saint-André. La politique antireligieuse atteint son paroxysme à cette époque. Entré en vigueur le 5 octobre 1793, le calendrier de Fabre d’Églantine remplace le dimanche par le décadi. Tout comme le décompte des années à partir de la naissance de la République, cette chronologie rompant avec le passé vise à effacer l’antique division du temps instituée par le christianisme. Le 10 novembre 1793, Notre-Dame de Paris devient le temple de la Raison. C’est là que se déroulera le culte de l’Être suprême, rite laïc inventé par Robespierre. Le 23 novembre 1793, toutes les églises parisiennes sont fermées. Une décision identique est prise dans les localités contrôlées par les « enragés ». Dans la capitale ou en province, une vague de vandalisme s’attaque aux édifices religieux, qui sont pillés, mutilés et parfois détruits. Le député de l’Oise, Anacharsis Cloots, se proclame « ennemi personnel de Jésus-Christ ». Protestants et Juifs ont accueilli la Révolution avec faveur, attendant l’émancipation totale que Louis XVI n’avait pas eu le temps de leur donner. Ils déchantent vite. De novembre 1793 à mars 1795, ce n’est pas seulement le catholicisme qui est hors la loi : réformés ou juifs, tous les lieux de culte sont fermés. À Metz, les synagogues sont dévastées. En Alsace, les livres hébraïques et les ornements sacrés sont brûlés. Des rabbins entrent dans la clandestinité. Baudot, commissaire de la Convention auprès des armées de Rhin et Moselle, réclame la « régénération guillotinière » pour les Juifs qui « mettent la cupidité à la place de l’amour de la patrie, et leurs ridicules superstitions à la place de la Raison ». Déclaré suspect, un juif de Bordeaux, Jean Mendès, ose affirmer à l’audience que « ses principes religieux ne s’accordent point avec la Constitution ». Il est envoyé à l’échafaud. Au début de l’année 1794, les frontières sont dégagées. Des officiers ont connu une promotion foudroyante, donnant à la Révolution une génération de jeunes généraux qui seront les maréchaux de Napoléon. Les troupes françaises mènent une offensive qui les conduira à la victoire de Fleurus (26 juin 1794). À l’intérieur, on l’a dit, la Vendée est écrasée et l’insurrection fédéraliste brisée. C’est le moment où la Terreur atteint son apogée. Entre mars et avril 1794, Robespierre élimine ses rivaux, hébertistes et dantonistes. « Le gouvernement de la Révolution, assène l’Incorruptible, c’est le despotisme de la liberté contre la tyrannie. » La loi du 22 prairial an II (10 juin 1794) institue la Grande Terreur. À Paris, les effectifs du tribunal révolutionnaire étant quintuplés, les interrogatoires préalables et les avocats sont supprimés. La guillotine fonctionne six heures par jour, expédiant près de 900 condamnés par mois. Au cours des dix mois de la dictature de Robespierre, 500 000 personnes auront été emprisonnées, 300 000 assignées à résidence, 16 594 guillotinées. Quand il évoquait les « suspects », Couthon ne prenait pas de précaution oratoire : « Il s’agit moins de les punir que de les anéantir. » L’opinion, cependant, est lasse du sang. Et les dirigeants révolutionnaires, qui risquent l’épuration en permanence, en ont assez de trembler pour leur propre vie. Le 27 juillet 1794 (9 thermidor an II), Robespierre et ses amis tombent à leur tour. Le pouvoir passe à des terroristes repentis ou à des opportunistes qui ont accepté et cautionné la Terreur. La Commune de Paris et le tribunal révolutionnaire sont supprimés. Jacobins et Montagnards sont poursuivis. La relative détente de la réaction thermidorienne, cependant, ne se remarque pas sur le plan religieux. Le 18 septembre 1794, la Convention décide de ne plus salarier aucun culte : l’Église est dès lors séparée de l’État. En février 1795, la liberté des cultes est rétablie, mais les prêtres doivent prêter un nouveau serment de « soumission et obéissance aux lois de la République ». En septembre et octobre, les réfractaires qui ont cru pouvoir sortir de l’ombre seront victimes d’une nouvelle Terreur. Robespierre n’est plus là, mais le germe de la violence essaime toujours. La