Julius Evola, Regime fascista (3 avril 1934)
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Le « progrès » de l’histoire au-delà du Moyen Âge se résume essentiellement par un développement anormal de l’élément bourgeois ainsi que des intérêts et des activités qui lui sont propres, par rapport aux éléments supérieurs de la hiérarchie médiévale : développement qui a pris les proportions d’un véritable cancer. C’est le bourgeois qui a jeté le ridicule sur les idéaux de l’ancienne éthique chevaleresque. C’est le bourgeois qui, le premier, comme cette « nouvelle engeance » méprisée par Dante, a donné le signal de la révolte anti-traditionnelle, usurpant le droit des armes, fortifiant les centres d’une puissance économique impure, arborant ses propres bannières, opposant à l’autorité impériale avec les Communes, une prétention anarchique à l’autonomie. C’est le bourgeois qui, peu à peu, a présenté comme naturel ce qui, en d’autres temps, aurait semblé une hérésie absurde : l’idée selon laquelle l’économie est notre destin, le gain notre but, le marchandage et le trafic les seules formes d’action ; et puis l’idée que le confort, le bien-être, sont l’essence de la civilisation.
Jean Cau, Les Écuries de l’Occident
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Aristocrates et paysans acceptaient que leurs fils allassent à la mort. Le bourgeois, lui, “planque” ses enfants car le courage ou l’obéissance héroïque ne sont pas son lot. Pour l’aristocrate : “Si mon fils est un lâche, mon nom est souillé”. Et pour le paysan : “Si je ne défends pas ma terre, l’ennemi l’annexera”. Pour le bourgeois : “Si mon fils est tué, qui héritera de mon or et qui prendra la succession de mon commerce ?”
Charles Péguy, L’argent
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Car on ne saurait trop le redire. Tout le mal est venu de la bourgeoisie. Toute l’aberration, tout le crime. C’est la bourgeoisie capitaliste qui a infecté le peuple. Et elle l’a précisément infecté d’esprit bourgeois et capitaliste. Je dis expressément la bourgeoisie capitaliste et la grosse bourgeoisie. La bourgeoisie laborieuse au contraire, la petite bourgeoisie est devenue la classe la plus malheureuse de toutes les classes sociales, la seule aujourd’hui qui travaille réellement, la seule qui par suite ait conservé intactes les vertus ouvrières, et pour sa récompense la seule enfin qui vive réellement dans la misère. Elle seule a tenu le coup, on se demande par quel miracle, elle seule tient encore le coup, et s’il y a quelque rétablissement, c’est que c’est elle qui aura conservé le statut.
Édouard Berth, Les Méfaits des intellectuels
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La bourgeoisie, à proprement parler, n’a pas d’idée sociale ; le régime social bourgeois, c’est l’anarchie pure et simple ; il n’y a plus de cité ; le caractère social des actes n’apparaît plus ; aucun principe supérieur et idéal ne vient plus tirer les individus hors du cercle étroit de leur vision égoïste. C’est que l’idée sociale ne peut guère revêtir que deux formes : elle est militaire ou ouvrière ; elle ne peut être bourgeoise.
Nicolás Gómez Dávila
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On appelle communiste celui qui lutte pour que l’État lui assure une existence bourgeoise. » « Le gauchiste se refuse absolument à comprendre que les conclusions de la pensée bourgeoise sont les principes de la pensée de gauche. » « L’âme bourgeoise se sent rachetée quand elle se proclame anticonformiste. » « Le marxisme est la théologie puritaine de la religion bourgeoise. » « Le peuple qui devient irréligieux acquiert immédiatement tous les défauts bourgeois. » « Les marxistes donnent une définition économique de la bourgeoisie pour occulter leur appartenance à celle-ci. » « L’adhésion au communisme est le rite qui permet à l’intellectuel bourgeois d’exorciser sa mauvaise conscience sans abjurer sa condition de bourgeois. » « Les idéologies de gauche sont la stratégie par laquelle la petite bourgeoisie s’est emparée du monde.
