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Corporatisme

Père Ernest Mura, Les Anciennes Corporations

La corporation, véritable université professionnelle, groupait dans un organisme fortement hiérarchisé, en vue du bien commun de la profession intéressée et de toute la société, tous ceux qui, dans une ville ou dans une région exerçaient le même métier. Sa hiérarchie comprenait les apprentis, les compagnons et les maîtres. Au-dessus de cet ensemble il y avait, pour en assurer l’administration, l’assemblée générale qui désignait les jurés ou gardes du métier ; ces derniers constituaient le conseil d’administration ordinaire et veillaient au maintient des statuts ainsi qu’à tout ce qui intéressait la vie et la bonne marche du corps de métier.

Pape Léon XIII, Humanum Genus (Encyclique)

Une institution due à la sagesse de nos pères et momentanément interrompue par le cours des temps, pourrait, à l’époque où nous sommes, redevenir le type et la forme de créations analogues. Nous voulons parler de ces corporations ouvrières destinées à protéger, sous la tutelle de la religion, les intérêts du travail et les mœurs des travailleurs. Si le pierre de touche d’une longue expérience avait fait apprécier à nos ancêtres l’utilité de ces associations, notre âge en retirerait peut-être de plus grands fruits, tant elles offrent de précieuses ressources pour combattre avec succès et pour écraser la puissance des sectes. Ceux qui n’échappent à la misère qu’au prix du labeur de leurs mains, en même temps que, par leur condition, ils sont souverainement dignes de la charitable assistance de leurs semblables, sont aussi les plus exposés à être trompés par les séductions et les ruses des apôtres du mensonge. Il faut donc leur venir en aide avec une grande habileté et leur ouvrir les rangs d’associations honnêtes pour les empêcher d’être enrôlés dans les mauvaises. En conséquence, et pour le salut du peuple, Nous souhaitons ardemment de voir se rétablir, sous les auspices et le patronage des évêques, ces corporations appropriées aux besoins du temps présent. Ce n’est pas pour Nous une joie médiocre d’avoir vu déjà se constituer en plusieurs lieux, des associations de ce genre, ainsi que des sociétés de patrons, le but des uns et des autres étant de venir en aide à l’honnête classe des prolétaires, d’assurer à leurs familles et à leurs enfants, le bienfait d’un patronage tutélaire, de leur fournir les moyens de garder, avec de bonnes mœurs, la connaissance de la religion et l’amour de la piété.

Jacques Ploncard d’Assac, Doctrines du nationalisme (Page 91)

Cette idée de la nation organisée selon les métiers qui semble banale aujourd’hui n’était, dans les années 1920 à 1925, qu’une réminiscence historique des corporations médiévales. C’est le fascisme qui réintroduit le mot et la chose dans l’idéologie politique moderne. Le corporatisme est l’aspect économique de la grande révision des valeurs opérée par la contre-révolution traditionaliste du XIXème siècle. Celle-ci, qui avait condamné le libéralisme politique, base de la démocratie parlementaire, ne pouvait tolérer le libéralisme économique, base du capitalisme de spéculation. Plus logique que la Révolution de 1789 qui avait prétendu libérer politiquement l’individu, mais l’avait enchaîné au pouvoir naissant de la ploutocratie, la contre-révolution répudie le libéralisme sous son double aspect politique et économique.

Marquis de La Tour du Pin, La Question juive et la Révolution sociale

Si dans l’ordre social et politique comme dans l’ordre religieux l’attitude de la cité chrétienne vis-à-vis de la cité juive a toujours été de maintenir la distinction, mais non d’exercer la persécution, il n’en a pas toujours été ainsi dans l’ordre économique. Là, il y eut souvent répression, parce qu’il y avait toujours forcément invasion. La partie, en effet, n’était pas égale entre des populations chrétiennes naissant aux besoins et aux formes compliquées de la civilisation, et les colonies de ce peuple Juif d’antique culture, rompu à tous les négoces, habile à faire naître les convoitises autant qu’à les satisfaire chèrement. L’usure interdite aux chrétiens était son art par excellence, et tout lui fournissait occasion de le pratiquer ; nos vertus même quelquefois comme nos vices. Ainsi les croisades lui furent aussi profitables que les grandes guerres de ce siècle-ci l’ont été à ses descendants. La cité chrétienne, hâtons-nous de le dire, n’opposait pas que des répressions à la rapacité juive : elle y opposait surtout sa forte constitution économique, par l’organisation corporative du travail et l’organisation féodale de la propriété. Par la première elle empêchait que le travail ne pût être exploité et ses fruits confisqués par le capital étranger ; par la seconde elle empêchait que le sol ne pût manquer sous les pieds de ses habitants et l’abri sur leur tête. Sous cette forme paternelle, comme sous la forme fraternelle de la commune ou de la corporation, l’esprit d’association était si vif dans la cité chrétienne qu’elle put, aux bonnes époques, tolérer largement les arts usuraires chez les Juifs, sans s’en laisser envahir elle-même. C’est là tout le secret de la coexistence de deux sociétés aussi distinctes l’une de l’autre que la société juive et la société chrétienne. Chacune avait sa constitution et son mode d’existence propre. C’est encore là une chose que n’ont pas aperçue les tenants de l’École libérale, tandis qu’ils nous rebattaient les oreilles de leurs lazzis sur les corporations.

