Pape Grégoire IX, Lettre à Saint Louis (21 octobre 1239)
Dieu, auquel obéissent les légions célestes, ayant établi ici-bas des royaumes différents suivant la diversité des langues et des climats, a conféré à un grand nombre de gouvernements des missions spéciales pour l’accomplissement de ses desseins. Et comme d’autrefois il préféra la tribu de Juda à celle des autres fils de Jacob, et comme il la gratifia de bénédictions spéciales, ainsi Il choisit la France de préférence à toutes les autres nations de la terre pour la protection de la foi catholique et pour la défense de la liberté religieuse. Pour ce motif, le royaume de France est le royaume de Dieu même, les ennemis de la France sont les ennemis du Christ. Pour ce motif, Dieu aime la France parce qu’il aime l’Église qui traverse les siècles et recrute les légions pour l’éternité. Dieu aime la France, qu’aucun effort n’a jamais pu détacher entièrement de la cause de Dieu. Dieu aime la France, où en aucun temps, la foi n’a perdu de sa vigueur, où les rois et les soldats n’ont jamais hésité à affronter les périls et à donner leur sang pour la conservation de la foi et de la liberté religieuse. La tribu de Juda était la figure anticipée du royaume de France. Aussi nous est-il manifeste que le Rédempteur a choisi le béni royaume de France, comme l’exécuteur spécial de ses divines volontés. Il le porte suspendu autour de ses reins, en guise de carquois ; il en tire ordinairement ses flèches d’élection quand avec l’arc de son bras tout puissant, Il veut défendre la liberté de l’Église et de la foi, broyer l’impiété et protéger la justice. Aussi tous nos saints prédécesseurs, dans leur détresse, n’ont pas manqué de réclamer un secours que les rois de France ne leur ont jamais refusé !
François-Josephat Moreau, Les forces morales du soldat chrétien (Pages 8-9)
La Patrie, pour le soldat chrétien, c’est la terre où Dieu l’a fait naître, qu’il commande au fidèle d’aimer. C’est le pays de ses pères, transformé et embelli par leurs travaux, vivifié et enrichi par leurs efforts, fécondé par leur sang, sanctifié par leurs tombeaux. La Patrie, pour le Français, c’est aussi la réunion de ces hommes de même race, de ces âmes d’éducation et d’aspirations identiques, soulevées par le même idéal, qui peuplent la France. La Patrie, enfin, c’est le passé avec ses traditions formées par l’intelligence, la volonté, le cœur des aïeux, c’est aussi le présent développant ces traditions, pour les transmettre à ceux qui, plus tard, les enrichiront à leur tour. C’est un tout vivant à travers les siècles, une chaîne qui part de Clovis pour se continuer tant que Dieu voudra, et qui attache le ciel à la terre, en reliant les vivants aux morts. La Patrie, en un mot, c’est, dans le passé, le présent et l’avenir, tout ce qui constitue la France, et contribue à sa croissance, à son développement, à sa grandeur. […] Pour pouvoir accomplir, ainsi qu’il convient, ces sacrifices, un peu comme au prêtre et au religieux, totalement dévoués à Dieu, il faut au soldat qui se donne à son pays une vocation. Il doit, à travers celui de la France, entendre l’appel de Dieu : cela seul le mettra à la hauteur de sa noble mission. Il ne séparera pas la partie active de sa vie militaire de la morale qui la guide, et, seule, la rend possible. Même s’il ne peut arriver à réaliser entièrement son idéal, le soldat ne se décourage pas : ce qu’il peut faire, il l’accomplit comme la part que Dieu lui a destinée dans l’œuvre commune.
Pape Benoît XV, Lettre (15 juillet 1919)
Si la charité s’étend à tous les hommes, même à nos ennemis, elle veut que soient aimés par nous d’une manière particulière ceux qui nous sont unis par les liens d’une commune patrie.
