Jean VI, 51-58
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« Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai, c’est ma chair, pour le salut du monde. » Là-dessus, les Juifs disputaient entre eux, disant : « Comment cet homme peut-il donner sa chair à manger ? » Jésus leur dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme, et ne buvez son sang, vous n’avez point la vie en vous-mêmes. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui. Comme le Père qui est vivant m’a envoyé, et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra aussi par moi. C’est là le pain qui est descendu du ciel : il n’en est point comme de vos pères qui ont mangé la manne et sont morts ; celui qui mange de ce pain vivra éternellement. »
Catéchisme du concile de Trente (Chapitre 19)
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L’explication de ce Mystère est extrêmement difficile. Cependant les Pasteurs tâcheront de faire comprendre à ceux qui sont assez avancés dans la connaissance des Vérités saintes, comment s’opère ce changement admirable. Car pour ceux qui sont encore faibles dans la Foi, il serait à craindre qu’ils ne fussent accablés sous le poids d’une Vérité si haute. Ce changement est tel que, par la puissance de Dieu, toute la substance du pain est convertie en la substance entière du Corps de Jésus-Christ, et toute la substance du vin en la substance entière de son Sang, sans aucun changement de la part de Notre-Seigneur Lui-même. En effet, Il n’y est ni engendré, ni changé, ni augmenté ; mais Il demeure intact dans sa substance. C’est ce qui a fait dire à Saint Ambroise, en parlant de ce Mystère: « vous voyez combien la parole de Jésus-Christ est efficace. Si elle a eu assez de force pour faire exister ce qui n’était pas, le monde, par exemple, combien ne lui en a-t-il pas fallu pour donner un nouvel être aux choses qui existaient déjà et pour les changer en d’autres ? » Plusieurs autres Pères très anciens, et d’une grande autorité, ont parlé dans le même sens. « Nous le déclarons sans hésiter, dit Saint Augustin, avant la Consécration, il n’y a que le pain et le vin formés par la nature ; mais après la Consécration, il n’y a plus que la Chair et le Sang de Jésus-Christ, rendus présents par les paroles sacrées. » Le Corps de Notre-Seigneur, dit de son côté Saint Jean Damascène, « Celui-là même qui est né d’une Vierge, est véritablement uni dans l’Eucharistie à sa divinité ; non qu’Il descende du ciel où Il est monté, mais parce que le pain et le vin sont transsubstantiés au Corps et au Sang du Seigneur. » C’est donc avec beaucoup de raison et de justesse que l’Église catholique appelle ce merveilleux changement transsubstantiation, comme l’enseigne le Concile de Trente. En effet de même que la génération naturelle peut très bien s’appeler transformation, parce qu’il s’y fait un changement de forme ; de même le mot de transsubstantiation a été très convenablement créé par nos Pères, pour exprimer le changement d’une substance tout entière en une autre substance, tel que celui qui s’opère dans l’Eucharistie. […] Il ne faudra pas moins de prudence aux Pasteurs, lorsqu’ils expliqueront comment dans ce Mystère le Corps de Jésus-Christ se trouve contenu tout entier dans chacune des plus petites parcelles du pain eucharistique. Autant qu’on le peut il faut éviter soigneusement ces sortes de discussions ; cependant, si la Charité chrétienne en fait un devoir, qu’on n’oublie pas tout d’abord de prémunir et de fortifier l’esprit des Fidèles par ces paroles de l’Evangile « Rien n’est impossible à Dieu. » Après cela les Pasteurs pourront enseigner que Notre-Seigneur Jésus-Christ n’est point dans ce Sacrement comme dans un lieu. Les choses ne sont dans un lieu qu’autant qu’elles ont quelque étendue. Or, quand nous disons que Jésus-Christ est dans l’Eucharistie, nous ne faisons pas attention à l’étendue plus ou moins grande de son Corps, mais à la substance elle-même, considérée indépendamment de l’étendue. Car la substance du pain est changée en la substance, et non pas en la quantité, ni en la grandeur du Corps de Jésus-Christ. Or personne ne doute qu’une substance ne puisse être également renfermée dans un petit espace aussi bien que dans un grand. Ainsi la substance de l’air est aussi entière dans une petite partie d’air que dans une grande ; la nature (ou la substance) de l’eau n’est pas moins entière dans un petit vase que dans un grand. Et comme le Corps de Notre-Seigneur remplace la substance du pain dans l’Eucharistie, on est obligé de convenir qu’Il est dans le Sacrement de la même manière que la substance du pain y était avant la Consécration. Or la substance du pain était aussi bien et aussi entière dans la plus petite partie que dans le tout.
Xavier Arnaldo da Silveira, La Nouvelle Messe de Paul VI : qu’en penser ? (Page 20)
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Si l’omission du mot « transsubstantiation » était, à la fin du XVIIIe siècle, une erreur favorisant l’hérésie, cette même erreur mériterait aujourd’hui un blâme encore plus sérieux. […] « Transsubstantiation » est un terme que le concile de Trente, usant de son infaillibilité, a déclaré très adapté pour indiquer la conversion des substances du pain et du vin dans les substances du Corps et du Sang de Notre Seigneur.
