Adrien Arcand, Du communisme au mondialisme
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L’affirmation des « droits de l’homme » indépendamment et en faisant abstraction des « droits de Dieu » constitue une négation de l’existence de Dieu, en même temps qu’une déification de la volonté, de la raison de l’homme ; cette négation de l’Esprit infini conduit à la négation de l’Esprit fini, de l’âme humaine. Et l’aboutissement inéluctable de pareille affirmation est celui d’un système sans-Dieu pour hommes sans-âme.
Mgr Delassus, L’américanisme et la conjuration antichrétienne
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La Déclaration des droits de l’homme fut condamnée par Pie VI, et c’est d’elle que procèdent toutes les erreurs modernes : la liberté de la personne humaine à l’égard de Dieu ; puis, comme conséquences : la liberté de pensée et la liberté de la presse, la liberté de conscience et la liberté des cultes, la souveraineté de la société et son indépendance de l’Église ; la souveraineté nationale ou le droit de faire des lois qui relèvent non de Dieu mais d’une majorité parlementaire. Toutes ces monstruosités furent condamnées de nouveau par Grégoire XVI dans son encyclique Mirari vos et par Pie IX dans le Syllabus.
Joseph de Maistre, Considérations sur la France
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La constitution de 1795, tout comme ses aînées, est faite pour l’homme. Or, il n’y a point d’homme dans le monde. J’ai vu, dans ma vie, des Français, des Italiens, des Russes, etc., je sais même, grâce à Montesquieu, qu’on peut être Persan : mais quant à l’homme, je déclare ne l’avoir rencontré de ma vie ; s’il existe, c’est bien à mon insu.
Thomas Molnar, L’envers des droits de l’homme
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Pour retracer les origines de la philosophie des Droits de l’homme, il faudrait remonter aux mystique allemands du Moyen Age, aux XIIème et XIIIème siècles. II faudrait même remonter encore de ces mystiques allemands jusqu’à la cour de Charlemagne où il y avait des philosophes qui, sans parler des Droits de l’homme, ont jeté les fondements de ce qui deviendrait plus tard les Droits de l’homme. En même temps, les Droits de l’homme ne s’arrêtent pas à la Révolution française : le mouvement continue aujourd’hui. Il s’agit donc d’un processus, et j’insiste sur ce mot. Évidemment, les causes peuvent être décelées mais elles remontent elles-mêmes à d’autres causes et ainsi de suite : je ne pourrais donc pas vous dire à quel moment la philosophie des Droits de l’homme a été condamnée en une formule, parce que chaque formule a trouvé elle-même son origine dans une formule précédente et a été suivie d’une formule ultérieure. Il est évident que les mots « droit » et « loi », et en général la pensée juridique, n’ont pas été inventés à un moment déterminé : il n’y a pas de communauté humaine sans un système de droit, que ce système soit écrit ou parlé et remémoré par des générations, que ce système prenne la forme littéraire ou bien prenne une forme scientifique, le fait est que chaque communauté humaine possède son système juridique, son système de droit. En même temps, le droit est une discipline qui a toujours été considérée comme ayant une source. Pour les juifs comme pour les chrétiens c’est le Décalogue, dont l’auteur est Dieu lui-même, qui a donné les Tables à Moïse, et avec elles les principes de ce que nous appelons le droit naturel. Pour les païens c’était la « nature », sans qu’ils soient d’ailleurs capables de définir ce mot. Comme l’écrivait l’abbé Lenoble, ce terme nature est peut-être le terme philosophique le plus compliqué de tous et chaque écrivain, chacun de nous, chaque philosophe à plus forte raison, en donne une définition différente. On pense qu’il n’y a rien de plus simple que la nature, or c’est une des choses les plus compliquées qui soient. Donc, quand ils parlaient de droit naturel, Au fond les païens ne savaient pas exactement à quelle nature ils faisaient référence, mais ils pensaient que tout le monde partageait les mêmes idées, et c’était assez vrai. Du reste, et pour nous, l’important n’est pas que les Spartiates aient donné leur préférence comme origine du droit à Lycurgue, personnage légendaire qui n’a jamais existé, ou que les Athéniens l’aient donnée à Solon, philosophe et politologue qui a bien existé. L’important est qu’avec les juifs, les chrétiens ou les païens nous avons toujours la même conception du droit, à savoir qu’il découle de quelque chose qui précède l’histoire, qui précède la communauté : il y a le droit et celui qui donne le droit, Dieu ou la nature, et tout découle de cette origine, de cette source. C’est ainsi que l’humanité a toujours conçu le mot le concept de droit. Au dessus du droit positif, c’est-à-dire celui qui s’applique positivement dans le monde, dans la société, parce qu’un législateur, un roi, une classe comme la classe féodale, a fait d’une règle une loi, il y a toujours eu