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Ésotérisme nazi néo-païen

Joseph Goebbels, Combat pour Berlin

À peine l’interdiction policière se fut-elle abattue sur nous et l’action politique du mouvement supprimée, que ces apôtres migrateurs du nationalisme apparurent en masse. L’un intervint pour la réforme de la langue allemande, l’autre crut avoir trouvé la pierre philosophale dans la biochimie ou l’homéopathie, un troisième vit dans Pückler, le comte antisémite, le sauveur du XXème siècle, un quatrième avait découvert une nouvelle théorie financière révolutionnaire, et un cinquième dévoilait la relation originelle entre nationalisme et désintégration atomique. Toutes ces activités plus ou moins ésotériques furent accrochées tant bien que mal au train du Parti. Les spécialistes confondaient leurs grotesques marottes avec le national-socialisme et exigeaient que le Parti s’alignât sur leurs revendications, le plus souvent éhontées et arrogantes, s’il ne voulait pas dissiper et gaspiller toute sa mission historique. Seule une fermeté inébranlable peut limiter ce genre de dégâts. Nous n’avons jamais laissé prospérer de tels phantasmes dans notre mouvement, et plus d’un réformateur de l’univers qui vagabonda en sandales, sac au dos et chemise de sport, de notre côté, se vit expulser du Parti sans plus de cérémonie.

Nicholas Goodrick-Clarke, Les racines occultes du nazisme

Dans le rôle marquant joué par l’occultisme dans leurs doctrines, il faut voir, avant tout, le désir de conférer une légitimité sacrée à leurs positions politiques extrêmes et à leur réaction profonde contre leur époque. […] Les idées et les symboles des théocraties anciennes, des sociétés secrètes, et la gnose mystique du Rosicrucianisme, de la Kabbale et de la Franc-Maçonnerie, furent donc combinés à l’idéologie völkisch afin d’apporter la preuve que le monde moderne était fondé sur des principes mauvais et erronés, d’exposer les institutions d’un monde idéal et de faire la louange de ses valeurs. […] Plus clairement, une idée persiste, largement répandue dans un certain genre de littérature à sensation, selon laquelle les Nazis furent principalement inspirés et dirigés par des agents occultistes de 1920 à 1945. Cette mythologie ne doit pas son origine à l’ariosophie, mais à une fascination pour le nazisme née après la guerre. […] Cette littérature évoquant des résurgences clandestines, des initiations illicites et la persistance d’idées et de cénacles « démoniaques », constitue un corpus historiographique spéculatif, fondé sur une argumentation très faible et des associations ténues, et destiné à faire croire que le national-socialisme était lié avec l’occultisme. […] Cette historiographie tente d’expliquer le phénomène nazi par un pouvoir ultime et secret, qui soutenait et contrôlait Hitler et son entourage. Ce pouvoir caché est caractérisé soit comme une entité désincarnée (par exemple « forces noires », « hiérarchies invisibles », « supérieurs inconnus »), soit comme une élite magique située dans un âge éloigné ou en un lieu distant, avec laquelle les nazis auraient été en contact. […] Le mythe du lien nazi avec l’Orient a une généalogie complexe d’origine théosophiste. […]

François-Georges Dreyfus, Troisième Reich (Page 90)

On éloigne le « Tannenberg Bund » de Ludendorff qui, sous l’influence de son épouse Mathilde, s’adonne à des divagations pseudo-mystiques pour lutter contre les juifs, les catholiques et les maçons. Du reste, très vite, après la prise du pouvoir, cette communauté, proche au fond des idées de la Thulegesellschaft comme des tendances occultistes d’Himmler et de Rosenberg, sera purement et simplement interdite.

Julius Evola, Le fascisme vue de droite (Page 198)

Il faut considérer comme une rêverie ce que certains ont soutenu, en marge d’une interprétation « démonologique » de l’hitlérisme, à savoir que le mouvement inversé de la croix gammée était un signe involontaire mais clair de son caractère démoniaque. De même, ce que certains ont affirmé après la guerre au sujet d’un arrière-plan « occulte », initiatique ou contre-initiatique, du national-socialisme relève de la divagation pure et simple – et nous pouvons le dire en connaissance de cause.

