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Fideon

Inerrance biblique

Pape Léon XIII, Providentissimus Deus

Il ne peut y avoir d’erreur dans la Sainte Écriture, puisqu’elle est inspirée par Dieu. On ne peut non plus tolérer la méthode de ceux qui se délivrent de ces difficultés en n’hésitant pas à accorder que l’inspiration divine ne s’étend qu’aux vérités concernant la foi et les mœurs, et à rien de plus. Ils pensent à tort que, lorsqu’il s’agit de la vérité des avis, il ne faut pas rechercher surtout ce qu’a dit Dieu, mais examiner plutôt le motif pour lequel il a parlé ainsi. En effet, tous les livres entiers que l’Église a reçus comme sacrés et canoniques dans toutes leurs parties, ont été écrits sous la dictée de l’Esprit-Saint. Tant s’en faut qu’aucune erreur puisse s’attacher à l’inspiration divine, que non seulement celle-ci par elle-même exclut toute erreur, mais encore l’exclut et y répugne aussi nécessairement que nécessairement Dieu, souveraine vérité, ne peut être l’auteur d’aucune erreur. […] On ne doit donc presque en rien se préoccuper de ce que l’Esprit-Saint ait pris des hommes comme des instruments pour écrire, comme si quelque opinion fausse pouvait être émise non pas certes par le premier Auteur, mais par les écrivains inspirés. En effet, lui-même les a, par sa vertu, excités à écrire, lui-même les a assistés tandis qu’ils écrivaient, de telle sorte qu’ils concevaient exactement, qu’ils voulaient rapporter fidèlement et qu’ils exprimaient avec une vérité infaillible tout ce qu’il leur ordonnait et seulement ce qu’il leur ordonnait d’écrire. Tel a été toujours le sentiment des saints Pères. « Aussi, dit saint Augustin, puisque ceux-ci ont écrit ce que l’Esprit-Saint leur a montré et leur a enjoint d’écrire, on ne doit pas dire que lui-même n’a pas écrit ; ceux-ci, comme les membres, ont mis en œuvre ce que la tête leur dictait (De consensu Evangel. I, 35). » Saint Grégoire le Grand s’exprime encore en ces termes : « Il est bien superflu de chercher qui a écrit ces livres puisqu’on croit fermement que l’auteur en est l’Esprit-Saint. Celui-là, en effet, a écrit qui a dicté ce qu’il fallait écrire : celui-là a écrit qui a inspiré l’œuvre. » (Praef. in Job, n. 2) Il suit de là que ceux qui pensent que, dans les passages authentiques des Livres Saints, peut être renfermée quelque idée fausse, ceux-là assurément ou pervertissent la doctrine catholique, ou font de Dieu lui-même l’auteur d’une erreur. […] Les docteurs ont été unanimes à croire que ces Livres, et dans leur ensemble et dans leurs parties, sont également d’inspiration divine, que Dieu lui-même a parlé par les auteurs sacrés, et qu’il n’a rien pu énoncer d’opposé à la vérité.

Pape Pie XII, Divino Afflante Spiritu

Plus récemment cependant, en dépit de cette solennelle définition de la doctrine catholique, qui revendique pour ces « livres entiers, avec toutes leurs parties », une autorité divine les préservant de toute erreur, quelques écrivains catholiques n’ont pas craint de restreindre la vérité de l’Écriture Sainte aux seules matières de la foi et des mœurs, regardant le reste, au domaine de la physique ou de l’histoire, comme « choses dites en passant » et n’ayant – ainsi qu’ils le prétendirent – aucune connexion avec la foi. Mais Notre Prédécesseur Léon XIII, d’immortelle mémoire, dans son Encyclique, Providentissimus Deus du 18 novembre 1893, a confondu à bon droit ces erreurs et réglé l’étude des Livres Divins par des instructions et des directives très sages.

II Timothée III, 14-17

Pour toi, demeure ferme dans ce que tu as appris, et dont tu as la certitude, sachant de qui tu le tiens, et que, dès ton enfance, tu as connu les saintes lettres, qui peuvent te donner la sagesse qui conduit au salut par la foi en Jésus-Christ. Toute Écriture est divinement inspirée, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour former à la justice, afin que l’homme de Dieu soit parfait, apte à toute bonne œuvre.