hausse du coût de la vie et la misère des faubourgs provoquant des troubles, une foule déchaînée envahit la Convention le 20 mai 1795. Un député est tué, et sa tête est présentée à l’Assemblée. Six extrémistes constituent un gouvernement, vite balayé par la garde nationale. Incarcérés, les six rebelles tentent de se suicider avec le même couteau : un seul y parvient. Les autres, agonisants, sont traînés à la guillotine. En juin 1795, après l’échec du débarquement royaliste de Quiberon, 700 émigrés sont fusillés. Le 22 août 1795, la Convention thermidorienne adopte une nouvelle Constitution. Celle-ci prévoit que la représentation nationale sera assurée par deux Assemblées, le Conseil des Anciens et le Conseil des Cinq-Cents. Un décret ajoute cependant que les deux tiers des députés seront choisis parmi les membres de la Convention sortante. Quant au pouvoir exécutif, il est détenu par cinq directeurs, les titulaires élus étant tous des régicides. Sous le Directoire, la Constitution est peut-être nouvelle, mais le pouvoir ne change pas de main : la Révolution continue. Le 5 octobre 1795, devant l’église Saint-Roch, Bonaparte mitraille les contre-révolutionnaires parisiens. Le 25 octobre, l’ultime décret des Thermidoriens reproduit les textes de 1792 et 1793 frappant les ecclésiastiques, et ressuscite contre les nobles la loi des Suspects de septembre 1793. Au cours de l’année 1796, 1 448 prêtres français et 8 235 prêtres belges sont envoyés au bagne de Cayenne. Aux élections d’avril 1797, les conventionnels sortants sont battus : dans les Conseils, les royalistes remportent la majorité. Entre les directeurs jacobins et les Assemblées contre-révolutionnaires, le conflit éclate bientôt. Le 4 septembre 1797 (18 fructidor an V), l’élection de 200 députés est annulée, et le Directoire fait appel à l’armée. Lors de ce coup d’État, 65 députés et journalistes royalistes sont déportés en Guyane. Ensuite, c’est à l’opposition de gauche d’être muselée. Les élections d’avril 1798 se traduisant par une poussée jacobine, 106 députés radicaux sont invalidés. En 1799, le Directoire connaît une nouvelle poussée à gauche. Le 18 juin (30 prairial an VII), un coup d’État jacobin contraint trois directeurs à la démission, les remplaçant par des extrémistes. Aussitôt, l’esprit révolutionnaire est réactivé. Le 12 juillet est votée une loi qui institue des listes d’otages dans chaque département. La politique antireligieuse reprend : de nombreuses églises sont fermées ou vendues, et l’État relance le culte décadaire. Le 28 août, Pie VI, prisonnier de la République, meurt à Valence. L’année 1799 semble ainsi marquer la fin du christianisme en France. À Toulouse, à Bordeaux, en Vendée, en Bretagne et en Normandie, des insurrections royalistes éclatent. En octobre 1799, Bonaparte est de retour d’Égypte. Depuis sa campagne d’Italie de 1796-1797, sa renommée n’a fait que croître. Un des directeurs, Sieyès, s’entend avec lui. Le 9 novembre (18 brumaire an VIII), après la nomination du jeune général au poste de commandant des troupes de Paris, les directeurs démissionnent. Le 10 novembre (19 brumaire), l’armée chasse les Cinq-Cents qui refusent ce coup d’État. La Constitution de l’an VIII est promulguée le 15 décembre 1799. Premier consul, Bonaparte possède le pouvoir exécutif et une grande part du pouvoir législatif – les deux autres consuls ne détenant qu’un pouvoir consultatif. Trois Assemblées sont créées, dont les membres sont nommés par le gouvernement. Le philosophe Cabanis – qui a aidé Bonaparte à prendre le pouvoir – dira de cette Constitution : « La classe ignorante n’exercera plus son influence ni sur la législation ni sur le gouvernement ; tout se fait pour le peuple et au nom du peuple, rien ne se fait par lui et sous sa dictée irréfléchie. » C’est par la dictature que se termine la Révolution. Régénérer l’humanité : un projet totalitaire « Liberté, que de crimes on commet en ton nom. » Après plus de deux siècles, la formule prêtée à Mme Roland gravissant les marches de l’échafaud garde sa vibration effrayée. En additionnant