référence à quelque chose qui dépassait ce système de droit et qui était soit Dieu, soit la nature, soit les deux. Toute l’humanité, et pas seulement l’Occident, a toujours conçu le droit comme ayant une référence ultime dans Dieu ou dans la nature. Traditionnellement, le droit a toujours été cela. Que le roi ou qu’une assemblée nationale dise la loi, peu importe ici ce point de vue phénoménologique : le droit remonte toujours à une référence supérieure. L’immense nouveauté de la modernité, de la pensée moderne juridique, fut d’abolir Dieu, d’abolir la nature. Et nous sommes là on cœur même de la Révolution française, de sa pensée politique et législative, de sa pensée concernant le droit. C’est une nouveauté absolue. Ce n’est pas la Révolution française en tant que telle qui est tellement nouvelle, c’est la nouvelle conception du droit. Car c’est cette conception du droit qui entraina les bouleversements politiques, philosophiques ou littéraires que nous désignons sous le nom de Révolution française. À quel moment précis de l’histoire remonte ce changement capital ? Quand a-t-on commencé à écarter Dieu de la nature et a-t-on repensé les origines du droit ? Je ne pourrais pas vous le dire avec précision. Les origines se dissimulent toujours dans une espèce de clair-obscur. On peut vous dire : tel ou tel homme a déjà fait des progrès – si cela s’appelle progrès ! – vers une nouvelle conception du droit, mais on ne peut véritablement dire exactement à quel moment. Je dirais que c’est au XIVème siècle et je fais allusion ici à Marsile de Padoue, philosophe italien qui est peut-être le premier moderne, en ce qu’il proclamait la prééminence de la société civile, du pouvoir temporel sur le pouvoir spirituel. Il fallait, disait-il, que ce ne soit pas le pape qui convoque le concile mais l’empereur. C’était un pas énorme et tout aussi révolutionnaire que la Révolution française. Je dirais donc que ce bouleversement remonte au XIVème siècle, mais ce n’est qu’une hypothèse assez communément partagée. Cela ne veut pas dire que Socrate et Platon n’avaient pas à lutter eux-mêmes contre cette nouvelle conception : les sophistes ont une pensée qui préfigure à plus d’un titre la philosophie des Lumières. […] Qui donc remplacera cette référence ultime ? Autrement dit, quelle est désormais la référence ultime de la loi ? Eh bien, c’est l’homme ! Si ce n’est pas Dieu, si ce n’est pas la nature, c’est nécessairement l’homme. Et c’est pour cela que nous pouvons parler des Droits de l’homme. Personne auparavant ne parlait des Droits de l’homme. On parlait des Droits de la corporation, de l’université (qui était elle-même une corporation), de tel ou tel ordre, l’ordre ecclésiastique, l’ordre de la noblesse, le tiers état. On ne parlait pas de droits en termes individuels et on ne disait pas « Droits de l’homme ». C’était une contradiction. Voilà donc l’homme au centre de la création, de l’univers : c’est l’homme qui est le factotum de tout ce qui est ; le monde n’est plus une création divine. C’est avant tout une création humaine. Là encore, je pourrais vous citer un très grand philosophe allemand, Nicolas de Cues, du XVème siècle cette fois-ci, qui a fait une révolution auprès de laquelle la Révolution française fait figure de petit bouleversement. Les grands ancêtres ne sont pas Voltaire ni Rousseau : les très grands ancêtres sont Nicolas de Cues et Marsile de Padoue, et quelques autres. Avec eux et après eux, la philosophie, la politologie, la pensée ecclésiastique ou anti-ecclésiastique sont toutes là pour créer, pour formuler la nouvelle philosophie de l’homme. C’est l’homme qui est le noyau, la référence ultime. Seulement, une fois que Dieu et la nature sont écartés, il reste une question : qu’est-ce qui est derrière l’homme ? Parce que l’homme ne peut pas être sa propre origine, comme le seraient la nature ou Dieu. Nos philosophes et tous les Sartre, tous les Foucault, tous les Heiddeger ont cherché en vain la réponse à cette question, parce que c’est une recherche infinie tant qu’on élimine, par hypothèse, l’idée de Dieu. Depuis que ce mouvement s’est enclenché au XIVème siècle, chaque philosophe, que ce soit Kant, Hegel ou Nietszche, a cherché à expliquer l’homme davantage. C’est pourquoi la philosophie a disparu aujourd’hui. Elle a été remplacée par une anthropologie glorifiée. Les Lumières et ceux qui les suivent, disons les temps modernes, seront donc obsédés par cette question : comment peut-on expliquer l’homme ? Il y aura l’explication du darwinisme (derrière l’homme il y a le singe), celle du nietszchéisme, avec le surhomme, celle de la psychologie de Freud, il y aura l’homo œconomicus qui provient des anglo-saxons, toujours pratique, mais stérile ici, car l’économie n’explique rien. En même temps, les philosophes modernes sont travaillés par une contradiction apparente. Car ceux là même qui placent l’homme au cœur de la création semblent animés d’une haine féroce pour l’homme. Je fais référence à ce que