Concile de Trente (Session VIII, Canon 1-2)
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§ 1. Si quelqu’un dit que dans le très saint sacrement de l’eucharistie ne sont pas contenus vraiment, réellement et substantiellement le Corps et le Sang en même temps que l’âme et la divinité de notre Seigneur Jésus Christ et, en conséquence, le Christ tout entier, mais dit qu’ils n’y sont qu’en tant que dans un signe ou en figure ou virtuellement, qu’il soit anathème. § 2. Si quelqu’un dit que, dans le très saint sacrement de l’eucharistie, la substance du pain et du vin demeure avec le Corps et le Sang de notre Seigneur Jésus Christ, et s’il nie ce changement admirable et unique de toute la substance du pain en son Corps et de toute la substance du vin en son Sang, alors que demeurent les espèces du pain et du vin, changement que l’Église catholique appelle d’une manière très appropriée transsubstantiation: qu’il soit anathème.
IVème Concile du Latran
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Le corps et le sang de Jésus Christ sont véritablement contenus dans le sacrement de l’autel sous les apparences du pain et du vin, la transsubstantiation s’effectuant du pain en corps et du vin en sang, sous l’action de la puissance divine.
Mgr Valentin Zubizarreta
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Au sujet des docètes, Saint Ignace écrit : « Ils ne participent pas à la prière eucharistique, parce qu’ils ne reconnaissent pas que l’eucharistie est la chair de Notre Sauveur Jésus Christ, laquelle a souffert pour nos péchés et que le Père a ressuscitée dans sa bienveillance. » Saint Justin : « Car nous ne prenons cet aliment comme un pain commun et une boisson commune. De même que, par la vertu du Verbe de Dieu, Jésus Christ, notre sauveur, a pris chair et sang pour notre salut, ainsi l’aliment consacré par la prière formée des paroles du Christ, cet aliment qui doit nourrir par assimilation notre sang et notre chair, est la chair et le sang de Jésus fait chair. » Saint Irénée : « Comment ne voient-ils [les gnostiques] que le pain sur lequel est prononcée l’action de grâce est le corps le corps du Seigneur et le calice son sang, s’ils ne le reconnaissent pas comme le Fils du créateur du monde, c’est-à-dire, le Verbe par lequel le bois de la Croix produit du fruit ? » Tertullien : « La chair [du chrétien] est nourrie de la chair et du sang du Christ, afin que l’âme aussi soit nourrie de Dieu. » Contre les chrétiens indignes : « C’est un crime déplorable quand un chrétien vient des idoles à l’église, quand il touche le corps du Seigneur, avec les mêmes mains qui construisent des corps aux démons…Crime abominable ! Les juifs ont porté une seule fois les mains sur le christ ; ceux ci outragent quotidiennement son corps. Ô mains à couper ! » Saint Cyprien : contre ceux qui communient indignement : « Ils font violence à son corps et à son sang et ils sont coupables maintenant envers le Seigneur avec leur main et leur bouche d’une manière plus grave que s’ils l’ont renié. » Saint Cyrille de Jérusalem : « Le pain et le vin de l’eucharistie, avant l’invocation à adorer la Trinité n’étaient que du simple pain et du vin, mais une fois l’invocation achevée, le pain devient le corps du Christ et le vin le sang du Christ. » « Le Christ lui-même ayant donc déclaré et dit du pain : ceci est mon corps, qui désormais osera hésiter ? Et quand lui-même a déclaré et dit : Ceci est mon sang qui osera douter que ce soit son sang ? Donc avec une entière conviction, participons au corps et au sang du Christ. Car sous la figure du pain, on te donne son corps, et sous la figure du vin, on te donne son sang, afin qu’ayant reçu le corps et le sang du Christ, tu lui deviennes concorporel et consanguin. Ainsi nous sommes devenus Christophores, le corps du Christ et son sang se distribuant dans nos membres » Saint Jean Chrysostome : « Ce qui est dans le calice c’est cela même qui a coulé de son côté sur la croix et nous y avons part… ce corps qui t’est présenté, c’est le corps même qui a été ensanglanté, qui a été percé par la lance et a laissé couler des sources salutaires, les unes de sang, les autres d’eau. Ce corps qu’il nous a donné à prendre et à manger, c’est ce corps d’un intense amour. » Saint Macaire, écrivant en Grèce au début du Vème siècle, affirme : « De même prenant le pain et le vin, il dit : Ceci est mon corps et ceci est mon sang. Ceci en effet n’est pas le symbole du corps, ni le symbole du sang, comme l’ont affabulé certains esprits aveugles, mais bel et bien le corps et le sang du Christ. » Cet auteur, déjà au Ve siècle, rejette la doctrine des calvinistes. Saint Ambroise : « Cette nourriture que tu reçois, c’est le corps du Christ. Considère maintenant laquelle est la plus digne : la manne ou la chair du Christ. La manne venait du ciel, celle-ci est au-dessus du ciel ; la manne était corruptible, celle-ci est incorruptible. Pour les juifs l’eau a coulé du roché, pour toi le sang coule du Christ. Peut-être diras-tu mais je vois autre chose, comment m’affirmes-tu que je vais recevoir le corps du Christ. Il nous reste donc à le prouver. Prouvons que ce n’est pas là une œuvre naturelle, mais une