Pape Benoît XV, Spiritus Paraclitus (Encyclique)

Qu’on parcoure à cet égard les écrits du grand Docteur : pas une seule page qui n’en témoigne à l’évidence, il a fermement et invariablement affirmé, avec l’Église catholique tout entière, que les Saints Livres ont été écrits sous l’inspiration du Saint-Esprit, qu’ils ont Dieu pour auteur et que c’est comme tels que l’Église les a reçus. Les Livres de la Sainte Écriture, affirme-t-il, ont été composés sous l’inspiration, ou la suggestion, ou l’insinuation, ou même la dictée de l’Esprit-Saint ; bien plus, c’est cet Esprit lui-même qui les a rédigés et publiés. Mais Jérôme ne doute nullement, par ailleurs, que tous les auteurs de ces Livres n’aient, chacun conformément à son caractère et à son génie, prêté librement son concours à l’inspiration divine. Ainsi, il n’affirme pas seulement sans réserve ce qui est l’élément commun de tous les écrivains sacrés – à savoir, que leur plume était guidée par l’Esprit de Dieu, au point que Dieu doit être tenu pour la cause principale de chacune des pensées et des expressions de l’Écriture ; – il discerne encore avec soin ce qui est particulier à chacun d’eux. À de multiples points de vue, ordonnance des matériaux, vocabulaire, qualités et forme du style, il montre que chacun a mis à profit ses facultés et forces personnelles ; il arrive ainsi à fixer et dépeindre le caractère particulier, les « notes », pourrait-on dire, et la physionomie propre de chacun, surtout pour les prophètes et l’apôtre saint Paul. Pour mieux expliquer cette collaboration de Dieu et de l’homme à la même œuvre, Jérôme donne l’exemple de l’ouvrier qui emploie à la confection de quelque objet un instrument ou un outil ; en effet, tout ce que disent les écrivains sacrés « constitue les paroles de Dieu, non leurs paroles à eux, et, en parlant par leur bouche, le Seigneur s’en est servi comme d’un instrument. » Si maintenant nous cherchons à savoir comment il faut entendre cette influence de Dieu sur l’écrivain sacré et son action comme cause principale, nous verrons aussitôt que le sentiment de saint Jérôme est en parfaite harmonie avec la doctrine commune de l’Église catholique en matière d’inspiration : Dieu, affirme-t-il, par un don de sa grâce, illumine l’esprit de l’écrivain pour ce qui touche à la vérité que celui-ci doit transmettre aux hommes « de par Dieu » ; il meut ensuite sa volonté et le détermine à écrire ; il lui donne enfin assistance spéciale et continue jusqu’à l’achèvement du livre. C’est principalement sur ce concours divin que notre saint fonde l’excellence et la dignité incomparables des Écritures, dont il assimile la science au riche trésor et à la perle précieuse de l’Evangile et dont il assure qu’elles recèlent les richesses, du Christ et l’argent qui orne la maison de Dieu. […] Mais saint Jérôme enseigne que l’inspiration divine des Livres Saints et leur souveraine autorité comportent, comme conséquence nécessaire, la préservation et l’absence de toute erreur et tromperie ; ce principe, les plus célèbres écoles d’Occident et d’Orient le lui avaient donné comme transmis par les Pères et communément reçu. Aussi bien, comme il venait d’entreprendre, sur l’ordre du Pape Damase, la révision du Nouveau Testament, certains « esprits à courte vue » lui reprochaient amèrement d’avoir tenté, au mépris de l’autorité des anciens et de l’opinion du monde entier, de faire certaines retouches aux Évangiles, il se contenta de répondre qu’il n’était pas assez simple d’esprit, ni assez lourdement naïf pour penser qu’une parcelle des paroles du Seigneur eût besoin d’être corrigée ou ne fût pas divinement inspirée. Commentant la première vision d’Ezéchiel sur les quatre Évangiles, il remarque : « Celui-là ne trouvera pas étrange tout ce corps et ces dos parsemés d’yeux, qui s’est rendu compte que du moindre détail des Évangiles jaillit une