Pape Pie XI, Divini Redemptoris (Encyclique)

Ce n’est que par un corps d’institutions professionnelles, fondées sur des bases solidement chrétiennes, reliées entre elles et constituant sous des formes diverses, adaptées aux régions et aux circonstances, ce que l’on appelait la Corporation, ce n’est que par ces institutions que l’on pourra faire régner dans les relations économiques et sociales l’entraide mutuelle juste et charitable.

Martin Dumont, Maurice Maignen et la contre-révolution

La Corporation maignenne a donc la même base de départ que le Cercle catholique d’ouvriers et que la Corporation d’Ancien Régime. Pour Maignen, la Corporation est « l’union des patrons et des ouvriers d’un même métier ». Pour lui, la Révolution a détruit un système qui protégeait les ouvriers. Car, avant 1791, la Corporation donnait à l’ouvrier une véritable valeur sociale. Désormais, l’ouvrier n’est plus qu’un individu isolé et soumis aux volontés de son patron. De plus, la Révolution, en abolissant la Corporation, a spolié l’ouvrier de son patrimoine matériel et social. Patrimoine matériel, d’une part, car l’ouvrier avait nécessairement un travail, grâce à la Corporation, car les patrons étaient tenus de donner un travail à l’ouvrier, qui n’était donc jamais au chômage. Un patrimoine social, d’autre part, car l’ouvrier obtenait une reconnaissance sociale par le parcours qu’il devait accomplir : apprentissage, compagnonnage et chef-d’œuvre pour être admis à la maîtrise, montrant ainsi un véritable savoir-faire, reconnu par tous : « Il peut être maçon celui qui le veut, pourvu qu’il en sache le métier ! Voilà la liberté du travail vraie, sacrée, imprescriptible ! C’est celle-là qui fait la dignité et le bien-être des travailleurs et la perfection de l’industrie durant six cent ans ! ». En outre, la critique la plus violente qu’il adresse à la Révolution — s’appuyant sur de très nombreux auteurs exempts de toute sympathie pour l’Ancien Régime, tels Karl Marx, Louis Blanc, etc. — est d’avoir créé le paupérisme, mot inconnu jusqu’à 1791. Il ose même avancer que, sous l’Ancien Régime, l’ouvrier n’était pas dans le besoin, contrairement au XIXe siècle, s’appuyant sur l’exemple universellement respecté de saint Vincent de Paul84, qui ne s’est jamais occupé des ouvriers mais seulement des pauvres : « saint Vincent de Paul, qui n’a pas oublié une seule misère de son temps, dans son immense carrière, n’a rien fait pour les ouvriers. Ils vivaient par leur travail. Et il a fallu les démences et les dévastations révolutionnaires pour constituer la misère à l’état permanent dans le peuple et arracher de ses entrailles ce cri terrible que les baïonnettes en 1834 n’ont pas étouffé dans le sang, « Vivre en travaillant ou mourir en combattant » ». La Corporation créait également des obligations, fixées par des coutumes, entre les patrons et les ouvriers, qui empêchaient les patrons de fixer arbitrairement les salaires et de les baisser selon leur volonté. Ces règles étaient édictées pour chaque corps de métier, et devaient être respectées par tous, patrons et ouvriers.

Monseigneur Charles-Omer Garant

Il est nécessaire que les professions et les métiers se groupent en vue de la paix sociale et alors se groupent suivant une règle corporative […] et que l’État donne à ces corporations des pouvoirs législatifs et coercitifs.