consécration opérée par une bénédiction. Or la puissance de la bénédiction dépasse celle de la nature, puisque par la bénédiction la nature elle-même est changée. Ce sacrement que tu reçois est fait par la parole du Christ. Si la parole d’Elie a pu faire descendre le feu du ciel, la parole du Christ ne pourra-t-elle pas changer la nature des éléments. La Parole du Christ a pu créer ce qui n’était pas, et elle ne pourrait changer ce qui est en ce qui n’était pas ? Ce corps que nous rendons présent, conficimus, c’est le corps né de la Vierge. Pourquoi chercher ici, dans le corps du Christ, l’ordre de la nature, alors que le Seigneur Jésus lui-même est né de la Vierge Marie, en dehors des lois de la nature ? C’est la vraie chair du Christ, celle qui a été crucifiée, celle qui a été ensevelie ; c’est donc vraiment le sacrement de sa chair. Le Seigneur Jésus proclame : Ceci est mon corps. Avant la bénédiction un autre nature est désignée, après la consécration c’est le corps qui est signifié. Lui-même dit que c’est son sang : avant la consécration on l’appelle autrement ; après la consécration, on le nomme sang. Et tu dis : Amen, c’est-à-dire : C’est vrai. » 2) Témoignage des conciles À peine était proférée la première erreur niant la présence réelle du Christ dans l’eucharistie, son auteur, Béranger de Tours, fut obligé par la Concile de Rome (1079) de souscrire à la formule suivante : « Moi Béranger, je crois de cœur et je confesse par la bouche que le pain après la consécration est le vrai corps du Christ, qui est né de la Vierge Marie, qui s’est offert sur la croix pour le salut du monde, qui assis à la droite du Père ; et le vin, le vrai sang du Christ, qui a coulé de son côté, et cela non seulement en signe et par la vertu du sacrement, mais dans la propriété de la nature et la vérité de la substance. » Le IVème Concile du Latran (1215) a déclaré contre les albigeois que le corps et la sang est vraiment contenu au sacrement de l’autel sous les espèces du pain et du vin. Le Concile de Trente a édité le canon suivant contre les novateurs : « Si quelqu’un nie que dans le très Saint Sacrement de l’Eucharistie soient contenus vraiment, réellement, et substantiellement, le corps et le sang conjointement avec l’âme et la Divinité de notre Seigneur Jésus-Christ et, par conséquent ; le Christ tout entier, mais s’il dit qu’ils n’y sont qu’en signe ou en figure ou par vertu, qu’ils soit anathème » (Session 13 : canon 1) 3) Les différentes liturgies Sous le nom des liturgies nous désignons les livres rituels qui contiennent les prières, les formules et les rites pour confectionner et administrer les sacrements. Ils sont divers, comme les églises sont diverses et on les considère comme un organe assez sûr pour conserver la tradition. Le témoignage des liturgie, quand il est constant et uniforme, est sans aucun doute d’une grande autorité dans les choses de la foi, parce que « la loi de croyance décide de la loi de la prière ». En outre, toutes les liturgies, aussi bien occidentales qu’orientales tiennent de manière constante la doctrine de la présence réelle de Notre Seigneur Jésus-Christ dans l’eucharistie. La liturgie la plus antique, que l’on trouve au chapitre huit des les Constitutions apostoliques, modifiées probablement au IVème siècle, mais conformes pour l’essentiel à la version primitive, contient ces paroles : « Ne te prions pour que tu envoies ton Esprit Saint sur ce sacrifice, afin qu’il transforme ce pain en corps du Christ, ton Fils, et ce calice dans le sang du Christ, ton Fils. » La liturgie jérusalémite de Saint Jacob, existant déjà au IVème siècle, dit : « Envoie ton Esprit Saint pour que sa venue transforme ce pain dans le corps de notre Seigneur Jésus-Christ, notre Dieu et Sauveur. Et ce breuvage, qui est dans le calice, qu’il le transforme dans le sang de notre Seigneur Jésus-Christ, notre Dieu et Sauveur. » La liturgie de saint Basile : « Fais que pain devienne le corps précieux de notre Seigneur Jésus-Christ, notre Dieu et Sauveur. Quant à ce calice qu’il devienne par ton action le sang de notre Seigneur Jésus-Christ, notre Dieu et Sauveur, qui a offert sa vie pour le salut du monde. » Les liturgie de saint Jean Chrysostome, des églises arméniennes, d’Alexandrie etc. nous livrent en abondance aussi bien des formules de consécration qui signifient et produisent la conversion du pain et du vin dans le corps et le sang de Jésus-Christ que des oraisons et des prières qui demandent à Dieu que cette conversion se produise. La liturgie romaine nous livre la formule suivante pour la consécration : Hoc est enim corpus meum ; Hic est enim calix sanguinis mei qui pro vobis et pro multis effundetur in remissionem peccatorum. Après la consécration, elle ajoute : « Ton Corps que j’ai mangé et ton Sang que j’ai bu, Seigneur, qu’ils adhèrent à mes entrailles. » Dans la liturgie mozarabe le prêtre dit : « Seigneur, mon Dieu, donne moi de consommer le corps et le sang de ton Fils, Notre Seigneur Jésus Christ, afin qu’ainsi je mérite d’obtenir la rémission de tous mes péchés. » Dans les liturgies gothique, gallicane, ambrosienne, on trouve également des formules qui signifient sans ambiguïté la présence réelle du Christ dans l’eucharistie. 