lumière dont le rayonnement éclaire le monde au point que tel détail même qu’on croit négligeable et vulgaire rayonne de tout l’éclat majestueux de l’Esprit Saint. » […] S’il lui arrivait de rencontrer dans les Saints Livres des contradictions apparentes, Jérôme concentrait tous ses soins et les efforts de son esprit à résoudre la difficulté ; jugeait-il la solution encore peu satisfaisante, il reprenait, quand l’occasion s’en présentait, et sans se décourager, l’examen de cette difficulté, sans arriver toujours à la résoudre parfaitement. Jamais, du moins, il n’imputa aux écrivains sacrés la moindre imposture – « Je laisse cela aux impies, tels Celse, Porphyre, Julien. » Il était en cela pleinement d’accord avec saint Augustin ; celui-ci, lisons-nous dans une de ses lettres à saint Jérôme lui-même, portait aux seuls Livres Saints une si respectueuse vénération qu’il croyait très fermement que pas une erreur ne s’est glissée sous la plume d’aucun de leurs auteurs ; aussi, s’il rencontrait dans les Saintes Lettres un passage qui parût contraire à la vérité, loin de crier au mensonge, il en accusait une altération du manuscrit, une erreur de traduction, ou de sa part une totale inintelligence. Cette doctrine de saint Jérôme confirme donc avec éclat en même temps qu’elle explique la déclaration où Notre Prédécesseur Léon XIII, d’heureuse mémoire, formulait solennellement la croyance antique et constante de l’Église en l’immunité parfaite qui met l’Écriture à l’abri de toute erreur : « Il est si impossible que l’inspiration divine soit exposée à un danger d’erreur, que non seulement la moindre erreur en est exclue essentiellement, mais que cette exclusion et cette impossibilité sont aussi nécessaires qu’il est nécessaire que Dieu, souveraine vérité, ne soit l’auteur d’aucune erreur, fût-ce la plus légère. » Après avoir reproduit les définitions des Conciles de Florence et de Trente, confirmées par celui du Vatican, Léon XIII ajoute : « La question ne change en rien du fait que l’Esprit-Saint s’est servi des hommes comme d’instruments pour écrire, comme si quelque erreur avait pu échapper, non pas, il est vrai, à l’auteur principal, mais aux rédacteurs inspirés. En effet, Lui-même les a, par son action surnaturelle, à ce point excités et poussés à écrire, à ce point assistés pendant la rédaction, qu’ils concevaient avec justesse, voulaient rapporter fidèlement et exprimaient parfaitement et avec une exactitude infaillible tout ce qu’il leur ordonnait d’écrire, et cela seulement : s’il en avait été autrement, Il ne serait pas Lui-même l’auteur de la Sainte Écriture tout entière. » […] Or, l’opinion de certains modernes ne s’embarrasse nullement de ces prescriptions et de ces limites : distinguant dans l’Écriture un double élément, élément principal ou religieux, élément secondaire ou profane, ils acceptent bien que l’inspiration porte sur toutes les propositions et même sur tous les mots de la Bible, mais ils en restreignent et limitent les effets, à commencer par l’immunité d’erreur et l’absolue véracité, au seul élément principal ou religieux. Selon eux, Dieu n’a en vue et n’enseigne personnellement, dans l’Écriture, que ce qui touche à la religion ; pour le reste, qui a rapport aux sciences profanes et n’a d’autre utilité pour la doctrine révélée que de servir comme d’enveloppe extérieure à la vérité divine, Dieu le permet seulement et l’abandonne à la faiblesse de l’écrivain. Il devient tout naturel dès lors que, dans l’ordre des questions physiques, historiques et autres semblables, la Bible présente d’assez nombreux passages qu’il n’est pas possible de concilier, avec les progrès actuels des sciences. Il se trouve des esprits pour prétendre que ces opinions erronées ne s’opposent en rien aux prescriptions de Notre Prédécesseur : n’a-t-il pas, déclaré qu’en matière de phénomènes naturels l’auteur