Révérend Père Thomas Pègues, Commentaire de la Somme théoologique
Il demeure cependant que le prêt sous sa première forme, ou le prêt-assistance, qui n’est, comme tel, qu un des modes de subvenir à la nécessité d’autrui, devrait garder, dans la vie ordinaire des hommes, une plus grande place. […] Ceux qui, ayant plus que le nécessaire, ne savent point subvenir à la nécessité des petits, en leur prêtant gratuitement et sans autre charge que de rendre l’argent prêté quand ils pourront vraiment le rendre, mais se montrent en toute circonstance d’une absolue rigueur dans l’exigence de l’intérêt, s’agirait-il même du simple intérêt ordinaire ou légal, n’échapperont point, devant Dieu, à la responsabilité du péché de l’usure. Et l’on peut bien dire qu’une des grandes causes du malaise social aujourd’hui est dans la méconnaissance ou l’oubli de ce devoir sacré.
Arnaud Delassus, Revue Action Familiale et Scolaire n° 96 (Août 1991)
Le libéralisme économique (système séparant l’économie de la morale) conduit à la généralisation de l’usure, à la souveraineté de l’argent, à l’impérialisme international de l’argent. C’est là que réside l’un des deux grands désordres économiques actuels (l’autre étant constitué par l’économie socialiste). Il faut bien voir l’enchaînement des causes : c’est l’usure qui permet aux puissances d’argent de devenir souveraines à l’échelle nationale puis internationale. Le retour à l’ordre ne pourra s’opérer que par une restauration de l’État dans son rôle de défenseur du bien commun. Ce qui suppose un État indépendant des puissances d’argent, ayant repris la maîtrise du système monétaire de la nation et assez fort pour réprimer l’usure. En attendant ce retour à l’ordre, en y travaillant dans toute la mesure de leurs moyens, les catholiques devraient appliquer plus strictement, dans leur conduite personnelle, la doctrine de l’Église sur l’argent, en particulier en développant l’usage de prêts indexés sans intérêt au profit de personnes et d’initiatives qui méritent d’être soutenues.
Ezra Pound, What Is Money For ?
L’Usure est le cancer du monde, seul le bistouri du Fascisme peut l’extirper de la vie des nations.
Pape Pie IX, Instruction pour la sacré congrégation de la propagation de la foi
D’une manière générale, il faut dire à propos du gain perçu pour un prêt qu’absolument rien ne peut être perçu en vertu du prêt, c’est-à-dire de façon directe et simplement en raison de celui-ci. Percevoir quelque chose en plus du capital est licite si cela vient s’ajouter au prêt à un titre extrinsèque, qui n’est pas communément lié et inhérent au prêt de par la nature de celui-ci. Si quelque autre titre fait défaut, comme par exemple un gain qui cesse, une perte qui se produit, et le danger de perdre le capital ou des efforts à mettre en œuvre pour retrouver le capital, le seul titre de la loi civile peut également être considéré comme suffisant dans la pratique, aussi bien par les fidèles que par leurs confesseurs à qui il n’est donc pas permis d’inquiéter leurs pénitents à ce sujet aussi longtemps que cette question demeure en jugement, et que le Saint-Siège ne l’a pas explicitement définie. La tolérance de cette pratique ne peut aucunement être étendue jusqu’à rendre honnête une usure, si minime soit-elle, s’agissant de pauvres, ou une usure immodérée et excédant les limites de l’équité naturelle.
Alphonse Toussenel, Les Juifs, rois de l’époque (Page 23)
J’appelle, comme le peuple, de ce nom méprisé de juif, tout trafiquant d’espèces, tout parasite improductif, vivant de la substance et du travail d’autrui. Juif, usurier, trafiquant sont pour moi synonymes.
Gottfried Feder, Manifeste pour briser les chaînes de l’usure (Page 6)
L’idée du prêt à intérêt est l’invention diabolique du grand capital financier, elle rend à elle seule possible la vie parasitique et nonchalante d‘une minorité de ploutocrates sur le dos des peuples créateurs et de leur force de travail.