Otto Skorzeny, La Guerre inconnue (Page 231)

[…] le Reichsführer Himmler croyait aux devins. Je puis assurer qu’Adolf Hitler n’y croyait pas. J’ai lu que le Président Poincaré consultait secrètement Madame Frava, voyante extra-lucide, que la célèbre Madame de Thèbes conseillait Édouard Daladier et que Winston Churchill faisait grand cas d’un « mage », Ludwig von Wohl, réfugié hongrois. Il est possible que ce Wohl ait surtout donné aux astres un langage stalinien.

Joseph Mérel, Fascisme et Monarchie (Pages 209-210)

Une certaine presse se plaît à suggérer que le nazisme serait dans son essence un ésotérisme. Elle vise par là tantôt à le diaboliser, au sens propre. Telle est la prose des courants catholiques monarchistes et/ou démo-chrétiens. Elle vise tantôt à lui donner les lettres de noblesse d’une religion. Telle est la nourriture des néo-nazis dérisoires et déclassés qui se consolent dans le rêve d’une apocalypse capable de balayer le monde qui les a exclus ; cette espèce d’illuminés fascinés par le mal, que méprisent les anciens combattants du Front de l’Est, est elle-même victime de la désinformation qui leur désigne le fascisme comme le Mal absolu, et ils n’embrassent le fascisme qu’à ce titre. Une telle presse vise enfin, exploitant la crédulité malsaine d’un public déraciné (et en particulier déchristianisé) en peine de mystique de pacotille, à vendre du papier.

Abbé Du Thail, National-socialisme et catholicisme (Pages 43-44)

Quant au néo-paganisme répandu depuis le XIXème siècle au sein du nationalisme allemand, le Führer n’est pas tendre avec ses prédécesseurs pangermanistes : « La caractéristique de ces créatures, c’est qu’elles rêvent des vieux héros germaniques, des ténèbres de la Préhistoire, des haches de pierre de Ger et de boucliers ; ce sont, en réalité, les pires poltrons qu’on puisse imaginer. Car ceux-là mêmes qui brandissent dans tous les sens des sabres de bois, soigneusement copiés sur d’anciennes armes allemandes et qui recouvrent leur tête barbue d’une peau d’ours naturalisée, surmontée de cornes de taureau, ceux-là n’attaquent, quant au présent, qu’avec les armes de l’esprit, et s’enfuient en toute hâte dès qu’apparaît la moindre matraque communiste. La postérité ne s’avisera certainement pas de mettre en épopée leurs héroïques exploits. […] j’ai toujours eu le sentiment que les soi-disant réformateurs religieux – à la vieille mode allemande – n’étaient pas suscités par des puissances désirant le relèvement de notre peuple. En effet, toute leur activité s’emploie à détourner le peuple du combat contre l’ennemi commun qui est le Juif ; et au lieu de le conduire à ce combat, elle l’engage dans de funestes luttes religieuses intestines. » Cette attitude est la même vis-à-vis d’une certaine tendance occultiste au sein du parti : « Le national-socialisme n’est pas un mouvement cultiste ; il s’agit exclusivement d’une doctrine politique « völkisch » basée sur des principes raciaux. Donc nous n’avons pas de pièces pour le culte, mais seulement des salles pour le peuple – pas d’espaces ouverts pour le culte, mais des espaces pour les assemblées et les parades. […] Nous ne permettrons pas à des mystiques occultes passionnés par l’exploration des secrets du monde de l’au-delà de s’introduire dans notre mouvement. Ces gens ne sont pas nationaux-socialistes mais autre chose – en tout cas, quelque chose qui n’a rien a voir avec nous. […] À la tête de notre programme, il n’y a pas de secrets suspects, mais une perception claire et une profession de foi simple, […] nous servons ainsi le maintien d’une œuvre divine et accomplissons une volonté divine – non pas dans le crépuscule secret d’une nouvelle maison de culte, mais ouvertement devant la face du Seigneur. » Néo-paganisme et occultisme étant au contraire les grandes passions d’Heinrich Himmler, Hitler ne manquera pas une occasion de manifester son mépris pour les obsessions archéologiques de celui-ci et l’architecte puis ministre Albert Speer témoigne : « Tout commençait à prendre des formes pseudo-religieuses farfelues : Goebbels, avec Hitler, prenait les devants en ridiculisant ces rêves de Himmler, Himmler lui-même ajoutant à la comédie par sa vanité et son obsession. » Le Führer répondait aux fantasmes d’Himmler : « N’est-ce pas assez que les Romains érigeaient de grands bâtiments alors que nos ancêtres étaient encore en train de construire des huttes de boue ? Himmler commence maintenant à déterrer ces villages de huttes de boue et à s’enthousiasmer pour toutes les haches de tessons et de pierres qu’il y trouve. » ; « Tuer tous ces Saxons n’était pas un crime historique, comme le pense Himmler. Charlemagne a fait du bien en subjuguant Widukind et en tuant les Saxons. Il a ainsi rendu possible l’empire des Francs et l’entrée de la culture occidentale dans ce qui est aujourd’hui l’Allemagne. »