Ptolémée de Lucques, De regimine Principum
L’amour de la patrie se soucie en effet des actions du peuple tout entier, comme aussi Dieu est la cause de la totalité des choses. […] Mais voyons plus en détail. L’amour de la patrie a son fondement dans la racine de la charité qui « fait passer les choses communes avant les biens propres, et non les propres avant les communes » comme l’explique saint Augustin quand il commente les paroles de l’apôtre Paul sur la charité. À juste titre la vertu de charité a préséance sur toutes les autres vertus, parce que le mérite de toute vertu dépend de la vertu de charité. Par conséquent, l’amour de la patrie mérite une place d’honneur, au-dessus de toutes les autres vertus.
Monseigneur Laflèche, Le patriotisme (Pages 10-11)
Le patriotisme est un de ces sentiments que l’auteur de la nature a gravés lui-même en traits de feu dans le fond de l’âme humaine. C’est ce sentiment qui fait les héros et qui donne à l’homme ce courage indomptable qui le rend plus fort que la mort. […] Mais c’est chez l’homme civilisé, et surtout chez le véritable chrétien que ce grand et noble sentiment est admirable. Qu’il nous suffise de dire que c’est ce qui rend l’homme au cœur généreux capable des plus grands dévouements et des plus grands sacrifices ; c’est ce qui le rend inébranlable en face de la mort ; que dis-je ? C’est ce qui la lui fait même rechercher avec ardeur quand il s’agit du salut de son pays. Aussi la religion est-elle toujours inséparable du véritable patriotisme. L’homme vraiment digne du nom de patriote aime sa patrie terrestre, parce qu’elle est pour lui un avant-goût de la patrie céleste ; il la sert fidèlement et fait de bon cœur pour elle le sacrifice de ses biens et de sa vie, s’il le faut, parce qu’il sait que cette fidélité et ces sacrifices l’honorent devant les hommes, et sont devant Dieu parmi ses plus beaux titres à la possession de l’éternelle patrie.
Cardinal Pacelli, Interview pour l’Écho de Paris (1935)
Vos prêtres sont véritablement de bons pasteurs et véritablement votre pays est un grand pays. Il a rendu et il rendra encore d’immenses services à l’Église. La France demeure pour notre cœur, en dehors de toute formule conventionnelle, la fille aînée de l’Église […] Nous sommes heureux de voir l’attachement vraiment chrétien et élevé que portent les Français à leur belle patrie.
Monseigneur Claude-Henri-Augustin Plantier, Discours prononcé à la Maison de l’Assomption (1868)
Vers le commencement du cinquième siècle, un homme important de Calame, cité de la vieille Afrique, écrivait à l’illustre évêque d’Hippone : « Ce qu’il y a de force dans mon amour pour la patrie vous est connu ; je m’abstiens de vous le dire. C’est à lui seul qu’il est permis de dépasser l’amour de la famille. Je sens, chaque jour, avec la beauté de Calame qui grandit, mon affection pour elle qui augmente : autant mon âge se précipite vers le déclin, autant croît et s’enflamme mon désir de laisser mon pays intact et florissant. » Ainsi parlait Nectaire ; et voici ce qu’en un mot plein de poésie et de grandeur lui répondait Augustin : « Quoique vos membres se soient déjà refroidis au contact de la vieillesse, l’amour de la patrie a gardé, dites-vous, le même feu dans vos veines ; je ne m’en étonne pas, et je vous en félicite. Qu’ensuite vous vouliez, non seulement proclamer en principe, mais démontrer en fait, par vos mœurs et votre vie, que le dévouement à la patrie ne connaît ni exception ni terme dans les bons citoyens, c’est une assurance que j’accepte non seulement sans contestation, mais encore avec bonheur. »
L’abbé Stéphen Coubé, Jeanne d’Arc et la France
Le patriotisme est une vertu humaine et une vertu divine. Vertu humaine, il est inné dans tous les nobles cœurs. Comment en effet l’idée de patrie ne les séduirait-elle pas ? Elle est belle comme la gloire, elle est douce comme la caresse d’une mère, elle est fortifiante et génératrice d’énergie comme la brise des grands monts. Elle évoque les plus tendres cl les plus fiers souvenirs. La patrie, c’est la terre conquise par nos aïeux, arrosée de leurs sueurs et de leurs larmes et où ils dorment leur dernier sommeil; c’est la maison paternelle où grandissent les petits, espoir et tendresse de la race ; c’est la terre généreuse qui nous offre ses corbeilles de fleurs et de fruits ; c’est la forteresse qui nous met à l’abri de l’invasion étrangère. Le patriotisme est aussi une vertu divine, puisque Dieu nous en fait un devoir. Il nous ordonne d’aimer notre prochain, mais évidemment dans la mesure où celui-ci nous est proche. La première place, la plus intime dans notre affection, appartient à notre famille. Mais la seconde revient à la patrie, qui est comme l’onde élargie de la famille, la famille multipliée par les générations successives. L’humanité, composée des nations étrangères, vient après. Famille, patrie, humanité, ce sont comme trois cercles concentriques dont notre cœur occupe le centre ; l’amour que nous avons pour les êtres qui les peuplent, doit être en raison inverse du rayon qui nous en sépare.