les condamnations capitales prononcées par l’instance judiciaire, les exécutions sommaires, les décès en prison et les victimes de la guerre civile (tous camps confondus), le bilan global de la Terreur s’établit entre 200 000 et 300 000 morts. Soit 1 % de la population de l’époque. À l’échelle de la France d’aujourd’hui, cela donnerait près de 600 000 morts ! Malgré les idées reçues, la première victime de cette hécatombe a été le peuple français. « Les aristocrates à la lanterne », chante la Carmagnole. Mais pendant la Révolution, un « aristocrate » n’est pas un membre de la noblesse : fût-il artisan ou paysan, c’est un rebelle au nouveau régime. « Le mot aristocrate signifie, en général, un ennemi de la Révolution, signale Thomas Paine. On en use sans lui donner la signification particulière qui s’attachait autrefois à l’aristocratie. » Macabre comptabilité, les études statistiques montrent que les guillotinés étaient à 31 % des ouvriers ou des artisans, à 28 % des paysans, à 20 % des marchands ou des spéculateurs. Les nobles et les ecclésiastiques n’ont respectivement fourni que 9 % et 7 % des victimes. Victimes de la Révolution ou victimes de la Terreur ? Peut-on démêler la Révolution de la Terreur ? Longtemps les historiens de gauche (Aulard, Mathiez, Lefebvre, Soboul, Vovelle) ont assumé la Terreur, les communistes voyant dans la Révolution française la préfiguration de la révolution bolchevique : Albert Mathiez saluait le « rouge creuset où s’élabore la démocratie future sur les ruines accumulées de tout ce qui tenait à l’ancien ordre ». Les historiens de droite (Taine, Cochin, Gaxotte), stigmatisant la Terreur, soulignaient que le projet jacobin – créer un homme nouveau était forcé d’engendrer un système coercitif. Les libéraux du XIXe siècle (Thiers, Quinet, Tocqueville) avaient été les plus embarrassés : comment louer la Révolution en évacuant 1793 ? À partir des années 1960, ces clivages ont commencé à être bousculés. En 1965, François Furet et Denis Richet, deux anciens communistes, publiaient un ouvrage qui scandalisait la Sorbonne. C’était l’époque où les études universitaires – dominées par Albert Soboul, mandarin de gauche étaient encore vouées à la vénération intégrale de l’entreprise révolutionnaire. Dans La Révolution française, Furet et Richet condamnaient la Terreur, dans laquelle ils voyaient un dérapage survenu entre 1791 et 1792. C’était un premier pas – courageux – pour se distancier de la légende officielle. Mais pourquoi distinguer un seul dérapage dans l’histoire de la Révolution ? On l’a vu, les événements dérapent en juin et en juillet 1789, en octobre 1789, en juin et en juillet 1791, au printemps 1792, en août et en septembre 1792, en mars et en avril 1793, en mai et en juin 1793. Et après la Terreur proprement dite (septembre 1793), le mécanisme continue : la Grande Terreur de 1794, la Convention thermidorienne (1795) et le Directoire (1795 à 1799) enchaînent les dérapages. Cette continuité n’a pas échappé à François Furet. Au fur et à mesure de ses travaux, jusqu’à sa mort prématurée (1997), l’historien est allé de plus en plus loin. « La culture politique qui conduit à la Terreur, remarquait-il en 1978, est présente dans la Révolution française dès l’été 89. La guillotine s’alimente à sa prédication morale. » « Le répertoire politique de la Révolution, soulignait-il en 1988, n’a jamais ouvert la moindre place à l’expression légale du désaccord. » « Les hommes de 1789, ajoutait-il en 1995, ont aimé, proclamé l’égalité de tous les Français et ils ont privé beaucoup d’entre eux du droit de vote, et d’autres du droit d’être élus. » Furet a joué un rôle irremplaçable. Car cet homme de gauche, rallié au libéralisme mais jamais à la Contre-Révolution, ose regarder la réalité en face, en rejoignant sous un certain angle le point de vue d’historiens qu’on ne voulait pas écouter, car on les classait à droite. La Terreur, explique-t-il, est liée à la Révolution – séisme qui renverse brutalement les rapports sociaux – parce qu’elle procède d’un dessein explicite de rupture avec l’univers