Saint Jean Chrysostome, Homélie LXXXVIII sur Saint Jean
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Rien ne nous rend plus dignes de la bienveillance divine comme le soin que nous prenons du prochain. Nôtre-Seigneur donne cette charge à Pierre de préférence à tous les autres Apôtres, parce qu’il était le premier entre tous les Apôtres, la bouche des disciples, et la tête du sacré collège, et c’est pour cela qu’après lui avoir pardonné son reniement, il l’établit le chef de ses frères. Il ne lui reproche pas de l’avoir renié, mais il lui dit : « Si vous m’aimez, soyez à la tête de vos frères, montrez maintenant cet amour dont vous avez fait constamment preuve, et sacrifiez pour mes brebis cette vie que vous étiez prêt, disiez-vous, à donner pour moi. »
Dom Guéranger, De la Monarchie Pontificale
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En saint Jean, chapitre XXI, Jésus-Christ, en présence de ses apôtres, demande à saint Pierre l’assurance de son amour. Par deux fois il lui dit : « Pais mes agneaux, » et une dernière fois : « Pais mes brebis. » La conversion de Pierre avait eu lieu, le Sauveur sous peu de jours allait quitter la terre, le moment était venu d’établir dans ses fonctions celui que Jésus avait annoncé, lorsque parlant de son Église, il avait dit : « Il n’y aura qu’une seule bergerie et un seul Pasteur. » (Jean X, 16) De même qu’il avait admis Simon fils de Jean en participation de sa qualité divine de Pierre, ainsi, après s’être lui-même représenté sous le nom et les traits d’un Pasteur (Jean XI, 14), il lui conférait ce même titre sur le troupeau tout entier, sur les agneaux et sur les brebis. Il est d’autres Pasteurs qui paissent le troupeau, mais Pierre est le Pasteur des Pasteurs, et par là, l’unité est dans la bergerie.
Eusèbe d’Émèse, Homélie
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Le Christ confie d’abord à Pierre les agneaux, puis les brebis, parce qu’il ne le fait pas seulement Pasteur, mais Pasteur des Pasteurs. Pierre paît donc les agneaux et il paît aussi les brebis ; il paît les petits et il paît les mères ; il gouverne les sujets et ceux qui leur commandent. Il est donc le Pasteur de tous ; car après les agneaux et les brebis, il n’y a plus rien dans l’Église.
Saint Basile, Cité dans le catéchisme du Concile de Trente
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Pierre a été placé pour être le fondement. Il avait dit à Jésus-Christ : vous êtes le Christ, Fils du Dieu Vivant : et à son tour il lui fut dit qu’il était Pierre, quoiqu’il ne fût pas pierre de la même manière que Jésus-Christ, qui est la figure immobile, mais seulement par la Volonté de Jésus-Christ. Dieu communique aux hommes ses propres dignités. Il est prêtre, et Il fait des prêtres, Il est pierre, et Il donne la qualité de pierre, rendant ainsi ses serviteurs participants de ce qui lui est propre.
Saint Jean Chrysostome, De Eleemosyna
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Pierre lui-même, la tête, ou couronne, des Apôtres, le premier dans l’Église, l’ami du Christ, qui reçu la révélation non d’un homme mais du Père […] Ce Pierre, quand je dis Pierre, je nomme cette pierre incassable, ce ferme fondement, de ce grand apôtre, le premier des disciples, le premier appelé, le premier obéissant à la voix du divin maître.
Optat de Milève, Traité contre les donatistes (Second livre)
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Tu sais fort bien, tu ne peux le nier, que c’est à Pierre le premier qu’a été conférée la chaire épiscopale dans la ville de Rome : c’est là que s’est assis le chef des Apôtres : Pierre, qui, par suite, a été appelé Céphas. C’est dans cette chaire unique que tous devaient garder l’unité, afin que les autres Apôtres ne pussent se retrancher chacun isolément dans son siège, et que celui-là fût désormais schismatique et prévaricateur, qui élèverait une autre chaire contre cette chaire unique.
Matthieu X, 2
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Voici les noms des douze Apôtres : le premier est Simon […]
Saint Jérôme, Lettres (I, 15, 1-2)
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Je ne crois en aucun autre primat que celui du Christ ; c’est pourquoi je me mets en communion avec ta béatitude, c’est-à-dire avec la chaire de Pierre. Je sais que l’Église est édifiée sur cette pierre
Concile Vatican I
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Personne ne doute et tous les siècles savent que le saint et heureux Pierre, chef et tête des apôtres, a reçu les clés du Royaume de notre Seigneur Jésus Christ, sauveur et rédempteur du genre humain : jusqu’à maintenant et toujours, c’est lui qui, dans la personne de ses successeurs, les évêques du Saint-Siège de Rome fondé par lui et consacré par son sang, vit, préside et exerce le pouvoir de juger. Dès lors, quiconque succède à Pierre en cette chaire, reçoit, de par l’institution du Christ lui-même, la primauté de Pierre sur toute l’Église.