4) Le témoignage de l’archéologie chrétienne Les fidèles de l’Église primitive ont laissé témoignage en de leur foi en la présence réelle du Christ dans l’eucharistie sur des monuments archéologiques. Dans les catacombes romaines on trouve des peintures qui représentent sans ambiguïté le mystère de la présence du Christ dans ce sacrement. a) Dans la chambre des sacrements que l’on peut voir dans les catacombes de saint Callixte, on voit une peinture qui représente le Christ bénissant un pain et un poisson déposés sur un autel. Or il est connu que les chrétiens avaient l’habitude de désigner le Christ peint sous la forme d’un poisson. b) Dans le crypte de Priscillia, on peut voir une peinture, la Fraction du pain, représentant un groupe de fidèles qui s’apprête à prendre le repas et un prêtre qui tient dans ses mains du pain et un calice posés au milieu d’eux. Cette peinture commémore certainement la célébration du sacrifice de la messe. D’autres peintures se trouvent aussi dans les catacombes qui représentent aussi de symboles eucharistiques comme la manne du désert, la multiplication des pain, etc. Toutes ces choses indiquent que les fidèles, durant leur persécution, ont souvent peint sur les murs leur foi en la présence réelle du Christ dans l’eucharistie. 5) Des épigraphes confirment la même doctrine a) Parmi toutes les inscriptions qui ont été découvertes récemment, très célèbre est l’épitaphe que Abercius, évêque d’Hierapolis en Phrygie à ordonné d’apposer, à la fin du IIème siècle, sur son tombeau. « Moi, je suivais Paul ; la foi m’a précédé partout et partout m’a présenté en nourriture un poisson de source, très grand, très pur, qu’une Vierge sans tache a péché, et ce poisson, [la foi] le donnait en partage sans cesse comme nourriture à ses amis, avec du vin délectable, mêlé au froment. » Abercius sous le nom du poisson né d’une Vierge signifie ici clairement le Christ. b) L’inscription de Pectorius (première partie du IIIe siècle) : « Race divine du poisson céleste, reçois avec un cœur respectueux la vie immortelle parmi les mortels, dans les eaux divines. Ami, refais ton âme aux flots éternels de la sagesse qui donne les trésors. Reçois l’aliment doux comme le miel du Sauveur des saints. Mange à ta faim. Tu tiens le poisson dans tes mains. » c) L’inscription du Pape Damase pour saint Tarcisius (IVème siècle) : Saint Tarcisius portait le sacrement du Christ quand un groupe de scélérats l’attaqua pour profaner l’eucharistie, il préféra se laisser frapper et perdre la vie, plutôt que de laisser le corps céleste aux mains de ces chiens enragés. 6) La doctrine des théologiens Cette doctrine a été tenue de façon unanime par les théologiens. Guillerme de Paris écrit : « Dans la transsubstantiation rien du pain ne reste du pain en dehors de quelque chose de très nouveau et d’ultime, qui est la variété ou la forme sensible des accidents sensibles du pain. Sous la forme matérielle et visible du pain, après la bénédiction sacerdotale accomplie par le rite, est déposé sur l’autel le pain de vie et sous la forme sensible du vin, le breuvage de vie. Et nous savons que ce pain et ce breuvage de vie ne sont pas seulement le Christ même en sa divinité, mais aussi son corps qui a souffert pour nous sur la croix et son sang. » (De sacramento eucharistiae, fol. 14, col. 3) Pierre Lombard : « Il y a deux choses en ce sacrement ; l’une est contenue et signifiée et l’autre est signifiée sans être contenue. La chose contenue et signifiée est la chair du Christ qui est né de la Vierge Marie et son sang qui a coulé pour nous. La chose signifiée sans être contenue est l’unité de l’Eglise dans les prédestinés, les élus, les justifiés et les glorifiés. Telle est la double signification de la chair et du sang du Christ. » (IV Sent, dist. 8, n° 4) Saint Thomas : « Que le vrai corps du Christ et son sang soient dans le sacrement, les sens ne peuvent le saisir, mais seulement la foi qui s’appuie sur l’autorité divine. » (III, q. 75, a. 1) Par la suite, tous les théologiens ont tenu fidèlement et défendu ardemment cette doctrine. 7) Le consensus des églises dissidentes de l’Église catholique Les sectes dissidentes sont comme les branches de l’arbre de la vraie Eglise qui se sont séparées par un schisme ou une hérésie. Cependant, elles ne se trompent pas dans tous les domaines et dans ceux dans lesquels elles ne se trompent pas, elles ont conservé la doctrine que l’Église catholique tenait au moment de leur séparation. C’est pourquoi, le consensus des sectes antiques a une grande autorité dans cette question, parce que il contient l’antique doctrine de l’Eglise catholique au sujet de la présence réelle du Christ dans l’eucharistie. Les hérétiques et les schismatiques orientaux comme les grecs, les jacobites, les syriens, les coptes, les arméniens, les monophysites, constituent des églises et des sectes particulières. Bien que séparés du centre de la vérité, ils enseignement unanimement que le Christ est vraiment, réellement et substantiellement contenu dans l’eucharistie. Même les nestoriens, qui admettent une double personne dans le Christ, confessent pourtant la présence du Christ dans l’eucharistie.
Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique
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Les substances du pain et du vin ne sont ni déplacées pour céder leur place à celles du corps et du sang (changement local), ni décomposées ou anéanties pour que leur soient substituées celles du corps et du sang, mais changées en celles du corps et du sang. Le Christ est présent tout entier (corps, sang, âme, divinité) soit sous l’espèce du pain, soit sous l’espèce du vin, qu’on prenne chacune en sa totalité ou en l’une quelconque de ses parties.
Pierre Lombard, Les Quatre Livres des Sentences (Quatrième livre, Distinction X)
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Au sujet de l’hérésie de ceux qui disent que le corps du Christ n’est pas sur l’autel, si ce n’est sous forme de signe. De même, surpassant la folie des précédents, il y en a d’autres qui, comprenant la puissance de Dieu à la manière des choses naturelles, contredisent plus audacieusement et plus dangereusement à la vérité : ils affirment que le corps ou le sang du Christ n’est pas sur l’autel, et que la substance du pain ou du vin n’est pas convertie en la substance de sa chair et de son sang ; mais que le Christ a dit : Ceci est mon corps, de la même manière que l’Apôtre a dit : La pierre était le Christ. Ils disent, en effet, que le corps du Christ y est seulement sous forme de sacrement, c’est-à-dire sous forme de signe ; et que c’est seulement sous forme de signe qu’il est mangé par nous. Augustin, sur le Psaume LIV. Ils sont de ceux qui prennent occasion des paroles de la Vérité pour errer, d’où « s’est produite la première hérésie chez les disciples du Christ. Alors qu’il avait dit en effet : Celui qui ne mange pas ma chair et ne boit pas mon sang, n’aura pas la vie éternelle ; ceux-ci, qui n’avaient pas compris, ont dit : Dure est cette parole, qui peut l’entendre ? Et ils se retirèrent. » « Une fois ceux- ci éloignés, il instruisit les douze qui étaient restés : C’est l’Esprit, dit-il, qui vivifie ; la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie. » « Avez-vous compris spirituellement ? Elles sont esprit et vie. Avez-vous compris charnellement ? Même ainsi, elles restent esprit et vie, mais pour vous elles ne le sont plus. » « Comprenez spirituellement ce que j’ai dit : ce n’est pas ce corps, que vous voyez, que vous allez manger, et ce n’est pas ce sang, que vont répandre ceux qui vont me crucifier, que vous allez boire. Je vous ai fait connaître un mystère ; spirituellement compris, il vous vivifiera » ; mais la chair ne sert de rien. Il y a encore aussi d’autres [paroles] qui servent de prétexte à leur folie. Augustin, sur le Psaume LIV. Augustin affirme en effet : « Jusqu’à ce que prenne fin le monde, le Seigneur est au ciel ; mais la vérité, le Seigneur, est néanmoins aussi avec nous ici-bas. En effet, le corps en lequel il a ressuscité, doit être en un seul lieu ; mais sa vérité a été répandue partout. » – Sur Jean. De même : « Dieu et l’homme ne font qu’une seule personne, partout par ce qui le fait Dieu, au ciel par ce qui le fait homme. » – Le Christ dit encore : Vous aurez toujours des pauvres avec vous, mais moi vous ne m’aurez pas toujours. – Ce sont de ces choses et d’autres qu’ont usées les hérétiques susdits dans l’affirmation de leur erreur. La détermination des choses dites précédemment. Qui, elles toutes, sont à entendre selon le même raisonnement. Par ces choses, en effet, on ne nie pas que le vrai corps du Christ soit reçu par les fidèles ou qu’il se trouve sur l’autel ; mais on nie que, par celles-ci, la Vérité ait instruit les Apôtres, et nous à travers eux, que le corps lui- même ne serait pas divisé par parties, comme l’ont estimé ces disciples qui se sont retirés, parce qu’il reste entier ; et qu’il ne nous aurait pas livré le corps et le sang dans sa forme humaine de manière visible, mais d’une manière non visible, sous la forme du pain et du vin. – Augustin, dans la lettre à Irénée. Sens que confirme Augustin, lorsqu’il dit : « C’est le corps lui-même et ce n’est pas le corps lui-même qu’on voyait, qu’on mange : lui-même de manière non visible, non lui-même de manière visible. » De même : « Même s’il est nécessaire de le célébrer de manière visible, il est cependant nécessaire de le comprendre d’une manière invisible. » Que la chair du Christ est dite