Pape Léon XIII, Rerum Novarum (Encyclique)

Le dernier siècle a détruit, sans rien leur substituer, les corporations anciennes qui étaient pour eux une protection. Les sentiments religieux du passé ont disparu des lois et des institutions publiques et ainsi, peu à peu, les travailleurs isolés et sans défense se sont vu, avec le temps, livrer à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d’une concurrence effrénée. Une usure dévorante est venue accroître encore le mal. Condamnée à plusieurs reprises par le jugement de l’Église, elle n’a cessé d’être pratiquée sous une autre forme par des hommes avides de gain et d’une insatiable cupidité. À tout cela, il faut ajouter la concentration entre les mains de quelques-uns de l’industrie et du commerce devenus le partage d’un petit nombre d’hommes opulents et de ploutocrates qui imposent ainsi un joug presque servile à l’infinie multitude des prolétaires. […] Tout ce qu’on peut dire en général, c’est qu’on doit prendre pour règle universelle et constante d’organiser et de gouverner les corporations, de façon qu’elles fournissent à chacun de leurs membres les moyens propres à lui faire atteindre, par la voie la plus commode et la plus courte, le but qu’il se propose. Ce but consiste dans l’accroissement le plus grand possible, pour chacun, des biens du corps, de l’esprit et de la fortune. Mais il est évident qu’il faut viser avant tout à l’objet principal qui est le perfectionnement moral et religieux. C’est surtout cette fin qui doit régler l’économie sociale. Autrement, ces sociétés dégénéreraient bien vite et tomberaient, ou peu s’en faut, au rang des sociétés où la religion ne tient aucune place. Aussi bien, que servirait à l’ouvrier d’avoir trouvé au sein de la corporation l’abondance matérielle, si la disette d’aliments spirituels mettait en péril le salut de son âme ? « Que sert à l’homme de gagner l’univers entier, s’il vient à perdre son âme ? » (Matthieu XVI, 26)

Gustave Fagniez, Études sur l’industrie et la classe industrielle à Paris au XIIIe et au XIVe siècle (Page 276)

Dans cette période de leur histoire, les corporations, en somme, ne nous frappent que par leurs bienfaits. D’un accès assez facile, n’ayant pas encore transformé d’utiles garanties d’aptitude en moyens d’exclusion, ne favorisant pas à l’excès la famille des maîtres, impartiales pour les patrons et les ouvriers, elles développent l’aisance et l’importance de la bourgeoisie, conservent les traditions industrielles, se montrent jalouses de l’honneur professionnel et maintiennent l’industrie à un rang honorable. Ajoutons qu’elles sont en complète harmonie avec l’esprit et l’organisation de la société, et, en dépit de quelques protestations passagères, acceptées par elle.

Léon de Poncins, Le Portugal renaît (Pages 70-71)

Le corporatisme impose une conception de la vie sociale et économique différente de celle de individualisme et indispensable à l’avenir de la révolution. L’école libérale concevait l’organisation économique comme étant de formation automatique, partant de ce principe que les actions et les réactions entre les divers intérêts individuels devaient aboutir fatalement à l’équilibre économique. À cette doctrine économique correspondait le concept juridique de la liberté absolue de l’activité productive que ne devait entraver aucune espèce de limitation. Les désastres de la crise mondiale ont prouvé la faillite du système. On a voulu alors lui opposer le principe inverse du monopole totalitaire, mais celui-ci, pour réussir, doit être absolu, il supprime toute liberté et exige des dirigeants une intelligence supra-humaine. Ces deux systèmes opposés correspondent aux deux tendances qui dominent en fait l’activité économique contemporaine ; ils se contrarient mutuellement et aboutissent à un système hybride dans lequel les déséquilibres se succèdent. La doctrine corporative, elle, propose que l’activité économique soit orientée et dirigée par des entités capables de représenter tous les intérêts engagés dans la production afin d’arriver à un idéal d’économie progressive avec un minimum de déséquilibre. Cette conception suppose une intervention de l’État, intervention destinée non pas à régler directement et immédiatement la vie économique, comme le voudraient les doctrines étatistes pures, mais à assurer la création et le fonctionnement des organes représentatifs de la vie économique et à jouer entre eux le rôle d’arbitre suprême de l’intérêt national. Cette conception interventionniste suppose une réforme de l’État qui n’était jusqu’alors préparé qu’à exercer des fonctions politiques selon le concept individualiste. Cette réforme tend à substituer aux forces politiques les divers éléments de la vie économique. C’est dans cette double transformation de l’organisation économique et de l’État qui réside l’essence de la doctrine corporative.