Pape innocent III, Lettre Sedis Primates à l’évêque de Constantinople (12 novembre 1199)
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Bien que le premier fondement de l’Église soit le Fils unique de Dieu, Pierre n’en est pas moins le deuxième fondement de l’Église. Mais s’il n’est pas le premier dans le temps, par son autorité, il n’en a pas moins la prééminence sur tous les autres. Sa primauté, la vérité elle-même l’a exprimée également lorsqu’elle a dit « Tu seras appelé Cephas » (Jean 1 ; 42). C’est à lui que le Seigneur a confié le souci de paître ses brebis par trois fois, de sorte qu’est considéré comme étranger au troupeau du Seigneur celui qui ne veut pas aussi l’avoir pour pasteur en ses successeurs.
Saint Ambroise de Milan, Cité dans le catéchisme du Concile de Trente
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Si quelqu’un objecte à l’Église qu’elle peut se contenter de Jésus-Christ pour Chef et pour Époux unique, et qu’il ne lui en faut point d’autre, la réponse est facile. Jésus-Christ est pour nous non seulement l’Auteur mais encore le vrai Ministre intérieur de chaque Sacrement. C’est vraiment Lui qui baptise et qui absout, et néanmoins, Il n’a pas laissé de choisir des hommes pour être les ministres extérieurs des Sacrements. Ainsi, tout en gouvernant Lui-même l’Église par l’influence secrète de son esprit, Il place aussi à sa tête un homme pour être son Vicaire et le dépositaire extérieur de sa Puissance. À une Église visible, il fallait un Chef visible. Voilà pourquoi notre Sauveur établit Saint Pierre Chef et Pasteur de tout le troupeau des Fidèles, lorsqu’Il lui confia la charge de paître ses brebis. Toutefois Il le fit en termes si généraux et si étendus qu’il voulut que ce même pouvoir de régir toute l’Église passât à ses successeurs.
Saint Irénée de Lyon, Contre les Hérésies
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L’Église très grande, très ancienne et connue de tous, que les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul fondèrent et établirent à Rome […]. La tradition qu’elle tient des Apôtres et la foi qu’elle annonce aux hommes sont parvenues jusqu’à nous par des successions d’évêques […]. Avec cette Église, en raison de son origine plus excellente, doit nécessairement s’accorder toute l’Église, c’est-à-dire les fidèles de partout
Concile de Florence
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De même nous définissons que le Saint-Siège apostolique et le Pontife romain exerce la primauté (tenere primatum, τό πρωτείον ϰατέχειν) dans tout l’univers ; que ce même Pontife romain est le successeur du bienheureux Pierre, prince des apôtres, qu’il est le véritable vicaire du Christ, le chef de toute l’Église (caput, ϰεφαλήν), le père et le docteur de tous les chrétiens, et qu’à lui, en la personne du bienheureux Pierre, Notre-Seigneur Jésus-Christ a donné plein pouvoir de faire paître, de régir et de gouverner l’Église universelle, comme cela est contenu dans les actes des conciles œcuméniques et dans les sacrés canons.
Abbé Auguste Boulenger, Manuel d’apologétique
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Jésus-Christ a fondé une Église monarchique. Primauté de Pierre et de ses successeurs. I. Premier Point. — La Primauté de Pierre. – Jésus-Christ a fondé une Église monarchique en conférant à saint Pierre une primauté de juridiction sur toute l’Église. 1° Argument tiré des textes évangéliques : La primauté de Pierre découle des paroles de la promesse et des paroles de la collation. A. PAROLES DE LA PROMESSE. — Les paroles par lesquelles Notre-Soigneur promit la primauté de juridiction à saint Pierre, furent prononcées à Césarée de Philippe. Jésus avait interrogé ses disciples pour savoir quelle opinion l’on se faisait de sa personne. Et Pierre, en son propre nom, et d’une inspiration spontanée, avait confessé que « Jésus était le Christ, le Fils du Dieu vivant ». C’est alors que le Sauveur lui adressa ces paroles fameuses : « Tu es heureux, Simon, fils de Jonas, car ce n’est pas la chair et le sang qui te l’ont révélé, mais mon Père qui est dans les cieux. Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’Enfer ne prévaudront point contre elle. Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux » (Mat., XVI, 17-19). De ce texte trois choses doivent être relevées, qui vont à la démonstration de la thèse catholique : a) Tout d’abord il convient de remarquer que Jésus change le nom de Simon en celui de Pierre. Or le changement de nom est, d’après l’usage biblique, le signe d’un bienfait. Ainsi, Abram fut appelé Abraham, lorsque Dieu voulut contracter alliance avec lui et le désigner comme le père des croyants (Gen., XVII, 4-5). b) Dans le cas présent, le nouveau nom, donné à Simon, symbolise la mission dont Jésus veut le revêtir. Simon s’appellera désormais Pierre, parce qu’il doit être la pierre, la roche sur laquelle Jésus veut fonder son Église. Ce qu’est le rocher par rapport à l’édifice, Pierre le sera par rapport à la société chrétienne, à l’Église du Christ : fondement ferme qui assurera la stabilité à toute la construction, roc inébranlable qui défiera les siècles et sur lequel viendront se briser « les portes de l’enfer » autrement dit, les assauts du démon. c) Enfin les clés du royaume des deux sont remises entre les mains de Pierre – Nous ne nous arrêterons pas aux pouvoirs de lier et de délier ; ils ne sont pas en effet, la propriété exclusive de Pierre ; il les partage avec les autres apôtres. Mais la remise des clés est un privilège insigne et spécial, elle confère un pouvoir absolu. Le royaume des cieux est comparé à une maison. Or, — cela va de soi, — seul, celui qui a les clés et ceux à qui ce dernier veut bien ouvrir, ont accès à la maison. Voilà donc Pierre constitué le seul intendant de la maison chrétienne, l’unique introducteur au royaume de Dieu. Inutile d’insister plus : la promesse du Christ est trop claire pour qu’il reste un doute sur sa signification. Seul Pierre change de nom, seul il est appelé le fondement de la future Église, seul il en recevra les clés : si les mots ont un sens, c’est bien la primauté de Pierre qu’ils signifient. Les adversaires objectent, suivant leur tactique habituelle, que le passage en question est inauthentique et qu’il a été interpolé au moment où l’Église avait déjà vécu un certain temps et avait accompli son évolution vers la forme catholique. Ils en voient la preuve dans ce fait que saint Matthieu est le seul à rapporter les paroles de Notre-Seigneur. Réponse : L’argument tiré du silence de Marc et de Luc est purement négatif. Il n’aurait de valeur que si l’on pouvait prouver que le passage devait être rapporté par eux et était commandé par le sujet qu’ils traitaient. Or une telle démonstration ne peut être faite, et le silence des deux synoptiques doit être attribué à des motifs littéraires qui ne comportaient pas l’introduction du texte. B. PAROLES DE LA COLLATION. — Le pouvoir suprême que Jésus avait commencé par promettre à Pierre, deux passages de l’Évangile nous attestent qu’il le lui a effectivement conféré. a) Mission donnée à Pierre de confirmer ses frères. Quelque temps avant sa Passion, Jésus annonce aux Apôtres leur prochaine défaillance, mais en même temps qu’il prédit celle de Pierre, il lui déclare qu’il a spécialement prié pour lui : « Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés, pour vous cribler comme le froment. Moi, j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas, et toi, quand tu seras revenu, affermis tes frères » (Luc, XXII, 31-32). Ainsi, lorsque les Apôtres, d’abord vaincus par la tentation, se seront relevés de leur chute, purifiés par l’épreuve qui aura retranché de leur âme les faiblesses du passé, tel le crible qui sépare la paille du froment, Jésus donne à Pierre la mission de confirmer ses frères. Une telle mission implique évidemment la primauté de juridiction. b) Pierre reçoit la charge du troupeau chrétien. La scène se passe après la Résurrection. Voici comment saint Jean la rapporte (Jean, XXI, 15-17). Par trois fois Jésus demande à Pierre s’il l’aime ; par trois fois, Pierre proteste de son amour et de son inviolable attachement. Alors le Sauveur, se sentant à la veille de quitter ses disciples par son Ascension, remet à Pierre la garde de son troupeau. Il lui confie le soin de la chrétienté tout entière, à la fois des agneaux et des brebis. « Pais mes agneaux », lui dit-il deux fois, puis une troisième fois : « Pais mes brebis ». Or, d’après l’usage courant des langues orientales, le mot paître veut dire gouverner. Paître les agneaux et les brebis c’est donc gouverner avec une autorité souveraine l’Église du Christ ; c’est en être le chef suprême ; c’est avoir la primauté. 2° Argument historique : À ne considérer la question que du seul point de vue historique, nous retrouvons, en face l’une de l’autre, les deux thèses, rationaliste et catholique. A. THÈSE RATIONALISTE. — D’après les rationalistes, le texte : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église n’a pris le sens et la portée dogmatique que les théologiens de la papauté lui ont donnée, qu’au IIIème siècle, lorsque les Évêques de Rome en eurent précisément besoin pour soutenir leurs prétentions naissantes. La primauté de saint Pierre, prétendent-ils, n’a nullement été reconnue par les autres apôtres, et en particulier par saint Paul, car ce dernier, non seulement ne recense pas toujours Pierre le premier (I Cor., I, 12 ; III, 22) ; Gal., II, 9), mais il ne craint même pas de « lui résister en face » (Gal., II, 11). B. THÈSE CATHOLIQUE. — Les Actes des Apôtres fournissent à