antérieur, quel qu’en soit le coût humain. Une réforme peut brusquer les hommes : la Révolution les pulvérise. En 1989, lors du bicentenaire, ce sont les historiens critiques à l’égard de la mythologie révolutionnaire (Chaunu, Tulard, Bluche) qui ont donné le ton. Depuis, la recherche n’a fait que confirmer leurs démonstrations. En 1999, Alain Gérard publie un ouvrage sur la guerre de Vendée conçue comme point focal de la Terreur. Analysant la conception de l’homme exprimée par le discours des conventionnels, l’auteur en tire cette conclusion : si les Vendéens (et, au-delà, tous les contre-révolutionnaires ou tous les opposants au gouvernement de salut public) devaient être liquidés, c’est parce qu’ils incarnaient une sous-humanité. « C’est par principe d’humanité que je purge la terre de la Liberté de ces monstres », affirmait Laplanche, un représentant de la Convention. Massacrer la population civile, c’était répudier le monde ancien pour régénérer l’humanité, dans le but de fabriquer un homme nouveau, digne de vivre dans la société nouvelle. Commentaire d’Alain Gérard : « La volonté de s’affranchir de toute expérience, de toute tradition, condamne la Révolution à la dérive et, à terme, à la violence intégrale. » En 2000, Patrice Gueniffey consacre à la Terreur un essai dans lequel il développe une réflexion sur la notion de pouvoir. Selon cet historien, la violence révolutionnaire prolonge l’absolutisme royal, parce que, tout en conservant la même puissance, la souveraineté nationale a été substituée à la souveraineté du roi. La thèse est contestable : d’une part, parce que toutes les barrières sociales qui bornaient le pouvoir de l’État ont sauté à la fin de l’Ancien Régime, d’autre part, parce que le mécanisme de la loi des Suspects n’a pas de précédent dans l’histoire moderne, même au pire moment des guerres de Religion. Pour Gueniffey, cependant, « la Terreur est le produit de la dynamique révolutionnaire et, peut-être, de toute dynamique révolutionnaire. En cela, elle tient à la nature même de la Révolution, de toute révolution ». Et l’historien de remarquer : « L’histoire de la Terreur commence avec celle de la Révolution et finit avec elle. » Rappelons-nous le cri de Barnave, le 23 juillet 1789, après que les premiers innocents eurent été assassinés : « Ce sang était-il donc si pur ? » Ce mot terrible contient toute la logique de la Terreur. Pour les extrémistes, il faut expurger la société. Le peuple réel doit être échangé contre un peuple idéal : parmi la population, les mauvais disparaîtront, les bons resteront. Pourquoi ne pas mentionner que ce raisonnement se retrouve dans certains écrits des Lumières ? Rousseau, dans Le Contrat social, soutient que « tout malfaiteur attaquant le droit social devient par ses forfaits rebelle et traître à la patrie. La conservation de l’État est incompatible avec la sienne, il faut qu’un des deux périsse ». La Terreur résulte aussi de la doctrine jacobine de l’État, qui aspire à fonder la république sur un peuple sublimé, celui de la théorie rousseauiste de la volonté générale. Avant la lettre, c’est un principe totalitaire. Purifier la population de ses éléments indésirables, quitte à pratiquer le meurtre de masse, ce projet sera mis en œuvre, au XXe siècle, par des régimes monstrueux. Les circonstances ont beau ne pas être les mêmes, une même chaîne sanglante relie Robespierre, Lénine, Staline et Hitler. « Il faut monter plus haut, jusqu’à l’étage métaphysique, écrit Alain Besançon, pour reconnaître la ressemblance du paysage conventionnel avec celui des totalitarismes du XXe siècle. Le point essentiel est que le mal y est commis au nom du bien. Le bien consiste à opérer chirurgicalement le monde afin d’en extraire définitivement le principe malin. » Après le Consulat, Bonaparte devient l’empereur Napoléon. En se couronnant, il couronne la Révolution. Il reprend cependant le fil de l’histoire nationale. Non pas dans sa folle politique étrangère, qui a mis l’Europe à feu et à sang, mais dans son œuvre intérieure. Si centralisatrice et bureaucratique qu’elle