Pape Léon X, Inter multiplices (Bulle)
En effet, il y a précisément usure lorsque, par suite de l’usage d’une chose qui ne produit pas de fruits, l’on s’efforce d’obtenir un surplus et un fruit sans effort, sans frais et sans risques. De nombreux autres maîtres et docteurs affirment que, pour un bien si grand et si nécessaire à la chose publique, rien ne doit être exigé ni espéré en raison du seul prêt, mais que, pour indemniser ces mêmes monts pour les dépenses des mêmes administrateurs et pour tout ce qui se rattache à leur nécessaire entretien, il est permis, sans faire preuve de lucre et pourvu que ce soit nécessaire et modéré, d’exiger et de prélever quelque chose de la part de ceux qui sont avantagés par un tel prêt, puisque la règle de droit prévoit que celui qui profite du bienfait doit aussi porter le fardeau, en particulier lorsque l’autorité apostolique y consent. Ces derniers maîtres et docteurs montrent d’autre part que cette position a été approuvée par nos prédécesseurs, les pontifes romains d’heureuse mémoire, Paul II, Sixte IV, Innocent VIII, Alexandre VI et Jules II. […] Avec l’approbation du saint concile, Nous déclarons et définissons que les monts de piété déjà mentionnés, créés par les républiques et approuvés et confirmés depuis ce temps par l’autorité du Siège apostolique, dans lesquels, en compensation et en indemnisation des seules dépenses encourues pour leurs administrateurs et les autres choses qui concernent leur maintien, on reçoit quelque chose de modéré en plus du prêt, sans lucre et à titre d’indemnité, ne présentent pas d’apparence de mal, n’incitent pas au péché et ne doivent d’aucune façon être condamnés ; bien plus, Nous déclarons et définissons qu’un tel prêt est méritoire, qu’il doit être loué et approuvé, qu’il ne doit aucunement être réputé usuraire.
Saint Clément d’Alexandrie, Stromates
La loi défend de pratiquer l’usure à l’égard de son frère ; non seulement à l’égard de son frère selon la nature, mais encore à l’égard de celui qui a la même religion ou qui fait partie du même peuple que nous, et elle regarde comme injuste de prêter de l’argent à intérêt ; on doit bien plutôt venir en aide aux malheureux d’une main généreuse et d’un cœur charitable.
Pape Léon XIII, Rerum Novarum (Encyclique)
Une usure vorace est encore venue s’ajouter au mal (de la destruction des anciennes corporations). Condamnée à plusieurs reprises par le jugement de l’Église, elle n’a cessé d’être pratiquée, sous une autre forme, par des hommes avides de gain, d’une insatiable cupidité
Pape Benoît XIV, Vit pervnit (Encyclique)
Le péché appelé péché d’usure, et dont le lieu propre est le contrat de prêt, consiste dans le fait que quelqu’un veut qu’en vertu d’un prêt lui-même […] il soit rendu davantage que ce qui a été reçu, et que par conséquent, en raison du prêt lui-même, il soit dû un gain allant au-delà du capital prêté. Pour cette raison, tout gain qui dépasse le capital prêté est illicite et usuraire. […] Par là il n’est aucunement nié pour autant qu’à l’occasion d’autres titres, comme on dit, pourront se trouver adjoints au contrat de prêt : des titres qui ne sont pas inhérents et intrinsèques à ce qu’est communément la nature du prêt lui-même, mais dont il résulte une raison tout à fait juste et légitime d’exiger de façon régulière plus que le capital dû sur la base du prêt. De même il n’est pas nié que quelqu’un pourra souvent investir et utiliser son argent de façon régulière par d’autres contrats, distincts de par leur nature du contrat de prêt, soit pour obtenir des revenus annuels, soit aussi pour faire un commerce ou des affaires licites, et en percevoir des gains honorables.
