Gilbert Keith Chesterton, Saint Thomas du Créateur
À l’intellectuel morbide de la Renaissance qui s’interroge : « Être ou ne pas être ? Telle est la question », le massif docteur médiéval répond d’une voix de tonnerre : « Être ! Tel est la réponse. » Cela vaut qu’on y insiste. Car il ne faudrait pas croire, ce que l’on fait volontiers, que la Renaissance marque le moment où l’on commence à faire confiance à la vie. C’est l’époque au contraire où, pour la première fois, quelques esprits commencèrent à désespérer de la vie. Le Moyen Âge avait mis des freins à l’universel appétit de vivre qui tournait parfois à la fureur de vivre. Les freins furent quelquefois exagérément serrés et il est arrivé que des interdits soient promulgués en termes brutaux, voire carrément féroces. Mais ils servaient à contenir une force naturelle très puissante : la force d’hommes qui veulent vivre. Avant l’apparition de la pensée dite moderne, on n’avait jamais eu à combattre des hommes qui désiraient mourir.
Julius Evola, Révolte contre le monde moderne (Pages 522-523)
C’est une grave équivoque. La Renaissance n’emprunta au monde antique que des formes décadentes : non celles des origines, qui étaient pénétrées d’éléments sacrés et supra-personnels ; ou bien elle négligea totalement ces derniers éléments, orientant ainsi l’héritage antique dans une direction tout à fait différente. En réalité, au sein de la Renaissance, la “paganité” servit essentiellement à développer la simple affirmation de l’homme, à fomenter une exaltation de l’individu, lequel s’enivra des productions d’un art, d’une érudition et d’une spéculation privés de tout facteur transcendant et métaphysique. […] L’effort médiéval pour reprendre le flambeau que Rome avait reçu de la Grèce héroïque et olympienne retombe.
Adolphe-Basile Routhier, Conférences et discours (Page 81)
Quoi qu’il en soit, lorsque Michel-Ange et Raphaël, qui s’étaient pour ainsi dire formés dans l’Église catholique, furent disparus, leurs successeurs, moins imprégnés des principes du christianisme, s’abandonnèrent à l’admiration exclusive de l’art païen, et la Renaissance produisit alors tous ses fruits. Disons-le, puisque l’occasion s’en présente, la Renaissance, la Réforme et la Révolution ont été les trois grandes fautes de l’Europe chrétienne qui l’ont conduite dans un abîme dont elle n’a pas encore vu le fond. La première a corrompu l’Art, la seconde a défiguré la religion, et la troisième a jeté la société civile hors de sa voie. Toutes ont séparé l’humanité de Dieu, la Renaissance en cherchant le Beau en dehors du christianisme, la Réforme en niant la présence réelle de Dieu dans nos temples et l’assistance du Saint-Esprit dans le Pape, la Révolution en créant l’État sans Dieu ! Lorsque la Renaissance eut profondément altéré la notion du Beau idéal, l’art se sépara de l’esthétique chrétienne. Le naturalisme s’infiltra peu à peu dans la peinture et la sculpture, puis dans la littérature.
Pierre Drieu la Rochelle, Notes pour comprendre le siècle
Déjà s’esquisse le déséquilibre qui deviendra inhumain et désastreux au XVIIIème siècle. Les Européens vont s’arracher aux solides assises du Moyen Âge, ils vont perdre le sens de leur mâle spiritualité. La rupture se fait entre la campagne et la ville. Le paysan voit s’éloigner à jamais l’homme de la ville. Ne s’appuyant plus sur une civilisation toute rustique, le paysan s’effare devant la ville qui barre l’horizon et il commence à rétrograder et à dégénérer. L’appareil féodal fait sur lui un poids mort où il n’y a plus de justification morale. Il est abandonné de ses maîtres, de ses chefs. Il reste avec son curé pour croupir avec lui. La noblesse de responsabilité féodale est morte et remplacée par une noblesse de service qui déserte ses châteaux et arrive à la ville par la Cour. Elle va désapprendre cette puissante et complète culture du corps qu’était l’apprentissage chevaleresque. Elle n’en saisit plus que l’ombre dans ses manèges et ses salles d’armes. Les armes à feu apparaissent qui tuent le chevalier comme la machine à vapeur va tuer l’artisan. Sous les dernières armures, le corps se rabougrit. La guerre devient une industrie qui confond les hommes dans les régiments comme les autres industries les confondent dans leurs manufactures. Les couvents émigrent aussi à la ville. L’homme devient sale ; on ferme les étuves du Moyen Âge. Il va se couvrir de perruques et de dentelles ; la femme mettra un corset. L’un et l’autre se juchent sur des talons. On commence à parler de la nature, c’est qu’on en est loin ; on en parle d’une façon lointaine, nostalgique, divagante. Dès le XVIème siècle apparaît l’apologie du bon sauvage. On ne voit pas que le lien de l’homme avec la nature est dans son corps. On commence à ne plus voir dans le corps qu’un terme d’opposition abstraite avec l’âme. Le corps, qui est devenu un objet esthétique et érotique, cesse d’être cette source fraîche et spirituelle qu’il a été pendant le Moyen Âge.
