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Sentimentalisme

Mgr de Ségur, Hommage aux jeunes catholiques-libéraux (Page 68)

D’abord la doctrine catholique libérale est un système général de fausse liberté et de fausse charité qui, en religion comme en politique, tend à amoindrir les vérités et les principes, et à les remplacer par des nuances et par du sentiment, non certes par impiété, mais afin de, soi-disant, concilier à l’Église, à la foi, à la vérité, aux droits, les sympathies des adversaires.  Elle tient peu de compte des principes les plus certains dès que ces principes sont en opposition avec l’opinion publique, c’est à dire avec les préjugés et les erreurs publiques. Elle tend toujours à mettre le fait au-dessus du droit.  Des questions de principes elle fait immédiatement des questions de personnes, sacrifiant ainsi systématiquement la vérité et le droit à une affaire de sentiment, d’habileté ou d’intérêt.  Les catholiques libéraux se laissent tellement préoccuper des personnes qu’ils perdent de vue les principes, lesquels sont pourtant la base de tout. De là vient que, tout en aimant sincèrement le bien, ils perdent pour ainsi dire l’horreur du mal, l’horreur de l’hérésie, l’horreur des crimes politiques.  Ils ne conservent que l’amour des concessions aux méchants ; pauvres dupes ! Pendant qu’ils se flattent d’attirer les méchants sur leur terrain, ils glissent eux-mêmes et tombent sur le terrain de l’ennemi.

Gilbert Keith Chesterton, Pourquoi je suis catholique (Pages 312-313)

Les sentimentalistes parlent d’amour jusqu’à ce que le monde entier soit écœuré d’entendre le plus glorieux des mots humains ; ils présument qu’il ne peut rien y avoir dans l’autre monde, si ce n’est cette utopie de plaisirs utiles qu’ils nous promettent (mais ne nous donnent pas) dans ce monde. Ils déclarent que tout sera pardonné, parce qu’il n’y a rien à pardonner. Ils soutiennent que « trépasser » n’est rien d’autre que passer dans la pièce suivante, ils soutiennent que ce ne sera même pas une salle d’attente. Ils déclarent que le passage de vie à trépas doit nous introduire immédiatement dans un salon confortable, avec tous les agréments imaginables, sans faire la moindre référence à la façon dont nous nous sommes retrouvés là. Ils affirment catégoriquement qu’il n’y a pas de danger, pas de diable, pas de mort même. Tout n’est qu’espoir, bonheur et optimisme. Comme le souligne très justement l’athée, le résultat logique de tout cet espoir, de tout ce bonheur et de tout cet optimisme devrait se manifester sous la forme de centaines de gens pendus à des réverbères ou encore des milliers de gens se jetant dans les puits ou les canaux. Nous devrions observer le résultat rationnel de la Religion Moderne de la Joie et de l’Amour dans une gigantesque ruée humaine vers le suicide. Le pessimisme aurait tué ses quelques milliers de gens, mais l’optimisme pourrait venir à bout de dizaines de milliers. Naturellement, le catholique connaît la réponse, parce qu’il lui est loisible de posséder la philosophie complète qui fait de lui un homme sain d’esprit. Et non pas un fragment de celle-ci seulement, triste ou heureux, qui va le rendre facilement fou. Un catholique ne se suicide pas parce qu’il considère comme allant de soi le fait qu’il mérite le Ciel en tout état de cause ou parce qu’il importe peu qu’il le mérite ou non. Il ne prétend pas savoir exactement quel danger il aura à traverser, mais il sait quelle loyauté il violerait, sur quel commandement ou quelle condition il lui faudrait fermer les yeux. Il pense en fait qu’un homme pourrait être plus apte à gagner le Ciel parce qu’il a enduré comme un homme ; il pense qu’un héros pourrait être un martyr du cancer comme saint Laurent et sainte Cécile ont été des martyrs du chaudron et du gril. La foi en une vie future, l’espoir d’un bonheur futur, la croyance au fait que Dieu est Amour et que la loyauté est la vie éternelle, toutes ces choses ne conduisent pas à la folie et à l’anarchie, si elles sont acceptées en même temps que les autres doctrines catholiques sur le devoir, la circonspection et la vigilance face aux puissances de l’enfer. Ces choses pourraient conduire à la folie et à l’anarchie, si elles seules étaient acceptées. Les Modernes, c’est-à-dire les optimistes et les sentimentalistes, ont voulu que nous les acceptions sans les autres. Bien entendu, il en serait de même si quelqu’un acceptait les seules doctrines du devoir et de la discipline. Cela produirait un nouvel âge des ténèbres, avec des puritains s’assombrissant rapidement pour devenir des pessimistes. Les extrêmes, en effet, se rejoignent quand ils sont les bouts coupés de ce qui devrait être la chose complète. Notre parabole s’achève de façon poétique sur la vision de deux gibets côte à côte : l’un pour le pessimiste suicidaire et l’autre pour l’optimiste suicidaire.

Mgr de Ségur, La confirmation

Nous vivons dans un temps où l’Esprit de Crainte est comme oublié, même par beaucoup de personnes pieuses. Sous prétexte que l’amour vaut mieux que la crainte, on ne se met plus en peine de craindre le péché, le monde, les vanités et séductions mondaines. On aime le bien, mais on ne déteste point le mal ; on aime l’Église et la foi, mais on ne déteste pas l’hérésie, on ne déteste pas l’incrédulité. On n’assaisonne plus sa cuisine qu’au sucre ; et il en résulte une fade piété de contrebande, qui n’est pas du tout selon le Cœur de Jésus-Christ, ni selon l’esprit de l’Église. Le don de Crainte est le grand remède à ce grand mal.

Abbé Louis Coache, Jésus Trahi par les siens (Pages 35-36)

Les « nouveaux prêtres » parlent de l’amour à tour de bras. L’amour c’est beau, c’est grand, c’est noble. Dieu aime tous les hommes, les hommes doivent s’aimer… c’est vrai. A priori, sur un tel sujet ces prêtres conquièrent la sympathie, ils mettent le public de leur côté. Mais regardons-y de près. Dieu aime tous les hommes. C’est vrai ; mais de quel amour ? Il y a l’amour de désir, l’amour de bienveillance, l’amour de complaisance, l’amour d’amitié. Dieu aime tous les hommes car il veut leur bien, Il veut leur salut, Il les recherche comme le Bon Pasteur. Mais Dieu ne peut aimer d’un amour de complaisance l’âme qui se révolte, l’âme noire de péchés, Il peut encore moins aimer cette âme d’un amour d’amitié puisqu’elle refuse celle de Dieu et se révolte. Donc Dieu n’est pas l’ami de tous les hommes. Moi-même j’aime mon prochain, je suis prêt à porter secours à mon pire ennemi, mais je ne suis pas assez sot pour ouvrir ma porte à celui qui voudrait m’expulser. Dieu est bon mais sa sainteté et sa justice ne peuvent admettre la contradiction ; Il ne peut mettre de force au Paradis celui qui le méprise. On voit donc comment les Modernistes trompent leur monde en répétant que Dieu aime les pécheurs, les divorcés remariés, les athées etc ; en rigueur de termes les affirmations des Modernistes ne sont pas condamnables ; en fait ils jouent sur les mots et font croire que l’on peut aller au ciel malgré tous les péchés possibles.