Léon Bloy, Exégèse des lieux communs
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Tous les bourgeois vous diront qu’il n’y a pas l’épaisseur d’un cheveu entre les extrêmes. C’est pour cela qu’ils en ont horreur et qu’ils préconisent la médiocrité, le juste milieu, la bonne moyenne, le fil à couper le beurre.
Jacques Ellul, Métamorphose du bourgeois (Pages 47-48)
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Le mécanisme de la justification est la pièce centrale de l’œuvre bourgeoise, sa signification, sa motivation. Pour arriver à ses fins, le bourgeois se construit un monde réel mais aussi un monde imaginaire qu’il fait prévaloir sur tous les autres dans le mécanisme de la conscience fausse. Car le bourgeois se sait, inconsciemment, un exploiteur, mais il ne peut pas se supporter pour ce qu’il est. En cela, il exprime une tendance propre à tout homme […], celle d’être à la fois en accord avec son milieu […] et avec lui-même. […] Et pour ne pas reconnaître ce qu’il est en réalité, le bourgeois ne peut pas voir les motivations réelles de son action. Il ne peut pas discerner les forces motrices qui le poussent à être ce qu’il est en agissant comme il le fait. Ce n’est pas l’hypocrisie au sens courant : le bourgeois le voudrait-il, il ne le peut pas. […] Comme il ne peut pas non plus agir sans motivation, il se crée un système explicatif, un système de motifs imaginant des forces motrices pour légitimer son action. Bien entendu, ces forces motrices ne sont pas seulement imaginaires, théoriques, sinon, elles ne feraient illusion sur personne : elles sont apparentes. L’un des jeux permanents de la conscience bourgeoise consiste à éviter le profond pour tout ramener à l’évident. […] Les évidences sont les plus sûrs atouts de la conscience fausse. […] Il y a ainsi déguisement de la condition réelle, mais déguisement plus réel que le réel parce qu’investi d’évidence.
Werner Sombart, Le Bourgeois (Pages 477-478)
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Ajoutons encore ceci : ce qui caractérise l’esprit du bourgeois de nos jours, c’est, nous l’avons vu, son indifférence complète pour le problème de la destinée de l’homme. L’homme est à peu près totalement éliminé de la table des valeurs économiques et du champ des intérêts économiques : la seule chose à laquelle on s’intéresse encore, c’est le processus, soit de la production, soit des transports, soit de la formation des prix, etc. Fiat productio et pereat homo !
Michel Clouscard, Le Capitalisme de la séduction
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Pas de mariage et pas d’enfant : l’aventure, la liaison et l’avortement, constant mot d’ordre de la phallocratie bourgeoise.
Charles Péguy, L’argent
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De mon temps tout le monde chantait. Excepté moi, mais j’étais déjà indigne d’être de ce temps-là. Dans la plupart des corps de métiers on chantait. Aujourd’hui on renâcle. Dans ce temps-là on ne gagnait pour ainsi dire rien. Les salaires étaient d’une bassesse dont on n’a pas idée. Et pourtant tout le monde bouffait. Il y avait dans les plus humbles maisons une sorte d’aisance dont on a perdu le souvenir. Au fond on ne comptait pas. Et on n’avait pas à compter. Et on pouvait élever des enfants. Et on en élevait. Il n’y avait pas cette espèce d’affreuse strangulation économique qui à présent d’année en année nous donne un tour de plus. On ne gagnait rien ; on ne dépensait rien ; et tout le monde vivait. Il n’y avait pas cet étranglement économique d’aujourd’hui, cette strangulation scientifique, froide, rectangulaire, régulière, propre, nette, sans une bavure, implacable, sage, commune, constante, commode comme une vertu, où il n’y a rien à dire, et où celui qui est étranglé a si évidemment tort. On ne saura jamais jusqu’où allaient la décence et la justesse d’âme de ce peuple ; une telle finesse, une telle culture profonde ne se retrouvera plus. Ni une telle finesse et précaution de parler. Ces gens-là eussent rougi de notre meilleur ton d’aujourd’hui, qui est le ton bourgeois. Et aujourd’hui tout le monde est bourgeois.