invisible. Aussi, de même qu’il faut comprendre que le corps du Christ se trouve « en un seul lieu », à savoir dans sa forme humaine de manière visible ; sa vérité, cependant, c’est-à-dire la divinité, est partout ; sa vérité encore, c’est-à-dire son vrai corps, se trouve sur tout autel où il est célébré. Ainsi faut-il aussi comprendre cela : Vous aurez toujours des pauvres avec vous, mais moi vous ne m’aurez pas toujours, selon sa présence corporelle, à savoir quand il vivait avec eux. Pareillement, « par ce qui le fait homme, il est au ciel » : à savoir, de manière visible ; d’autre part, c’est de manière invisible qu’il est sur l’autel, car il n’apparaît pas dans sa forme humaine, mais il est vêtu de la forme du pain et du vin. C’est pourquoi on dit aussi que sa chair est invisible : elle qui est vraiment sur l’autel, mais qu’on dit invisible, parce qu’elle n’apparaît pas dans sa forme spécifique. Augustin, dans le livre des Sentences de Prosper. En effet, affirme Augustin : « Tel est ce que nous disons ; ce que nous nous efforçons d’approuver de toutes les manières : le sacrifice de l’Église est constitué de deux choses, résulte de deux choses : de l’espèce visible des éléments et de la chair et du sang non visibles de notre Seigneur Jésus-Christ ; du sacrement et de la réalité sacramentelle, c’est-à-dire du corps du Christ. De la même façon que la personne du Christ résulte et est constituée de Dieu et de l’homme, si bien que le Christ est vrai Dieu et vrai homme ; car l’ensemble contient en soi la nature et la vérité de ces choses, à partir desquelles il est constitué. D’autre part, le sacrifice de l’Église est constitué de deux choses : du sacrement et de la réalité sacramentelle, c’est-à-dire du corps du Christ ; par conséquent, le corps même du Christ est le sacrement et la réalité du sacrement. » Comme on le voit, il a dit non visible la chair du Christ, car elle est saisie et elle est maniée en étant vêtue de la forme du pain ; et il a dit que le corps même est le sacrement et la réalité à partir de quoi est confirmé ce que nous disions plus haut. Le même, au même endroit. Ensuite, il ajoute ce qui touche davantage le lecteur : « Sa chair, dit-il, est celle que nous recevons dans le sacrement vêtue de la forme du pain ; et son sang, celui que nous buvons sous l’espèce et la saveur du vin. C’est-à-dire que le sacrement est la chair de la chair, et le sang du sang : par la chair et le sang, l’un et l’autre non visibles, intelligibles, spirituels, est signifié le corps du Christ, qu’on peut voir et toucher, plein de la grâce et de la majesté divine. » Quel est le sens des choses dites précédemment ? Faisons attention à ces choses avec soin, car Augustin use ici d’une certaine figure, où les termes signifiants ont coutume de déterminer les dénominations des choses qu’ils signifient. Ici, en effet, l’espèce visible du pain est appelée du nom de chair, et l’espèce visible du vin du nom de sang. Tandis qu’on dit non visible et intelligible la chair du Christ, car on ne voit pas la chair d’après cette espèce, mais on la comprend ; ainsi en est-il aussi du sang. On dit donc que la chair non visible est le sacrement de la chair visible, car l’espèce du pain, en raison de laquelle on ne voit pas cette chair-là, est le sacrement de la chair visible : car par la chair non visible, c’est-à-dire par l’espèce, selon laquelle la chair du Christ ne semble pas être de la chair, est signifié le corps du Christ, lequel est visible et peut être touché là où il apparaît dans sa propre forme. Ainsi aussi doit-on l’entendre du sang. C’est ainsi qu’il faut le comprendre, confirme-t-il, par d’autres paroles d’Augustin. Sens que confirme Augustin, lorsqu’il éclaire la manière dont on doit comprendre ce qui vient d’être dit (car il avait parlé obscurément), disant ensuite : « ainsi le pain est-il appelé le corps du Christ, alors qu’il s’agit en vérité du sacrement du corps du Christ qui a été exposé sur la croix, de la même façon que l’immolation elle-même qui se fait par les mains du prêtre, est appelée la passion du Christ : non pas en raison de la vérité de la chose, mais de la signification du mystère, et de la même façon qu’on appelle foi le sacrement de la foi. » Il a été assez répondu aux objections hérétiques de ceux qui nient que le vrai corps du Christ se trouve sur l’autel, et que le