sacré a parlé selon les apparences extérieures, donc susceptibles de tromper ? Allégation singulièrement téméraire et mensongère, comme le prouvent manifestement les termes mêmes du document pontifical. L’apparence extérieure des choses, a fort sagement déclaré Léon XIII après saint Augustin et saint Thomas d’Aquin, doit entrer en ligne de compte ; mais ce principe ne saurait autoriser contre les Saintes Lettres le moindre soupçon d’erreur ; la saine philosophie tient, en effet, pour certain que, dans la perception immédiate des choses qui constituent leur objet propre de connaissance, les sens ne se trompent nullement. De plus, après avoir écarté toute distinction et toute possibilité d’équivoque entre ce qu’on appelle l’élément principal et l’élément secondaire, Notre Prédécesseur montre clairement la très grave erreur de ceux qui estiment que « pour juger de la vérité des propositions il faut sans doute rechercher ce que Dieu a dit, mais plus encore peser les motifs qui l’ont fait parler ». Léon XIII enseigne en outre que l’inspiration divine atteint toutes les parties de la Bible, sans sélection ni distinction aucune, et qu’il est impossible que la moindre erreur se soit glissée dans le texte inspiré : « Ce serait une faute très grave de restreindre l’inspiration à certaines parties seulement de la Sainte Ecriture ou d’admettre que l’auteur sacré lui-même se soit trompé. » La doctrine de l’Église, confirmée par l’autorité de saint Jérôme et des autres Pères, n’est pas moins méconnue par ceux qui pensent que les parties historiques des Écritures s’appuient non point sur la vérité absolue des faits, mais seulement sur leur vérité relative, comme ils disent, et sur la manière générale et populaire de penser. Ils ne craignent pas de se réclamer, pour soutenir cette théorie, des paroles mêmes du pape Léon XIII, qui aurait déclaré qu’on peut transporter dans le domaine de l’histoire les principes admis en matière de phénomènes naturels. Ainsi, de même que dans l’ordre physique les écrivains sacrés ont parlé suivant les apparences, de même, prétend-on, quand il s’agissait d’événements qu’ils ne connaissaient point, ils les ont relatés tels qu’ils paraissaient établis d’après l’opinion commune du peuple ou des relations inexactes d’autres témoins ; en outre, ils n’ont pas mentionné les sources de leurs informations et n’ont pas personnellement garanti les récits empruntés à d’autres auteurs. À quoi bon réfuter longuement une théorie gravement injurieuse pour Notre Prédécesseur en même temps que fausse et pleine d’erreur ? Quel rapport y a t‑il, en effet, entre les phénomènes naturels et l’histoire ? Les sciences physiques s’occupent des objets qui frappent les sens et doivent dès lors concorder avec les phénomènes tels qu’ils paraissent ; l’histoire, au contraire, écrite avec des faits, doit, c’est sa loi principale, cadrer avec ces faits tels qu’ils se sont réellement passés. Comment, si l’on admettait la théorie de ces auteurs, sauvegarderait-on au récit sacré cette vérité, pure de toute fausseté, à laquelle Notre Prédécesseur déclare, dans tout le contexte de sa Lettre, qu’il ne faut point toucher ? Quand il affirme qu’il y a intérêt à transporter en histoire et dans les sciences connexes les principes qui valent pour les sciences physiques, il n’entend pas établir une loi générale et absolue, il indique simplement une méthode uniforme à suivre pour réfuter les objections fallacieuses des adversaires et défendre contre leurs attaques la vérité historique de la Sainte Écriture. Si seulement les partisans de ces nouveautés s’en tenaient là ! Ne vont-ils point, pour défendre leur opinion, jusqu’à se réclamer du Docteur dalmate ? Saint Jérôme, à les en croire, aurait déclaré qu’il faut maintenir l’exactitude et l’ordre des faits historiques dans la Bible « en prenant pour règle non la réalité objective, mais