l’historien catholique de nombreux témoignages qui attestent que Pierre a exercé sa primauté dès les premiers jours de l’Église naissante. – 1) Après l’Ascension, c’est Pierre qui propose le remplacement de Judas pour compléter le collège des Douze (Act., I, 15-22). – 2) Le premier, il prêche l’Évangile aux Juifs le jour de la Pentecôte (Act., II, 14 ; III, 6). – 3) Le premier, éclairé par l’ordre de Dieu, il reçoit les Gentils dans l’Église (Act., X, 1). – 4) Il visite les Églises (Act., IX, 32). – 5) Au Concile de Jérusalem, il clôt la longue discussion qui s’est engagée, en disant que la circoncision ne doit pas être imposée aux païens convertis, et personne ne fait opposition à son avis (Act., XV, 7-12). Et si Jacques parle après lui, ce n’est pas pour discuter son opinion, mais uniquement, parce que, préposé à l’Église de Jérusalem, il juge qu’il y a lieu d’imposer aux Gentils quelques prescriptions de la loi juive dont l’infraction pourrait scandaliser les chrétiens d’origine juive qui forment la masse de son Église. On nous objecte, il est vrai, que saint Paul n’a pas reconnu la primauté de Pierre. Comment se fait-il alors que, trois ans après sa conversion, il soit venu à Jérusalem pour le visiter (Gal., I, 18-19). Pourquoi est-il allé à Pierre, plutôt qu’aux autres, plutôt qu’à Jacques qui présidait à l’Église de Jérusalem ? N’est-ce pas une preuve évidente qu’il le regardait comme le chef des Apôtres ? — S’il en était ainsi, réplique-t-on, pourquoi ne le nomme-t-il pas toujours le premier ? — La chose est bien simple, c’est que saint Paul ne recense jamais ex professo le collège apostolique, et ne fait que citer quelques noms en passant. Parfois aussi, comme au passage (I Cor., I, 12), il lui arrive de suivre une gradation ascendante, puisque, après Pierre, il nomme le Christ. Mais, dit-on, et c’est là un terrain d’attaque cher aux rationalistes, oubliez-vous le conflit d’Antioche où Paul ne craignit pas de résister en face à Pierre ? — Pour que nos adversaires ne nous accusent pas de diminuer l’importance du conflit, nous allons le rapporter d’après les propres paroles de saint Paul. « Quand Képhas vint à Antioche, écrit-il aux Galates (II, 11-14), je m’opposai à lui en face, parce qu’il était visiblement en faute. En effet, avant l’arrivée de certaines personnes d’auprès de Jacques, il mangeait avec les Gentils. Mais quand elles furent arrivées, il se retira et se tint à l’écart, par crainte de ceux de la circoncision. Et les autres Juifs s’associèrent à son hypocrisie, en sorte que Barnabé aussi fut entraîné par leur duplicité. Mais quand je vis qu’ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Évangile, je dis à Képhas en présence de tous : Si toi qui es Juif, tu vis à la manière des Gentils et non pas à celle des Juifs, comment peux-tu contraindre les Gentils à vivre en Juifs ? » Comme on peut le constater, le conflit est né de la fameuse question, soulevée par les judaïsants, de savoir si la loi mosaïque avait gardé son caractère obligatoire et s’il était exigé de passer par la circoncision pour entrer dans l’Église chrétienne. Or, — qu’on remarque bien ce point, — les deux Apôtres ont toujours été d’accord pour répondre que non : il n’y a donc pas eu conflit entre eux sur le terrain dogmatique. Et voici où le litige va surgir. Il arriva que saint Pierre, pour ne pas provoquer les récriminations des judaïsants, s’abstint de manger avec les Gentils qui s’étaient convertis sans passer par le judaïsme. Certainement une telle manière de faire pouvait être interprétée en sens divers. – 1) Ou bien l’on pouvait y voir une simple mesure de prudence que justifiait le but poursuivi. S’adressant à des milieux différents, l’un, apôtre des circoncis, l’autre, des incirconcis, faut-il s’étonner que saint Pierre et saint Paul aient eu à adopter, dans les questions de discipline, des attitudes différentes ? N’est-il pas raconté par ailleurs dans les Actes des Apôtres, que saint Paul, placé à l’occasion dans une circonstance identique, n’a pas agi autrement, et qu’en dépit de ses convictions, il a circoncis Timothée, à cause des Juifs qui étaient dans ces contrées (de Lystres et d’Iconium : Act., XVI, 3). – 2) Ou bien l’on pouvait prendre la conduite de saint Pierre pour de l’hypocrisie et de la lâcheté : et c’est ainsi que la chose fut jugée par saint Paul. Il sembla à ce dernier que, pour éviter les conséquences regrettables de l’attitude de Pierre, il était de son devoir de le reprendre. Nous nous trouvons donc dans un cas de correction fraternelle faite par un inférieur, et dans laquelle ce dernier, selon toute apparence, manqua de mesure et de déférence, emporté sans doute par un zèle excessif. Mais que si saint Paul attachait une telle importance à la conduite de saint Pierre, objecterons-nous à notre tour aux