pain soit converti en corps ou le vin en sang par une consécration mystique, disant : « Qui ose manger son Seigneur ? » Qui ose aussi dire que le corps du Christ est formé quotidiennement d’une matière ou d’une substance qui ne fut pas la chair de la Vierge ? Par des autorités, il prouve que le vrai corps du Christ se trouve sur l’autel et qu’il y est converti en pain. Ce sont de telles choses et des choses semblables que ceux-ci objectent, étant à la recherche d’une loi de la nature quand il s’agit du mystère divin ! Les témoignages qui vont suivre en démontrent la perfidie. La Vérité affirme en effet : Prenez, ceci est mon corps. Ambroise, dans le livre Les sacrements. De même, Ambroise : « Si la parole d’Élie était si puissante qu’elle faisait descendre le feu du ciel, la parole du Christ ne serait-elle pas assez puissante pour changer les substances ? À propos des œuvres du monde tout entier, on lit : Car lui-même a dit, et elles ont été faites etc. La parole, par conséquent, qui a pu faire de rien ce qui n’était pas, ne peut-elle pas changer les choses qui existent en ce qu’elles n’étaient pas ? Ce n’est pas moins, en effet, de donner de nouvelles natures aux choses que de les changer. » Ambroise. De même : « Si nous interrogeons l’ordre [de la nature], il avait été habituel qu’engendre la femme qui est unie à un homme. Il est clair, par conséquent, que c’est indépendamment de l’ordre de la nature que la Vierge a engendré. Et ce que nous consacrons est le corps tiré de la Vierge. Que cherches-tu ici l’ordre de la nature quand il s’agit du corps du Christ, étant donné qu’il est lui-même né de la Vierge indépendamment de la nature ? » – De même : « Avant la bénédiction, on nomme une autre espèce ; après la consécration, on désigne le corps. Avant la consécration, on dit une chose ; après la consécration, on donne le nom de sang. Tu dis : Amen ; c’est- à-dire : cela est vrai. Ce que la parole signifie, le cœur le perçoit. » Augustin, dans le livre des Sentences de Prosper. De même, Augustin : « Dans l’espèce du pain et du vin que nous voyons, ce sont des réalités non visibles, c’est-à-dire la chair et le sang, que nous honorons. Et nous ne jugeons pas ces deux espèces de la même manière que nous les jugions avant la consécration, puisque nous confessons avec foi qu’il s’agit, avant la consécration, du pain et du vin que la nature a formés, tandis qu’il s’agit, après la consécration, de la chair et du sang du Christ que la bénédiction a consacrés. » Ambroise, dans le livre Les sacrements. De même, Ambroise : « Du pain se trouve sur l’autel avant les paroles sacrées ; quand advient la consécration, la chair du Christ se fait au moyen du pain. Mais, comment est-il possible que, ce qui est du pain, soit le corps du Christ ? Par la consécration, qui se fait par la parole du Christ. » – De même : « Si, dans la parole du Seigneur, la puissance est si grande que les choses qui n’existaient pas ont commencé à exister, combien plus est-elle efficace pour que soient celles qui existent et qu’elles soient changées en autre chose. Et, ainsi, ce qui était du pain avant la consécration, est dès lors le corps du Christ après la consécration, car la parole du Christ change la créature. Et, ainsi, le corps du Christ est-il tiré du pain, et le vin, versé avec de l’eau dans le calice, devient-il du sang, par la consécration de la parole céleste. » Augustin, dans un certain sermon sur Les paroles de l’Évangile. De même, Augustin : « De même que la vraie chair a été créée par l’Esprit à part d’un accouplement, de même le corps même et le sang du Christ, tirés de la substance du pain et du vin, sont-ils consacrés par le même Esprit. Le corps du Christ est vérité et figure : vérité, puisque, par la vertu de l’Esprit, le corps et le sang du Christ est fait à partir de la substance du pain et du vin ; tandis qu’est figure ce qui est perçu extérieurement. » Eusèbe. De même, Eusèbe d’Émèse : « Par sa parole au pouvoir secret, le prêtre invisible change entièrement les créatures visibles en la substance de son corps et de son sang.» À partir de ces [témoignages] et de plusieurs autres, il est établi que le vrai corps et le vrai sang du Christ se trouvent sur l’autel, bien plus, le Christ entier sous les deux espèces, et que la substance du pain est convertie en son corps, et la substance du vin en son sang.