Jacques-Bénigne Bossuet, Politique tirée de l’Écriture sainte (Livre I, Article 6)
Tout l’amour qu’on a pour soi-même, pour sa famille et pour ses amis, se réunit dans l’amour qu’on a pour sa patrie où notre bonheur et celui de nos familles et de nos amis est renfermé.
Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique
Les plus grands devoirs de l’homme sont, d’abord ceux qui l’obligent envers Dieu, ensuite ceux qui lient sa conscience à l’égard de ses parents et de sa patrie. Comme donc, la religion rend un culte à Dieu, ainsi la piété doit rendre un culte aux parents et à la patrie.
Pape Pie XII, Summi Pontificatus (Encyclique)
Et il n’est pas à craindre que la conscience de la fraternité universelle, inculquée par la doctrine chrétienne, et le sentiment qu’elle inspire, soient en opposition avec l’amour que chacun porte aux traditions et aux gloires de sa propre patrie, et empêchent d’en promouvoir la prospérité et les intérêts légitimes; car cette même doctrine enseigne que dans l’exercice de la charité il existe un ordre établi par Dieu, selon lequel il faut porter un amour plus intense et faire du bien de préférence à ceux à qui l’on est uni par des liens spéciaux. Le Divin Maître lui-même donna l’exemple de cette préférence envers sa terre et sa patrie en pleurant sur l’imminente destruction de la Cité sainte.
Docteur Henri Dauchez, La France repeuplée volontairement par les catholiques pratiquants
Si la France se dépeuple au lieu de s’accroître, la faute en est due à l’affaiblissement de la pratique religieuse, au relâchement du frein que celle-ci apporte aux passions. Nous croyons que les catholiques sincères pourront seuls refaire la race et la nation.
Pape Saint Pie X, Allocution à des pèlerins français (19 avril 1909)
Si le catholicisme était ennemi de la patrie, il ne serait plus une religion divine. Oui, elle est digne non seulement d’amour, mais de prédilection, la patrie dont le nom sacré éveille les plus chers souvenirs et fait tressaillir toutes les fibres de votre âme, cette terre commune où vous avez votre berceau, à laquelle vous rattachent les liens du sang et cette autre communauté plus nobles des affections et des traditions.
Cardinal Mercier, Lettre (1er janvier 1915)
Il n’y a point de parfait chrétien qui ne soit point un parfait patriote !