rationalistes, n’est-ce pas, de toute évidence, que son influence sur les églises était plus grande et moins incontestée ? L’argument des rationalistes retourne donc contre eux, et le conflit d’Antioche, loin de prouver contre la primauté de Pierre, nous en apporte un nouveau témoignage. II. Deuxième point. — La primauté des successeurs de saint Pierre. — La primauté conférée par Jésus à saint Pierre était-elle un don personnel, une sorte de charisme ? Ou était-elle un pouvoir transmissible et devant échoir à ses successeurs ? Et dans ce dernier cas, quels devaient être les successeurs de Pierre ? Nous répondrons à ces questions en montrant dans les deux thèses suivantes : 1° que la primauté de Pierre tait un pouvoir permanent, et 2° que les successeurs de Pierre sont les Évêques de Rome. Thèse I. La primauté de Pierre était transmissible. — Cette proposition s’appuie sur un argument tiré des textes de l’Évangile et sur un argument historique. 1° Argument tiré des textes évangéliques : Du texte de saint Matthieu (XVI, 17-19) invoqué précédemment pour la primauté, il résulte que Pierre a été choisi pour être le fondement de toute l’Église et qu’il a reçu les clés du royaume des cieux. Or le fondement doit durer aussi longtemps que l’édifice lui-même. Et comme Jésus a promis d’être avec son Église jusqu’à la fin du monde (Mat., XXVIII, 20), il faut en déduire que la primauté, principe et fondement de l’édifice, doit durer autant que celui-ci, et que Pierre doit transmettre son autorité à ses successeurs. L’autorité suprême sera d’ailleurs d’autant plus requise que l’Église se développera et étendra ses rameaux plus loin : plus une armée est nombreuse, plus elle a besoin d’un chef suprême qui la commande. 2° Argument historique : Si la primauté de Pierre a été recueillie par ses successeurs, l’histoire doit en témoigner. Mais comme cette question se confond avec celle de savoir quels furent les successeurs, nous renvoyons à la seconde proposition. Thèse II. Les successeurs de Pierre dans la primauté sont les Évêques de Rome. — Pour prouver cette thèse, il faut établir deux choses : 1° que Pierre est venu à Rome et peut être considéré comme le premier Évêque de l’Église de Rome ; et 2° que la primauté des Évêques de Rome, ses successeurs, a toujours été reconnue dans toute l’Église. La question est donc tout historique. 1° La venue et la mort de saint Pierre à Rome – 1) Il s’agit de rechercher si Pierre est venu dans la capitale du monde romain et s’il y a fondé une communauté chrétienne. Point n’est besoin de démontrer qu’il y est resté un laps de temps plus ou moins long, ni d’une façon continue. Il ne faut pas en effet se représenter l’Église primitive sous la forme de l’Église actuelle. Les Apôtres étaient des missionnaires qui se souvenaient de la parole de leur Maître : « Allez, enseignez toutes les nations. » En face d’un champ aussi vaste ouvert à leur activité, il serait bien étrange de les trouver attachés à une résidence fixe. Ils étaient donc, ici ou là, partout où ils pouvaient jeter, avec espoir de moisson, la semence de l’Évangile. – 2) Le fait de la venue et de la mort de saint Pierre à Rome était nié autrefois par les critiques rationalistes et protestants, qui voyaient dans cette contestation un excellent argument contre la primauté de l’Évêque de Rome. Mais la faiblesse de leurs arguments était telle que Renan n’hésita pas à reconnaître, dans un appendice à son volume L’Antéchrist (1873), comme une chose « très admissible que saint Pierre fût venu à Rome » et même à regarder « comme probable le séjour de Pierre à Rome ». Les critiques actuels vont plus loin et ne font plus de difficultés pour soutenir le point de vue catholique. Citons quelques lignes du plus illustre d’entre eux : « Le martyre de Pierre à Rome, écrit M, Harnack, a été combattu jadis en vertu de préjugés protestants tendancieux… Mais que ce fût une erreur, cela est évident aujourd’hui pour tout chercheur qui ne s’aveugle pas. » « Aujourd’hui, dit encore le même critique dans un Discours prononcé en 1907 devant l’Université de Berlin, nous savons que cette venue [de Pierre à Rome] est un fait bien attesté, et que les commencements de la primauté romaine dans l’Église remontent jusqu’au IIème siècle. » La thèse catholique, qui affirme que saint Pierre est venu à Rome, qu’il y a fondé l’Église romaine et qu’il y reçut le martyre, n’étant plus sérieusement contestée, il nous suffira dépasser rapidement en revue les principaux témoignages sur lesquels elle s’appuie. Les voici, en suivant l’ordre régressif, et siècle par siècle : a) Au début du IIIème siècle, nous avons les témoignages du prêtre romain Caius et de Tertullien. — 1. Caius, écrivant contre Proclus, disait : « Je puis vous montrer les monuments des apôtres. Que vous veniez au Vatican ou sur