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Naturalisme

Défense du foyer n°42 (Novembre 1962)

C’est bien là l’illusion foncière du naturalisme qui, refusant d’admettre que Dieu ait jamais pu appeler l’homme à partager son propre bonheur, n’admet pas davantage que la révolte de l’homme contre son Créateur ait pu entraîner la déchéance et la rupture de l’équilibre de sa nature. Pour le naturalisme, la condition actuelle de l’homme est sa condition normale : l’homme est le seul artisan de son bonheur, limité à la vie présente. On comprend, dans cette perspective, que l’homme soit invité à oublier sa honte instinctive et à rejeter, quand la saison ne l’oblige pas à se protéger du froid, les vêtements qui sont comme les témoins de sa déchéance.

1 Corinthiens II, 14

Mais l’homme naturel ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c’est par l’Esprit qu’on en juge.

Père Emmanuel, Le naturalisme

Nous voudrions savoir si les docteurs du naturalisme croient à leur parole, ou s’ils n’y croient pas ? Nous appelons croire à sa parole, être prêt à se faire tuer pour elle, comme les Apôtres et les martyrs de notre sainte religion. Nous demanderions aussi aux docteurs du naturalisme, si ce qu’ils appellent religion naturelle, morale naturelle, a été pratiqué quelque part, et est pratiqué encore par quelque fraction de l’humanité ? Et dans quel lieu ? Et par qui ? […] Les docteurs du naturalisme trouvent qu’il y a du bon dans notre décalogue, surtout dans les commandements de la seconde table. S’ils pouvaient briser la première, la cacher à tout jamais, et dire que la seconde est à eux : ils croiraient avoir fait beaucoup pour le système. Mais ils ne sauraient faire cela ; le décalogue est antérieur au naturalisme. Le décalogue est, en un sens, très naturel parce qu’il règle au mieux les devoirs de la nature : mais il est, en somme, tout surnaturel, ayant été enseigné de Dieu à Adam, puis à Moïse. Le naturalisme peut faire au décalogue des emprunts, même très larges. Il lui manque une grande chose : l’autorité pour nous parler.

Dom Guéranger, Jésus-Christ roi de l’histoire

Qu’il y ait une complète bonne foi chez la plupart de nos naturalistes chrétiens, je n’aurai garde de le nier. Beaucoup d’entre eux ne sont tels que parce qu’ils ont vécu au milieu des idées païennes qui nous obsèdent de toutes parts. Se trouvant sans guide, ils se sont faits à eux-mêmes leur synthèse chrétienne, sans s’apercevoir qu’ils y laissaient entrer plus d’une idée contradictoire. Généralement, on se met peu en peine d’aller demander la formule chrétienne à la théologie, on suppléer à l’étude de la foi par quelques lambeaux pris çà et là, par quelques réminiscences vagues, et l’intuition fait le reste.

Père Emmanuel, Le naturalisme

Que sait donc faire le naturalisme ? Une seule chose, il flatte la nature. Et pour cela il se met lui-même dans une position qui n’est pas flatteuse. Tout d’abord il se divise. Ce n’est pas une preuve de force. Il se divise en naturalisme spiritualiste, et en naturalisme matérialiste. Le naturalisme matérialiste n’est pas, à vrai dire, un système : c’est une brutale négation. Mais voyez, dans cette négation même, une logique formidable. Le naturalisme a nié l’ordre surnaturel, se contentant de la nature : et, par suite, il est amené à nier l’âme humaine, se contentant d’être corps, chair et sang. Voyons avec le naturalisme spiritualiste, qui veut bien reconnaître l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme. L’immortalité de l’âme emporte avec elle l’alternative des récompenses ou des châtiments dans la vie future. Le naturalisme spiritualiste nous accorde cette vérité. À quoi nous ajoutons : Si l’âme doit un jour être ainsi heureuse ou malheureuse, que deviendra le corps ? Sera-t-il, ou ne sera-t-il pas participant de l’état heureux ou malheureux de l’âme ? S’il dit que le corps ressuscitera, le voilà pris en flagrant délit : car il transporte à la nature ce qui est de l’ordre surnaturel. Mourir, c’est naturel : mais ressusciter est surnaturel. Si le surnaturel est indispensable à la fin, pourquoi l’avoir repoussé au commencement ? Si, d’autre part, le naturalisme a une horreur persistante pour le surnaturel, et qu’il dise : non, le corps ne ressuscitera pas, le système tombe alors dans deux grands inconvénients. Le premier, c’est de détruire la morale, qui prescrit des devoirs dans lesquels le corps a sa part : car si le corps n’a rien à attendre après la vie présente, pourquoi n’en jouirait-il pas à sa manière, quoiqu’en dise la morale ? Le second inconvénient, c’est qu’en vouant le corps au néant, le système détruit la nature. Et voilà comment le naturalisme, après avoir repoussé la grâce, arrive inévitablement à la destruction de la nature. »