François Athanase Charette de La Contrie, Discours à ses officiers
Notre Patrie à nous, c’est nos villages, nos autels, nos tombeaux, tout ce que nos pères ont aimé avant nous. Notre Patrie, c’est notre Foi, notre Terre, notre Roi. Mais leur Patrie à eux, qu’est-ce que c’est ? Vous le comprenez, vous ? Ils veulent détruire les coutumes, l’ordre, la tradition. Alors, qu’est-ce que cette Patrie narguante du passé, sans fidélité, sans amour ? Cette Patrie de billebaude et d’irréligion ? Pour eux, la Patrie semble n’être qu’une idée, pour nous, elle est une terre. Ils l’ont dans le cerveau ; nous, nous l’avons sous les pieds, c’est plus solide ! Et il est vieux comme le diab’ leur monde qu’ils disent nouveau et qu’ils veulent fonder dans l’absence de Dieu. On nous dit que nous sommes les suppôts des vieilles superstitions… Faut rire ! Mais en face de ces démons qui renaissent de siècle en siècle, sommes une jeunesse, Messieurs ! Sommes la jeunesse de Dieu. La jeunesse de fidélité !
Révérend Père Janvier, De l’amour de la Patrie commandé par la Charité (Conférence)
Je parle maintenant aux chrétiens et je leur dis que leur amour pour Dieu leur impose la nécessité plus stricte d’aimer leur patrie et de donner à leur amour un caractère nettement religieux et nettement sacré. Il ne doivent pas voir seulement dans la patrie la portion de l’univers remuée par leurs ancêtres, destinée à leurs descendants et où eux-mêmes trouvent leur vie, mais encore le pays que Dieu leur a assigné et que l’on ne saurait dédaigner sans dédaigner le don de Dieu. Lorsque Jéhovah introduit les Israélites dans la Terre promise, il se plait à la louer pour la leur faire aimer, à l’appeler une terre grasse et féconde où ruissellent de tous côtés le lait et le miel. Ceux qui se permettent de dégoûter le peuple de cette terre bénie sont traités comme des ennemis de Jéhovah et condamnés au dernier supplice. Ceux qui la méprisent en sont exclus par Jéhovah et expirent misérablement dans le désert. C’est pourquoi les vrais fils d’Abraham ne séparent pas dans leur cœur l’amour de leur patrie de l’amour de Jéhovah. Loin de Jérusalem et du Jourdain, ils se sent pour ainsi dire loin de Dieu. Tout ce qu’ils font pour la prospérité de leur patrie, ils considèrent qu’ils le font pour Dieu.
Cardinal Feltin, Discours (20 avril 1956)
L’Église qui proclame que tous les hommes sont frères corrige l’interprétation erronée qu’on donne parfois à cette fraternité universelle. Elle déclare, en effet, que chacun doit aimer particulièrement ceux qui sont nés sur le même sol que lui, qui parlent la même langue, ont hérité des mêmes richesses historiques, artistiques, culturelles, qui constituent dans l’humanité cette communauté spéciale que nous appelons notre patrie, véritable mère, qui a contribué à former chacun de ses enfants. Elle a droit à un amour de préférence.
Serment du chevalier
Tu aimeras le pays où tu es né.
Pape Pie XII, Ad apostolorum principis (Encyclique)
C’est Notre devoir de rappeler à tous, encore une fois, que la doctrine catholique exhorte précisément les catholiques à nourrir un amour profond et sincère envers leur patrie, à rendre l’honneur qui leur est dû aux autorités civiles, étant sauf le droit divin naturel et positif, à leur apporter un concours généreux et actif dans toutes les entreprises qui contribuent au progrès vrai, pacifique et ordonné, à la prospérité véritable de la communauté nationale.
Étienne Gilson, Pour un ordre catholique (Page 23)
Un catholique français n’a pas d’autre patrie terrestre que la France.
Monseigneur Gaume, Traité du Saint-Esprit
Non seulement les dons du Saint-Esprit sont inséparables ; ils sont encore tellement permanents, qu’ils survivent même à la mort. Moyens nécessaires de sanctification dans l’exil, ils deviennent dans la patrie des sources de gloire et de béatitude.
Pape Pie XI, Ubi Arcano Dei (Encyclique)
Cet amour même de sa patrie et de sa race, source puissante de multiples vertus et d’actes d’héroïsme lorsqu’il est réglé par la loi chrétienne.