Simone Weil, L’Enracinement
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Si une partie de la bourgeoisie a été moins gênée dans sa piété par la science que ne l’a été la classe ouvrière, c’est d’abord parce qu’elle avait un contact moins permanent et moins charnel avec les applications de la science. Mais c’est surtout parce qu’elle n’avait pas la foi. Qui n’a pas la foi ne peut pas la perdre. Sauf quelques exceptions, la pratique de la religion était pour elle une convenance. La conception scientifique du monde n’empêche pas d’observer les convenances.
Razoumnik Ivanov-Razoumnik, Histoire de la pensée sociale russe (Tome I, Pages 15-16)
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En définissant de la façon la plus large possible la nature éthique de la bourgeoisie, nous dirons que la bourgeoisie, c’est l’étroitesse, la superficialité et l’impersonnalité, l’étroitesse de la forme, la superficialité du contenu et l’impersonnalité de l’esprit ; autrement dit, n’ayant pas un contenu précis en elle, la bourgeoisie se caractérise par une relation précise avec tout contenu ; elle fait de ce qui est le plus profond du superficiel, de ce qui est le plus large de l’étroit, de ce qui est le plus distinctement personnel et brillant, de l’impersonnel et du terne. La bourgeoisie, c’est la banalité, son credo et son aspiration la plus intime, c’est « d’être comme tous » ; la bourgeoisie en tant que groupe social est pour cela cette « médiocrité dans l’unité » qui partout et toujours est le ciment de ce groupe impersonnel qui domine la vie.
Christophe Guilluy, Article d’Atlantico (23 septembre 2017)
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La bourgeoisie d’aujourd’hui est plus intelligente que celle d’hier car elle a compris qu’il fallait rester dans le brouillage de classes, et officiellement le concept de classes n’existe pas. La nouvelle bourgeoisie n’assume pas sa position de classe. Elle est excellente dans la promotion de la société ou de la ville ouverte, alors que ce sont les gens qui sont le plus dans les stratégies d’évitement, de renforcement de position de classe, mais avec un discours d’ouverture. Et quand le peuple conteste ce modèle, on l’ostracise. C’est pour cela que je dis que l’antifascisme est devenu une arme de classe, car cette arme n’est utilisée que par la bourgeoisie. Ce n’est pas un hasard si les antifascistes dans les manifestations sont des enfants de la bourgeoisie. Et tout cela dit un mépris de classe. Parce que personne ne va être pour le racisme et pour le fascisme. En réalité, derrière tout cela, il s’agit d’ostraciser le peuple lui-même, les classes populaires. C’est aussi une façon de délégitimer leur diagnostic, parce qu’en réalité, le « populisme », c’est le diagnostic des gens d’en bas, et la bourgeoisie s’en démarque en se voyant en défenseur de la démocratie.
Georges Sorel, Réflexions sur la violence
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Aux yeux de la bourgeoisie contemporaine, tout est admirable qui écarte l’idée de violences. Nos bourgeois désirent mourir en paix ; après eux le déluge.
Vladimir Kemenov, Les deux cultures
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En analysant l’art bourgeois moderne, il est impossible d’établir si un tableau est l’ouvrage d’un aliéné mental ou d’un artiste qui simule la folie et imite le premier pour faire fortune. Ce qui n’a d’ailleurs aucune importance. Les hommes des générations futures découvriront les œuvres de Picasso, Sartre, Jacques Lipschitz, Henry Moore, Alexandre Calder, Joan Miro, Paul Klee, Piet Mondrian et d’autres artistes qui leur ressemblent. Et pour analyser toute cette production, les hommes sains et normaux de l’époque à venir n’iront pas faire appel à un critique d’art, mais à un psychiatre.
Georges Bernanos, Lettre aux Anglais
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La bourgeoisie a été tout en effet. Elle a détruit notre Monarchie, brisé les cadres d’une société millénaire, absorbé ou corrompu la petite noblesse paysanne et militaire dont elle méprisait la pauvreté, sans prévoir qu’elle portait ainsi un coup fatal, non à quelques braves gens inoffensifs qu’elle jalousait, mais à la tradition militaire et paysanne qui avait fait la grandeur de notre nation. Elle s’est emparée de notre ancien domaine, elle l’a hypothéqué au delà de sa valeur afin de le transformer selon son goût, puis elle a péri de sa propre victoire.