Cardinal Grousset, Théologie morale
Le prêt à intérêt n’est autre chose que le simple prêt duquel on tire des intérêts. Si on perçoit l’intérêt à l’occasion du prêt, mais en vertu d’un titre légitime et extrinsèque au prêt, cet intérêt n’est point illicite. Mais si on n’a pas d’autre titre que le simple prêt, si on exige l’intérêt précisément en vertu du prêt, sans aucun titre extrinsèque au prêt, c’est-à-dire, sans un titre qui soit distinct et séparable du prêt, cet intérêt devient illicite, injuste, usuraire. […] On définit l’usure proprement dite : tout intérêt, tout profit en sus du capital […] Exigé de l’emprunteur, précisément en vertu ou à raison du simple prêt, du « mutuum ». Les Pères, les conciles, les Souverains pontifes et les théologiens,s’appuyant sur les livres saints, s’accordent à nous donner la même notion de l’usure, en la condamnant expressément comme contraire au droit naturel et divin
Révérend Père Denis Fahey, The Mystical Body of Christ and the Reorganisation of Society
I – Aucun profit, quel qu’il soit, ne peut être prélevé d’un prêt (mutuum) au seul titre du prêt. II – S’il y a un autre titre qui n’est pas inhérent à la nature même de chaque prêt, un profit peut être prélevé. III – Quand le seul titre visible sur lequel se fonde le prélèvement de profit ou d’intérêt sur un prêt est l’autorisation donnée par la loi du pays, ce titre peut être considéré comme suffisant en pratique ; et les confesseurs ne doivent pas inquiéter les pénitents là-dessus tant que cette question demeure « sub judice » (non tranchée) et que le Saint-Siège ne l’a pas définie de façon explicite. IV – Une telle tolérance ne doit pas être invoquée pour couvrir la moindre usure exercée à l’égard des pauvres ; ni des taux excessifs d’intérêt au-delà des limites de la justice naturelle.
Edouard Drumont, La libre Parole (15 avril 1895)
Tant que la Chrétienté fut fidèle à la doctrine des Pères de l’Église qui avait interdit l’usure et le prêt à intérêt, le Juif erra.
Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique (IIa, IIae, Question 78, Article 2)
Mais on n’a pas le droit de stipuler dans le contrat une indemnité fondée sur cette considération : que l’on ne gagne plus rien avec l’argent prêté ; car on n’a pas le droit de vendre ce que l’on ne possède pas encore et dont l’acquisition pourrait être compromise de bien des manières.
Pape Pie XI, Quadragesimo anno
Ce qui, à notre époque, frappe tout d’abord le regard, ce n’est pas seulement la concentration des richesses, mais encore l’accumulation d’une énorme puissance, d’un pouvoir économique discrétionnaire, aux mains d’un petit nombre d’hommes qui, d’ordinaire, ne sont pas les propriétaires, mais les simples dépositaires et gérants du capital qu’ils administrent à leur gré. […] Ce pouvoir est surtout considérable chez ceux qui, détenteurs et maîtres absolus de l’argent, gouvernent le crédit et le dispensent selon leur bon plaisir. Par là, ils distribuent en quelque sorte le sang à l’organisme économique dont ils tiennent la vie entre leurs mains, si bien que sans leur consentement nul ne peut plus respirer. […] Cette concentration du pouvoir et des ressources, qui est comme le trait distinctif de l’économie contemporaine, est le fruit naturel d’une concurrence dont la liberté ne connaît pas de limites ; ceux-là seuls restent debout, qui sont les plus forts, ce qui souvent revient à dire, qui luttent avec le plus de violence, qui sont le moins gênés par les scrupules de conscience. […] L’appât du gain a fait place à une ambition effrénée de dominer. Toute la vie économique est devenue horriblement dure, implacable, cruelle. A tout cela viennent s’ajouter les graves dommages qui résultent d’une fâcheuse confusion entre les fonctions et devoirs d’ordre politique et ceux d’ordre économique ; telle, pour n’en citer qu’un d’une extrême importance, la déchéance du pouvoir : lui qui devrait gouverner de haut, comme souverain et suprême arbitre, en toute impartialité et dans le seul intérêt du bien commun et de la justice, il est tombé au rang d’esclave et devenu le docile instrument de toutes les passions et de toutes les ambitions de l’intérêt. Dans l’ordre des relations internationales, de la même source sortent deux courants divers : c’est, d’une part, le nationalisme ou même l’impérialisme économique, de l’autre, non moins funeste et détestable, l’internationalisme ou impérialisme international de l’argent, pour lequel là où est l’avantage, là est la patrie.
Héribert Jone, Précis de théologie morale catholique (Page 198)
Le créancier ne peut, en soi, exiger aucun bénéfice pour avoir accordé le prêt. Mais pour d’autres motifs, comme il en existe toujours actuellement dans les prêts d’argent, on peut demander un intérêt raisonnable. En général, on peut s’en tenir au taux fixé par la loi ou la coutume. On ne peut demander davantage que pour des circonstances particulières (par exemple : le grand risque de perdre son argent, le gain plus grand qu’on pourrait faire autrement). Celui qui, sans de tels motifs, exige un intérêt plus élevé commet, par usure, un péché contre la justice et est tenu à restitution envers son débiteur ou les héritiers de celui-ci, et s’ils ne sont pas connus, envers les pauvres.