la voie d’Ostie, vous aurez sous les yeux les monuments des fondateurs de notre Église. » Ce passage, qui date des environs de l’an 200, prouve qu’à cette époque on était persuadé que les tombeaux du Vatican et de la voie d’Ostie gardaient les reliques de saint Pierre et de saint Paul, fondateurs de l’Eglise romaine et martyrs sous Néron. — 2. Tertullien, à la même époque, discutant contre les gnostiques, rappelle le martyre que, sous Néron, saint Pierre et saint Paul subirent à Rome, le premier sur la croix, le second par le glaive du bourreau. b) A la fin du IIe siècle. — 1. Saint Irénée écrivait en Gaule : « Ce sont les apôtres Pierre et Paul qui ont évangélisé l’Église romaine et c’est pour cela qu’entre toutes elle est la plus antique, la plus connue, tenant des apôtres sa tradition : c’est pour cela que chaque Église doit se tourner vers elle et reconnaître sa supériorité. » — 2. Denys de Corinthe, écrivant aux Romains, en 170, leur disait : « Venus tous deux à Corinthe, les deux apôtres Pierre et Paul nous ont élevés dans la doctrine évangélique ; partis ensuite ensemble pour l’Italie, ils nous ont transmis les mêmes enseignements, puis ont subi en même temps le martyre. » c) Parmi les Pères apostoliques nous avons les témoignages de saint Ignace et du pape saint Clément. — 1. Saint Ignace d’Antioche venait d’être condamné aux bêtes et avait été envoyé à Rome pour y subir le dernier supplice. Ayant appris que la communauté romaine avait entrepris des démarches pour le sauver, il lui écrivit de n’en rien faire, l’adjurant en ces termes : « Ce n’est pas comme Pierre et Paul que je vous commande ; eux, ils étaient apôtres et moi je ne suis plus qu’un condamné. » « Ces paroles, dit Mgr Duchesne, ne sont pas l’équivalent littéral de la proposition : saint Pierre est venu à Rome. Mais supposé qu’il y soit venu, saint Ignace n’aurait pas parlé autrement ; supposé qu’il n’y soit pas venu, la phrase manque de sens. » — 2. Saint Clément. Écrivant aux Corinthiens entre 95 et 98, il met en relief les souffrances des deux apôtres Pierre et Paul « qui restent chez nous le plus beau des exemples ». Ainsi saint Clément qui est romain, qui envoie sa lettre en qualité d’évêque de Rome, insiste sur cette circonstance, que les actes d’héroïsme qu’il décrit se sont passés sous ses yeux, que le martyre de saint Pierre et de saint Paul a été d’un grand exemple « chez nous », c’est-à-dire à Rome. d) Au temps des Apôtres, nous avons le témoignage de saint Pierre lui-même, qui date de Babylone la première Épître adressée aux fidèles d’Asie (I Pierre, V, 13). Or « Babylone, dit Renan, désigne évidemment Rome. C’est ainsi qu’on appelait dans les chrétientés primitives la capitale de l’Empire ». À la thèse catholique les Protestants objectent que saint Luc dans les Actes des Apôtres, saint Paul dans son Épître aux Romains, Flavius Josèphe qui rapporte la persécution de Néron, ne font pas mention de Pierre. Réponse : Nous avons déjà observé que l’argument tiré du silence n’a de valeur que si le point passé sous silence rentrait dans le sujet traité par l’historien et aurait dû être mentionné par lui. Or — 1. pour ce qui concerne saint Luc, l’objection est sans fondement pour la bonne raison que les Actes des Apôtres ne décrivent que les débuts de l’Église chrétienne dans les douze premiers chapitres et qu’à partir du chapitre XIII, il n’est plus question que des Actes de saint Paul. Que les Actes soient par ailleurs loin d’être complets, c’est ce qui est bien évident ; ainsi, ils ne parlent pas non plus du conflit d’Antioche. — 2. Il n’y a pas lieu de s’étonner davantage que saint Paul ne mentionne pas saint Pierre dans son Épître aux Romains : ses autres Épîtres nous montrent qu’il n’avait pas l’habitude de saluer les évêques de la ville. Lorsqu’il écrit aux Éphésiens, il ne parle pas non plus de Timothée, leur évêque. — 3. Josèphe déclare qu’il a voulu passer sous silence la plupart des crimes de Néron ; s’il omet la crucifixion de Pierre, il ne parle pas davantage de l’incendie de Rome et du meurtre de Sénèque. Conclusion : Le fait de la venue et du martyre de saint Pierre à Rome n’est donc contredit par aucune objection sérieuse. Il est au contraire démontré par de nombreux témoignages qui, de génération en génération, nous conduisent à l’âge apostolique. Nous pourrions ajouter encore que le fait est confirmé par les monuments qui attestent la présence à Rome du Prince des Apôtres, tels que les deux chaires de saint Pierre, dont l’une est conservée au baptistère du Vatican, les peintures et les inscriptions des Catacombes, datant du IIème siècle, et où son nom est mentionné. Mais il n’est pas nécessaire d’insister, puisque aussi bien la thèse catholique n’est pas contredite par les critiques sérieux. 