René Guénon, Orient et Occident (Page 19)
La civilisation occidentale apparaît dans l’histoire comme une anomalie : parmi toutes celles qui nous sont connues plus ou moins complètement, cette civilisation est la seule qui se soit développée dans un sens purement matériel, et ce développement monstrueux, dont le début coïncide avec ce qu’on est convenu d’appeler la Renaissance a été accompagné, comme il devait l’être fatalement, d’une régression intellectuelle correspondante ; nous ne disons pas équivalente, car il s’agit de deux ordre de choses entre lesquels il ne saurait y avoir aucune commune mesure. Cette régression en est arrivée à un tel point que les Occidentaux d’aujourd’hui ne savent plus ce que peut-être l’intellectualité pure, qu’ils ne soupçonnent même pas que rien de tel puisse exister : de là leur dédain, non seulement pour les civilisations orientales, mais même pour le Moyen Age européen, dont l’esprit ne leur échappe guère moins complètement.
Louis-Ferdinand Céline, Bagatelles pour un massacre
Depuis la Renaissance l’on tend à travailler de plus en plus passionnément pour l’avènement du Royaume des Sciences et du Robot social. Le plus dépouillé… le plus objectif des langages c’est le parfait journalistique objectif langage Robot… Nous y sommes… Plus besoin d’avoir une âme en face des trous pour s’exprimer humainement… Que des volumes ! des arêtes ! des pans ! et de la publicité !… et n’importe quelle baliverne robotique triomphe ! Nous y sommes… La Renaissance avait splendidement préparé, par son fanatisme enjuivé, son culte pré-scientifique cette évolution puante vers toutes les bassesses. Cette promotion catastrophique de tous les châtrés du monde à la royauté des Arts… Le naturalisme, ce manifeste culturel de « garçons de laboratoires francs-maçons », foutaise encore plus ligotée, plus enferrée de Positivisme, que la Renaissance a porté la même gigantesque sottise, le même calamiteux préjugé à l’ultime puissance en fariboles. Le truc n’est pas tombé dans l’oreille d’un Juif sourd… Les Juifs, stériles, fats, ravageurs, monstrueusement mégalomaniaques, pourceaux, achèvent à présent, en pleine forme, sous le même étendard, leur conquête du monde l’écrasement monstrueux, l’avilissement, annihilement systématique et total, de nos plus naturelles émotions de tous nos arts essentiels, intinctifs, musique, peinture, poésie, théâtre… Remplacer l’émotion aryenne par le tam-tam nègre. Ça n’allait déjà pas très fort dans le Royaume des Beaux-Arts, depuis la Renaissance, ce grand triomphe du « chantez-faux »! Nous allions, tout désemparés, copieusement enjuivés, négrifiés déjà, de salsifis en fausses lanternes, mais à présent nous basculons définitivement dans la merde, nous voici tombés, déchus au sous-rang dessous-prousteries, dans l’invertébré, l’insensible à force de bourgètes analyses, de discipleries, d’objectivisme désinvolte, de « plus près des faits et des causes », de scientificologie émasculante, de jacasseries effrontées, de scénarios superbranleurs, à l’immense débâcle spirituelle, organique, aux grandes averses de mufleries, à l’écroulement confusionniste, au déluge juif, communisard, prédicant, à l’arche juive, la prison juive, c’est-à-dire tout prêts à flotter sur l’océan des meurtres juifs. Le Ranz des Robots… Vous n’entendez rien, Monsieur l’Evêque Turpin ? Non ! Non ! Ce sont des âmes qui passent dans les airs sur ces vapeurs de flammes… L’immense astuce des Juifs consiste à enlever progressivement aux foules à standardiser tout goût pour l’authentique et puis aux artistes autochtones toute possibilité d’exprimer, de communiquer leur sensibilité à leurs frères de race, de réveiller chez eux quelque authentique émotion. Les Juifs ont