disait le professeur de Viguerie : à cette détestation de l’homme par les philosophes des Lumières, à commencer par Voltaire et Rousseau qui se détestaient eux-mêmes. Ils se considéraient misérables et ils se rendaient misérables : ils connaissaient cet art contemporain de se rendre misérable. C’est comme s’ils s’étaient drogués, non pas avec des drogues médicales mais avec des drogues intellectuelles. L’homme des Lumières se déteste. Pourquoi cette détestation, cette haine de l’homme par ceux là même qui font profession d’amour pour l’homme ? Car, enfin, qu’est-ce que les Droits de l’homme ? On aime les hommes, on leur donne des droits, on leur reconnaît des droits, c’est une espèce d’amour. Mais c’est en réalité un amour-haine. Ce que le professeur de Viguerie n’avait pas l’occasion de dire puisqu’il se limitait à la France, vous le trouvez au XVIIème siècle chez le grand philosophe anglais Thomas Hobbes, qui dit de l’homme qu’il est un loup pour l’homme : « homo homini lupus ». Comment exprimer plus clairement cette détestation de l’homme ? L’homme est un loup, un animal de proie, qui cherche sa proie justement parmi les autres hommes. Or c’est justement pour cela qu’il faut recréer une société qui ne soit pas une société chrétienne. Toute la tradition chrétienne, et avant elle la tradition classique a toujours considéré la création divine comme une chose bonne. Inutile de vous rappeler à quel point la Bible fait référence à la création, que Dieu regarde à un moment donné et proclame comme bonne. Quel est dès lors le sentiment sur lequel tablent la philosophie classique et, après elle, la chrétienté ? C’est l’amour. Pourquoi vivre en société ? Parce que les hommes ne peuvent pas vivre seuls, qu’ils ont un instinct, qui les pousse vers les autres. Et c’est au fond l’amour. Cicéron, qui n’avait bien entendu aucune idée du christianisme et qui se réfère à Platon qui n’en avait pas davantage, dit que la société humaine est cimentée par l’amour, par l’entraide, par -même s’il n’emploie pas le mot – la charité. Qui dit société humaine dit amour. Saint Augustin disait que même dans une bande de brigands, il y a amour, parce qu’ils ne se trahissent pas entre eux, parce qu’ils partagent également le butin entre eux, qu’ils obéissent au chef et qu’ils sont peut-être prêts à mourir pour lui ou pour la bande. Toute communauté humaine est cimentée par l’amour. Or, le XVIIème siècle mais, encore une fois, je pourrais remonter au XIVème dit : « Non, l’homme n’est pas bon, la création n’est pas bonne, parce qu’un Dieu qui n’est plus Dieu et qu’on a d’ailleurs écarté de toute cette affaire ne peut être ni bon, ni mauvais. De toute manière, nous voyons que la création est mauvaise ; par conséquent, il faut ne pas remonter à Dieu mais à l’homme, qui malheureusement n’aime pas son prochain. » Quel est, alors, le sentiment humain sur lequel va tabler toute la philosophie de Hobbes ? Le seul qui selon lui détermine le comportement de l’homme, c’est la peur. Enorme révolution ! Et nouvelle contradiction : si l’homme a peur de l’homme, pourquoi va-t-il vouloir vivre en société ? Eh bien justement parce qu’il a peur ; il cherche à neutraliser les autres hommes dont il a peur. En les neutralisant, il se rend invulnérable parce que les autres hommes se comporteront envers lui comme il se comporte envers eux. S’il y a société, s’il y a même État, c’est uniquement parce que les hommes ont peur les uns des autres. Vous comprenez bien que nous touchons ici au péché originel de la pensée moderne. Car ce n’est pas ainsi, en réalité, que les sociétés se maintiennent et persistent: il faut quand même l’amour. Et l’amour se réfère à Dieu. Il y a quelque temps, j’ai lu dans la revue Renaissance Catholique qu’un milliardaire américain avait dit à une religieuse en parlant de son œuvre : « Je ne ferais pas ce que vous faites dans les égouts de Calcutta pour dix millions de dollars ! » la religieuse lui fit cette réponse admirable : « Moi non plus ! ». Ce n’est pas à cause des millions de dollars qu’elle le fait, mais justement parce qu’elle a ce que Cicéron avait déjà découvert, c’est-à-dire l’amour, qui rend seul une société cohésive. Hobbes, après Nicolas de Cues, après Marsile de Padoue, et bien d’autres entre ces derniers, établit la société sur des bases nouvelles, sur la haine, sur la peur, sur le besoin de neutraliser l’autre. Aujourd’hui, dans la philosophie contemporaine, on parle toujours de l’Autre, avec un A majuscule. Mais l’Autre est aujourd’hui un ennemi. Pensez à Sartre : l’autre est un ennemi quand j’entre dans une salle ou dans un parc public et que je vois quelqu’un. Je ne le connais pas mais j’en ai peur. Il m’est un ennemi et je suis son ennemi par le simple fait que j’existe et qu’il existe. Vous voyez ici l’influence lointaine de Hobbes et de ses prédécesseurs. Dans ces conditions, on conçoit qu’il n’est pas facile d’établir l’homme comme référence ultime du droit : pourquoi voulez-vous que cet homme qui déteste