François-René de Chateaubriand, Génie du christianisme (Livre V, Chap. XIV)
Chez les peuples civilisés l’amour de la patrie a fait des prodiges. Dans les desseins de Dieu il y a toujours une suite ; il a fondé sur la nature l’affection pour le lieu natal, et l’animal partage en quelque degré cet instinct avec l’homme ; mais l’homme le pousse plus loin, et transforme en vertu ce qui n’était qu’un sentiment de convenance universelle : ainsi, les lois physiques et morales de l’univers se tiennent par une chaîne admirable. Nous doutons qu’il soit possible d’avoir une seule vraie vertu, un seul véritable talent, sans amour de la patrie.
Cardinal Pie, Discours pour la solennité de la réception des reliques de Saint Émilien
Il faut être de son pays : oui, et mille fois oui surtout quand ce pays c’est la France. Or, vous serez davantage de votre pays, Mes Frères, à mesure que vous serez plus chrétiens. Est-ce que la France n’est pas liée au christianisme par toutes ses fibres ? N’avez-vous pas lu, en tête de la première charte française, ces mots tant de fois répétés par l’héroïne d’Orléans: « Vive le Christ qui est roi des Francs » ? N’avez- vous pas lu le testament de saint Remi, le père de notre monarchie et de toutes ses races régnantes ? N’avez-vous pas lu les testaments de Charlemagne et de saint Louis, et ne vous souvenez-vous pas comment ils s’expriment concernant la sainte Église romaine et le vicaire de Jésus-Christ ? Le programme national de la France est là ; on est Français quand, à travers les vicissitudes des âges, on demeure fidèle à cet esprit. Les pharisiens, tristes citoyens, n’osèrent-ils pas un jour dénier à Jésus-Christ le sentiment patriotique ? « Mais c’étaient eux, reprend saint Ambroise, qui abdiquaient l’amour de la patrie, en se faisant les envieux de Jésus ». Je renvoie hardiment cette même réplique à tous les détracteurs de notre civisme. Les apostats de la France, ce sont les ennemis de Jésus-Christ. Quoi qu’on fasse, il n’y aura jamais de national en France que ce qui est chrétien.
Révérend Père Curci, Le paganisme ancien et le paganisme moderne (Page 211)
L’amour de la patrie est un sentiment légitime, naturel, qui ne peut rien avoir de répréhensible, et qui, au contraire, peut être digne de louange […] On voit donc que l’amour de la patrie n’est autre chose, enfin, qu’une ampliation de l’amour de la famille ; car les familles, en se groupant, forment les communes qui, par leur réunion, constituent les cantons, les arrondissements, les départements dont la totalité fait la nation, laquelle, sous l’administration de l’autorité, se nomme grand-duché, royaume, empire ou république. Donc, notre siècle est bien peu intelligent et moins encore conséquent, lorsque, après avoir emphatiquement prêché l’amour de la patrie, il emploie tous ses efforts pour affaiblir l’amour de la famille, sapant le patriotisme par sa base unique.
Abbé Louis Rouzic, Théologie de la guerre en dix-huit leçons (Pages 271-272)
En faisant les patries, Dieu les a rendues sacrées. Et ce n’est pas un amour platonique qu’Il exige pour elles […] En mourant pour sa patrie, le Christ a montré aux hommes jusqu’où ils doivent aimer leur patrie, jusqu’à la mort quelquefois. C’est l’appel de la patrie en temps de guerre […] Si la patrie nous demande un acte absolu, la mort, elle nous donne aussi un motif absolu, la volonté de Dieu.
Monseigneur Rau, Article dans la revue du séminaire de Mar del Plata (1952)
Nous sommes en présence d’un fait alarmant : le sens de la patrie s’affaiblit dans le monde entier. Comment nous étonner de ce phénomène ? Le sens de la patrie suppose l’existence du sens de la tradition vivante, le sens du sacré, et le sens de Dieu. Un monde qui se laïcise perd peu à peu tout sens de l’humain et du divin. Dans un monde qui dédaigne, ou même méprise, la mission sacrée du père de famille, qui ne valorise pas la paternité, image visible de la paternité de Dieu, peut-on parler de respect de la patrie ?
Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus
J’aime la France ma patrie, Je veux lui conserver la foi ; Je lui sacrifierai ma vie Et je combattrai pour mon roi.
Saint François de Sales, Oraison funèbre de Philippe-Emmanuel de Lorraine duc de Mercoeur (27 avril 1602)
Ah ! que les François sont braves quand ils ont Dieu de leur costé ! Qu’ils sont vaillans quand ils sont devots ! Qu’ils sont heureux à combattre les Infideles ! Leo qui omnibus insultat animalibus, solos pertimescit gallos, disent les naturalistes. C’est grand cas que la présence de ce capitaine françois ayt peu arrester la course des armes turquesques, et qu’à son aspect leur lune se soit esclipsée. Je m’en resjouys avec vous, ô France ! Et loué soit nostre Dieu, que de vostre arsenal soit sortie une espée si vaillante, et que l’empire soit venu à la queste d’un lieutenant-general à la cour de vostre grand roy, à qui c’est une grande gloire d’estre le plus grand guerrier d’un royaume, duquel sortent des princes qui au reste du monde sont estimés et tenus les premiers. Aussi plusieurs estiment que ce sera un de vos roys, ô France, qui donnera le dernier coup de la ruine à la secte de ce grand imposteur Mahomet.
Pape Léon XIII, Sapientiae Christianae (Encyclique)
La loi naturelle nous ordonne d’aimer d’un amour de prédilection et de dévouement le pays où nous sommes nés et où nous avons été élevés au point que le bon citoyen ne craint pas d’affronter la mort pour sa patrie […] L’amour surnaturel de l’Église et l’amour naturel de la patrie procèdent du même et éternel principe. Tous les deux ont Dieu pour auteur et pour cause première ; d’où il suit qu’il ne saurait y avoir entre les devoirs qu’ils imposent de répugnance ou de contradiction.
Abbé Lelièvre, Une voix de prêtre dans la mêlée (Page 115)
Parce qu’ils sont chrétiens, ils ont le devoir d’être patriotes.
Monseigneur Georges Chevrot
Combien se trompent ceux qui voient dans le patriotisme une vertu propre au temps de guerre ! Le dévouement à la patrie, s’il oblige occasionnellement à défendre par la force ses droits violés et à mourir pour la collectivité, consiste en tout temps à assurer la vie et la postérité des familles et de toutes les classes de la nation.
Déclaration du Comité Archiépiscopal de l’Action Catholique Française (28 janvier 1933)
L’Église a toujours enseigné que le patriotisme est un devoir, dont elle rattache les prescriptions au quatrième commandement de Dieu.
L’abbé Stéphen Coubé, Jeanne d’Arc et la France (Page 10)
Mais si la patrie est chère à tout homme de cœur et à tout chrétien, que doit-elle être quand elle s’appelle la France ! Ah ! La France, elle est si belle et si douce ! Je sais bien que la plupart des hommes en disent autant de leur pays, mais il reste à savoir si c’est avec autant de raison. En effet, si la grandeur d’un peuple s’estime au poids de l’honneur accumulé par ses aïeux, quel peuple peut offrir au monde un écrin de traditions et de souvenirs comparable à celui de la France ? Alors que les autres nations n’étaient encore que des tribus nomades errant dans les forets de la Germanie ou dans les steppes du Nord, elle était déjà, constituée et baptisée, elle avait ses saints, ses martyrs et ses grands hommes. Et, depuis lors, chaque génération n’a fait qu’enrichir ce patrimoine et déposer dans ses annales de nouveaux sédiments de gloire.
Joaquín Torres Asensio, Le droit des catholiques de se défendre
Une bouche divine a dit : Celui qui perdra sa vie pour moi, la retrouvera. En d’autres termes : celui qui meurt pour Dieu, gagne la vie éternelle. Or, suivant la doctrine commune, c’est sans aucun doute mourir pour Dieu que de donner sa vie pour la défense de la vertu, de la justice, de la religion, et même simplement pour la défense de la patrie, pourvu qu’on la consacre à la gloire de Dieu.