Jacques Monsabré, Gouttes de vérité (Page 115)

Retirez l’industrie des mains de Mammon, dieu sans entrailles, qui la tyrannise, pour la mettre aux mains du Dieu compatissant que les chrétiens adorent, vous la verrez se transformer. Une industrie chrétienne n’abuse plus de l’ouvrier. Elle règle équitablement le travail, et renouvelle les forces en de religieux repos ; elle est juste dans la rétribution, et miséricordieuse pour les accidents qui condamnent le travailleur à l’impuissance et au chômage ; elle modère l’amour du gain, pour rehausser les salaires. Elle combat l’individualisme, et s’applique à fonder les familles ouvrières dans la communauté des croyances et la solidarité des intérêts. Elle crée des corporations puissantes et tranquilles, ou, de haut en bas, de bas en haut, l’amour et le respect se croisent ; où la révolution est en horreur, parce que chacun aime son état, et est content de son sort.

Marcel Bucard, Le francisme (Pages 19-22)

CORPORATISME Deux choses sont nécessaires pour remédier à l’anarchie économique. D’abord – et avant tout – un esprit nouveau laissant résolument de côté les conceptions attardées d’un libéralisme suranné, qui sert trop souvent de prétexte à de multiples abus. Ensuite, une organisation corporative de l’État, d’un État prévoyant et bien informé, seul capable de réaliser l’harmonie indispensable à la vie économique grâce à la collaboration de tous ceux qui, à quelque titre que ce soit, sont intéressés au maintien et au développement de la prospérité générale. Le principe de la liberté absolue n’a jamais été sérieusement soutenu. Ses partisans les plus ardents ont toujours admis que la liberté de l’individu doit cesser lorsqu’elle s’exerce au détriment d’un autre individu. Pourquoi donc continue-t-on d’admettre qu’elle puisse s’exercer au détriment de l’intérêt général ? Pourquoi accepter que l’on commette, au nom de la liberté, de véritables délits sociaux ? Pour réprimer les excès de la liberté, il n’est ni nécessaire, ni souhaitable de confier à l’État la direction de la vie économique. L’autorité du chef d’entreprise doit subsister, car, là où il n’y a pas d’autorité, il ne saurait y avoir de responsabilité. L’initiative individuelle est parfaitement respectable, pourvu qu’elle ne nuise ni à d’autres individus, ni à la collectivité. Or, la mauvaise gestion d’une entreprise commerciale, industrielle ou agricole nuit non seulement à celui qui en est responsable, mais aussi à des victimes innocentes (salariés, épargnants, fournisseurs…) et elle provoque inévitablement une diminution de l’actif national. Pour y remédier, il n’est nullement souhaitable de substituer la gestion de l’État à celle d’un particulier responsable. C’est par un organisme professionnel, donc compétent, que doit être établie l’incapacité d’un chef d’entreprise. Lorsqu’elle est reconnue, l’expropriation pour cause d’utilité générale s’impose. Cette expropriation se traduit par la substitution d’un nouveau chef d’entreprise à l’ancien et comporte une indemnité au profit du propriétaire déchu de son droit. Ces principes nouveaux ne peuvent être appliqués avec justice et efficacité que dans le cadre corporatif. La corporation, composée de tous les membres d’une même profession, qu’ils soient salariés ou employeurs, est seule capable de permettre le contrôle nécessaire de là vie économique sans entraver l’esprit d’initiative. C’est par les corporations que le gouvernement est constamment informé de l’évolution des diverses branches de d’activité économique nationale. C’est la corporation qui, par le contrôle qu’elle exerce sur ses membres, prévient ces faillites aussi dommageables aux travailleurs qu’aux épargnants. Par sa composition, la corporation est particulièrement désignée pour établir des conventions collectives de travail ; applicables à tous les employeurs et à tous les salariés d’une même profession. Assurant un contact permanent entre les représentants qualifiés des employeurs et des salariés, la corporation se trouve en mesure d’établir des accords tenant compte équitablement de tous les intérêts en cause. Toutefois des litiges peuvent subsister ; ils doivent être soumis à l’arbitrage d’un tribunal composé de spécialistes des questions économiques et sociales. ÉTAT CORPORATIF L’État corporatif, ce n’est pas une formule vide de sens. L’État que nous voulons est corporatif, parce qu’il a une base corporative et que la corporation fait partie de l’État. L’État a une base corporative, étant donné que la corporation professionnelle constitue l’assemblée populaire par excellence. Ce sont les membres assemblés de la corporation qui choisissent les délégués à la Chambre corporative, chargée d’élaborer les lois et le budget. La réunion des électeurs par profession détermine la suppression des partis, ce qui est le seul moyen de faire disparaître les politiciens professionnels, véritables parasites sociaux. La Corporation fait partie de l’État, toutes les forces productives de la Nation devant collaborer en vue de l’intérêt général. La Corporation constitue donc une administration publique d’un type