l’autre, qui en a peur, qui cherche à le neutraliser, soit l’origine de la société et par conséquent l’origine des droits et de la loi ? […] Cette idée est surtout une conception où le droit, et c’est cela la modernité, trouve son fondement non dans Dieu ou dans la nature, mais dans l’homme. Je citerai à ce sujet un passage d’un livre récent d’un jeune philosophe français, Alain Moreau, qui résume parfaitement la question : « Dans un univers contemporain où la téléologie disparaît (Qu’est ce que la téléologie ? du mot grec telos : but, objectif, élan vers lequel l’homme est porté. La téléologie, c’est-à-dire la finalité a dit Aristote. Et c’est vrai que notre monde est un monde d’où la finalité disparaît. On fait les choses parce qu’on les fait, sans raison, on agit parce qu’on est un homme agissant : homo faber en latin ; on agit sans intelligence, sans vraiment savoir pourquoi), les Droits de l’homme se substituent à la loi naturelle. L’ego, le moi, s’émancipe de la tutelle de la nature, il n’accepte que ce qu’il crée lui-même ». Voilà très exactement la pensée des Lumières et de la Révolution. Après avoir écarté et Dieu et la nature, l’homme n’accepte d’autres phénomènes, sociaux ou autres, que ceux qu’il a créés lui-même. Finies toutes les références à Dieu ou à la nature, fini le droit naturel, fini le droit divin, c’est l’homme qui créer et c’est cela qui est important. Or, qu’est ce que la création juridique de l’homme ? Cela peut fonctionner jusqu’à un certain moment. Mais il y aura toujours d’autres hommes qui mettront en doute cette création et qui chercheront eux aussi à imposer leur système de droits. Nous sommes donc en pleine anarchie du droit, en pleine anarchie de la loi, comme un philosophe juriste allemand de la première moitié de ce siècle, Hans Kelsen l’a admirablement exprimé. Que dit-il, en substance ? Ceci : comme il n’y a pas de Dieu, comme il n’y a pas de nature, comme il n’y a pas d’histoire, il n’y a que des hommes individuels qui sont membres d’une société. Quelle société ? Cette société-ci, maintenant, ad hoc, hic et nunc. La loi de cette société est de soi valable. Comment savons-nous qu’elle est valable ? Parce qu’il n’y a rien d’autre qui le soit. Si les hommes n’en sont plus satisfaits, ils n’ont qu’à la changer. Qui change les lois ? Le peuple en votant démocratiquement, ou bien une petite élite, parce que tout le monde n’est pas compétent. Mais ces lois nouvelles seront également éphémères. Finalement, l’invention des Droits de l’homme débouche sur le chaos. Ou sur la tyrannie : on a posé à Hans Kelsen cette question : « Cela veut-il dire que les lois de Staline sont également valables ? » Et il répond : puisqu’il n’y a pas de substitut à la loi, et que la seule référence est ce que la société veut aujourd’hui, la société stalinienne voulant apparemment ce que voulait Staline, c’était donc la loi. Dans un tel système juridique, il n’y a pas de point de vue critique qui puisse ébranler Créon. C’est ce qui vous explique pourquoi presque tous les systèmes occidentaux sont aujourd’hui des systèmes totalitaires. Certes, certains ont encore un relent de libéralisme, d’ailleurs souvent de mauvais aloi. Certes, l’Église existe aussi. Les choses ne sont donc pas dans les sociétés libérales comme elles l’étaient à Moscou. Mais théoriquement, ni les unes ni les autres ne disposent de principes à opposer aux lois de Staline. Alors pourquoi ne pas faire n’importe quoi avec les individus, puisqu’on peut le faire avec les mots ? Les Droits de l’homme débouchent sur un cul-de-sac parce que l’homme est devenu fondement de la loi. Or, l’homme se met en doute lui-même, il ne sait pas ce qu’il est. Michel Foucault n’avait pas les mêmes idées sur l’homme qu’Albert Camus, qui n’avait pas les mêmes idées que Jean-Paul Sartre. Cela ne veut pas dire que tous sont des escrocs intellectuels. Il ne faut pas encore une fois les accuser de conspiration : ils pensent autrement, et aujourd’hui rare est le philosophe qui ose -parce que c’est une question morale finalement – penser autrement que ce qui lui est prescrit comme conception du droit, comme conception politique, comme conception de Dieu. Cette conception moderne du droit a été admirablement exprimée par Fichte. Et, de fait, si l’on veut comprendre l’essence de la Révolution française, il faut se référer à la révolution allemande. Car les Allemands ont été beaucoup plus systématiques que les Français c’est chez eux qu’on découvre les noyaux. N’oubliez pas l’immense prestige qu’avait l’Allemagne au XIXe siècle en France. Renan, Taine (je ne les mets pas sur le même plan) et bien d’autres ont été influencés par la pensée allemande. Or les Allemands ont eu, eux aussi, je dirais plus purement que les Français, leurs Lumières. Parce qu’en France, les Lumières ont presque tout de suite donné naissance d’abord à l’Encyclopédie, qui est une œuvre utilitaire, ensuite à la Révolution française. Il n’y a pas eu de révolution en Allemagne. Mais