Saint Thomas d’Aquin
Parmi les œuvres de vertus, il semble que les plus parfaites sont celles qui ont pour but le bien public. Supposez donc qu’un autre bien en dehors de la foi puisse être la cause du martyr ; ne faut-il pas considérer comme martyrs ceux qui meurent pour la défense de la patrie ?
Monseigneur Tissier, La
La race de France fut le chef-d’œuvre de la morale chrétienne.
Frédéric de Valserres, Foi et Patrie
Voltaire a raison sur ce point : il existe un rapport intime entre la religion et le patriotisme, entre la dévotion et l’intrépidité. C’est à ces deux nobles sentiments étroitement unis que nous devons nos gloires militaires les plus pures et, si je puis le dire, les plus françaises ; ce sont eux qui forment les traits caractéristiques des grandes figures de Clovis, de Charlemagne, de saint Louis, de Jeanne d’Arc et de Bayard.
Père Pierre-Joseph de Clorivière, Études sur la révolution
Ceux-là mêmes qui ne savent pas faire usage du flambeau de la foi, mais qui conservent un véritable amour de la patrie et de saines notions de ce qui peut procurer son bonheur, ne peuvent manquer d’être frappés de l’irrémédiable état où la France est réduite depuis cet abandon du Christianisme. Qu’ils comprennent donc ainsi quel est le moyen tout à fait nécessaire et directement opposé au mal. Pour se défendre des ténèbres, il faut avoir recours à la lumière, pour éviter les séductions du mensonge, il faut se couvrir du bouclier de la vérité. Il faut donc se tourner vers la religion, connaître ses dogmes avec leur divine harmonie, leur merveilleux ensemble et leur excellence, pénétrer la pureté de sa morale, la magnificence de ses promesses et la terreur de ses menaces, la force invincible de ses preuves, la multitude de ses miracles et la certitude de ses prophéties. Il n’est point à craindre qu’un esprit investi de l’éblouissante lumière que jettent tous ces objets, puisse souffrir avec indifférence qu’on veuille les lui ravir, et il ne pourra voir sans frémir d’indignation en quelles ténèbres on voudrait nous replonger. Ce n’est pas assez d’éclairer l’esprit, il est nécessaire d’épurer le cœur, afin que l’esprit puisse recevoir et conserver la lumière. En général, toutes les inclinations perverses qui altèrent la pureté du cœur, altèrent la pénétration de l’esprit et l’offusquent ; c’est le privilège du cœur pur de voir dans toute sa splendeur la lumière de Dieu.
Pape Pie XII
On rencontre parfois des citoyens pris d’une sorte de crainte de se montrer particulièrement dévoués à la patrie, comme si l’amour envers son pays pouvait signifier nécessairement le mépris envers les autres pays, comme si le désir national de voir sa patrie belle, prospère à l’intérieur, estimée et respectée à l’étranger devait être inévitablement une cause d’aversion à l’égard d’autres peuples.
R. P. Édouard Hugon, Études sociales et psychologiques, ascétiques et mystiques (Page 20)
Le patriotisme, assurément, mérite d’être exalté, l’Église le glorifie dans des saints qu’elle place, comme Jeanne d’Arc, sur les autels, l’admire spécialement dans le grand Apôtre saint Paul, qui aimait ardemment sa patrie, au point de consentir à être anathème pour ses frères selon la chair. Le Docteur Angélique enseigne même que, le bien de la patrie pouvant être rapporté au bien divin, pourrait aussi devenir une raison de martyre, si la mort était subie en vue de Dieu et afin de rendre témoignage au Christ, qui a commandé de ne jamais capituler devant le devoir.
R.P. Réginald Garrigou-Lagrange, L’amour de Dieu et la croix de Jésus
Le vrai patriotisme est la vertu morale de piété filiale, qui, sous la lumière de la foi surnaturelle et de la prudence chrétienne, est, comme chez un saint Louis, chez une sainte Jeanne d’Arc, une vertu infuse, parfaitement subordonnée à l’amour de Dieu et de tous les hommes en lui.