Arcand Adrien, Exposé des principes et du programme du Parti National Social Chrétien
Non seulement nous condamnons l’usure directe et ouverte ; mais nous condamnons plus fortement encore usure indirecte qui consiste à faire un capital nouveau avec les intérêts passés dûs, en les ajoutant à la dette réelle, et en chargeant un nouvel intérêt sur ces intérêts. Ce genre sordide d’usure a fait perdre des centaines de millions aux classes humbles. Les peines les plus sévères seront fermement imposées à ceux qui surchargeront injustement les consommateurs par voie de renchérissement sans motif et de « profiteering ». Les lois ne reconnaîtront pas d’option d’amende pour ces crimes, la peine sera le pénitencier ; l’État, comme représentant du public, confisquera au coupable l’équivalent des sommes volées, et les versera dans les caisses de soutien des vieillards ou des familles dans le besoin, et il ne sera plus permis au coupable de jamais se livrer au commerce ou à l’industrie ou à la finance.
Maurice Bardèche, Les Temps modernes (Pages 111-112)
L’usure est devenue la loi de fer sous laquelle nos nations plient le cou. Elles travaillent sans fin pour payer les matières premières qui sont mises à leur disposition et leur travail même est utilisé pour renforcer leur sujétion. Le mécanisme sur lequel Karl Marx fondait la définition de l’exploitation de l’homme par l’homme se trouve aujourd’hui transposé à l’échelle internationale. La propriété des sources de matières premières joue le même rôle dans l’économie mondiale que la propriété des moyens de production dans l’économie privée. Nos nations modernes sont prolétarisées insensiblement et nos régimes modernes ont pour but de maintenir cette situation.
Édouard Drumont, La France Juive devant l’opinion (Pages 123-124)
Ce mal, que l’on qualifie de tant de noms aujourd’hui, capitalisme, exploitation financière, oppression de l’homme par l’argent, la société chrétienne l’avait diagnostiqué et l’avait enrayé. Avec les Pères de l’Église et les scolastiques, l’Église, ainsi que je l’ai démontrée dans la France juive, a lutté contre le capitalisme, c’est-à-dire contre l’usure, que l’on a appelé “le péché mignon des Juifs”. Elle n’a jamais admis le profit sans travail, et même dans le gain excessif, le turpe lucrum, pour s’en tenir à ce juste prix qui est la devise des corporations chrétiennes.
Gabriele Adinolfi, Pensées corsaires (Page 299)
Usure : Crime contre le patrimoine et contre l’homme, d’autant plus aberrant que cette pratique, qui est la poutre maitresse du système actuel, est exercée par ceux qui ne possèdent pas l’argent (les banques), mais ne sont que des spéculateurs, alors que c’est le peuple qui devrait être maitre de la monnaie. Je ne m’appesantirai pas ici sur les innombrables critiques contre l’usure et sur les innombrables théories contre l’usure : Je me bornerai à faire ressortir l’absurdité de fond. Nous sommes hypnotisés et nous nous plions sans coup férir, avec la plus grande spontanéité, aux pratiques profondément illégales qui se fondent sur l’usurpation des rôles et sur l’inversion des fonctions. Et, lorsque les banques nous prêtent de l’argent a des taux usuraires, nous leur en sommes même reconnaissants.
Saint Augustin, Sermon
Donne cependant à qui te demande et ne cherche pas à éviter celui qui veut te faire un emprunt. Mais ne redemande pas plus que tu n’as donné. Et ne fais pas pleurer celui à qui tu as donné, car ce serait détruire ton bienfait. Il peut arriver que ton débiteur n’ait pas dans sa caisse de quoi te rendre la somme due le jour où tu la lui réclames : puisque tu as été bon et lui as prêté quand il te demandait, sois aussi patient maintenant qu’il ne peut te rembourser ; lorsqu’il aura de l’argent, il s’acquittera. Ne va pas remettre dans l’angoisse l’homme que tu as délivré d’une première angoisse. Il est vrai, tu lui as prêté et, maintenant, tu as le droit d’exiger, mais il n’a pas le moyen de te rembourser ; il le fera quand il aura de l’argent. Ne te mets pas à crier et à dire : « Mais je ne réclame pas d’intérêt ! Je ne demande que ce que j’ai donné, mais ce que j’ai donné, je veux qu’on me le rende ! » Soit ! Mais on te dit qu’il ne peut pas encore le faire. Alors, toi, qui n’es pas un usurier, tu voudrais que ton débiteur cherche un usurier pour pouvoir te rendre ton argent ? Tu ne veux pas prendre d’intérêt, tu ne veux pas que personne souffre de ton usure ; dès lors pourquoi voudrais-tu imposer de supporter l’usure des autres ? Tu insistes, tu prends ton débiteur à la gorge, toi qui ne fais pourtant que redemander la somme prêtée sans intérêt ; mais en le prenant ainsi à la gorge, en le jetant dans l’angoisse, ce n’est plus un bienfait que tu lui apportes ; au contraire, tu augmentes ses embarras. Peut-être dis-tu : « Il a les moyens de me rembourser ; il a une maison, qu’il la vende, il a des biens, qu’il les vende ! » Lorsqu’il t’a emprunté, c’était justement pour ne pas vendre ; qu’il ne soit donc pas obligé de faire à cause de toi ce que ton prêt l’avait dispensé de faire. Voilà comme il faut agir envers les hommes ; Dieu l’ordonne, Dieu le veut.