la révolution s’y est passée dans les cerveaux, dans quelques cerveaux : ceux de Kant, de Fichte, d’Hegel, de Schelling. Ces révolutionnaires allemands sont infiniment plus dangereux que tous les Rousseau et tous les Voltaire, parce qu’avec eux on va jusqu’aux origines des mots, jusqu’à l’épistémologie et l’étymologie. Ils ont véritablement cherché à comprendre, et plus que cela, à créer une conception de l’homme totalement nouvelle. Fichte disait : Comment est-ce que moi, homme, je me découvre en face de l’autre homme ? Il y a entre nous un rapport mutuel mais ce rapport n’est pas un rapport positif : je retrouve l’ennemi dans l’autre, mais comme je me protège moi-même, comme je me défends moi-même, comme le disait déjà Hobbes, je veux que cet autre homme et moi entrions dans une espèce de rapport : telle sera l’origine de la loi. C’est au fond une philosophie très pauvre, mais elle va jusqu’à l’individu, jusqu’à la découverte de l’autre, qui n’intéressait ni Rousseau, ni Diderot, ni Voltaire. Les « philosophes » français n’auront été, en fait, que des vulgarisateurs qui auront exprimé en langue française cette philosophie allemande. Laissez-moi pour finir vous lire un paragraphe qui résume à mon sens tous les développements qui ont suivi la Révolution française, jusqu’à la période actuelle : « Le propre de l’homme consiste dans sa capacité à s’arracher à toute assignation d’une essence. Le droit nouveau vise la possibilité d’un tel arrachement. Donc priver quelqu’un de ses Droits, c’est le condamner à être ce qu’il est déjà et lui interdire ce qu’il doit être ou pourrait être. La loi injuste est celle qui confine l’individu à une race, à une nation, à un sexe, à une classe, à une condition matérielle, ou à la maternité. » Il me semble que dans ces quelques lignes, la modernité jette bas le masque. Elle avoue que sa conception du droit est de permettre aux hommes de se dépasser si vous êtes arabe ou maghrébin, d’être français, si vous êtes femme enceinte, de ne pas être enceinte, si vous êtes un homme sans talent, d’avoir quand même le prix Nobel. Car au fond pourquoi, au nom de quoi, peut-on vous priver de ce que vous pourriez être ? Regardez autour de vous ! Il est tout à fait clair que, dans nos législations respectives, l’homme a le droit de ne pas être lui-même. Cela s’explique par le fait que lui-même n’a rien donné comme réalité philosophique. Et cela débouche sur la négation de la philosophie elle-même. Nous sommes dans le système où il n’y a plus de fondement. Il ne s’agit donc plus seulement de substituer l’homme à Dieu, mais de ne pas avoir de fondement. Tout est poreux, tout est fragile, tout est éphémère et le droit est finalement ce que les gens d’une génération, d’un moment, aimeraient qu’il soit.
Alain de Benoist, L’exil intérieur
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Les sexes et les races ne sont pas des « constructions sociales ». Les droits de l’homme en sont une. […] Une entité abstraite ne saurait avoir de droits concrets. Voilà qui suffit à discréditer l’idéologie des droits de l’homme.
Jacques Ellul, Le bluff technologique
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Je suis toujours étonné que cette formule réunisse un consensus sans faille et semble parfaitement claire et évidente pour tous. La Révolution française parlait des « droits de l’homme et du citoyen ». Les droits du citoyen , j’entends : étant donné tel régime politique, on reconnaît au membre de ce corps politique tel et tel droit. Ceci est clair. De même lorsque les juristes parlent des droits de la mère de famille, ou le droit du mineur envers son tuteur, ou le droit du suspect. Ceci encore est clair. Mais les droits de l’homme ? Cela veut donc dire qu’il est de la « nature » de l’homme d’avoir des « droits » ? Mais qu’est-ce que la nature humaine ? Et que signifie ce mot « droit », car enfin, jusqu’à preuve du contraire, le mot « droit » est un mot juridique. Il a et ne peut avoir qu’un sens juridique. Ce qui implique d’une part qu’il peut être réclamé en justice, et qu’il est également assorti d’une sanction que l’on appliquera à celui qui viole ce droit. Bien plus, le droit a toujours un contenu très précis, c’est tout l’art du juriste que de déterminer avec rigueur le sens, le seul sens possible d’un droit. Or, quand nous confédérons, en vrac, ce que l’on a mis sous cette formule des droits de l’homme, quel est le contenu précis du « droit au bonheur », du « droit à la santé », du « droit à la vie », du « droit à l’information », du « droit au loisir », du « droit à l’instruction » ? Tout cela n’a aucun contenu rigoureux.
Aristide Leucate, Aux temps de la justice : en quête des sources pures du droit
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Les “droits de l’homme” offrent un réservoir inépuisable aux imaginations débridées des robins, le tout baignant dans un relativisme axiologique, la démonétisation des valeurs entraînant leur dépréciation, donc leur dévalorisation.