inverti le goût des blancs, à ce point, si profondément, que les Français préfèrent à présent le faux à l’authentique, la grimace à la sensibilité, à l’émotion directe le mimétisme imbécile. Les temps ne sont pas éloignés où les Français rougiront de Couperin. La musique moderne n’est qu’un tam-tam en transition… C’est le nègre juif qui nous tâte pour savoir à quel point nous sommes dégénérés et pourris, notre sensibilité aryenne négrifiée… Alors tous les nègres juifs, nous ayant robotisés, nous refileront uniquement des camelotes de traite, stakhano visées, bien assez bonnes pour nos sales viandes d’esclaves. À partir de ce moment, de la parfaite réalisation de tous ces grands desseins, les Juifs pourront jouir tout à fait tranquilles de leur omnipotence. Ils tiendront le monde entier, par la police et par l’or, en esclavage absolu. Nous reviendrons aux grands pharaons juifs. Nous ne serons plus sous les pieds des Juifs qu’une intense pullulation de bêtes butées, bâtées de pancartes.
Guy Debord, La Société du spectacle
La possession nouvelle de la vie historique, la Renaissance qui trouve dans l’Antiquité son passé et son droit, porte en elle la rupture joyeuse avec l’éternité. Son temps irréversible est celui de l’accumulation infinie des connaissances, et la conscience historique issue de l’expérience des communautés démocratiques et des forces qui les ruinent va reprendre, avec Machiavel, le raisonnement sur le pouvoir désacralisé, dire l’indicible de l’État. Dans la vie exubérante des cités italiennes, dans l’art des fêtes, la vie se connaît comme une jouissance du passage du temps. Mais cette jouissance du passage devait être elle-même passagère. La chanson de Laurent de Médicis, que Burckhardt considère comme l’expression de « l’esprit même de la Renaissance », est l’éloge que cette fragile fête de l’histoire a prononcé sur elle-même : « Comme elle est belle, la jeunesse, qui s’en va si vite. »
Alexis Carrel, L’homme, cet inconnu (Pages 353-354)
La société moderne a souffert dès son origine d’une faute intellectuelle. Faute que nous avons répétée sans cesse depuis la Renaissance. La technologie a construit l’homme, non pas suivant l’esprit de la science, mais suivant des conceptions métaphysiques erronées. Le moment est venu d’abandonner ces doctrines. Nous devons briser les barrières qui ont été élevées entre les propriétés des objets. C’est en une mauvaise interprétation d’une idée géniale de Galilée que consiste l’erreur dont nous souffrons aujourd’hui. Galilée distingua, comme on le sait, les qualités primaires des choses, dimensions et poids, qui sont susceptibles d’être mesurées, de leurs qualités secondaires, forme, couleur, odeur, qui ne sont pas mesurables. Le quantitatif fut séparé du qualitatif. Le quantitatif, exprimé en langage mathématique, nous apporta la science. Le qualitatif fut négligé. L’abstraction des qualités primaires des objets était légitime. Mais l’oubli des qualités secondaires ne l’était pas. Il eut des conséquences graves pour nous. Car, chez l’homme, ce qui ne se mesure pas est plus important que ce qui se mesure. L’existence de la pensée est aussi fondamentale que celle des équilibres physico-chimiques du sérum sanguin. La séparation du qualitatif et du quantitatif fut rendue plus profonde encore quand Descartes créa le dualisme du corps et de l’âme. Dès lors, les manifestations de l’esprit devinrent inexplicables. Le matériel fut définitivement isolé du spirituel. La structure organique et les mécanismes physiologiques prirent une réalité beaucoup plus grande que le plaisir, la douleur, la beauté. Cette erreur engagea notre civilisation sur la route qui conduisit la science à son triomphe, et l’homme à sa déchéance.