Louis Le Carpentier, Catholique et fasciste toujours (Page 43) « Il est de dogme de tenir la grâce comme unique moyen d’accéder à la vision béatifique : « La vie éternelle est une grâce du Très-Haut » (Rm, 6, 23). Et cela peut être démontré comme suit : la vision béatifique est nécessairement surnaturelle, puisque son objet est Dieu, et que la nature de Dieu est surnaturelle, c’est-à-dire au-delà de toute nature (créée). Or un moyen est toujours proportionné à la fin pour laquelle il est moyen. Donc l’unique moyen pour une créature d’accéder à la vision béatifique est la surnature en tant qu’elle est lui est communiquée, c’est-à-dire la grâce. Et ainsi, la seule pratique de la vertu naturelle ne permet pas d’accéder à la vision béatifique, précisément parce qu’elle est naturelle alors que la vision béatifique est surnaturelle.

Pape Léon XIII, Humanum genus

Il s’agit pour les francs-maçons, et tous leurs efforts tendent à ce but, il s’agit de détruire de fond en comble toute la discipline religieuse et sociale qui est née des institutions chrétiennes et de lui en substituer une nouvelle façonnée à leurs idées et dont les principes fondamentaux et les lois sont empruntées au naturalisme. […] Or, le premier principe des naturalistes, c’est qu’en toutes choses, la nature ou la raison humaine doit être maîtresse et souveraine. Cela posé, il s’agit des devoirs envers Dieu, ou bien ils en font peu de cas, ou ils en altère l’essence par des opinions vagues et des sentiments erronés. Ils nient que Dieu soit l’auteur d’aucune révélation. Pour eux, en dehors de ce que peut comprendre la raison humaine, il n’y a ni dogme religieux, ni vérité, ni maître en la parole de qui, au nom de son mandat officiel d’enseignement, on doive avoir foi. Or, comme la mission tout à fait propre et spéciale de l’Église catholique consiste à recevoir dans leur plénitude et à garder dans une pureté incorruptible, les doctrines révélées de Dieu, aussi bien que l’autorité établie pour les enseigner avec les autres secours donnés du ciel en vue de sauver les hommes, c’est contre elle que les adversaires déploient le plus d’acharnement et dirigent leurs plus violentes attaques.

Jean Ousset, Pour qu’Il règne

Le naturalisme nie qu’il y ait des dogmes et qu’il puisse y en avoir : c’est une répulsion de la nature à l’égard de l’ordre surnaturel et révélé. C’est la révolte de Satan contre le Fils de Dieu, le non serviam satanique.

R.P. Matteo Liberatore, L’Église et l’État dans leurs rapports mutuels (Pages 151-152)

Privé de la lumière et de la grâce dont Jésus-Christ est l’auteur et le dispensateur, l’homme individuel ne possède ni ne pratique les vertus surnaturelles qui le poseraient dans l’amitié de Dieu et il n’acquiert pas non plus les mérites qui pourraient seuls lui assurer la félicité et la gloire de l’autre vie. Le naturalisme est pour les particuliers la route certaine de l’enfer. Et quant aux sociétés, en rejetant le joug légitime et glorieux de celui à qui le Père céleste a donné toutes les nations en apanage, elles deviennent la proie de toutes les ambitions, de toutes les cupidités, de tous les caprices de leurs maîtres d’un jour, et passant sans cesse de la rébellion à la servitude, de la licence à la tyrannie, elles ne tardent pas à perdre avec l’honneur chrétien et la liberté chrétienne tout honneur et toute liberté.