Marc Froidefont, Joseph de Maistre : la nation contre les droits de l’homme
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L’erreur des révolutionnaires est de ne raisonner qu’à partir de l’homme, c’est-à-dire à partir d’un homme abstrait, d’un homme coupé de toute histoire. Un tel homme, imaginé à la manière de la statue de Condillac, n’est qu’un être théorique bien loin de l’homme concret, celui de la vie réelle. Les révolutionnaires, en élaborant une Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, n’ont donc évoqué qu’un homme sans racine ni attache historique ou géographique, un homme de nulle part.
Michaël Rabier, Nicolas Gomez Davila, penseur de l’antimodernité
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Les supposés droits de l’homme, de quelque façon qu’on les comprenne et qu’on les prescrive, sont de simples énoncés d’aspirations et de souhaits, c’est-à-dire : de simples faits psychologiques et non des droits subjectifs juridiquement fondés.
Guillaume Faye, Le Système à tuer les peuples (Page 102)
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La fonction des droits de l’homme n’est pas juridique ; elle remplit une fonction suprême de légitimation du Système marchand occidental.
Jean-Jacques Stormay, Abécédaire mal-pensant
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La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen est inspirée par une philosophie individualiste répugnant par essence à reconnaître l’existence d’un quelconque ordre des choses et d’une quelconque nature humaine. Elle est par essence révolutionnaire et satanique, elle est la mise en forme des conditions à raison desquelles l’homme révolté prétend à la déification de lui-même : l’être suprême sous les auspices desquels la déclaration est établie n’est autre qu’une hypostase symbolique et abstraite de genre humain, derrière laquelle se cache, tel l’ami des hommes et leur grand frère libérateur, Satan, premier contestataire. La société est pour l’individu puisque le but de toute association politique est la défense et la conservation des droits individuels de l’homme. Elle est pour cette raison fondée sur l’idée de contrat social, car la liberté, entendue comme indépendance, est le premier dans la liste de ces droits ; mais si l’indépendance définit l’homme, c’est que la condition humaine n’est pas naturellement communautaire, puisque toute vie communautaire suppose dépendance entre les hommes, complémentarité en vue d’un bien commun à tous ; aussi, si interdépendance il y a, elle ne sera supportée que si elle est choisie, instaurée, ce qui revient à dire que l’homme n’est pas par nature, mais par convention, un animal politique ; il en résulte que l’individu n’entre en société que par cela qu’il y trouve son intérêt privé, et que le bien commun se réduit à l’intérêt général entendu à la fois telle la coexistence des biens privés, à la fois tel l’ensemble des conditions à raison desquelles cette coexistence est rendue possible : la notion de bien commun perd toute consistance, et le seul devoir que se reconnaît l’homme des droits de l’homme est de respecter le droit des autres hommes à exercer les droits de l’homme. Si le principe de toute souveraineté réside dans la nation, c’est que l’autorité procède de l’homme et non de Dieu. Si la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui, c’est qu’elle répugne à se reconnaître des limites intrinsèques, c’est que tout est permis pourvu que ce qui est décidé convienne à autrui, à tout le moins ne l’indispose pas. S’il n’est permis de reconnaître une constitution qu’aux sociétés admettant le principe de la séparation des pouvoirs, c’est que le pouvoir de l’homme sur l’homme est réputé mauvais par essence, tel un mal nécessaire dont on doit s’accommoder, mais en limitant ses effets supposés funestes par le moyen de l’acte de le diviser afin de le rendre inoffensif, et cela dans le but de le faire se limiter par lui-même ; mais la logique de ce postulat est que le pouvoir ne se contente pas d’être divisé en pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire ; il doit se diviser en autant de parties qu’il y a d’individus : ce qui revient à dire que la souveraineté populaire se résout en magistère de l’individu sur tous les autres, ou de tous les individus sur chacun : la société fondée sur les droits de l’homme est démocratique, et elle est tyrannie de tous sur chacun et de chacun sur tous. La philosophie des droits de l’homme, en faisant de la liberté le principe premier – à ce titre infini – de toute morale, de toute législation, de toute autorité, est en son fond existentialiste, car elle exclut la causalité immanente d’une quelconque nature humaine intemporelle et normative, laquelle assigne nécessairement des limites à la liberté ; elle est le refus de toute autorité, de toute morale, de toute législation, et c’est pourquoi le droit n’a plus vocation à servir de norme coercitive, fondée sur des principes intemporels, des comportements humains ; il est destiné à épouser l’évolution