ait été, elle est immense. Elle prolonge l’action de la Constituante. Elle reprend également des idées venues de plus loin. Gaudin, l’homme qui rétablit les finances, est entré dans l’administration à la fin du règne de Louis XV, et ses mesures fiscales s’inspirent souvent de l’Ancien Régime. Le Code civil, marqué par l’individualisme révolutionnaire (Renan lui reprochait d’instituer une société où l’homme naît enfant trouvé et meurt célibataire), est rédigé par Tronchet, qui était avocat sous Louis XVI. Ce code contient une large partie de la législation en vigueur avant 1789. Des ordonnances de Colbert se trouvent ainsi intégrées au droit contemporain. « La Révolution, remarque Jacques Bainville, a continué au moins autant qu’elle a innové. » L’égalité devant la loi et devant l’impôt, l’amélioration des mécanismes d’ascension sociale, l’institution d’assemblées représentatives, toutes ces mesures que la monarchie n’avait su prendre sont portées au crédit de la Révolution. Mais d’autres pays ont effectué ces évolutions sans révolution. C’est-à-dire sans idéologie, sans rupture, sans table rase, sans dictature, sans parti unique, sans violence, sans guerre civile, sans Terreur. De 1789 à 1799, la Révolution a inauguré la foi en l’utopie. Et légué à notre culture politique une profonde inaptitude à la réforme : en France, les changements s’opèrent au terme de rapports de force, et souvent par la violence. Il n’est pas sûr que cette méthode soit juste.

Gérard Menuhin, Dites la vérité et vous humilierez le diable (Pages 266-267)

L’historien René Sédillot, dans son livre Le coût de la Révolution française, calcule que la « révolution », à cause du terrorisme et de la guerre civile, a fait au moins 600.000 victimes. Charlotte Corday assassina le puissant et sanglant franc-maçon Marat le 13 juillet 1793. Moins d’un sur dix de ces guillotinés étaient des aristocrates. Cela fut révélé juste avant le 200e anniversaire de la révolution. Cette information est basée sur les protocoles des tribunaux révolutionnaires, qui incluent les noms de tous ceux qui furent exécutés. Neuf pour cent des « ennemis du peuple » décapités étaient nobles, 28 % de paysans et 30 % de travailleurs. Les autres étaient des serviteurs. (Dagens Nyheter, 1er juillet 1989.). En d’autres termes, les personnes tuées étaient des gens assez ordinaires. Rien qu’à Paris, 30 personnes furent exécutées tous les jours. Les bourreaux jacobins préféraient habituellement les victimes blondes. En 1903, Lénine proclama : « Un social-démocrate russe doit être un Jacobin ». « C’étaient ces éléments plus féroces, vrais disciples des Illuminati, qui devaient balayer les Maçons visionnaires qui rêvaient d’égalité et de fraternité. Pourtant, alors que les Terroristes réalisaient fidèlement le plan des Illuminati, il semblerait qu’ils n’étaient eux-mêmes pas initiés aux secrets les plus intimes de la conspiration. Derrière la Convention, derrière les clubs, derrière le Tribunal révolutionnaire, il existait, dit Lombard de Langres, cette « convention la plus secrète » qui dirigeait tout après le 31 mai, un pouvoir occulte et terrible dont l’autre Convention devint l’esclave et qui était composé des premiers initiés de l’Illuminisme. Ce pouvoir était au-dessus de Robespierre et des comités du gouvernement… C’est ce pouvoir occulte qui s’appropriait les trésors de la nation et les distribuait aux frères et amis qui avaient contribué à l’excellent travail. » (N. Webster, World Revolution, p. 256). « La chose effroyable à propos de la Révolution française n’est pas tant le tumulte, que la conception. À travers tout le feu et la fumée, on perçoit la preuve de l’organisation calculatrice. Les gestionnaires restent soigneusement dissimulés et masqués ; mais il n’y a aucun doute sur leur participation depuis la première. » (Lord Acton, Lectures on the French Revolution, Londres, 1910, p. 97). L’illuminisme a pénétré dans toutes les loges de la franc-maçonnerie du Grand-Orient de France, soutenu par des juifs cabalistes organisés. Les financiers juifs derrière la Révolution