2° Les Évêques de Rome ont toujours eu la primauté Puisque saint Pierre peut être considéré comme le premier Évêque de Rome, sa primauté devait se transmettre aux héritiers de son siège : c’est la question de droit. Mais il nous faut examiner la question de fait et demander à l’histoire s’il en a été ainsi. Le point est de la plus haute importance, car si les documents de l’histoire nous démontraient que primitivement la primauté des évêques de Rome n’était pas reconnue, la question de droit serait fortement en péril. Il ne faut donc pas trop s’étonner que les rationalistes, protestants et modernistes, aient pris à tâche de prouver, par l’histoire, que la primauté des Évêques de Rome n’est pas d’origine primitive. A. THÈSE RATIONALISTE. — La thèse des rationalistes tient en quelques mots. Suivant leur théorie, il n’y aurait eu, à l’origine, aucune distinction entre les évêques : ils auraient tous joui d’une autorité égale. Peu à peu ils se seraient arrogé une puissance plus ou moins grande et relative à l’importance de la ville où était leur siège. Il arriva donc tout naturellement que les évêques de Rome, qui habitaient la capitale de l’Empire, furent considérés comme les chefs de l’Église universelle. À cette raison majeure s’ajoute un heureux ensemble de circonstances, telles que l’ambition des évêques romains, leur prudence dans le jugement des causes soumises à leur arbitrage et les services qu’ils rendirent lorsque l’Empire s’écroula. La primauté de l’Évêque de Rome ne serait née qu’à la fin du siècle, lorsque le pape Victor, pour terminer la controverse qui s’était élevée à propos du jour où l’on devait célébrer la fête pascale, lança en 194, un édit impérieux qui retranchait de la communion catholique et déclarait hérétiques toutes les Églises d’Asie ou d’ailleurs qui ne suivraient pas, dans cette question de la Pâque, la coutume romaine. B. THÈSE CATHOLIQUE. — Les historiens catholiques prétendent au contraire que la primauté de l’Évêque de Rome a toujours été reconnue dans l’Église universelle. Au commencement du IVème siècle, la primauté de la Chaire romaine est un fait incontesté. À cette époque il est manifeste que les évêques de Rome parlent et agissent en pleine conscience de leur primauté. Le pape Sylvestre envoie ses légats pour présider le concile de Nicée (325). Jules I déclare que c’est à Rome que doivent être jugées les causes des évêques. Le pape Libère, à qui l’empereur Constance demande de condamner Athanase, — ce qui prouve qu’il lui en reconnaît le droit, — se refuse à le faire. De même, les Pères sont unanimes à admettre la primauté de l’Évêque de Rome. Saint Optât de Milet, argumentant contre les Donatistes qui prétendaient que l’Église se composait des seuls justes et que la sainteté était la marque essentielle de l’Église, répond que l’unité est une note non moins essentielle et qu’il est absolument indispensable de rester en communion avec la Chaire de Pierre. Saint Ambroise regarde également l’Église romaine comme le centre et la tète de tout l’univers catholique. À leur tour, les évêques orientaux saint Athanase, saint Grégoire de Nazianze, saint Chrysostome parlent de l’Évêque de Rome comme du chef de l’Église universelle. La primauté de l’Évêque de Rome étant universellement reconnue au IVème siècle, notre enquête pourra se borner aux siècles qui précèdent. Or, dans les trois premiers siècles, l’existence de la primauté romaine nous est attestée par les écrits des Pères, par les conciles et par la coutume d’en appeler à l’Évêque de Rome pour terminer les différends. a) Examinons d’abord les témoignages des Pères de l’Église. — 1. Au IIIème siècle, Origène écrit au pape Fabien pour lui rendre compte de sa foi. Tertullien, avant d’être montaniste, admet la primauté de Pierre. Devenu montaniste, il la tourne en dérision, ce qui est une autre preuve qu’il en reconnaît l’existence. — 2. À la fin du IIe siècle, saint Irénée pose comme critère des traditions apostoliques, la conformité de doctrine avec l’Église romaine qui doit servir de règle de foi à cause de la primauté qu’elle a héritée de saint Pierre. Saint Polycarpe de Smyrne, disciple de saint Jean, Abercius vont à Rome pour visiter l’Évêque et le consulter sur les choses de la foi et de la discipline. Les hérétiques eux-mêmes, Marcion et les montanistes veulent faire approuver leur doctrine par le siège apostolique. Au début du IIème siècle, saint Ignace, écrivant aux Romains, déclare que leur église préside à toutes les autres. — 3. Et nous voici parvenus au Ier siècle. En 96, l’Évêque de Rome, Clément, comme nous l’avons déjà vu, écrit aux Corinthiens pour rappeler à l’ordre la communauté, qui a déposé injustement des presbytres. Il leur déclare que ceux qui ne lui obéiront pas, se rendront coupables de faute grave. La conduite de Clément de Rome a d’autant plus d’intérêt