des mœurs, à ratifier tous les comportements les plus antinaturels. Parce que seule l’égalité est possible entre de petits dieux, la société fondée sur la philosophie des droits de l’homme est égalitaire. Parce que la déclaration de droits égaux, dépourvus de la reconnaissance du droit à accéder aux moyens d’exercer les mêmes droits, ne promeut que des droits formels dépourvus de toute efficience, il est dans la logique des droits de l’homme de se réaliser dans une société communiste. Parce que la souveraineté absolue de la liberté individuelle répugne par définition à se subordonner à une fin qu’elle n’aurait pas créée et choisie, l’homme des droits de l’homme ne saurait consentir à un conditionnement social et politique l’intégrant à une communauté historique de destin expressive d’une manière particulière et paradigmatique d’incarner la nature humaine, c’est-à-dire à une nation ; la nation à laquelle la déclaration renvoie n’est autre que l’humanité entière, considérée en extension ; la philosophie des droits de l’homme est mondialiste ; le constitutif formel de la nation, ainsi de la citoyenneté, se réduit à l’acte de plébisciter la philosophie des droits de l’homme : « L’Assemblée constituante, considérant que le droit d’aubaine est contraire aux principes de fraternité qui doivent lier tous les hommes, quels que soient leur pays et leur gouvernement ; que ce droit, établi dans des temps barbares doit être proscrit chez un peuple qui a fondé sa constitution sur les droits de l’homme et du citoyen, et que la France doit ouvrir son sein à tous les peuples de la terre, en les invitant à jouir sous un gouvernement libre des droits sacrés et inviolables de l’humanité, a décrété et décrète ce qui suit : « le droit d’aubaine et celui de la détraction sont abolis pour toujours » (Décret du 6 août 1790). Dans un tel enfer forgé par l’homme et passionnément plébiscité par lui, devient vraie l’expression désespérée de Calderón de la Barca : « le plus grand crime de l’homme, c’est d’être né. » Et tel est le monde en son état actuel. En vérité, « nul ne possède d’autre droit que celui de toujours faire son devoir » (Auguste Comte, Système de politique positive). Et il est absolument impossible, dans une société régie selon les principes des droits de l’homme, d’accéder au bonheur, à la concorde et à la paix. C’est que, jadis, le droit était défini tel l’objet de la vertu de justice, objet défini telle cette juste proportion recherchée dans l’élément des choses divisibles ; le droit se distinguait de la morale qui vise à rendre l’homme vertueux, il définissait la part juste, il ne se confondait pas avec les lois. Le droit est devenu, entendu comme « objectif », l’ensemble des lois posées par l’État, vouées à garantir la possession et l’exercice, par chacun, de ses « droits subjectif », c’est-à-dire d’une série indéfiniment prolongeable d’exigences supposées d’ordre moral et que chaque homme, à raison du simple fait d’être homme, pourrait revendiquer ; cette conception du droit, qui renvoie au droit naturel voué à fonder le droit positif, suppose donc d’une certaine façon l’idée de nature humaine, et en même temps, parce qu’elle absolutise la liberté, elle l’exclut. C’est pourquoi, au reste, on parle plus volontiers de « condition humaine ». Prétendre que l’homme aurait des droits entendus de la sorte, c’est poser l’homme tel un être qui naît non pour servir mais pour exiger, et c’est en cela que la philosophie des Droits de l’Homme induit nécessairement le malheur de chacun et de tous.
Michel de Jaeghere, L’envers des droits de l’homme
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Or c’est bien à la philosophie des Droits de l’homme, à cette Déclaration de 1789 dont Edgar Quinet disait qu’elle était « L’Évangile des temps nouveau » et Michelet « le credo du nouvel âge » (ce qui suffit à en montrer l’inspiration blasphématoire) et dont Tocqueville a pu écrire qu’elle avait fondé une religion nouvelle « sans dieu, sans culte et sans autre vie, mais qui, comme l’islamisme, a inondé toute la terre de ses soldats, de ses apôtres, de ses martyrs », que se rattachent la plupart des maux que nous combattons aujourd’hui. Parce qu’en exaltant la liberté sans frein, elle a ruiné la liberté morale (qui n’est pas l’exercice sans limite de la liberté naturelle, mais son orientation vers le bien, comme l’a toujours enseigné l’Église) et fondé le triomphe de l’hédonisme libertaire et de ses conséquences sociales (droit à la contraception, à l’avortement, à la pornographie, au blasphème.)
Joseph Mérel, Fascisme et Monarchie
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L’universalisme des Droits de l’Homme n’est pas la projection d’une essence humaine dotée d’un contenu intelligible et de déterminations qui la circonscrivent. Il est l’unité toute négative, abstraitement universelle, prédicable du dernier des hommes, du plus indigent moralement, de ce qui reste à l’homme après qu’il s’est dépouillé de toute détermination essentielle pour se réduire à sa conscience.