Hermann Hesse, Le Loup des steppes (Pages 80-82)
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La “bourgeoisie”, en tant que mode d’être constant d’une partie de l’humanité, n’est rien d’autre qu’une tentative de trouver une stabilité, une aspiration à atteindre un point d’équilibre entre les attitudes extrêmes et les oppositions innombrables qui caractérisent le comportement des hommes. Choisissons n’importe laquelle de ces oppositions ; par exemple, l’opposition entre le saint et le débauché ; cela rendra immédiatement intelligible l’image que nous venons d’employer. L’homme a la possibilité de se consacrer entièrement au spirituel, à une tentative de rapprochement avec le divin, à l’idéal du saint. À l’inverse, il peut aussi s’abandonner pleinement à ses instincts, aux exigences de ses sens et tendre tout entier vers la satisfaction de plaisirs immédiats. La première voie mène à la sainteté, au martyre de l’esprit, au renoncement à soi qui permet d’accéder à Dieu. L’autre voie conduit à la débauche, au martyre des sens, au renoncement à soi qui débouché sur la mort et la décomposition. Le bourgeois tente, pour sa part, de trouver une voie moyenne, modérée, entre ces deux possibilités. Jamais il ne renoncera à lui-même, il ne s’abandonnera à l’ivresse ou à l’ascèse ; jamais il ne sera un martyr ; jamais il ne consentira à son anéantissement. Bien au contraire. Son idéal n’est en effet aucunement le sacrifice, mais la préservation de sa personne. Il n’aspire ni à la sainteté ni à son opposé, et ne supporte pas l’absolu. Certes, il désire être au service de Dieu, mais aussi de ce qui est source de plaisir. Il veut bien être vertueux, mais aussi passer un peu de bon temps sur cette terre. En résumé, il essaie de trouver sa place entre les extrêmes, dans une zone médiane, tempérée et saine où n’éclatent ni tempêtes ni orages violents. Et il y parvient, même s’il renonce pour cela à l’intensité existentielle et affective que procure une vie axée sur l’absolu et l’extrême. On ne peut vivre intensément qu’aux dépens de soi-même. Or, pour le bourgeois, rien n’est plus précieux que le moi (un moi dont le degré de développement est en vérité rudimentaire). Ainsi assure-t-il sa préservation et sa sécurité au détriment de la ferveur. Il rejette la passion du divin au profit d’une parfaite tranquillité morale ; rejette le désir au profit d’un sentiment de bien-être ; la liberté au profit du confort ; une ardeur fatale au profit d’une température agréable. Le bourgeois apparaît ainsi par sa nature même comme un être sans grande vitalité, angoissé, craignant toute forme de renoncement à soi et facile à gouverner. Voilà pourquoi il a substitué le principe de majorité à celui du pouvoir concentré, la loi à la force, le vote à la responsabilité individuelle.
Francis Parker Yockey, Imperium (Page 290)
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Hegel postula un développement de l’humanité en trois phases, depuis la communauté naturelle, jusqu’à la communauté bourgeoise, puis à l’État. Sa théorie de l’État est entièrement organique, et sa définition du bourgeois est tout à fait appropriée au XXème siècle. Pour lui le bourgeois est l’homme qui ne souhaite pas quitter la sphère de la sécurité politique interne, qui s’établit lui-même, avec sa propriété privée sanctifiée, comme un individu contre l’ensemble, qui trouve un substitut à sa nullité politique dans les fruits de la paix et de ses biens et une parfaite sécurité pour en jouir, et qui souhaite donc être dispensé du courage et rester à l’abri de la possibilité d’une mort violente. Avec ces mots, il décrivit le véritable libéral.
Bibliographie
- Jacques Ellul, Métamorphose du bourgeois
- Werner Sombart, Le bourgeois
Nicolas Berdiaev, De l’inégalité (Page 150)