l’opinion des contemporains », et que telle est la loi propre de l’histoire. Qu’ils s’entendent bien à déformer, pour les besoins de leur cause, les paroles du saint Docteur ! Sa véritable pensée ne peut faire doute pour personne : il ne dit pas que dans l’exposé des faits l’écrivain sacré s’accommode d’une fausse croyance populaire à propos de choses qu’il ignore, mais seulement que, dans la désignation des personnes et des objets, il adopte le langage courant. Ainsi, quand il appelle saint Joseph père de Jésus, il indique lui-même clairement dans tout le cours de son récit comment il entend ce nom de père. Dans la pensée de saint Jérôme, la « vraie loi de l’histoire » demande au contraire que, dans l’emploi des dénominations, l’écrivain s’en tienne, tout danger d’erreur écarté, à la façon générale de s’exprimer ; car c’est l’usage qui est l’arbitre et la règle du langage. Eh quoi ! Notre Docteur va-t-il mettre les faits que raconte la Bible sur le même pied que les dogmes que nous devons croire de nécessité de salut ? De fait, voici ce que nous lisons dans son Commentaire de l’Epître à Philémon : « Pour moi, voici ce que je dis : Un tel croit au Dieu Créateur ; cela ne lui est pas possible, tant qu’il ne croit pas à la vérité de ce que contient l’Écriture au sujet de ses saints. » Et il termine une fort longue série de citations tirées de l’Ancien Testament en disant : « Quiconque refuse d’ajouter foi à tous ces faits et aux autres sans exception rapportés au sujet des saints ne pourra croire au Dieu des saints. » Saint Jérôme est donc en complet accord avec saint Augustin, qui, ramassant pour ainsi dire le sentiment commun de toute l’antiquité chrétienne, écrivait : « Tout ce que la Sainte Écriture, nous atteste au sujet d’Enoch, d’Elie et de Moïse, elle que les sûrs et vénérables témoignages de sa véracité placent au faite suprême de l’autorité, tout cela nous le croyons. Si donc nous croyons que le Verbe est né de la Vierge Marie, ce n’est point qu’il n’eût d’autre moyen de prendre une véritable chair et de se manifester aux hommes (comme le prétendait Faustus), mais c’est que nous le lisons ainsi dans cette Écriture à laquelle nous devons ajouter foi sous peine de ne pouvoir ni demeurer chrétiens ni nous sauver. » Il est encore un autre groupe de déformateurs de l’Écriture Sainte : nous voulons dire ceux qui, par abus de certains principes, justes du reste tant qu’on les renferme dans certaines limites, en arrivent à ruiner les fondements de la véracité des Écritures et à saper la doctrine catholique transmise par l’ensemble des Pères. S’il vivait encore, saint Jérôme dirigerait à coup sûr des traits acérés contre ces imprudents qui, au mépris du sentiment et du jugement de l’Église, recourent trop aisément au système qu’ils appellent système des citations implicites ou des récits qui ne seraient historiques qu’en apparence, prétendent découvrir dans les Livres Saints tels procédés littéraires inconciliables avec l’absolue et parfaite véracité de la parole divine, et sur l’origine de la Bible professent une opinion qui ne va à rien de moins qu’à en ébranler l’autorité ou même la réduit à néant. Que penser maintenant de ceux qui, dans l’explication des Évangiles, s’attaquent à leur autorité tant humaine que divine, amoindrissent celle-là et détruisent celle-ci ? Discours, actions de Notre-Seigneur Jésus-Christ, rien, pensent-ils, ne nous est parvenu dans son intégrité et sans altération, malgré le témoignage de ceux qui ont consigné avec un soin religieux ce qu’ils avaient vu et entendu ; ils ne voient là – surtout pour ce qui est du quatrième Evangile – qu’une compilation comprenant, d’une part, des additions considérables dues à l’imagination des Évangélistes, et, d’autre part, un récit de fidèles d’une autre époque ; finalement, ces courants issus d’une double source ont aujourd’hui si bien