Jean Sévillia, Moralement correct
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Les esprits aussi ont changé. Ayant enterré l’espérance révolutionnaire, la gauche s’est ralliée à l’économie de marché. Parallèlement, la droite, pour ne pas paraître ringarde, a accepté le renversement des valeurs issu de 68, au moins en matière de mœurs. De cette convergence est né, au cours des années 1990, ce que l’on a baptisé le libéralisme libertaire. Dans les cercles intellectuels, politiques et culturels, c’est la tendance qui donne le ton. Ce courant de pensée, en dix ou quinze ans, a imposé un critère commun à la gauche et à la droite : les droits de l’homme. Non pas les droits du citoyen réel, équilibrés par des devoirs, mais des droits abstraits, érigés en absolu, devant lesquels tout doit s’effacer. « C’est une éthique laïque ou universaliste, celle des droits de l’individu, qui est l’étalon moral et le fondement ultime des temps modernes démocratiques 3», analyse Gilles Lipovetsky. L’idéologie a rejoint ici l’évolution de la société. Du fait de l’urbanisation et de la mobilité sociale, les gens ont été arrachés à leur milieu d’origine, et plongés dans l’anonymat des grandes villes : dès lors, chacun pouvait vivre selon son choix. Le recul de la double culture laïque et catholique de la France d’après guerre a achevé d’affranchir l’individu, qui s’est senti délié de ses appartenances à la patrie, à la classe ou à l’Église. Désormais, l’homme est autonome, libre de définir ses propres codes sociaux, de rejeter toute tradition et toute autorité, de fuir toute contrainte infligée au nom de la collectivité. Érigés en principe idéologique, les droits de l’homme n’ont pas pour but de permettre à l’individu de vivre en société, mais de mettre la société au service de l’individu. L’individu, c’est l’horizon indépassable d’aujourd’hui. Le corollaire de cette évolution, c’est la généralisation du relativisme. Puisque tout choix est personnel, toute vérité est relative. Ce subjectivisme est non seulement considéré comme la marque de l’ouverture d’esprit, mais il est élevé au rang de nécessité morale. Penser qu’il existe une vérité objective, de nos jours, est stigmatisé comme un réflexe aussi rétrograde que dangereux. Le bien et le mal n’existent plus en soi : toutes les valeurs, fluctuantes, sont soumises au libre arbitre de l’individu. D’où le primat accordé à la tolérance, autre référence obligatoire : il n’est pas un responsable politique, un journaliste, un philosophe, un professeur ou un évêque qui ne l’invoque dans ses propos. L’opinion suit : la tolérance, prouvent les sondages, fait partie des principales vertus que les parents souhaitent inculquer à leurs enfants. Puisque les normes naguère prescrites par la société, suspectes de conformisme, sont accusées d’opprimer la liberté individuelle, chacun est invité à « être lui-même ». Comme dans la publicité : Be yourself. Cette injonction n’a rien à voir avec le « deviens ce que tu es » évangélique. Elle n’appelle pas à la fructification des talents, mais consacre le droit de chacun à rester tel qu’il est à l’état naturel. Éduqué ou non. Rien n’est plus légitime, alors, que la transgression des tabous, ou de ce qu’il en reste. Ce droit à la subversion et au blasphème, à son tour, est présenté comme une exigence morale. Bousculer, changer, bouger, innover, tels sont les mots d’ordre à suivre. Ce n’est plus la subversion qui scandalise, mais la stabilité. […] Conséquence ultime de l’individualisation des valeurs, la différence est plus qu’un droit : elle n’a même pas à être désignée comme telle. Puisque tout se vaut, nulle nuance d’âge, de sexe ou d’origine, nulle appartenance à une nation, une culture ou une religion ne doit entraver le projet que chaque individu nourrit pour lui-même. Opérer des distinctions selon ces critères, ce serait pratiquer la discrimination. Selon la définition du dictionnaire, discriminer signifie distinguer. Mais précisément, distinguer est devenu immoral. Traduction officielle de ce renversement sémantique et conceptuel, la création, en 2005, de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde), chargée de traquer « toute discrimination sur l’apparence physique, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle ou l’origine ». Partant d’une bonne intention abstraite (réparer des injustices individuelles), cette instance va développer une politique qui aboutit à vouloir effacer toute différence, ce qui est concrètement impossible, et conduit à nier le principe d’identité, qui est néanmoins au fondement de toute réalité. Mais, dans le monde de l’indifférenciation, distinguer est devenu injuste. Parce que tout est dû à chacun selon son désir individuel, qui est la norme suprême
Henri de Guillebert, Études sur l’occultisme
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Les grands secrets ne se formulent jamais. Les professions de foi, les programmes rituels, les cours historiques, les interprétations philosophiques ou scientifiques sont rédigées en vue non pas de dévoiler des secrets, mais d’uniformiser les procédés et les résultats des suggestions occultes, tant dans les loges par l’ésotérisme que chez les profanes par l’exotérisme, après que leurs auteurs ont juré de se conformer aux prescriptions occultes. Ainsi « la Déclaration des droits de l’Homme » a été rédigée à double sens, par d’habiles conspirateurs, dans un langage compréhensible dans un certain sens par le commun des hommes et voulant dire absolument le contraire pour la conspiration des initiés. De même, « l’Être suprême qu’une prostituée incarnait sur les autels de la Révolution, ne saurait être, avoue Eliphas Lévy, le vrai Dieu, celui qu’adorent les bondieusards… »
Bibliographie
- Aymeric Taillefer, Droit de l’hommisme : une névrose religieuse
- Raoul Fievet, La civilisation des droits de l’homme ou le règne du néant
- Grégor Puppinck, Les droits de l’homme dénaturé
- Michel Villey, Le droit et les droits de l’homme
- Collectif, L’envers des droits de l’homme
- Vidéothèque
- Vincent Reynouard – La logique infernale des droits de l’homme
- Vincent Reynouard – Droits de l’Homme et réussites sociales du IIIe Reich