Stéphane François, Les Mystères du nazisme : aux sources d’un fantasme contemporain

Dans les faits, la Société de Thulé était moins une société secrète ou ésotérique qu’un groupe paramilitaire né dans le chaos de la fin de la Grande Guerre, antirépublicain, antisémite, anticommuniste et plutôt composé d’aristocrates, comme il y en avait beaucoup dans l’Allemagne de l’époque. Certains membres avaient certes un attrait pour l’ésotérisme völkisch, il y avait des pratiques païennes comme le salut au jour ou la célébration du solstice d’hiver plutôt que celle de Noël… Mais cela relevait du folklore, et n’avait rien d’exceptionnel dans ce genre de milieu.

Joseph Goebbels, Discours (4 décembre 1935)

Lorsque l’on nous rétorque en face : “Vous êtes des païens !” Alors je ne peux que dire : Comment ça ? Pourquoi ? Agissons-nous avec autant de paganisme ? Est-ce païen de mettre en place une campagne de secours d’hiver et de nourrir ainsi des millions de personnes ? Est-ce païen de rendre à un peuple sa paix intérieure ? Est-ce païen d’aider son pauvre frère et voisin ? Est-ce païen de restaurer les valeurs familiales ? Et aussi de redonner au travailleur un sens et un but à sa vie ? Est-ce païen de reconstruire un État sur des principes moraux, d’extirper l’impiété, de purifier le théâtre et le cinéma de la contamination et de l’infestation du marxisme judéo-libéral ? Ça, c’est du paganisme ? Si c’est le cas, alors nous disons assurément merci au christianisme d’avoir fait le contraire !

Otto Skorzeny, La guerre inconnue (Pages 40-42)

L’aumônier de la brigade française SS Charlemagne était Mgr Mayol de Lupé, ami personnel de Pie XII, et j’ai eu dans mes unités un prêtre catholique roumain, servant comme simple soldat […]. Nous ne nous privions pas de critiquer certaines conceptions du Parti et les décisions de certains Gauleiter. Que le malheureux Streicher et son journal, le Stürmer, pussent exister, nous paraissait à la fois lamentable et inconvenant. Ce journal faisait tache. Il n’y avait vraiment rien de commun entre les éditoriaux de Das Reich qu’écrivait Goebbels, et les élucubrations du Stürmer […]. Mais comment ne s’aperçoit-on pas que cette armée, qui compta environ un million de jeunes Européens (La Waffen SS), au sein de laquelle chaque combattant jouissait d’une égale supériorité morale devant la mort, constituait un démenti éclatant aux fameuses doctrines « nordiques » du Reichsführer Heinrich Himmler ? Idées que Hitler lui-même ne partageait point. Je dois avouer de même que les doctrines du Reichsleiter Alfred Rosenberg m’ont toujours paru enveloppées de l’épais brouillard des Niebelungen. […] Je puis dire que si Himmler comptait employer, dans l’avenir, les Waffen SS comme instruments d’une certaine politique personnelle, cette politique, quelle qu’elle pût être, nous resta parfaitement inconnue.