nouveau. COMPOSITION DE LA CORPORATION La Corporation comprend tous les employeurs et salariés d’une même profession, si bien que l’adhésion y est obligatoire. C’est là, dira-t-on, une atteinte à la liberté individuelle, mais bien légère et amplement justifiée par l’intérêt social, intérêt évidemment supérieur à celui de quelques individus. Il existe actuellement, parmi les travailleurs, des syndiqués et des non-syndiqués. Mais il faut bien considérer que, dans certaines professions ; le droit syndical est souvent nommai, le salarié craignant de s’exposer à des représailles patronales. En outre, quand l’organisation syndicale existe, elle est généralement divisée, chaque syndicat étant rattaché à un parti politique déterminé. Si bien que les syndicats ne s’occupent pas exclusivement des intérêts professionnels de leurs membres, parce qu’ils sont au service de tel ou tel parti politique. Quant aux syndicats patronaux, ils ne sont pas rattachés à un parti politique déterminé. Mais, en versant des subventions à la Caisse électorale de divers partis politiques, ils s’assurent la bienveillance des gouvernants, quelle que soit la tendance qu’ils sont censés représenter. C’est là un des moyens par lesquels s’établit l’alliance occulte de la féodalité financière et de la féodalité politique. La réunion obligatoire dans un même groupement de la totalité des employeurs et des salariés est donc nécessaire au bon fonctionnement du régime corporatif. ORGANISATION DE LA CORPORATION La Corporation, partie intégrante de l’État, doit évidemment comporter une organisation nationale. Le Conseil National des Corporations, formé par la réunion des divers comités corporatifs centraux, constitue la représentation de toutes les forces productives. Mais, étant donné la multiplicité des attributions dévolues à la Corporation, celle-ci ne doit pas posséder uniquement un comité national. Or, si le cadre national est trop vaste, la Région économique représente un cadre, qui est assez large pour constituer une organisation complète et assez restreinte pour permettre une action rapide et efficace. Le Comité régional constitue donc un organe essentiel de l’organisation corporative. Ce comité est composé de représentants, en nombre égal, des employeurs et des salariés. RÔLE DE LA CORPORATION L’inefficacité des interventions de l’État parlementaire dans le domaine économique est une triste réalité que l’on peut constater chaque jour, elle provient de trois causes principales : 1° L’instabilité gouvernementale, qui encourage l’imprévoyance et rend la responsabilité illusoire parce qu’anonyme ; 2° L’action occulte mais efficace de certains intérêts particuliers ; 3° L’absence d’une étude complète et méthodique de la situation économique. Or, il y a dans nos conceptions francistes deux choses que nous considérons comme étroitement liées : à savoir l’autorité et la responsabilité, parce qu’elles se justifient l’une par l’autre. De même que le détenteur de l’autorité publique, le chef d’entreprise remplit une fonction sociale. C’est pourquoi les divers comités corporatifs sont chargés d’exercer un contrôle sur leurs professions respectives. Mais là ne se borne pas le rôle du comité régional. Le comité régional, organe de cette administration publique qu’est la Corporation, a un rôle d’étude et d’information aussi bien en ce qui concerne les perspectives prochaines de sa profession que sa situation présente. C’est grâce à ses rapports périodiques qu’un organisme central, au sein du Ministère du Travail, chargé des Corporations, dispose d’une documentation constamment tenue à jour. C’est ainsi que peuvent être prévus et réglés les problèmes que pose et que posera l’évolution de la technique industrielle ou agricole et des débouchés commerciaux. Le même comité réglera les rapports du travail et du capital par des conventions collectives, qui comprendront la rémunération et la durée du travail, les règlements de sécurité et d’hygiène, ainsi que les clauses contenues actuellement dans le règlement d’atelier. En cas de désaccord, il y aura lieu à arbitrage par un Tribunal de Travail. Toutefois, étant donné les habitudes de collaboration prises par les délégués des employeurs et des salariés au sein des comités corporatifs, on peut prévoir que le recours à l’arbitrage aura un caractère exceptionnel parce qu’un esprit nouveau s’établira progressivement. CRÉATION DES CORPORATIONS Pour remplir avec efficacité le rôle important qui leur est dévolu, les Corporations devront être en nombre limité. Mais c’est là un but qui ne sera atteint qu’en plusieurs étapes. Au début, il ne faudra pas craindre d’établir des corporations on nombre excessif. Car ce n’est que lorsque les professions auront une représentation organisée qu’il sera possible de déterminer judicieusement quelles sont les professions similaires ou connexes qui doivent être fusionnées et quelle représentation doit avoir chacune d’elles dans l’organisation commune. L’établissement des Corporations doit être une création continue, constamment complétée et perfectionnée en utilisant rationnellement lès leçons dé l’expérience.