qu’au moment où il écrivait, l’apôtre saint Jean vivait encore et aurait dû intervenir si l’Évêque de Rome avait été sur le même pied que les autres évêques. b) La primauté des évêques de Rome a été reconnue par les conciles. – 1) Ainsi, au concile d’Éphèse (431), saint Cyrille d’Alexandrie, qui occupait le premier rang parmi les patriarches d’Orient, demanda à l’Évêque de Rome une sentence et une définition contre l’hérésie nestorienne. – 2) Les Pères du concile de Chalcédoine (451) ; presque tous orientaux, adressèrent une lettre au pape saint Léon pour demander confirmation de leurs décrets. Le pape répondit par une lettre célèbre où il condamnait les erreurs d’Eutychès ; en même temps il envoya des légats pour présider le concile en son nom, et le concile se termina par cette formule : « Ainsi le concile a parlé par la bouche de Léon. » – 3) Successivement, les conciles de Constantinople, le troisième tenu en 680, le huitième en 869, le concile de Florence, en 1439, composé de Pères grecs et latins, proclamèrent la primauté du successeur de saint Pierre et dirent que Jésus-Christ lui a donné, dans la personne de saint Pierre, « plein pouvoir de paître, de diriger et de gouverner l’Église entière ». c) La primauté des Evêques de Rome est en outre attestée par ce fait qu’ils interviennent dans les différentes Églises pour terminer les différends. Ainsi, sans rappeler à nouveau que, à la fin du Ier siècle déjà, Clément de Rome écrivit à l’Église de Corinthe pour la remettre dans le droit chemin, nous verrons plus tard les Évêques orientaux eux-mêmes, entre autres saint Athanase et saint Jean Chrysostome, en appeler à l’Évêque de Rome pour la défense de leurs droits. Les Protestants objectent : — 1. que ceux à qui on donne le nom d’évêques n’étaient en réalité que les présidents du presbyterium ; — 2. qu’en toute hypothèse, leur autorité n’a pas été universellement reconnue, puisque saint Cyprien et les évêques d’Afrique ont résisté au décret du pape saint Etienne qui défendait la réitération du baptême conféré par les hérétiques. Réponse : 1. Pour prouver que les Évêques n’étaient que de simples présidents du presbyterium, on allègue ce fait que la Prima Clementis, les lettres de saint Ignace aux Romains et le Pasteur d’Hermas ne parlent pas d’un évêque monarchique de Rome. — Or le silence d’un écrivain sur un fait, avons-nous déjà dit, ne prouve pas nécessairement contre l’existence de ce fait. Ainsi, en 170, Denys de Corinthe envoie une réponse à l’église de Rome, et non à son évêque Soter, et pourtant M. Harnack lui-même qui fait l’objection, admet que Soter était certainement évêque monarchique. Il importe donc peu que la première lettre de Clément aux Corinthiens ne porte pas son nom et ait été envoyée au nom de l’Église de Rome ; il ne fait pas de doute que son auteur est un personnage unique et n’est autre que le pape Clément. — Quant à la lettre d’Ignace aux Romains (107) et au Pasteur d’Hermas, s’ils ne mentionnent pas l’Évêque de Rome, il n’y a pas à en conclure que celui-ci n’existait pas, car ils ne parlent pas davantage des presbytres et des diacres de Rome dont personne ne songe pourtant à contester l’existence. 2. Il est vrai que saint Cyprien, estimant que la réitération du Baptême était surtout disciplinaire a résisté au décret du Pape Etienne. Mais la résistance d’un homme, même très saint et de bonne foi, ne détruit en rien le fait de cette autorité. N’a-t-on pas vu aussi, de temps en temps, de grands évêques comme Bossuet, adhérer à des propositions condamnées, tout en reconnaissant la primauté du Souverain Pontife ? Conclusion : La primauté des Évêques de Rome découle donc de ce premier fait que saint Pierre a fixé sa chaire à Rome, et de ce second, qu’elle a toujours été reconnue dans l’Église universelle. L’on ne peut dire dès lors que l’autorité suprême des papes soit née de l’ambition des Évêques de Rome et de l’abdication des autres Évêques. Si en effet les évêques avaient été d’abord égaux de droit divin, comme le prétendent les adversaires, il y aurait eu, à un moment de l’histoire, un changement total dans là foi et la pratique de toute l’Église. Or cela n’aurait pu se produire sans soulever des dissensions et des réclamations sans fin, de la part des autres Évêques, qui auraient été lésés dans leurs droits, et dont les privilèges auraient été d’autant diminués. Comme l’histoire ne porte aucune trace d’une semblable agitation, et qu’elle ne relève des discussions que sur des points secondaires, tels que la célébration de la fête de Pâques et la question des rebaptisants, il faut en conclure que le principe de la primauté de l’Évêque de Rome n’a jamais été contesté, et que l’Église universelle lui a toujours reconnu, non pas seulement une primauté d’honneur, mais une vraie primauté de juridiction.