mêlé leurs eaux dans le même lit qu’on n’a absolument aucun critérium certain par quoi les distinguer. Ce n’est pas ainsi que les Jérôme, les Augustin et les autres Docteurs de l’Eglise ont compris la valeur historique des Évangiles, dont « celui qui a vu a rendu témoignage, et son témoignage est vrai et il sait qu’il dit vrai, afin que vous aussi vous croyiez ». Aussi bien, après avoir reproché aux hérétiques, auteurs, d’évangiles apocryphes, d’avoir visé plus à bien ordonner le récit qu’à établir la vérité historique », saint Jérôme ajoute par contre, en parlant des Livres canoniques : « Personne n’a le droit de mettre en doute la réalité de ce qui est écrit ». Ici encore, il était de nouveau d’accord avec saint Augustin, qui disait excellemment en parlant des Évangiles : « Ces choses vraies ont été écrites en toute fidélité et véracité à son sujet, afin que quiconque croit à son Évangile se nourrisse de vérité au lieu d’être le jouet de mensonges. » Vous voyez dès lors, Vénérables Frères, avec quelle ardeur vous devez conseiller aux enfants de l’Église de fuir avec le même soin scrupuleux que les Pères cette folle liberté d’opinion. Vos exhortations seront suivies dans la mesure où vous aurez convaincu les clercs et les fidèles confiés par l’Esprit Saint à votre garde de l’idée que saint Jérôme et les autres Pères de l’Église n’ont puisé cette doctrine sur les Saints Livres nulle part ailleurs qu’à l’école du divin Maître Jésus-Christ. Lisons-nous, en effet, que Notre-Seigneur ait eu une autre conception de l’Écriture ? Les formules « Il est écrit » et « Il faut que l’Écriture s’accomplisse » sont sur ses lèvres un argument sans réplique et qui doit clore toute controverse. Mais insistons plus à loisir sur cette question. Qui ne sait ou ne se souvient que dans ses discours au peuple, soit sur la montagne voisine du lac de Génésareth, soit dans la synagogue de Nazareth et dans sa ville de Capharnaüm, le Seigneur Jésus empruntait au texte sacré les points principaux et les preuves de sa doctrine ? N’est-ce pas là qu’il puisait des armes invincibles pour ses discussions avec les pharisiens et les sadducéens ? Qu’il enseigne ou qu’il discute, il produit des textes et comparaisons tirés de toutes les parties de l’Écriture, et il les produit comme des autorités qui doivent nécessairement faire foi : c’est ainsi, par exemple, qu’il se réfère indistinctement à Jonas et aux habitants de Ninive, à la reine de Saba et à Salomon, à Elie et à Elisée, à David, à Noé, à Loth, aux habitants de Sodome et à la femme même de Loth. Quel témoignage rendu à la vérité des Saints Livres que sa solennelle déclaration : « Un seul iota ou un seul trait de la Loi ne passera pas, que tout ne soit accompli » (Matth. 5, 18), et cette autre : « L’Écriture ne peut être anéantie » (Jn., 10, 35) ; aussi « celui qui aura violé un de ces moindres commandements et appris aux hommes à faire de même sera le moindre dans le royaume des cieux » (Matth. 5, 19). Avant de rejoindre son Père dans le ciel, il voulut pénétrer de cette doctrine les Apôtres qu’il allait bientôt laisser ici-bas ; c’est pourquoi « il leur ouvrit l’esprit, pour leur faire comprendre les Écritures, et leur dit : Ainsi il est écrit et ainsi il fallait que le Christ souffrit, qu’il ressuscitât des morts le troisième jour » (Luc. 24, 45). La doctrine de saint Jérôme sur l’excellence et la vérité de l’Écriture est donc, pour tout dire en un mot, celle du Christ lui-même. Aussi Nous invitons de la façon la plus pressante tous les enfants de l’Église, et ceux surtout qui enseignent l’Écriture sainte aux étudiants, ecclésiastiques, à suivre sans défaillance la voie tracée par le Docteur dalmate ; il en résultera sans nul doute qu’ils auront des Écritures, la même profonde estime qu’il en avait lui-même et que la possession de ce trésor leur vaudra d’exquises jouissances.