Encyclique pontificale (16 mai 1891)

Nous sommes persuadé, et tout le monde en convient, qu’il faut, par des mesures promptes et efficaces, venir en aide aux hommes des classes inférieures, attendu qu’ils sont pour la plupart dans une situation d’infortune et de misère imméritée. Le dernier siècle a détruit, sans rien leur substituer, les corporations anciennes, qui étaient pour eux une protection ; tout principe et tout sentiment religieux ont disparu des lois et des institutions publiques, et ainsi, peu à peu, les travailleurs isolés et sans défense se sont vus avec le temps livrés à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d’une concurrence effrénée. Une usure dévorante est venue ajouter encore au mal. Condamnée à plusieurs reprises par les jugements de l’Église, elle n’a cessé d’être pratiquée sous une autre forme, par des hommes avides de gain, d’une insatiable cupidité. À tout cela, il faut ajouter le monopole du travail et des objets de commerce, devenu le partage d’un petit nombre de riches et d’opulents, qui imposent ainsi un joug presque servile à l’infinie multitude des prolétaires.

Maurice Barrès, Scènes et doctrines du Nationalisme (Page 457)

Il faut aider à se former tous les organismes naturels, favoriser toutes les affinités. Par l’extension des personnalités civiles, la transformation propriétaire peut s’effectuer lentement et pacifiquement. La propriété des collectivités deviendra de plus en plus l’instrument de travail et résoudra ce que les collectivistes appellent la “socialisation des moyens de production”. Le travailleur ne sera plus un salarié ; il ne sera pas non plus un fonctionnaire et il deviendra un peu associé. Les groupes de production et de propriété collective pourront varier autant que les besoins du travail l’exigeront. La commune deviendrait surtout l’instrument de la propriété et du travail agricole ; le syndicat ou le groupe corporatif l’instrument de la propriété et du travail industriel.

Augusto Turati, Discours (21 avril 1926)

La grande affirmation révolutionnaire du fascisme réside précisément dans cette conception : à savoir que capital, étude et travail sont, non pas placés au même niveau, mais considérés comme des coefficients d’une même entreprise de production et de puissance. Toutefois, ces éléments ne se résument et ne s’unifient que dans l’État, en vue de cette entreprise suprême de production et voilà pourquoi l’État – au-dessus des classes, des catégories et des groupes qui peuvent entrer en conflit les uns avec les autres en vertu de nécessités particulières – devient non seulement l’organe corporatif mais réalise dans son essence l’unité des efforts et l’équilibre indispensable.

Oswald Mosley, Du fascisme au nationalisme européen (Page 216)

Le fascisme résout le problème du chômage et de la pauvreté en établissant l’État corporatif, qui sera divisé en corporations nationales gouvernées par des représentants des employeurs, des travailleurs et des consommateurs, opérant sous le gouvernement fasciste. L’État ne tentera pas de conduire l’industrie comme il le ferait sous le socialisme, mais il définira les limites à l’intérieur desquelles l’industrie peut opérer, et ces limites seront le bien-être national. La propriété privée sera permise et encouragée, à condition que cette activité enrichisse la nation et l’individu. Tous les intérêts qui opèrent contre la nation seront rigoureusement réprimés. La fonction des corporations sera d’élever les salaires dans tout le domaine de l’industrie à mesure que la science, la rationalisation et la technique industrielle accroissent le pouvoir de produire. La consommation sera ajustée à la production et un marché intérieur sera alimenté par le plus grand pouvoir d’achat de notre peuple.

Bibliographie

  • Pierre Virion, La banque et le régime corporatif
  • Guillaume Travers, Corporations et corporatisme
  • Léon Harmel, Manuel d’une corporation chrétienne (Lien)
  • Frère Marie-Dominique, Les corporations dans la France chrétienne
  • Firmin Bacconnier, Régime corporatif / Le salut par la corporation / Ce qu’il faut savoir du corporatisme Français / Syndicalisme et corporatisme