R. P. Albert Maria Weiss, Sagesse pratique

« Les livres ont leur sort, » disaient déjà les anciens. Ce sort est proportionné au degré de culture des hommes. Pour le barbare, un livre n’est qu’une somme de signes incompréhensibles. Ces signes lui semblent mystérieux et bizarres, mais il ne comprend pas comment ils pourraient lui dire quelque chose. Pour celui qui sait lire, ces caractères ont un langage multiple. Ce qui toutefois ne veut pas dire qu’il le comprenne entièrement. Pour qu’un livre, avec tout ce qu’il contient, pénètre un lecteur, l’instruise, l’améliore, le transporte d’admiration, il faut que ce lecteur soit passé maître dans les matières qu’il renferme, ou du moins qu’il s’efforce de le devenir. « L’insensé lit, le sage lit ; Mais bien différent est leur sort. Le sage s’élève à la lumière, Le fou ne fait que tourner sur lui-même. » Le plus grand, le plus riche, le plus artistique de tous les livres, c’est le monde, ce livre écrit par la main de Dieu, et dont les créatures sans nombre sont les lettres. Celui qui n’a pas suffisamment exercé son intelligence pour pouvoir lire dans ce livre, ne voit que les caractères qui le forment ; mais il ne comprend pas leur sens. Sans doute, le naturaliste et l’artiste vulgaires lisent couramment dans ce livre ; ils comprennent même les lois d’après lesquelles sont formulés les principes particuliers qu’il contient ; mais ils ne vont pas jusqu’à comprendre l’œuvre dans son ensemble. De même, le philologue à cheveux blancs ne voit dans Homère que des applications grammaticales ; mais ce que la poésie a de grandiose disparaît derrière la lettre. Bien rares, en effet, sont ceux qui ont l’esprit assez libre et assez puissant pour s’élever du vers à l’ensemble, des détails à la grande pensée que le poète a voulu exprimer dans son œuvre. Il en est de même pour cet admirable poème de Dieu, qui s’appelle l’univers. Celui-là seul le comprend, qui a l’intelligence assez élevée et assez dégagée pour le pénétrer. Tandis qu’il contemple cette œuvre magnifique, une voix intérieure lui dit quel être merveilleux en est le créateur. C’est ainsi que, de la beauté du monde, il s’élève à cette source de la beauté d’où découle toute beauté perceptible, et qu’il s’écrie avec le poète : « L’œil contemple l’éclat du soleil et le scintillement des étoiles. Il parcourt l’immensité des flots, et s’arrête sur les glaciers étincelants Dans chaque rayon de lumière, l’esprit voit un reflet mystérieux de cet être, source de toute lumière, qui règne éternellement dans le ciel.

Jean Daujat, La face interne de l’histoire (Pages 39-40)

Pour les anges comme pour nous, le don d’amour de Dieu n’est pas possible sans une libre adhésion d’amour. Mais parce que l’ange est purement spirituel, à l’instant de la mort, sa liberté s’engage totalement et donc définitivement et irrévocablement dans une décision dont elle ne se repentira jamais et dans laquelle elle persévérera toujours. Une partie des anges a adhéré à Dieu par amour de tout leur être et de toute leur liberté et ils sont entrés immédiatement dans la vision de Dieu en pleine lumière et la Joie éternelle. Mais d’autres, que nous appelons les démons, ont refusé la vie surnaturelle et sont entrés par là dans une séparation de Dieu définitive. Le motif de ce refus est le naturalisme : ils ont mis toute leur complaisance dans la haute perfection spirituelle de leur nature angélique au point de ne vouloir qu’elle, de vouloir tout trouver en elle et tout tirer d’elle, et de refuser une destinée surnaturelle ne provenant pas de leur nature angélique et qu’il fallait recevoir de Dieu comme un pur don. La source d’un tel naturalisme est l’orgueil, c’est-à-dire la volonté d’indépendance absolue : ils ont voulu ne dépendre que d’eux-mêmes en n’ayant que ce qu’ils avaient par eux-mêmes et en refusant de recevoir. Ils ont voulu être pareils à Dieu dans son indépendance absolue qui ne reçoit rien de personne parce qu’Il a tout par Lui-même, mais en voulant ainsi être pareils à Dieu dans la seule chose de Dieu qui soit incommunicable, ils se sont privés d’être réellement pareils à Dieu par la grâce leur communiquant la nature divine mais qu’il fallait recevoir de Dieu comme un don.