de 1789 étaient les suivants : – Daniel Itzig, 1722-1799, Berlin, juif de la cour de Frédéric – Guillaume II de Prusse. – David Friedlander, 1750-1834, Berlin, son beau-fils. – Herz Cerfbeer, 1730-1793, Alsace. – Benjamin Goldsmid, 1755-1808, Londres, le financier (le plus jeune) de William Pitt. – Abraham Goldsmid, 1756-1810, Londres, son frère. – Moses Mocatta, 1768-1857, Londres, partenaire d’un frère des deux Goldsmid et oncle de sir Moses Montefiore. (Arnold Leese, Sottise du Gentil : les Rothschild, auto-publié, Valérie Devon, 2017). Quel était le but de ce pouvoir occulte ? Était-ce simplement le plan de destruction qui avait pris naissance dans le cerveau d’un professeur bavarois vingt ans plus tôt, ou était-ce quelque chose de plus ancien, une force vivante et terrible qui avait sommeillé au cours des siècles, que Weishaupt et ses alliés n’avaient pas créée mais seulement déchaînée sur le monde ? Le Règne de la terreur, comme l’éclosion du satanisme au Moyen Âge, ne peut s’expliquer par aucune cause matérielle : l’orgie de la haine, de la luxure et de la cruauté, dirigée non seulement contre les riches, mais encore plus contre les pauvres et les sans défense, la destruction de la science, de l’art et de la beauté, la profanation des églises, la campagne organisée contre tout ce qui était noble, tout ce qui était sacré, tout ce que l’humanité avait de plus cher, qu’est-ce que c’était sinon du satanisme ? (N. Webster, Ibid., p. 257).

Abel Bonnard, Les Modérés (Page 129)

S’il y a chez les Français de tous les partis un préjugé abstrait en faveur des opinions révolutionnaires, il est confirmé par la prévention qu’on leur a inspirée en faveur des hommes de la Révolution : tant qu’ils prendront ces personnages pour de grands hommes, ils seront irréparablement séparés de toute grandeur, et comme ceux qui se trompent dans leurs admirations sont condamnés à s’égarer dans tout le reste, ils ne sauront même pas ce qui est noble, honnête ou sensé. Une nation qui veut vivre ne peut tirer de la Révolution française aucun principe de pensée ni de conduite.

Pierre Guyon et Bruno Hirout, Combat pour la France (Pages 100-101)

La Révolution française n’est absolument pas synonyme de liberté pour le peuple, mais tout le contraire. C’est de la révolution que découlera la loi Le Chapelier le 14 juin 1791 qui interdira toute coalition ou regroupement d’ouvriers, la grève est interdite, les artisans ne peuvent plus se regrouper et doivent laisser le monopole à des entreprises. C’est l’arrivé du capitalisme. La Révolution c’est la fin du bien commun au profit de l’individualisme, c’est l’avènement du libéralisme et de l’enrichissement personnel sans limites, autrefois interdit par le Roi car immoral, sans compter la nuit du 4 août 1789 où les « privilèges » sont abolis, y compris ceux des différentes provinces. La Révolution « française » n’avait rien de populaire ni de français, ce n’était rien d’autre qu’une entreprise franc-maçonne, il n’y a qu’à voir – au-delà du contenu – sur la « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen » de 1789 les symboles francs- maçons bien en évidence, tout en haut l’œil franc-maçon dans une pyramide, et de chaque côté des colonnes symboles de la franc-maçonnerie.

Bibliographie

  • Monseigneur de Ségur, La révolution expliquée aux jeunes gens
  • Léon de Poncins, Les forces secrètes de la Révolution
  • Abbé Baruel, Abrégé des Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme (Lien)
  • Père Pierre de Clorivière, Études sur la Révolution
  • Louis d’Estampes et Claudio Jannet, La Franc-Maçonnerie et la Révolution (Lien)
  • René Sédillot, Le coût de la Révolution française (Lien)
  • Jean-Louis Omer, Vérités Révolution française
  • Bernard faÿ, La Franc-maçonnerie et la révolution intellectuelle du XVIIIème siècle
  • Alain Pascal, La Révolution des Illuminés
  • Docteurs Cabanès et L. Nass, La névrose révolutionnaire
  • Ivan Gobry, Les Martyrs de la Révolution française / La Révolution française et l’Église / Dictionnaire des martyrs de la Révolution / L’Église immolée