Alphonse de Châteaubriant, La Gerbe des forces (Pages 134-135)
La société du moyen âge fut fondée sur le Chrétien, un Chrétien à l’avènement duquel travaillaient les Jean de Fidanza, et dont nous n’avons plus l’idée. Mais à mesure que le Chrétien évolua, sous l’influence des Roger Bacon, il passa de l’âme à l’esprit et à la chair, la société évolua tout entière. Sous prétexte de découverte, on arracha l’esprit à ses sources ; on déplanta l’homme du cœur de Dieu, on le mit nu, et on lui dit : « Va-t’en tout seul. » Et l’homme fut nu ; et ce fut la Renaissance. Alors une tout autre société fit son apparition, fondée sur cet homme que l’on a appelé l’homme de la Renaissance. Entre ces deux hommes, le Chrétien et l’homme de la Renaissance, se mesure un abime : le premier prenait toute sa force en Dieu ; le second chercha toute sa force en l’homme. Aujourd’hui, cet homme, cet individu de la Renaissance, de diminution en diminution, de suppression en suppression, de chute en chute, ne présente plus au bout de son évolution, qu’une cendre, impersonnelle, sans identité et sans substance.
Alain Pascal, La Renaissance, cette imposture
Niant à son tour la Vérité révélée par le Fils, l’Homme de la Renaissance à commis le péché originel, puis à affirmé que l’individu était source de vérité. Le critère du rationnel et du réel a été transféré de la Tradition (la transmission de la Vérité) à l’individu. Depuis la Renaissance, le réel n’est plus donné par Dieu (un objet de Science) mais se limite à ce qui est perçu et vérifiable par l’individu (un subjectivisme limité à l’apparence et à l’intellect). En un mot, l’épistémologie est passée du réalisme et du rationalisme scolastique à la double hérésie condamnée dès le XIème siècle par la tradition chrétienne, le nominalisme et l’empirisme, deux hérésies gnostiques et orientales qui sont ainsi résurgentes et victorieuses par la faute de la Renaissance.
Abbé Julio Meinvielle, Les juifs dans le mystère de l’histoire
La Renaissance et le protestantisme ouvrent une brèche dans le solide édifice de la chrétienté, par où s’introduit le juif. De là-dedans, le juif va employer sa persévérance et sa ténacité séculaires, avec son astuce et son hypocrisie pour réaliser son rêve, séculaire aussi, de détruire le christianisme et d’établir l’empire judaïque universel.
Louis-Ferdinand Céline, L’École des cadavres
Éperdus de matérialisme, passionnés de « choses », de luxe, de pondérable, de raisonnable, de bouffable, de roulable, de vendable, de ventrable, la matière nous a muflisés, avilis, banalisés, ahuris, affadis, asservis à en dégueuler de nous connaître. Spirituellement, nous sommes retombés à zéro, atterrants, ennuyeux à périr. Tous nos Arts le prouvent. Depuis la Renaissance, si mécanisante, nous rabâchons à peu près, avec quelques futiles variantes, les mêmes éculeries sentimentales (nos dites éternelles valeurs sentimentales !) Amour ! Re-Amour ! Pas d’Amour ! Plus d’Amour ! La rage du cul sous toutes ses formes : Jalousies… Caresses… Tendresse… Tristesse… sempiternellement… La hantise « charnaîle », toute la bandocherie si banalement éjaculatoire travestie mystique ! La dégueulasserie même ? notre âme ! Toute notre fierté spirituelle ? L’Amour !… Plus d’amour ! Re-encore de l’Amour ! Éperdus d’Amour ! Sans jamais nous lasser, sans même plus y penser, sans y croire. Obscènes, grotesques sans le savoir, très pompeusement, machinalement.