Adrien Arcand, Du communisme au mondialisme

Ce fut, avec et à la suite des encyclopédistes, une ruée dans l’étude de la nature et de ses manifestations ; mais il fallait, suivant les sacro-saints « principes », prendre bien garde de revenir à l’idée du Dieu personnel détrôné. L’homme ne pouvant altérer les lois qu’il découvrait, restant toujours prisonnier des bornes fixées à sa nature physique, la raison perdit sa lettre majuscule et la Nature, la Providence nouvelle, s’affubla du signe capital ; elle devint le dieu, la religion, la foi des temps modernes. Les grands « penseurs », mus avant tout par la détermination de prouver l’inexistence de Celui que les peuples avaient reconnu, durent fabriquer des divinités synthétiques. C’est par la Nature qu’il fallait tout expliquer. Ses lois étaient immuables et bonnes : l’homme qui en était issu était nécessairement bon. Jean-Jacques Rousseau, l’un des conspirateurs qui avait aussi juré « d’écraser l’Infâme », avait posé l’axiome : « L’homme naît bon, c’est la société qui le corrompt » ; point ne lui souciait d’expliquer comment une société d’hommes essentiellement bons puisse devenir corruptrice de ces mêmes hommes. Il fallait prouver l’erreur d’un christianisme enseignant que « l’homme naît entaché du péché originel, accablé de penchants mauvais et de concupiscences nécessitant des disciplines et des restrictions », c’est-à-dire la limitation de la liberté. Abandonnant les spéculations spirituelles, métaphysiques et intellectuelles qui avaient fait la gloire même des civilisations païennes, nos chercheurs, doués de grands talents, se précipitèrent dans tous les domaines du monde matériel : cosmogonie, physique, chimie, botanique, zoologie, géologie, physiologie. Chaque jour leur apporta des extases, non pas devant la grandeur du Créateur mais devant l’énormité de leur ignorance qui avait pris tant de siècles à faire de simples constatations ; la trouvaille heureuse d’un chercheur lui donnait presque la stature d’un dieu et son nom était exalté au septième ciel ; qu’une substance, qu’un principe, qu’une étoile jusqu’alors inconnue faute de télescope assez puissant, qu’une loi mécanique fût constatée, ce n’est plus au Créateur que l’homme le devait, mais bien à celui qui en apportait la nouvelle.

Pape Léon XIII, Humanum genus

En outre, la nature humaine ayant été violée par le péché originel, et à cause de cela, étant devenue beaucoup plus disposée au vice qu’à la vertu, l’honnêteté est absolument impossible si les mouvements désordonnés de l’âme ne sont pas réprimés et si les appétits n’obéissent pas à la raison. Dans ce conflit, il faut souvent mépriser les intérêts terrestres et se résoudre aux plus durs travaux et à la souffrance, pour que la raison victorieuse demeure en possession de sa principauté. Mais les naturalistes et les francs-maçons n’ajoutent aucune foi à la Révélation que Nous tenons de Dieu, nient que le père du genre humain ait péché et, par conséquent, que les forces du libre arbitre soient d’une façon  » débilitées ou inclinées vers le mal « . Tout au contraire, ils exagèrent la puissance et l’excellence de la nature et, mettant uniquement en elle le principe et la règle de la justice, ils ne peuvent même pas concevoir la nécessité de faire de constants efforts et de déployer un très grand courage pour comprimer les révoltes de la nature et pour imposer silence à ses appétits.

Bibliographie

  • R.P. Denis Fahey, La royauté du Christ et le naturalisme organisé
  • Père Emmanuel, Le naturalisme
  • Dom Prosper Guéranger, Essai sur le naturalisme contemporain