Chanoine Coubé, Du champ de bataille au ciel (Page 30)
C’est le plus sublime des sentiments humains, le patriotisme. La Patrie s’est dressée frémissante, elle a crié : « À moi, mes fils ! » Et des milliers de voix lui ont répondu : « À toi, mère, et jusqu’à la mort ! » La patrie est digne de cet amour. Avec la religion dont elle est tout imprégnée, elle représente ce qu’il y a de plus sacré au monde. C’est l’écrin immortel de nos amours et de nos gloires. C’est le monument où nos pères ont sculpté l’image de leur âme. C’est la terre qu’ils ont sanctifiée de leurs larmes et de leur sang, et d’où éclosent chaque année les berceaux, espoir et printemps de la race. Cette patrie, il a plu à Dieu de la combler de toutes les splendeurs, de toutes les grâces, et d’en faire, comme le disait un étranger, le hollandais Grotius, le plus beau des pays après celui du ciel. Mais il lui a surtout donné une âme chevaleresque, éprise des nobles idées ; il en a fait le champion du droit et de l’honneur. Quand il veut faire un beau geste qui attire les regards du monde, il emprunte le bras de la France. Quand il veut dessiner sur l’horizon des peuples l’arc-en-ciel de l’idéal ou de l’espérance, il emprunte les couleurs de la France. Aussi, pour les étrangers eux-mêmes, elle est toujours la « belle France ». C’est le nom qu’on lui donne dans toutes les littératures et qui exprime le mieux les sentiments de l’univers. Mais pour nous, ses fils, la « belle France » est aussi et surtout la « douce France ». La douce France, c’est celle que Roland et les paladins voient passer dans la brume de sang qui s’étend avec l’ombre sur le val de Roncevaux. C’est elle que saint Louis bénit du rivage africain. C’est pour elle, en même temps que pour le Christ, que Jeanne d’Arc offre sa vie. D’autres guerriers partent en guerre pour s’enrichir et piller. Les nôtres ne combattent que pour l’honneur de Dieu et de la douce France.
Charles Maurras, Votre bel aujourd’hui (Page 62)
Une patrie, ce sont des champs, des murs, des tours et des maisons ; ce sont des autels et des tombeaux ; ce sont des hommes vivants, père, mère, et frères, des enfants qui jouent aux jardins, des paysans qui font du blé, des jardiniers qui font des roses, des marchands, des artisans, des ouvriers, des soldats, il n y a rien au monde de plus concret.
Julien Langella, Catholiques et identitaires (Page 57)
Pourtant, nul besoin d’être un maître en philosophie pour pressentir qu’il est absurde d’opposer le patriotisme et l’amour pour le Christ. L’amour peut-il se diviser ? « Non, non, s’écrie Monseigneur Dupanloup, évêque d’Orléans, plus le saint comprend ce qu’il doit à Dieu, plus aussi il comprend ce qu’il doit aux hommes. […] Dans l’amour de Dieu se retrouvent et s’élèvent tous les nobles amours. Et parmi les plus nobles, il en est que Dieu a consacré, que Notre Seigneur a ressenti, et qui n’a jamais oublié de battre dans le cœur des saints, c’est l’amour de la patrie ». Quant au père Lacordaire, contemporain de Mgr Dupanloup, il ne disait pas autre chose : « L’amour de la patrie est avec l’amour de l’Église le sentiment le plus sacré du cœur de l’homme ». Instinctivement, nous savons que notre mère l’Église, tendre épouse du Christ et donc pleine d’amour pour les pauvres bougres qu’Il a daigné racheter par son sang, ne peut que soutenir l’amour des hommes pour leur patrie et comprendre le juste combat pour sa survie. L’amour ne peut pas se contredire, la vérité non plus.
Bibliographie
- Julien Langella, Catholiques et identitaires
- Abbé Charles Maignen, Nationalisme, Catholicisme, Révolution