Christophe Lacroix, Ripostes au politiquement correct
Après les épreuves de la Guerre de cent ans, commencera l’ère de la trinité infernale de notre déclin, à savoir les 3 R : la Renaissance, la Réforme et la Révolution. Ces fameux 3 R sont la marque de la révolte, du refus, du rejet, du ressentiment de l’homme face à Dieu, de la créature face à son créateur. Ces trois évènements théologico-politico-historiques forment comme des repères, et sont autant de ruptures, de cassures, et de fractures dans la longue durée de l’histoire humaine.
Simone Weil, L’Enracinement (Page 1187)
Depuis la Renaissance – plus exactement, depuis la deuxième moitié de la Renaissance – la conception même de la science est celle d’une étude dont l’objet est placé hors du bien et du mal, surtout hors du bien, considéré sans aucune relation au bien. La science n’étudie que les faits comme tels, et les mathématiciens eux-mêmes regardent les relations mathématiques comme des faits de l’esprit. Les faits, la force, la matière, isolés, considérés en eux-mêmes, sans relation avec rien d’autre, il n’y a rien là qu’une pensée humaine puisse aimer.
Marquis de La Tour du Pin, La Question juive et la Révolution sociale
De même qu’un homme fort et armé peut vivre dans le voisinage d’un ennemi sans en être molesté, s’il s’en fait à la fois craindre et respecter, de même la cité chrétienne put vivre pendant des siècles au contact de la cité juive, sans trop en souffrir. Mais vint l’affaiblissement de l’esprit chrétien au siècle de la Renaissance, et aussitôt on vit éclater l’œuvre du judaïsme dans toute sa force destructive. Ce fut d’abord la religion qui reçut ses assauts : j’en laisse la description à un Juif de haute marque, Darmstetter, qui professait au compte de l’Etat, bien entendu, dans nos écoles. « Le Juif est le docteur de l’incrédule. Tous les révoltés de l’esprit viennent à lui dans l’ombre ou à ciel ouvert. Il est à l’œuvre dans l’immense atelier de blasphèmes du grand Empereur Frédéric et des Princes de Souabe ou d’Aragon. C’est lui qui forge tout cet arsenal meurtrier de raisonnements et d’ironie qu’il léguera aux sceptiques de la Renaissance, aux libertins du grand siècle. Le sarcasme de Voltaire n’est que le dernier et retentissant écho d’un mot murmuré six siècles auparavant dans l’ombre du Ghetto, et plus tôt encore, au temps de Celse et d’Origène, au berceau même de la religion du Christ ».
Jean Guiraud, L’Église et les Origines de la Renaissance (Page 305)
Au XVème siècle comme aujourd’hui, les moines furent attaqués par les humanistes de la Renaissance, parce qu’ils représentaient l’idéal chrétien du renoncement. Les humanistes poussaient l’individualisme jusqu’à l’égoïsme ; par leur vœu d’obéissance et de stabilité, les moines le combattaient et le supprimaient. Les humanistes exaltaient l’orgueil de l’esprit ; les moines exaltaient l’humilité et l’abjection volontaires. Les humanistes glorifiaient la richesse : les moines faisaient vœu de pauvreté. Les humanistes, enfin, légitimaient le plaisir sensuel; les moines mortifiaient leur chair par la pénitence et la chasteté. La Renaissance païenne sentit si bien cette opposition qu’elle s’acharna contre les Ordres religieux avec autant de haine que nos sectaires modernes. Plus une observance religieuse était rigoureuse, plus elle excitait les colères de l’humanisme.
Pierre Drieu la Rochelle, Notes pour comprendre le siècle (Page 7)
Cette absurde notion de Renaissance est venue tout fausser. La vraie Renaissance, c’est tout le Moyen Âge à partir du XIème siècle, à partir du moment où il s’est dégagé du chaos post-carolingien. L’art roman, n’est-ce pas déjà la Renaissance ? La Renaissance, telle que nous la comprenons, n’est qu’un rebondissement et par bien des côtés un déclin du formidable mouvement de vie et de création qui se développe sans arrêt aussitôt que l’Européen peut souffler après les invasions (qui se prolongent tard, car après les invasions germaniques, c’est l’arabe, puis la normande et la hongroise, puis la turque qui rebondit jusqu’au XVII e siècle. Rarement l’homme a le temps de souffler).
Bibliographie
- Alain Pascal, La Renaissance, cette imposture
Alexandre Soljenitsyne, Le Déclin du courage