Jean-Jacques Stormay, Abécédaire mal-pensant (Page 101)
Le système du prêt à intérêt est profondément immoral, intrinsèquement pervers. Il convient de distinguer entre biens fongibles (qui se détruisent en étant utilisés, telle la nourriture), et biens non consomptibles (non fongibles, tel un appartement, pour lequel il est licite de distinguer entre la chose et l’usage de la chose). De manière générale, la justice commutative est fondée sur le principe de l’égalité arithmétique : on doit recevoir l’équivalent de ce que l’on a donné. Lorsqu’il est question d’un bien non consomptible, il est licite de vendre l’usage de la chose sans vendre la chose, puisque ce sont là deux réalités distinctes ; ce qui revient à dire qu’on loue la chose considérée. Mais dans le cas d’un bien fongible, la chose est identique à son usage, de sorte que faire payer la chose et exiger que soit aussi payé l’usage de la chose revient à la faire payer deux fois. Or l’argent est un bien fongible : en user, c’est s’en déposséder ; donc prêter de l’argent en exigeant un intérêt revient à se faire rembourser de la somme prêtée, tout en se faisant payer de l’usage qu’autrui en a fait, et cela équivaut à faire payer deux fois la chose due, ce qui est un vol pur et simple. Certes, on rend service au prêteur, mais tout service rendu n’est pas cession d’un bien. Le prêteur à intérêts profite d’un besoin d’autrui pour trouver occasion de s’enrichir, à la manière dont un conducteur d’automobile, pour qui il serait indifférent de se garer à droite plutôt qu’à gauche d’une place publique, décide de se garer à gauche parce qu’il sait que cela gênera un autre conducteur qui se trouvera dans l’obligation de le prier de changer de place, et qui sera disposé à le payer pour cela. Profiter du besoin d’autrui n’est pas lui vendre quelque chose. Le profit est légitime seulement quand s’associent un investisseur et un travailleur, l’un apportant les capitaux, l’autre les compétences, avec partage égal des risques. Le « solidus », pièce d’or copiée sur la drachme grecque, fut créé par Constantin en 325, année de Nicée, à Byzance, parce que les dettes avec intérêts avaient fait s’effondrer la puissance romaine ; aussitôt le prêt à intérêt aboli, l’or redevint central et l’on put assister à un grand bond économique sain. Mais diluer la composition du solidus impliquait que l’on coupât la main des banquiers fraudeurs. Le prêt à intérêt a quelque chose d’ignoble, en cela qu’il est comme la singerie satanique des vertus propres aux biens diffusifs de soi ; un bien spirituel s’enrichit du fait d’être communiqué, au lieu qu’un bien matériel est tel que sa communication exige sa division, ainsi son appauvrissement. Le prêt à intérêt est ce faux don qui rapporte au donateur et qui appauvrit le donataire, non sans le séduire par l’exacerbation de jouissances immédiates.
