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Pilpoul

Pape saint Pie X, Pascendi Dominici gregis

Ce qui jettera plus de jour encore sur ces doctrines des modernistes, c’est leur conduite, qui y est pleinement conséquente. À les entendre, à les lire, on serait tenté de croire qu’ils tombent en contradiction avec eux-mêmes, qu’ils sont oscillants et incertains. Loin de là : tout est pesé, tout est voulu chez eux, mais à la lumière de ce principe que la foi et la science sont l’une à l’autre étrangères. Telle page de leur ouvrage pourrait être signée par un catholique : tournez la page, vous croyez lire un rationaliste. Écrivent-ils histoire : nulle mention de la divinité de Jésus-Christ : montent-ils dans la chaire sacrée, ils la proclament hautement. Historiens, ils dédaignent Pères et Conciles : catéchistes, ils les citent avec honneur. Si vous y prenez garde, il y a pour eux deux exégèses fort distinctes : l’exégèse théologique et pastorale, l’exégèse scientifique et historique. De même, en vertu de ce principe que la science ne relève à aucun titre de la foi, s’ils dissertent de philosophie, d’histoire, de critique, ils affichent en mille manières – n’ayant pas horreur de marcher en cela sur les traces de Luther – leur mépris des enseignements catholiques, des saints Pères, des Conciles oecuméniques, du magistère ecclésiastique ; réprimandés sur ce point, ils jettent les hauts cris, se plaignant amèrement qu’on viole leur liberté. Enfin, vu que la foi est subordonnée à la science, ils reprennent l’Eglise – ouvertement et en toute rencontre – de ce qu’elle s’obstine à ne point assujettir et accommoder les dogmes aux opinions des philosophes; quant à eux, après avoir fait table rase de l’antique théologie, ils s’efforcent d’en introduire une autre, complaisante celle-ci, aux divagations de ces mêmes philosophes.

Mgr Lefebvre, Interview (1987)

Alors, relisons l’Encyclique Pascendi du pape Pie X, il dit en substance : Voilà comment sont les modernistes. Vous lisez une page. C’est parfait, orthodoxie rigoureuse, excellente. Vous tournez la page, celle-là n’est plus du tout conforme à la doctrine de l’Église catholique, absolument opposée au magistère de l’Église. Cela, c’est proprement moderniste. Il y a deux hommes dans le moderniste : celui qui se dit catholique et celui qui se dit moderne, avec les idées du monde, avec le monde. Il y a toujours deux visages, deux pensées, comme deux âmes… C’était le propre de Paul VI : un homme au double visage, à la double pensée. Jean-Paul II c’est la même chose. Tantôt ce qu’il dit ou fait n’est pas mauvais, tantôt c’est tout le contraire, c’est proprement moderniste. On ne peut pas compter sur des hommes comme cela.

Père Calmel, Brève apologie pour l’Église de toujours (Pages 35-36)

On sait depuis longtemps que les textes conciliaires sont des textes de compromis. On sait encore qu’une fraction modernisante voulait imposer une doctrine hérétique. Empêchée d’aboutir, elle est quand-même parvenue à faire adopter des textes non formels ; ces textes présentent le double avantage pour le modernisme de ne pouvoir être taxés de propositions carrément hérétiques, mais cependant de pouvoir être tirés dans un sens opposé à la foi. Nous attarderons-nous à les combattre directement ? Un moment, nous y avions pensé. La difficulté c’est qu’ils ne donnent pas prise à l’argumentation ; ils sont trop mous. Lorsque vous essayez de presser une formule qui vous paraît inquiétante, voici que – dans la même page – vous en trouvez une autre entièrement irréprochable. Lorsque vous cherchez à étayer votre prédication ou votre enseignement sur un texte solide, impossible à tourner, propre à transmettre à votre auditoire le contenu traditionnel de la foi et de la morale, vous vous apercevez bientôt que le texte que vous avez choisi au sujet par exemple de la liturgie, ou du devoir des sociétés à l’égard de la vraie religion, ce texte est insidieusement affaibli par un second texte qui, en réalité, exténue le premier alors qu’il avait l’air de le compléter. Les décrets succèdent aux constitutions et les messages aux déclarations sans donner à l’esprit, sauf exception rarissime, une prise suffisante.