Jacques-Bénigne Bossuet, Élévations sur les Mystères, Méditations et autres textes
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Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme : Prenez, mangez : ceci est mon corps : Si vous ne buvez son sang ; Buvez-en tous. Ceci est mon sang. De dire qu’il n’y ait pas un rapport manifeste dans ces paroles ; que l’une n’est pas la préparation et la promesse de l’autre ; et que la dernière n’est pas l’accomplissement de celle qui a précédé : c’est vouloir dire que Jésus-Christ, qui est la sagesse éternelle, parle et agit au hasard. Visiblement il a parlé en saint Jean, chapitre VI pour préparer l’institution de l’eucharistie. Il a dit en saint Jean : Travaillez à la nourriture que le Fils de l’homme vous donnera : et encore : Et le pain que je donnerai, c’est ma chair que je donnerai pour la vie du monde. Il la donnera, dit-il ; c’est visiblement une préparation, et une promesse, avec laquelle il ne faut pas s’étonner que l’institution et l’exécution ait un rapport si manifeste : autrement on pourrait dire de même que lorsqu’il est descendu dans le Jourdain et que le Saint-Esprit y est descendu sur lui visiblement, il ne songeait ni à consacrer l’eau, ni à nous montrer l’esprit, desquels il a dit que nous renaîtrions. Mais si la manifestation de la Trinité dans son baptême, a préparé la déclaration qu’il en voulait mettre dans le nôtre, lorsqu’il a dit : Allez : baptisez au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ; et que son baptême et le nôtre aient entre eux un rapport si manifeste et en aient en même temps un pareil avec ce qu’il a dit en saint Jean : Si vous ne renaissez d’eau et du Saint-Esprit : on doit croire qu’il a aussi préparé l’institution de l’eucharistie ; et que ce qu’il a dit en saint Jean, chapitre VI, est fait pour cela : et sans tout ce raisonnement la chose parle. Le rapport des paroles qu’on lit dans saint Jean, et de celles de l’institution est visible : là manger ; et ici manger : là boire ; et ici boire : là la chair ; et ici la chair ; ou ce qui est la même chose, le corps : là le sang : ici le sang : là le manger et le boire, la chair et le sang séparément ; et ici la même chose. Si cela ne fait pas voir précisément que tout cela n’est qu’un seul et même mystère, une seule et même vérité, il n’y a plus d’analogie ni de convenance ; il n’y a plus de rapport, ni de suite dans notre foi, ni dans les paroles et actions du Sauveur. Mais, si le manger et le boire, de saint Jean est le manger et le boire de l’institution ; donc en saint Jean, c’est un manger et un boire par la bouche ; puisque dans l’institution visiblement c’en est un de cette nature. Si la chair et le sang, dont il est parlé en saint Jean, n’est pas la chair et le sang en esprit et en figure, mais la chair véritable et le sang véritable, en leur propre et naturelle substance, il en est de même dans l’institution : et l’on ne peut non plus interpréter : Ceci est mon corps : Ceci est mon sang, d’un corps en figure, d’un sang en figure ; que dans saint Jean : Si vous ne mangez ma chair, et si vous ne buvez mon sang, de la figure de l’un et de l’autre. Or qui pourrait seulement songer que Jésus-Christ ait voulu dire : Si vous ne mangez ma chair en figure, et mon sang de même, il n’y a point de vie pour vous : et, ma chair en figure est vraiment viande ; et mon sang en figure est vraiment breuvage ; et ainsi du reste ? cela serait insensé. Il ne l’est donc pas moins de dire que Ceci est mon corps : Ceci est mon sang, ne soit pas la vérité ; mais la figure de l’un et de l’autre. Vous dites que souvent, dans l’Écriture, manger : c’est croire ; boire, c’est croire ; et que c’est là le manger et le boire dont il est parlé dans saint Jean. Mais puisque manger et boire à la fois c’est la même chose ; Jésus Christ ne se serait pas arrêté jusqu’à quatre fois réitérées à distinguer le manger d’avec le boire, ni la viande d’avec le breuvage, s’il n’avait pas regardé à autre chose. Visiblement donc il a regardé aux paroles de l’institution, où manger, c’est prendre par la bouche ; où boire, c’est boire dans une coupe et en avaler la liqueur. Ainsi, quoi qu’il en soit des autres passages, où manger et boire, c’est croire ; dans l’endroit que nous méditons, il n’est plus permis de dire que le manger et le boire soit un manger et un boire impropre et allégorique, ni autre chose qu’un manger et un boire véritable et proprement dit, un manger et un boire par la bouche du corps. Je le crois ainsi, mon Sauveur ! Si vous ne mangez ma chair, si vous ne buvez mon sang : c’est-à-dire si vous n’obéissez à cette parole : Prenez, mangez : Ceci est mon corps ; Buvez : Ceci est mon sang : et il n’y a d’autre différence entre ces paroles, sinon que par l’une vous promettez, dans l’autre vous donnez ; dans l’une vous préparez, dans l’autre vous instituez ; dans l’une vous vous étendez davantage sur le fruit, dans l’autre vous vous attachez plus précisément à exposer la chose même. Mais partout, c’est le même corps, le même sang, reçu de la même manière, et toujours pour la même fin, qui est de s’unir substance à substance, à la chair et au sang que vous avez pris. Encore un coup, voilà, mon Sauveur, ce que je crois. La foi me vivifie ; il est certain : mais cette foi qui me vivifie, c’est de croire que vous avez pris une chair humaine, un sang humain : et que vous me les donnez aussi véritablement à manger et à boire, même par la bouche du corps, que vous les avez pris dans le sein de votre bienheureuse mère.
Bibliographie
- Abbé M. Constant, Le mystère de l’Eucharistie
Henri Suso, L’horloge de la Sagesse (Pages 248-249)