Concile de Trente (IVème session)

Si quelqu’un ne reçoit pas ces livres pour sacrés et canoniques dans leur totalité, avec toutes leurs parties, tels qu’on a coutume de les lire dans l’Église catholique et qu’on les trouve dans la vieille édition de la Vulgate latine ; s’il méprise en connaissance de cause et de propos délibéré les traditions susdites : qu’il soit anathème.

Pape Pie XII, Humani Generis

Aussi notre Prédécesseur, d’immortelle mémoire, Pie IX, lorsqu’il enseigne que la théologie a la si noble tâche de démontrer comment une doctrine définie par l’Église est contenu dans les sources, ajoute ces mots, non sans de graves raisons : « dans le sens même où l’Église l’a définie. » Mais pour en revenir aux systèmes nouveaux auxquels nous avons touché plus haut, il y a certains points que quelques-uns proposent ou qu’ils distillent, pour ainsi dire, dans les esprits, qui tournent au détriment de l’autorité divine de la Sainte Écriture. Ainsi, on a audacieusement perverti le sens de la définition du concile du Vatican sur Dieu, auteur de la Sainte Écriture ; et la théorie qui n’admet l’inerrance des lettres sacrées que là où elles enseignent Dieu, la morale et la religion, on la professe bien qu’elle ait été plusieurs fois condamnée. Bien plus, de la façon la plus incorrecte, on nous parle d’un sens humain des Livres Saints, sous lequel se cacherait le sens divin, le seul, nous dit-on, qui serait infaillible.

Dom Jean de Monléon, Histoire sainte

Au point de vue historique, nous devons tenir pour assuré que les récits qui nous sont faits par la sainte Écriture sont d’une véracité, d’une authenticité irrécusables. Les Patriarches ne sont pas des êtres fictifs, des mythes, des personnages lunaires ou des héros éponymes, comme le soutiennent certains historiens : ce sont des êtres qui ont vécu en chair et en os, qui ont marché sur deux pieds, respirant le même air, foulant la même terre que nous. Abraham, Isaac, Jacob, Joseph ont réellement existé dans le temps, et leur vie s’insère dans le cadre de l’histoire universelle.

Abbé Olivier Rioult, La clef des Écritures (Pages 55-56)

La conséquence de l’inspiration des Saintes Écritures est son inerrance : absence d’erreur. L’inerrance dont jouit la Bible est absolue, c’est-à-dire que non seulement elle ne renferme aucune erreur (inerrance de fait), mais encore qu’elle ne peut en renfermer aucune (inerrance de droit). Mais cette inerrance ne s’étend qu’au contenu authentique de la Bible ; elle est donc le privilège du texte original. L’inerrance de la Vulgate (traduction latine de la Bible), elle, ne concerne que les textes dogmatiques ou moraux. L’inerrance de la Bible fut elle aussi affirmée unanimement par tous les Pères et elle fut attaquée par tous les rationalistes, depuis Celse jusqu’à nos jours. Contre les modernistes, Pie X, dans le décret Lamentabili (1907), condamnera cette proposition erronée : « L’inspiration divine ne s’étend pas de telle sorte à toute l’Écriture Sainte qu’elle préserve de toute erreur toutes et chacune de ses parties » (XI). Puisque la Bible est exempte d’erreur, il ne saurait y avoir de contradiction entre ses affirmations et les conclusions certaines de la science. C’est le principe qui guidait saint Augustin et qu’il confiait à saint Jérôme : « Je l’avoue, en effet, à ta charité, j’ai appris à accorder aux seuls livres des Écritures, que l’on appelle maintenant canoniques, cette révérence et cet honneur de croire très fermement qu’aucun de leurs auteurs n’a pu commettre une erreur en les écrivant. Et si je trouvais dans ces Saintes Lettres quelque passage qui me parût contraire à la vérité, je n’hésiterais pas à affirmer ou que le manuscrit est défectueux ou que l’interprète n’a pas suivi exactement le texte, ou que je ne comprends pas bien. Quant aux autres, voici dans quelle disposition je les lis : quelle que soit l’éminence de leur doctrine et de leur sainteté, je ne regarde pas pour cela leur sentiment comme vrai ; ils doivent me convaincre, soit par l’autorité des écrivains canoniques, soit par de solides raisons, qu’ils ne se sont pas éloignés du droit chemin. » (Lettre CXV)