Cardinal Gousset, Exposition de la doctrine de l’Église sur le prêt à intérêt
Il est défendu d’exiger de qui que ce soit des intérêts du prêt de consommation. Cette défense est générale, elle concerne le riche et le commerçant aussi bien que celui qui est dans le besoin. L’usure étant condamnée par la loi naturelle et divine, les lois civiles qui l’autorisent ne peuvent servir de règle au for intérieur, que quand le prêteur a quelque titre extrinsèque au prêt : c’est une maxime de droit que tout ce qui est permis n’est pas honnête, non omne quod licet honestum est. Les titres qui donnent droit à une juste indemnité sont le lucre cessant, le dommage naissant, et, comme le pensent plusieurs théologiens, le péril extraordinaire de perdre le sort principal. Les moralistes ont expliqué les conditions qu’on exige pour ces différents titres ; ils s’accordent à nous donner certaines règles, par le moyen desquelles on peut généralement juger quand le prêt devient préjudiciable à celui qui le fait. En rapprochant ces règles de celles que la prudence nous prescrit, lorsque les esprits sont partagés, on évitera tout à la fois le relâchement et le rigorisme, qui sont l’un et l’autre également funestes à la morale évangélique et à la religion.
Léon Lallemand, Histoire de la charité (Volume II, Page 92)
L’usure est à la fois préjudiciable au pauvre dont elle accroît la misère, et au riche dont elle nourrit l’avarice.
Joseph Mérel, Pour un fascisme du jour d’après (Pages 289-290)
Dans une société fasciste, il ne peut, en droit, y avoir de tolérance à l’égard du prêt à intérêt qui, comme l’ont montré des économistes contemporains (l’école de Maurice Allais par exemple), à long terme, draine les fortunes privées vers les mêmes gros prêteurs et engendre une concentration des richesses telle que la Finance privée devient plus riche que les États. Au reste, cette Finance favorise, en stipendiant les révolutionnaires insurgés contre l’ordre naturel, l’instauration de régimes démocratiques qui sont par essence faibles et manipulables : les élus se font les obligés de leurs soutiens bancaires, et les centres de diffusion de l’information et de la culture, qui conditionnent l’opinion et les votes, sont tous aux mains des mêmes puissances d’argent. Or le fasciste tient pour valable (tout en y ajoutant des raisons plus profondes) l’analyse marxiste qui considère que la concentration des richesses aboutit mécaniquement au communisme : la valeur de l’argent dépend de sa vitesse de circulation ; la circulation de l’argent suppose une certaine parité entre échangeurs, et la concentration maximale des richesses supprime cette parité (quand l’un a tout et que l’autre n’a rien, aucun échange n’est plus possible) ; donc il est dans la logique du capitalisme de se faire malgré lui, aveugle et obstiné dans sa conception dévoyée de la propriété privée soustraite à sa vocation patrimoniale, le fourrier du communisme. Dès lors, le prêt à intérêt doit être absolument prohibé, lequel, au reste, est injuste par essence. Les biens non consomptibles autorisent une distinction entre eux-mêmes et usage, de sorte qu’il est licite de vendre l’usage d’une chose sans la chose elle-même. Mais faire payer l’usage d’une chose consomptible tout en exigeant qu’elle soit, en plus, restituée, revient à se faire rembourser deux fois ; or l’argent est un bien consomptible : en user, c’est le consommer ; donc le prêt à intérêt est injuste et doit être prohibé des sociétés d’ordre qui ne le restent pas longtemps si elles le tolèrent. Il est ainsi dans la logique du fascisme de se soustraire à la Finance internationale, de conserver son droit régalien de battre monnaie, parce que la financiarisation de l’économie, sa déconnection d’avec le monde du travail et des richesses réelles, fait de l’argent lui-même, simple moyen d’échange, quelque chose qui devient fin et qui s’achète, et qui s’achète moyennant intérêt, et qui en vient à se faire créer lui-même ex nihilo par les banques. Le prêt à intérêt est le socle du capitalisme, et c’est pourquoi le capitalisme est incompatible avec le fascisme. En revanche, les dictatures paternalistes s’en accommodent volontiers, pourvu qu’il soit saupoudré d’incitations publiques au respect de la morale.
Code de Droit Canonique de 1917 (Canon 1543)**
Si une chose fongible est donnée à quelqu’un en propriété et ne doit être restituée ensuite qu’en même genre, aucun gain à raison du même contrat ne peut être perçu ; mais dans la prestation d’une chose fongible, il n’est pas illicite en soi de convenir d’un profit légal, à moins qu’il n’apparaisse comme immodéré, ou même d’un profit plus élevé, si un titre juste et proportionné peut être invoqué.
Bibliographie
- Gottfried Feder, Manifeste pour briser les chaînes de l’usure
- Cardinal Gousset, Exposition de la doctrine de l’Église sur le prêt à intérêt